vignette|Poudre de khôl Le khôl, kohol ou kohl (en arabe : , kuḥl, en égyptien ancien : mesdemet) est une poudre minérale autrefois composée de sulfure de plomb ou de sulfure d’antimoine, utilisée soit à titre cosmétique soit thérapeutique. Elle fut aussi composée dans le passé d'un mélange de plomb sous forme de galène, de soufre et de gras animal, voire de bois brûlé ou de bitume., utilisée pour maquiller ou soigner les yeux.
Le khôl peut être noir ou gris, selon les mélanges qu'il contient.
Si le khôl est maintenant théoriquement utilisé sans plomb toxique en tant que cosmétique pour souligner le tour de l'œil, des intoxications graves par le plomb sont encore constatées à la suite de l'usage de khôl contenant du sulfure de plombM. Bruyneel, J.-P. de Caluwe, J.-M. des Grottes, F. Collart. « Use of kohl and severe lead poisoning in Brussels » Rev Med Brux 2002 ; 23(6):519-522 (résumé)J.-P. de Caluwé, Lead poisoning caused by prolonged use of kohl, an underestimated cause in French-speaking countries ; J Fr Ophtalmol. 2009 Sep; 32(7):459-63. Epub 2009 Aug 5 (résumé).C. Parry, J. Eaton, Kohl: a lead-hazardous eye makeup from the Third World to the First World. Environ Health Perspect. 1991 Aug; 94:121-3. Z.-A. Mahmood, S.-M. Zoha, K. Usmanghani, M.-M. Hasan, O. Ali, S. Jahan, A. Saeed, R. Zaihd, M. Zubair, Kohl (surma): retrospect and prospect : Pak J Pharm Sci. 2009 Jan; 22(1):107-22 (résumé).
Le khôl semble d'ailleurs avoir autrefois surtout eu un objectif médicinal, sa toxicité ayant une fonction biocide. Il a même peut-être été le premier antibiotique composé de molécules chimiques synthétisées par l'homme, il y environ .
Étymologie et dénominations vignette|Égyptienne aux yeux fardés de mesdemet (Musée du Louvre)Le mot khôl provient de l’arabe kuḥl (« antimoine, collyre à l’origine à base de poudre d’antimoine »), emprunt à l'araméen ܟܘܚܠܐ (kuḥlā), lui-même issu de l'akkadien guḫlu qui désigne l'antimoineNovotny, J. (2013). The Royal Inscriptions of Sennacherib. State Archives of Assyria Bulletin, 79-129.. La racine sémitique k-ḥ-l désigne notamment en hébreu l'acte d'appliquer du fard. et est à l'origine du mot hébreu kaḥol « bleu », la couleur du fard étant parfois bleutée. Le mot espagnol et portugais azul signifiant « bleu » pourrait avoir un lien avec la racine chamito-sémitique donnant les termes hébreu kaḥol, arabe kuḥl et berbère taẓult.
En égyptien ancien, le mot utilisé pour désigner ce fard est mesdemet (msdmt), terme qui revient très fréquemment dans les inscriptions de l'Égypte pharaonique. Le mot mesdemet aurait comme origine l’expression « rendre les yeux parlants, expressifs » (de mistim ou stim : « qui rend les yeux parlants »), étymologie qui souligne le fait que les fards égyptiens étaient, à une époque, noirsAnnie Mollard-Desfour, CNRS.. En hiéroglyphes, msdmt s'écrit d'un œil souligné d'un trait : 𓁼.
Il est appelé ⲥⲧⲏⲙ stēm en copte, stímmi ou stíbi en grec ancien et stibium en latin, tous ces termes étant dérivés de l'égyptien ancien msdmt. Le terme arabe iṯmid (ithmid), qui désigne l'antimoine, provient lui aussi de l'égyptien ancien, par le biais du grec stimmida, forme accusative de stimmiGreek-Englis Lexicon de Liddel-Scott-Jones : la déclinaison et la vocalisation varient; vary; Endlich, F.M. On Some Interesting Derivations of Mineral Names, The American Naturalist, Vol. 22, , (Jan., 1888), (); Celse, 6.6.6 ff; Pline, L'Histoire Naturelle 33.33; Lewis and Short, Latin Dictionary..
