La famille Freylin est une vieille famille piémontaise, issue de l'ancienne maison féodale de Mercadillo da Chieri, originaire de la petite ville de Mercadillo dans l’actuel Pays basque espagnolLes seigneurs de Mercadillo sont par deux fois au côté du comte de Toulouse, Raymond de Saint-Gilles : en 1087 dans son combat contre les Maures en Espagne puis en 1096 lors de la première croisade, dans l’une des quatre routes qui convergent vers Constantinople. Celle du comte de Toulouse traverse l’Italie du Nord. La famille Mercadillo da Chieri est connue au Moyen Âge et au Quattrocento pour ses activités bancaires, prétant de l'argent aux princes comme dans la sphère privée et détenant d'autres banques de prêts dans diverses places en Piémont et au-delà, en particulier en Allemagne (cf. Renato Bordone, Franco Spinelli, Lombardi in Europa nel Medioevo, F. Angeli, 2005)., et dont la noblesse est prouvée depuis le . La branche aînée de la famille s'est éteinte au . Des branches cadettes se sont développées en Allemagne (en Souabe, éteinte au début du ), en Italie (éteinte en 1820), en France (dont il y a des descendants contemporains) et aux États-Unis (à partir de la seconde moitié du , dont on ne sait s'il reste des descendants).
Historique
La branche italienne, fondée au Piémont par Manfred de Mercadillo, premier seigneur de Chieri, est née en 1099 à ChieriOn trouve aujourd’hui encore sur l’ancienne place Mercadillo (piazza Mazzini) à Chieri le palazzo Mercadillo (-) et le palazzo Opesso (, premier palais des Mercadillo, édifié par Manfred de Mercadillo) ainsi que la tour des Mercadillo (), symbole au Moyen Âge de leur puissance. La place Mercadillo était au le cœur politique et civil de Chieri, cité bien plus puissante alors que Gênes, Pise ou Asti. Les Mercadillo possédaient l’ensemble de cette place. La famille perdra peu à peu de son importance après Maestro Freylino, puis s’éteindra au . Les Mercadillo étaient également seigneurs de Vernone. à son retour de Jérusalem, où il prit part à la première croisade, au côté du comte de Toulouse, Raymond de Saint-Gilles. C'est l'une des sept familles nobles fondatrices de la cité de Chieri, parmi lesquelles on compte les Broglie et les Cavour. Les armes de la famille, jusqu'au : d’or à quatre faces de gueules, ondées. Cimier : tête de lion tenant la devise : « ne.quid.nimis » (rien de trop).
Maestro Freylino, un ingénieur au service de puissantes maisons thumb|right|Chieri (Piémont, Italie) thumb|right|Palazzo Mercadillo, Chieri, (Piémont, Italie)
Au , Freylino de Mercadillo, dit Maestro Freylino (né v. 1390 à Chieri), ingénieur et maître d’artillerie d’Amédée VIII de Savoie, appartient à la première cour du comte puis duc de SavoieLe duc l’admet dans son entourage et l’invite à sa table. Il met également trois hommes à sa disposition pour la guerre (deux écuyers et un page) ainsi que deux chevaux. Maestro Freylino avait le privilège exclusif donné par Amédée VIII de recueillir le salpêtre dans le Piémont et d'en fixer le prix. Celui-ci servait à la fabrication de la poudre à canon. Dans l'ouvrage Origini e progresso delle instituzioni della monarchia di Savoia, paru en 1854 à Turin, Luigi Cibrario écrit, en effet : Parmi les insignes « bombardieri » qui servirent aux XIV et XVe siècles la maison de Savoie, beaucoup étaient Suisses ou Allemands. L'un mérite une mention particulière, Maestro Freylino de Mercadillo da Chieri, constructeur de bombardes, ingénieur et « bombardieri », fameux non seulement en Piémont mais aussi en Lombardie, où il servit les Visconti après avoir servi Amédée VIII. Il recevait un salaire de 100 florins par an ; durant les temps de guerre, il avait une lance et deux chevaux à sa disposition et le couvert à la table du duc ; il lui fut donné à lui seul la faculté de percevoir le salpêtre dans tout l'État et de le vendre à prix déterminé (d'après les comptes de Pier Masoerii, maître d'artillerie, 1433).. Maestro Freylino sera le premier, non seulement en Italie mais dans toute l’Europe à donner un nom à une pièce d’artillerie, une bombarde (la Freylina) dont il est l’auteur et le fondeur ainsi que d’autres fabuleux engins pour le compte du duc de Milan