Le château de la Motte-Glain est un château de style Louis XII construit à proximité de la commune de la Chapelle-Glain, située dans le département français de la Loire-Atlantique en région Pays de la Loire, à l’ancienne frontière entre le duché de Bretagne et le pays angevin.
Construit sur une ancienne forteresse des sires de Rougé, il est le premier des trois châteaux reconstruits par Pierre de Rohan-Gié. Le château de la Motte-Glain est celui qui conserve le plus un « héritage médiéval » et un « gothique finissant ». Il s’inscrit dans un cadre de reconstructions entreprises à la fin du et au début du dans la région des Marches de Bretagne, qui voit également la reconstruction du château d’Ancenis, et la construction de l’aile Renaissance du château de Châteaubriant. Le château connaît quelques transformations au siècle et au , après un changement de propriétaire en 1635.
Certaines parties du château, le châtelet d’entrée, le cellier, les ruines du pressoir, la chapelle, le logis, les toitures et les murs, font l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques depuis le , et sont classées depuis le ..
Histoire
Moyen Âge La Motte-Glain semble tirer son nom de Glain de Rougé, seigneur de la Chapelle-Glain, membre de la famille de Rougé. Petit-fils de Tudual de Rougé, nous ne connaissons ce seigneur que par un texte mentionnant qu’il paye la dîme pour l’abbaye de Saint-Florent-le-Vieil.
Des prospections archéologiques sont menées depuis les années 1990 pour trouver les traces de cette motte castrale hypothétique. L’équipe de chercheurs franco-britannique composée de Michael Jones, Gwyn Meirion-Jones et Michel Nassiet en 1997 émet l’hypothèse que la motte soit située soit dans les bois, soit sous l’étang au nord du site, soit sous la tour sud du logis Rohan. En 2008, les prospections de Jean-Claude Meuret ont infirmé la possibilité d’une construction dans les bois au nord.
Ce n’est qu’en 1226 qu’une lettre adressée à l’abbaye des Toussaint d’Angers, écrite par Bonabes de Rougé, affirme l’existence d’un château à la Motte-Glain.
Après la mort de Jean II de Rougé, le château passe alors entre les mains de Patry de Châtreaugiron. Le château se transmet ensuite à la famille des Penhoët en 1440. Le château est alors reconstruit par Guillaume de Penhoët, qui donne à la même époque un nouveau souffle à la ville de la Chapelle-Glain, créant foires et marchés, avec l’autorisation du duc de Bretagne, François IIArchives départementales d'Ille-et-Vilaine, 1 F 654.gauche|vignette|Pierre de Rohan, maréchal de Gié. Portrait de Raymond Quinsac Monvoisin, 1834, Musée du Château de Versailles.
Renaissance Pierre de Rohan, maréchal de Gié, acquiert la terre de la Motte-Glain en 1475 par son mariage avec la nièce de Guillaume de Penhoët, Françoise. Il décide alors de faire reconstruire le château de la Motte-Glain à partir de la décennie 1480, quand il signe l’aveu à destination du baron d’AncenisArchives départementales de Loire-Atlantique, 1 E 25.
Nous ne connaissons aucun nom d’architecte, ni de maître d’œuvre pour le château de la Motte-Glain, tout comme les dates de construction sont méconnues. L’unique archive concernant la construction du château se trouve dans le Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne, de Jean-Baptiste Ogée et concerne les matériaux. L'auteur explique qu'il tire ses sources de celle du château de la Motte-Glain.
Pierre de Rohan fait réaliser la quasi-intégralité des bâtiments dans les années 1490, avec le châtelet d’entrée, le cellier, les écuries, les fermes, et le grand Logis Rohan. Il fait très certainement terminer la construction de la chapelle également. Le château n’est cependant pas achevé à la mort du commanditaire. La tour d’escalier nord ouest s’arrête brutalement, et il n’est pas possible d’accéder aux espaces sous combles. L’ensemble est encore inachevé de nos jours.
