L'abbaye de Solignac est une abbaye bénédictine fondée par Éloi de Noyon en 638 à Solignac, près de Limoges.

A sa fondation, elle est confiée à des moines venus de l’abbaye de Luxeuil, dont Remacle de Stavelot sera le premier abbé, et devient rapidement l’un des monastères importants du Limousin. Elle connaît plusieurs périodes de prospérité et de déclin au Moyen Âge, marquées notamment par des destructions, des incendies et des réformes de la vie monastique. À partir du , elle est reprise par la congrégation de Saint-Maur, qui restaure la vie régulière et entreprend d'importants travaux, reconstruisant notamment les bâtiments conventuels au .

Après la suppression de l’abbaye à la Révolution française, les bâtiments connaissent différentes affectations, notamment comme pensionnat de jeunes filles, filature, fabrique de porcelaine, et séminaire des oblats de Marie-Immaculée. Après plusieurs décennies d’occupations et d’inoccupation, une communauté bénédictine issue de l’abbaye Saint-Joseph de Clairval de Flavigny-sur-Ozerain s’installe dans les bâtiments monastiques en 2021 et y rétablit une vie religieuse contemplative.

L’abbatiale actuelle, construite principalement aux , et remaniée à plusieurs reprises, constitue un exemple majeur de l’architecture romane du Limousin. Sa nef à file de coupoles, son transept, son chœur et son clocher-porche témoignent de plusieurs campagnes de construction, notamment après l’incendie de 1178. L’église, classée au titre des monuments historiques en 1862, conserve également des éléments remarquables de son mobilier et de son trésor, dont des reliquaires associés à Éloi de Noyon et à Théau de Solignac.

L'abbaye est une étape de la vers Compostelle.

Histoire

Moyen Âge

Fondation vignette|left|Nef sur file de coupoles.|alt=Vue intérieure de l'abbatiale de Solignac. vignette|left|Chevet et bras sud du transept.|alt=Vue du chevet de l'abbatiale de Solignac. L'abbaye de Solignac a été fondée au par saint Éloi, futur évêque de Noyon, qui demande au roi le village de (littéralement, ), pour y fonder un monastère. Ce bourg était situé à l'emplacement d'une ancienne villa gallo-romaine nommée , appartenant au domaine royal. Selon l'historien Fustel de Coulanges, le nom de Solignac dérive du nom du propriéraire romain primitif ayant constitué le domaine le premier..

. La charte de cession de l'abbaye faite par Eloi à la communauté monastique qui l'occupe date du de la dixième année du roi Dagobert, soit la dixième année après la mort du roi Clotaire II, le , ce qui permet de situer la fondation du monastère quelques mois, voire une ou deux années auparavant. L'acte est fait

La charte de cession est contre-signée par les évêques Adeodatus de Mâcon, Madegilosus de Tours, Chanoaldus de Laon, Maurin de Beauvais, Salapius de Nantes, Hildegarius de Sens et Loup de Limoges...

Cette abbaye échappait à la juridiction de l'évêque, mais était soumise au roi. L'acte donne aux religieux la propriété perpétuelle de l'abbaye s'ils suivent les règles de saint Benoît et saint Colomban ().

Selon la légende, saint Éloi serait monté sur un rocher sur les « hauteurs » de Solignac (ce rocher se nomme d'ailleurs le rocher Saint Éloi). De ce rocher, il aurait lancé un marteau. À l'endroit où le marteau serait tombé, il aurait fondé l'abbaye..

Évolution du statut Saint Éloi admirait l'abbaye de Luxeuil, fondée par saint Colomban au sud-est des Vosges. Il en fait venir des moines, avec le premier abbé, saint Remacle.

La règle primitive était celle de Luxeuil, car la communauté arrivait de l'abbaye de Luxeuil en Haute-Saône. La règle était inspirée des prescriptions de saint Colomban et de saint Benoît. Le premier abbé fut saint Remacle qui quelques années plus tard fut nommé évêque de Maastricht.