Filippo Maria Visconti à partir de 1443 puis des Sforza de Milan et de la SérénissimeLes Freylin, devenus hostiles à Louis (1413-1465), fils d’Amédée VIII, se battront aux côtés de Filippo Maria Visconti (1392-1447), de Francesco Sforza (1401-1466) et d’Alessandro Sforza (1410-1473), seigneur de Pesaro, fils du condottiere Muzio Attendolo (1369-1424), fondateur de la dynastie) et frère du nouveau duc de Milan, Francesco. En juillet 1452, l’un d’eux sera fait prisonnier par les Vénitiens au cours de la bataille de Cavenago et signalé sous le nom de « il tedesco Maestro Freylino » nous laissant ainsi la preuve d’un lien étroit déjà entre la famille de Chieri et le Saint-Empire. Les archives de la Région Lombardie conservent une lettre adressée le 26 août 1452 par le duc Francesco Sforza à Antonia de Mercadillo une lettre adressée le 26 août 1452 par le duc Francesco Sforza à Antonia de Mercadillo l'avertissant de la capture de son époux par les Vénitiens et l'assurant de son soutien. Mis à contribution par l’armée des doges, Maestro Freylino construisit dès novembre 1452 pour l’Arsenal une énorme bombarde (cf. Dino Pagano, Le Artiglierie di Venezia et The Military organisation of Renaissance State : Venice c. 1400 to 1617, par M. E. Mallet et J. R. Hale, Cambridge University Press). Maestro Freylino est alors logé directement dans l'Arsenal et touche un salaire assez important de 200 ducats par an (cf. Le Bombarde del Maestro Ferlino, par Marco Morin, Editions Diana Armi, ix, 6 (1975), 59-63). "Dans le grand essor de la Renaissance, écrit l'historien Arthur Heulhard, le Piémont était resté en arrière : pays rude en art, gent montagnarde, il n'avait guère fourni que des ingénieurs militaires, comme ce Marino da Pinerolo, ce Freylino de Mercadillo da Chieri, ce Gianino da Vigone que les Milanais et les Florentins attirèrent à eux dans les guerres de la fin du XVe siècle" (in Rabelais : ses voyages en Italie, son exil à Metz). Dans le livre V de Guerres en la Gaule Belgique entre Henry II et Charles V, François de Rabutin relate la prise en 1553 dans une petite ville de Picardie, d'une grosse couleuvrine appelée "Madame de Frelin" (sic). Jean Corréard, ancien ingénieur, consacre un texte à l'artillerie du et plus particulièrement à Maestro Freylino, dans le Journal des armes spéciales, en 1847 : "Les maîtres bombardiers se faisaient appeler du nom des grandes pièces qu'ils avaient construites; ces maîtres n'étaient pas seulement habiles à faire les pièces mais aussi à les livrer. Les deux arts n'étaient pas distincts, et au fait, ils avaient des appointements assez considérables pour le temps, jusqu'à 20 florins d'or par mois de trente jours. Parmi les maîtres bombardiers qui étaient au service du duc de Savoie, dans les guerres de Verceil en 1426 (Vercelli dans le Piémont). Maître Freylin de Chieri jouissait d'une grande réputation; les pièces qu'il fabriquait étaient d'une bonté et d'une perfection rares, et toujours en nommant les pièces, il s'en désignait l'auteur. On mena à cette entreprise quatre bombardelles et un long canon de bronze, tous de Freylin. Il est à remarquer que les pièces de ce maître n'étaient pas comme les autres attachées à l'affût par des cercles de fer; quae cepate fuerunt et non ferrate. Elles étaient probablement consolidées par d'autres moyens. Il était encore au service du duc de Savoie, en 1443; mais dix années après, nous le trouvons à la solde de François Sforza, duc de Milan. L'historien Simonetta qui l'appelle Ferlin piémontais, en parle comme d'un très habile artiste de grande réputation.". Reconnu dans toute l’Europe sous le nom de maestro Freylino (souvent mal orthographié, on trouve parfois écrit Maestro Ferlino à cause d’une autre célèbre bombarde, la Ferlina), il conservera ce patronyme pour lui et sa descendance et adoptera comme blason : d’azur à la sirène d’argent nageant sur une mer de même, au chef de gueule avec trois étoiles d’or mal ordonnées, et la devise « dum.canit.decipit » (lorsqu’elle chante, elle trompe)La devise de Maestro Freylino rappelle l’effet trompeur du sifflement des boulets de canon et le souvenir de l’une des légendaires sirènes qui émettait un sifflement..