Dans le château encore inachevé, Pierre de Rohan-Gié reçoit le roi Charles VIII et sa femme Anne de Bretagne en 1497.
Le commanditaire fait réaliser deux autres châteaux dans les mêmes années 1490, le château de Mortiercrolles et le château du Verger, tous deux en Anjou. Ce dernier sera alors sa résidence finale. Le commanditaire semble délaisser le château de la Motte-Glain à partir de 1500.
Ancien Régime Les Rohan ne s’intéressent guère au château au . Quand le fils de Pierre de Rohan-Gié, Pierre II de Rohan-Gié se marie avec sa cousine Anne de Rohan le , il se marie au château de Blain. Le château reçoit quand même la visite du roi de France Charles IX et sa mère Catherine de Médicis en 1565. Venant d’Erblay, ils sont reçus par Louis VI de Rohan-Guéméné.
La famille de Rohan garde le château jusqu’en 1635, quand Louis VIII de Rohan-Guéméné vend l'ensemble à Michel Le Lou, ancien conseiller au Parlement de Bretagne, et fils de l’ancien maire de Nantes.
Durant la Fronde, le château reçoit des gens d’armes, qui endommagent le château. En 1652, le roi Louis XIV signe une lettre donnant l’interdiction de faire fortifier le château, et fait interdire le logement à tous les officiers, soldats, et gens de guerre, tant d’infanterie que de cavalerie, français ou étranger, de quelques qualités et conditions qu’ils soient. En échange de cela, le seigneur de la Motte-Glain reçoit alors l’autorisation de faire mettre et apposer les fleurs de lys royales sur la façade du Logis.
Époque contemporaine Durant la Révolution Française, le château est relativement préservé. Les armoiries des seigneurs sont martelées des cheminées. Néanmoins, le château doit sa protection au seigneur qui n’émigre pas. Les archives du château brûlent néanmoins en 1793, et le château sera pillé en 1815 durant les Cent Jours.
De la famille Robineau de Rochequairie, il passe par héritage à la famille de Charette, à la suite du mariage avec Ferdinand de Charette de La Contrie, en 1877.
Le château est grandement restauré en 1898, les lucarnes et certaines pierres sont remplacées à l’identiqueDossier d'étude préalable à la restauration de la tour d'escalier sud-ouest, Pascal Prunet, 2011..
Propriété de la famille Robert de Lézardière depuis 1979, le château s’ouvre alors au public. Les restaurations continuent, la chapelle est restaurée entre 1980 et 1984, les lucarnes du châtelet en 1990, le mur d’enceinte ouest en 1997, et enfin, la tour d’escalier sud et le châtelet sont restaurés entre 2014 et 2017.
Architecture et décoration
Matériaux Comme beaucoup de châteaux de la région, le château de la Motte-Glain est un château de schiste et de tuffeau, avec une toiture en ardoise, et quelques reprises faites en brique. Les sols sont réalisés avec des carreaux de terre cuite. Les parties en tuffeau ne se retrouvent que dans les constructions de Pierre de Rohan-Gié.
Le schiste utilisé au château est un schiste d'exploitation locale, la région étant une région ardoisière importante. Les carrières exploitées pour le château de la Motte-Glain ont été localisées en 2008 au nord du bâtiment, dans les bois. La chaux a été prise à Saffré. La pierre de tuffeau provient d'Anjou, tout comme les carreaux de terre cuite. Ces matériaux ont été transportés par charge de deux bœufs, au prix de 17 sous 6 deniers la charge, à partir d'Ingrandes.
On y trouve aussi en remploi des pierres de grès roussard.
Les bâtiments du vignette|Façade du vieux logis, avec la chapelle en extrémité.
Le vieux logis Le vieux logis fut construit dans la première moitié du et présente un ensemble de salles dont l’architecture extérieure permet de distinguer les espaces intérieurs. On retrouve plusieurs salles au rez-de-chaussée, et une grande salle d’honneur à l’étage. L'ensemble décoratif est d'une très grande sobriété, avec seulement des arcs en schiste bleu.