Saint Ouen () écrit que cette abbaye a eu rapidement de l'importance. L'abbaye compte rapidement cent cinquante moines. Saint Ouen, ami de saint Éloi, dans le récit de sa Vie qu'il a composé, décrit un lieu « fertile et plaisant », « des vergers copieux et bien arrosés », « la proximité d'une belle rivière ». Il déclare pour le monastère : « j'y ai vu une si belle observance de la sainte Règle que la vie de ses moines est presque unique en son genre lorsqu'on la compare à celle des autres monastères de la Gaule ». Il précise que « là se trouvent de nombreux ouvriers habiles aux différents arts et métiers, et tous se sont élevés à la plus haute perfection par la crainte du Christ et la pratique d'une prompte obéissance ». L'abbaye de Solignac est alors un grand atelier d'orfèvrerie..

Après Éloi Quand Remacle quitte l'abbaye pour devenir évêque de Maastricht, il amène avec lui saint Hadelin, originaire d'Aquitaine, où il a été abbé de Celles puis de Visé. Un jeune esclave Saxon racheté par saint Éloi, est entré dans l'abbaye. Thillo (connu sous le nom de saint Tillo ou saint Théau) est le successeur d'Éloi à la direction de la fabrication de pièces d’orfèvrerie. Il va devenir ermite à Brageac près de Mauriac, puis revient pour mourir, en 702, près de Solignac sur le lieu de l'église du Vigen.

Entre le et le vont se succéder des troubles et des périodes de relèvement. Des invasions sarrasines vers 732-735, une incursion en 793 d'origine non précisée causant des dégâts nécessitant que Pépin le Bref, puis Charlemagne, accordent des privilèges. En 817, c'est Louis le Pieux qui accorde des privilèges pour reconstruire l'abbaye.

En 820, l’abbé Aigulf impose la règle bénédictine réformée par saint Benoît d'Aniane. Solignac ne fait toutefois pas partie de la , liste des monastères bénédictins de 819.

En 823, Raoul de Turenne devint probablement clerc à l'abbaye de Solignac. C'est l'explication de l'aide qu'il a demandé à l'abbaye de Solignac quand il a fondé plusieurs abbayes sur les terres de ses villas comme Végennes et Beaulieu. Vers 855, Cunibert, abbé de Solignac successeur d'Aigulf, fournit des moines pour la fondation de l'abbaye de Beaulieu.

Les incursions vikings vont provoquer la venue des reliques de Martial de Limoges à Solignac.. Puis, vers 860 ou 864, c'est l'abbaye de Solignac qui est pillée et incendiée. Des religieux qui se sont réfugiés à Vic-Fezensac ramènent les reliques de sainte Fauste.

En 866, on note la présence de l'abbé Bernard au concile de Soissons présidé par Charles le Chauve. Le , le pape Martin II accorde une charte et prend sous son patronage de l’abbaye de Solignac et confirme les biens de l’abbaye. Le , charte donnée de l’abbaye Saint-Mesmin de Micy par le roi Eudes.

Charles le Simple donne avec l'accord de l'évêque de Limoges Turpion, le , seize églises à Solignac pour l'aider à se relever des destructions dues à la période d'anarchie. On ne sait rien des constructions de cette période.

En 942 l'abbé Géraud II fonde avec l'abbaye de Fleury-Saint-Benoît une de prière. Il y a eu des échanges entre les deux abbayes. Par exemple, Bernard II, abbé de Solignac en 983, puis de Beaulieu, enfin évêque de Cahors, a été l'élève d'Abbon de Fleury. Son successeur, Amblard, rappelle dans une lettre à Hervé, trésorier et bâtisseur de la basilique Saint-Martin-de-Tours, qu'il a été son condisciple à Fleury. L'abbaye Saint-Pierre du Vigeois, fondée par Saint Yrieix avant 572, s'affilie à Solignac au début du . Sa communauté était très importante, une centaine de moines.

En 1031, Géraud III participe au concile de Limoges au cours duquel Dieudonné, évêque de Cahors, prêche la trêve de Dieu.

Reconstruction de l'abbatiale, révoltes et guerres De nombreux dons sont faits à l'abbaye aux . Ils vont permettre la reconstruction de l'abbatiale. Les papes Eugène III, en 1147, et Adrien IV accordent des bulles confirmant les titres et droits de l'abbaye. L’empereur Frédéric Barberousse écrit en 1157 une lettre au roi d’Angleterre, lui recommandant l’abbaye. Les reliques de Martial trouvent refuge une seconde fois dans l'abbaye au pendant la première guerre de Cent Ans..