En hébreu ancien, on retrouve le terme pûk, étymologiquement lié au grec phûkos « algue, fard rouge ». En hébreu mishnaïque il apparaît sous le nom de כוחל et le verbe כחל signifie « se peindre les paupières ».
En berbère (tamazight), le khol est appelé taẓult (« antimoine, nom d'un fard pour les yeux »), au pluriel tiẓul, termes lié à la racine pan-berbère et libyque ẒL..
En amharique, le terme utilisé est ኩል kul, tandis que le verbe ተኳለ täkʷalä signifie « mettre du khôl sur les paupières » (afin de faire ressortir la luminosité du regard par contraste)Benjamin Volff, La perception du pouvoir en Éthiopie à travers les biographies amhariques du ras Mäkwännǝn (1852-1906). Histoire, Institut National des Langues et Civilisations Orientales - INALCO PARIS - LANGUES O’, 2013. Français. https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00992651/document.
En persan, il est appelé سرمه sormeh, issu du turc sürme « dessiner », qui donné en bengali et en ourdou surma (সুর্মা, سرمہ) ainsi que le mot russe сурьма surʹmá « antimoine ».
Dans certaines langues sud-asiatiques, le terme kājal ou kajol est utilisé.
Avec l'article arabe « al », ce terme mot a pris plus tard le sens d'une essence fine et a donné lieu à la formation du mot « al-cohol »/ « al-kohol », désignant toute substance très épurée ou distilléeAlcool sur persee, dont l'alcool.
Fonctions vignette|Vendeur de nourriture et sa petite-fille avec du kajal indien, Varanasi en Inde Depuis l'antiquité, le plomb semble avoir été utilisé sous plusieurs formes non présentes dans la nature. Ce cosmétique remplit plusieurs fonctions : esthétique (technique de maquillage du ou yeux charbonneux, qui consiste à créer un halo noir tout autour de l'œil), magique (protection contre les mauvais esprits), prophylactique et thérapeutique (protection des infections oculaires causées notamment par les vents sablonneux), protection anti-éblouissement à l'instar de l'.
Les manuscrits gréco-romains (cent ans avant notre ère) signalaient déjà deux sels de plomb non naturels, synthétisés il y a pour le maquillage ou pour soigner les yeux ou le visage. Ces compositions ont pu être confirmées par l'analyse de restes de fards trouvés dans les tombesDes formulations de fards égyptiens anciens ont été décrites, dans : Ph. Walter et al., Making make-up in Ancient Egypt. Nature, 397, 483-484 (1999), égyptiennes notamment ; ces fards étaient le plus souvent à base de plomb (mélange noir de sulfure de plomb obtenu en broyant de la galène naturelle) et de substances blanches, naturelles ou synthétisées à partir notamment de sels de plomb (laurionite notamment, qui est un chlorure de plomb que les premiers « chimistes » de l'Égypte antique savaient déjà synthétiser en brassant dans de l'eau tiède de la litharge et du chlorure de sodium). En soutirant l'eau et donc la soude, ils pratiquaient un déplacement d'équilibre favorisant la laurionite qui précipitait au fond du bassin de brassage.
Synthèse de la laurionite : PbO + NaCl + HO → Pb(OH)Cl + NaOH litharge sel eau laurionite soude
Les textes de médecins grecs (comme Dioscoride) et romains (Pline l'Ancien) insistent sur le rôle capital de ces substances pour le soin aux yeux. Une étude en 2010 a montréIssa Tapsoda, Stéphane Arbault, Philippe Walter, Christian Amatore ; Finding out Egyptian Gods' secret using analytical chemistry: biomedical properties of Egyptian black makeup revealed by amperometry at single cells. ; Analytical Chemistry ; 2010/01/15 ; étude conjointement publiée par des chimistes du CNRS, de l'UPMC et de l'ENS Paris, en collaboration avec le C2RMF (Centre de recherche et de restauration des musées de France) que de très faibles doses de plomb appliquées sous forme de laurionite aux cellules de la peau ne les tuait pas, mais induisait en réaction la production par une enzyme cellulaire de monoxyde d'azote, molécule connue pour activer le système immunitaire (bactéricide naturel). vignette|Pochette, stylet d'application et khôl, régions kurdes Les fards à base de plomb libéraient lentement des ions Pb2+ (acétate de plomb) dans la peau. Une partie de ces ions migraient vers l'œil, via le liquide lacrymal principalement. Même à faible dose, l'acétate de plomb est toxique, mais à « très faible dose », c'est-à-dire à des concentrations infinitésimales (sub-micromolaires ; 0,2 µmol suffit), les ions acétate de plomb se montrent in vitro capable de renforcer la défense immunitaire des cellules sans les tuer, ce qui était probablement utile en cas d'infection bactérienne oculaire.