Un modèle pour Léonard de Vinci Dans son travail publié en 2014 sur les anciens canons de bronze vénitiens conservés à Istanbul Marco Morin, Ancient venitian bronze cannons preserved in Istanbul, éditeurs : Dejanirah Couto, Feza Gunergun, Maria Pia Pedani, Istanbul, 2014, l’historien Marco Morin, insiste sur la renommée de Maestro Freylino de Mercadillo au milieu du et sur l’impact important de ses réalisations sur l’œuvre militaire de Léonard de Vinci. « Nous trouvons, écrit-il, des fabricants actifs à Venise, concevant des bombardes dans et à l’extérieur de l’Arsenal, parmi eux Francesco Campanato, Martino delle Ancore et le fameux maître Ferlino ASV, Senato Deliberazioni Terra, reg. 3, 44r (Nov. 24, 1452) de Chieri dans le Piémont. Ferlino appartenait à une famille noble et son patronyme exact était Freylino de Mercadillo Carlo Promis, Gl’Ingegneri Militari che Operarono o Scrissero in Piemonte dall’Anno MCCC all’Anno MDCL (Torino : Stamperia reale, 1871). Dans ce chapitre du douzième tome de l'ouvrage Miscellanea di Storia Italiana, Carlo Promis parle de la très grande renommée de Maestro Freylino. Il évoque aussi ce qui reste un mystère - l'origine du patronyme Freylino - écrivant qu'il n'était pas encore appelé Forlino ou Ferlino mais Freylino per figura, un da Pralormo ed un Provana. Il s'agit probablement du capitaine Federico Provana di Carignano. Mais une autre hypothèse serait l'influence considérable d'un texte écrit entre 1394 et 1396 par le marquis Thomas III de Saluces (1356-1416) durant sa détention à Turin. Intitulé Le Chevalier errant, il y est question de son père le marquis Federico II di Saluzzo (1332-1396) detto Freylino. Dans le célèbre récit chevaleresque écrit en français, celui-ci est toujours nommé Freylino sans que l'on sache pourquoi.. Il était au service de Francesco Sforza quand en 1452, durant la guerre entre le duc de Milan et la république de Venise, il fut fait prisonnier au cours de la bataille de Cavenago. Transporté à Venise, il commença très vite à travailler pour la République ASV, Senato Deliberazioni Terra, reg. 3, 44r (Nov. 25, 1452) concevant de nombreuses bombardes pour lesquelles il était renommé dans tous les États d’Italie. Les armes qu’il produisit furent similaires à celles dessinées des années plus tard par Léonard de Vinci (1452 – 1519) dans son Codex Atlanticus (Léonard de Vinci était alors à Milan au service – de 1482 à 1500 – du duc Ludovic Sforza (1452 – 1508), NDLR). »
Deux lignées connues