La première moitié du marque une insurrection des habitants car la bourgeoisie marchande ne voulait plus rendre de compte à l'abbé. La tour-porche est saisie par les habitants du village pendant les troubles de 1240-1246. Le vicomte de Limoges dut intervenir en pour rendre l'abbaye aux religieux. Les moines ont eu des litiges avec les seigneurs du château de Chalucet au .

L'abbaye reçoit en 1306 la visite du pape Clément V qui y publie deux bulles pontificales le ..

En 1388, des bandes anglaises incendient le chœur de l’église. Le pape d'Avignon Clément VII accorde des indulgences pour permettre sa restauration. En mars 1422, les Anglais sont à Solignac. En 1460, l'abbé Martial Bony de Lavergne fait poser des vitraux et installe des stalles. C'est probablement sous son abbatiat qu'est démoli un clocher qui existait sur le croisillon Nord.

Temps modernes L’abbaye est mise en commende en 1503. Les troupes protestantes, après leur victoire à la Roche-l'Abeille, pillent l'abbaye en 1569. Les châsses sont brisées et les reliques brûlées. Mais les archives ont pu être conservées. En 1574, André, vicomte de Bourdeilles, sénéchal de Périgord, après s’être emparé de l’abbaye avec le seigneur de Pierre-Buffière, obtient du roi le don de l’abbaye. vignette|L'abbaye de Solignac dans le Monasticon Gallicanum. Gravure de la seconde moitié du .|alt=Gravure de l'abbaye de Solignac dans le Monasticon Gallicanum. Ruinée par les guerres de Religion et les révoltes paysannes, l'abbaye se releva pendant la Contre-Réforme catholique, lorsque le , l'abbé commendataire Jean Jaubert de Barrault, évêque de Bazas, suivant l'exemple de l'abbaye de Saint-Augustin à Limoges, fit appel à six moines de la Congrégation de Saint-Maur qui restaurèrent la règle bénédictine. Ils se heurtèrent à l'hostilité des moines en place aussi l'abbaye fut partagée et les Mauristes se contentèrent d'une petite chapelle jusqu'à ce que la mort emporte les opposants, en 1635.

L'abbatiale est alors séparée par un mur pour permettre d'installer l'église paroissiale dans la nef. Au début du , après un incendie qui détruisit une partie du bâtiment principal on reconstruisit la partie Ouest dans le style de l'époque.

Époque contemporaine En 1790, les quatorze moines que comptait encore l'abbaye furent jetés dehors par la Révolution française. L’abbatiale devint alors église paroissiale, l’église Saint-Michel ayant été vendue aux enchères puis exploitée comme carrière de pierres. Les bâtiments de l'abbaye servirent de prison, notamment pour des prêtres réfractaires (lesquels furent ensuite envoyés aux pontons de Rochefort) et des religieuses....

En 1793, l'abbaye est désignée comme prison pour toutes les . En , 58 religieuses détenues à Solignac sont transférées dans l'ancien séminaire de Limoges devenu maison de réclusion. L'abbaye est ensuite la résidence de la municipalité de Solignac. vignette|L'intérieur du cloitre de l'abbaye à la fin du , photographie de Séraphin-Médéric Mieusement.|alt=Photographie de l'intérieur du cloitre de l'abbaye de Solignac à la fin du xixe siècle. Sous l'Empire, l'abbaye devient un pensionnat de jeunes filles et le cloitre et les autres dépendances sont détruites, puis elle abrite une filature de coton puis une fabrique de porcelaine jusqu'en 1930. Lors de la première guerre mondiale, des prisonniers allemands y sont gardés. De 1939 à 1945, les normaliens d'Obernai (Bas-Rhin) y trouvent refuge.

Les oblats de Marie-Immaculée (OMI) prennent possession des lieux en 1946, et les bâtiments deviennent un séminaire, puis lieu de retraite :

La porte d'entrée de l'ancienne abbaye est inscrite au titre des monuments historiques par arrêté du ..

L'abbaye est ensuite occupée par la communauté du Verbe de Vie, locataire des OMI. En 2011, le diocèse de Limoges se porte acquéreur de l'abbaye auprès des OMI.

Une nouvelle fondation bénédictine

La reprise de la vie contemplative