Le monoxyde d'azote (NO) semble ici jouer un double rôle : C'est un médiateur du système immunitaire, qui attire des macrophages dans une zone infectée ; C'est aussi un régulateur de la pression sanguine, et il favorise le passage des macrophages au travers des parois des capillaires et vaisseaux sanguins.
On ignore toujours comment les Égyptiens ont découvert cette propriété des très faibles doses de laurionite, et comment ils ont appris à synthétiser la laurionite (qu'on peut aussi trouver dans les scories de plomb argentifère, mais qu'il faut épurer).
Histoire Durant l'histoire, le fard noir fut particulièrement utilisé par les Égyptiens, les Sémites (AssyriensF. Joannès, « Parfums et maquillage », dans , Phéniciens, Hébreux, Babyloniens, Arabes, etc.), les Couchites et les Amazighs, de l'Antiquité jusqu'à nos jours.
Égypte antique vignette|Masque funéraire en or du pharaon Toutânkhamon, dont les yeux sont peints de mesdemet. Les Égyptiens utilisaient la mesdemet en tant que collyre pour prévenir et soulager des infections oculaires, et pour protéger les yeux des fortes réfractions de la lumière du désert (dšrt, desheret). gauche|vignette|Fiole à khôl (long. 8 cm env.), Egypte, - av. J.-C. Musées Royaux d'Art et d'Histoire de Bruxelles Le pharaon et ses sujets semblent avoir été également conquis par l'effet esthétique que conférait la mesdemet à leur regard, et femmes et hommes l'utilisaient pour se maquiller. On en trouve de nombreux exemples dans l'iconographie égyptienne antique.
En Égypte, un papyrus contenant l’œuvre poétique connue sous le nom du « grand poème d'Amour » révèle un des emplois de ce produit. L'héroïne de ce poème, une jeune fille, expose qu'un jeune homme l'a troublée à ce point qu'il lui a détraqué le cœur. « Ce cœur, dit-elle, ne me laisse plus me conduire comme les autres... Il ne me laisse plus me chercher une robe, ni me parer de mon éventail ; il ne me laisse plus mettre de la mesdemet sur mes yeux. ». Ainsi, la mesdemet est avant tout un fard oculaire. À l'origine, l'application d'un trait noir autour des paupières est une précaution contre l'éclat du soleil ; les Égyptiens d'aujourd'hui recourent encore parfois à ce procédé. Mais l'intention cosmétique est prédominante chez les femmes qui dessinent, à partir de l'angle externe de l'œil, un faux sourcil prolongé jusqu'au-dessus de l'oreille.
Un message de l'Au-delà (ou du moins un papyrus qui a la prétention de nous en donner la teneur) a été adressé par un certain Pay, qui écrit ceci à son fils Parahotep : « Ne t'arrête pas de pleurer sur moi, car je suis dans les ténèbres... Apporte-moi donc un peu de miel pour mes yeux, et en plus de la graisse de... et de la mesdemet vraie. Fais-le, je te prie, fais-le... Je veux avoir mes yeux, ils ne sont pas là ! ». Ceci prouve que l'ingrédient en question entrait dans certaines préparations pharmaceutiques, plus particulièrement dans les collyres. On le conservait dans des fragments de roseaux ou même dans de luxueux étuis, où nos archéologues en ont retrouvé des traces, ce qui a permis à nos chimistes d'en déterminer la composition. On avait cru longtemps qu'il s'agissait d'antimoine, parce que les textes hébreux et les traités de Dioscoride et de Pline signalent la seule utilisation du stibium comme calliblépharique. Or, sur une quarantaine de collyres égyptiens soumis à l'analyse, un seul s'est révélé comme étant du sulfure d'antimoine. Les autres sont du sulfure de plomb, autrement dit de la galène, produit d'ailleurs commun en Égypte.
Israël antique Le fard était porté dans l'ancien Israël ; le nom de la fille de Job, Keren Happuch, signifie littéralement « fard de corne d'oeil » (Job 42: 14).