Cet espace sert de logement pour l’aumônier du château encore en 1930. Il sert aujourd’hui de logement aux propriétaires.
vignette|Ruines de l'ancien pressoir.
Le pressoir Ancien bâtiment construit dans la continuité des bâtiments au nord, le pressoir était composé d’une série de trois salles dont la fonction était sans doute domestique. La fonction de « pressoir » est attestée par un plan de Charles Chaussepied.
Seul le mur de clôture ouest a survécu de cet ensemble, ainsi que les restes d'un ancien four à pain. Les bâtiments sont encore visibles sur des cartes postales du début du , et semblent avoir été détruits avant 1927.
gauche|vignette|Peinture murale datant du , retrouvée en 1984, représentant la crucifixion, avec le Christ, la Vierge et saint Jean.
La chapelle La chapelle est une construction datée des années 1470, et a été très certainement achevée par Pierre de Rohan-Gié, qui y fait ajouter des lucarnes en tuffeau. Construite en continuité du vieux logis, la chapelle castrale tranche par sa sobriété par rapport à celle du château de Mortiercrolles, où Pierre de Rohan cherche davantage à montrer son goût italianisant. La chapelle du château de la Motte-Glain est restaurée entre 1981 et 1984 par Hervé ChouinardFonds d'archives Chouinard, Archives départementales de Loire-Atlantique, 276 J 18.
La chapelle possède une estrade intérieure, où le seigneur du lieu s’installait pour assister aux cérémonies religieuses, jusqu’au , où les Robineau de Rochequairie font construire un banc pour eux, portant leurs armoiries.
On retrouve dans la chapelle une peinture murale datée du début du , et une série de treize cercles de consécration retrouvée lors de la restauration de 1984. L'ensemble est alors restauré. La peinture murale, d’une dimension de 3 mètres 35 sur 2 mètres 15 représente une crucifixion avec saint Jean et la Vierge Marie. La chapelle possède aussi plusieurs statues classées aux monuments historiques, représentant la Vierge, sainte Catherine d’Alexandrie, saint Sébastien, saint Jacques, sainte Barbe et enfin une crucifixion, le tout daté entre le et le , tout comme deux petits tableaux représentant une Vierge de douleur, et un Ecce Homo..
Les constructions de Pierre de Rohan-Gié
Le châtelet d'entrée Le châtelet d’entrée, construction en pierre de schiste, décoré à l’aide de tuffeau, est composé de deux tours circulaires de tailles différentes dont la tour Est est légèrement désaxée. Les deux tours possèdent des bouches d’artilleries, rebouchées au .
On accédait autrefois au châtelet par un pont-levis dont il reste encore les rainures, qui a disparu vers le . C’est à la même période que la lucarne donnant sur cour est refaite dans un style classique assez proche de celles du château des ducs de Bretagne, dans l'aile du Grand Gouvernement, à Nantes.
Au-dessus de l’entrée monumentale se trouve la salle des gardes, qui logeait sous la Fronde des gens d’armes. Dans les années 1950, le jardinier du château habitait dans ces salles. Celles-ci, fortement abîmées, sont vidées dans les années 1980, et interdites d’accès. Les lucarnes des deux tours sont restaurées en 1990 et 1994, par Hervé Chouinard et Pascal Prunet, tandis que le reste du châtelet sera restauré entre 2015 et 2017 par Pascal Prunet.
L'ensemble sud vignette|Tour d'escalier sud-ouest, après restauration.
La tour d'escalier sud-ouest Tour la plus haute du château, la tour d’escalier sud permet l’accès aux celliers, et possède deux salles au-dessus de l’escalier à vis, dont la fonction est encore inconnue. Espace décoré, la porte de la tour est flanquée de deux lions sculptés en tuffeau.
Très abîmée, la tour d’escalier subit une restauration d’urgence dans les années 1980, avant d’être intégralement restaurée entre 2014 et 2017 par Pascal Prunet.
Les celliers