Le Dernier Tango à Paris (titre original : ) est un drame psychologique italo-français réalisé par Bernardo Bertolucci et sorti en 1972.

Le film raconte l'histoire d'un Américain (Marlon Brando) et d'une jeune Française (Maria Schneider) qui se retrouvent dans un appartement parisien pour discuter et faire l'amour. L'œuvre a polarisé la critique, certaines scènes de sexe ayant été jugées inacceptables et humiliantes. Alors que certains critiques écœurés rejettent complètement le film, d'autres parlent d'un chef-d'œuvre de l'histoire du cinéma.

Temporairement soumis à des mesures de censure à sa sortie, le film est devenu un succès planétaire en salles, contribuant à redorer le blason quelque peu terni de la vedette Marlon Brando. Bertolucci a permis à Brando d'improviser dans certaines scènes et d'y intégrer des expériences tirées de son propre vécu. Thématiquement, le film traite de la douleur existentielle et de l'oppression de l'individu par les institutions et les attentes sociales.

Synopsis Un matin d'hiver, sous le pont d'un métro aérien, Jeanne, une jeune femme française d'une vingtaine d'années dépasse un homme à l'allure fatiguée, Paul, quadragénaire américain établi à Paris. Les deux arrivent à quelques secondes d'intervalle pour visiter un appartement à louer du de Paris, au-dessus du pont de Bir-HakeimAnne-Charlotte de Langhe et Aude Vernuccio, « Le cinoche à la trace », in Le Figaroscope, semaine du mercredi 10 au 16 avril 2013, page 6. et de la station de métro Passy. En tirant les volets, Jeanne découvre avec surprise Paul recroquevillé dans une encoignure. Après avoir échangé quelques banalités, sans rien savoir l'un de l'autre, ils se mettent brusquement à faire l'amour, puis repartent sans savoir leurs noms respectifs car lui ne veut pas le savoir. Paul loue l'appartement que Jeanne visitait en vue de son mariage et le couple s'y donne rendez-vous pour leurs rapports charnels d'une violence croissante.

Hors du lieu privilégié que constitue l'appartement aux volets clos, chacun retrouve sa vie quotidienne. Paul avait épousé une jeune femme, Rosa, propriétaire d'un hôtel minable où ils vivaient depuis cinq ans. Rosa l'y trompait avec un des pensionnaires de l'hôtel et vient de se suicider en s'ouvrant les veines dans la salle de bains de leur chambre (sans donner les raisons de son geste). Jeanne retrouve sa mère, une veuve de colonel, et son fiancé Tom, un réalisateur de télévision débutant qui tourne un film en 16 mm dont elle est le sujet et qui trouvera sa conclusion avec leur mariage..

Pendant les trois jours qui séparent le drame des obsèques de la femme de Paul, ils s'engagent dans une relation intense, houleuse, brève, désespérée. Quand Paul accepte de se confier à la jeune femme, il se révèle un raté qui fut tour à tour acteur, révolutionnaire, boxeur et journaliste. Lorsqu'il lui apprend que, rongé par le suicide de sa femme, il s'est abîmé dans une sexualité déchaînée, il devient un homme âgé sans mystère. Jeanne qui refuse de quitter sa vie de petite-bourgeoise, rompt avec lui. Paul ne comprend pas et la persuade de se rendre dans un dancing où se déroule un concours de tango très guindé.. Attablés ensemble, Paul avoue qu'il l'aime et la force à boire. Éméchés, les amants se mettent à danser sur la piste, parodiant les danseurs de tango de manière provocante. Jeanne refuse la prolongation de l'aventure et quitte en courant la salle de bal du « Dernier Tango ». Paul la poursuit jusqu'à l'appartement en haut de l'immeuble de Montparnasse où elle habite, cherche à la charmer et lui demande enfin son nom. Apeurée par sa violence et pour échapper à l'emprise destructrice de cet homme désespéré, elle prend dans un tiroir le revolver d'ordonnance de son père, colonel. Alors qu'il a coiffé, en un dernier geste de défi, le képi à cinq galons du père, il s'approche de Jeanne qui semble céder. Elle tire, Paul titube jusqu'au balcon et s'écroule. Jeanne vient de tuer Paul avec cette arme de service..

Fiche technique Titre original italien : Titre français : Le Dernier Tango à ParisBernardo Bertolucci a toujours précisé qu'il s'agissait de Dernier Tango à Paris et non d'un tango désigné comme , cette importante nuance apportant au film, grâce à son vrai titre, une nouvelle dimension tragique et non anecdotique comme pouvait le laisser supposer le titre avec . Réalisation : Bernardo Bertolucci Scénario : Bernardo Bertolucci, Franco Arcalli Décors : Ferdinando Scarfiotti Costume : Gitt Magrini Photo : Vittorio Storaro Montage : Franco Arcalli Musique : Gato Barbieri Production : Alberto Grimaldi Sociétés de production : Produzioni Europee Associati, Les Productions Artistes Associés Société de distribution : United Artists Pays de production : (60 %) / (40 %) Langues originales : français, anglais Format : couleur - 1,75:1 - Son mono - 35 mm Durée : 125 minutes Genre : Drame psychologique Dates de sortie : Italie : (Mostra de Venise 1972) ; (Milan) France : Classification : France : Interdit aux moins de 18 ans lors de sa sortie en salles et aux moins de 16 ans aujourd'hui Affiches : Jouineau Bourduge (États-Unis, France)

Distribution

Ainsi que, dans des scènes coupées au montage. : Laura Betti : miss Blandish Jean-Luc Bideau : le capitaine de la péniche Michel Delahaye : le vendeur de bibles

Production Genèse et développement Bernardo Bertolucci montre son scénario au producteur Alberto Grimaldi, qui l'apprécie et décide de le produire. Au départ, Bertolucci voulait confier les rôles principaux au duo d'acteurs de son dernier film, Le Conformiste, Dominique Sanda et Jean-Louis Trintignant. Mais Sanda décline l'offre car elle attend un enfant et Trintignant ne veut pas se déshabiller devant la caméra. Bertolucci contacte donc d'autres acteurs. Il admire Jean-Paul Belmondo pour ses interprétations dans les films de Jean-Luc Godard et lui envoie le scénario. Mais celui-ci ne veut même pas le rencontrer, affirmant qu'il ne tourne pas dans des films pornographiques. Alain Delon, apprécié par Bertolucci pour ses rôles dans les films de Visconti, se montre intéressé, mais insiste pour être lui-même le producteur, ce qui l'écarte du projetBertolucci dans un entretien avec Positif, n° 424, juin 1996, p. 29.

Bertolucci n'avait pas du tout pensé à Brando jusqu'à ce que quelqu'un mentionne son nom. Grimaldi avait déjà produit le drame anticolonialiste Queimada (1970), avec Brando dans le rôle principal. Le comportement obstiné de Brando pendant le tournage de Queimada avait entraîné des dépassements de coûts et de délais, ce qui avait conduit Grimaldi à lui réclamer des dommages et intérêts. En , Grimaldi obtient d'un tribunal le gel des avoirs de Brando. La situation de Brando s'aggrava encore ; il avait besoin d'argent pour agrandir sa résidence à Tahiti et pour régler des litiges judiciaires concernant la garde de ses enfants et le paiement d'une pension alimentaire. Le succès commercial du film Le Parrain, sorti en , lui permet certes de faire son retour artistique, mais ne résout pas ses difficultés financières, car il avait renoncé à une participation aux bénéfices au profit d'un versement modeste mais rapide. Grimaldi est convaincu que Brando serait un bon choix pour le rôle et promet d'abandonner ses poursuites judiciaires si celui-ci accepte de jouer dans Le Dernier Tango. Il lui offrit un cachet de et une participation de 10 % aux bénéfices.

Bertolucci et Brando se sont rencontrés pour la première fois à Paris. Bertolucci l'admirait depuis son enfance et l'a accueilli avec le plus grand respect et une nervosité palpable. Il lui présente sommairement le thème du film qu'il prévoit de réaliser et le personnage qu'il imagine. Brando regarde la bande-annonce du Conformiste et accepte sans même lire le scénario. Afin de mieux faire connaissance, il invite le réalisateur à Los Angeles. Bertolucci s'y rend en , trois mois avant le début du tournage. Il explique à Brando que le scénario n'est qu'un point de départ et qu'il souhaite développer le personnage avec l'acteur par le biais de l'improvisation. Comme il considère Brando comme quelqu'un de très instinctif, il tenta d'établir une « relation pré-rationnelle » avec lui. Sa visite s'est transformée en une sorte de séance de psychanalyse de deux semaines, au cours de laquelle Bertolucci interroge l'acteur sur son enfance, ses parents et ses fantasmes sexuels. Brando oscille entre une franchise fascinée et le souci de préserver sa vie privée. Les deux hommes s'entendent bien.

Après l'accord de Brando, Grimaldi rencontre d'importantes difficultés pour assurer le financement et la distribution du film ; les sociétés sollicitées refusent dans un premier temps. Metro-Goldwyn-Mayer ne savait pas quoi faire du projet en raison de son contenu érotique. Paramount, qui a distribué Le Conformiste aux États-Unis, craint une répétition des problèmes rencontrés avec Brando dans Queimada. Finalement, United Artists accepte de participer à hauteur de ; le coût total s'élève toutefois à 1,4 million.

Une fois la distribution avec Brando confirmée, Bertolucci fait venir une centaine d'actrices à Paris pour des auditions ; elles doivent toutes se dénuder le haut du corps. Parmi elles, Maria Schneider est une jeune fille qui a quitté l'école à 15 ans et qui n'a interprété à 19 ans que des petits rôles dans trois films. Bertolucci est immédiatement convaincu par son naturel. Ses collaborateurs sont sceptiques quant à son choix, personne d'autre que lui n'ayant vu son potentiel : « Elle a quelque chose de sauvage, de timide ».

Tournage vignette|Passage piétonnier sous le métro aérien du pont de Bir-Hakeim, où commence le film. Le tournage s'est déroulé de février à Sight and Sound, été 1972, p. 146. La scène d'ouverture est tournée sur le pont de Bir-Hakeim, dans le quartier ouest de Paris, à Passy. C'est là que se trouve l'appartement de la rue Alboni, que le film présente comme étant la rue Jules Verne. La véritable rue Jules Verne est cependant située loin de là, dans le arrondissement, à l'est de la villeGérard Legrand : La dernière fois que j'ai vu Hollywood. Sur Le dernier tango à Paris. Dans : Positif, mars 1973, p. 22-26.. La plupart des acteurs ont joué leur rôle en français et Brando en anglaisSight and Sound, été 1972, p. 148, sauf dans le dialogue avec Marcel, où il parle français. Dans les pays anglophones, le film est sorti en version originale avec des sous-titres pour les dialogues en français, écrits par Agnès Varda.

Brando est syndiqué et refuse de travailler le samedi. Bertolucci tourne donc les scènes avec Jean-Pierre Léaud ce jour-là, de sorte que Léaud et Brando ne se rencontrent jamais, comme dans le film Tom et Paul. Les acteurs travaillent jusqu'à 14 heures par jour. Les journées semblent interminables et se confondent les unes avec les autres. Maria Schneider est complètement épuisée par les tournages qui duraient jusqu'à vingt-deux heures, voire minuit, et elle s'arrête parfois pour pleurer d'épuisement. Brando s'arrête tous les jours à dix-huit heures et quitte le plateau.

Au début de leur collaboration, Brando emmène Schneider dans un bistrot voisin et ils se regardent dans les yeux en silence pendant 30 minutes afin de mieux se connaître. Bertolucci affirme que Schneider est vite devenue fixée de manière œdipienne sur Brando. Des rumeurs et des déclarations contradictoires circulent quant à une éventuelle liaison entre Schneider et Brando. Schneider raconte plus tard que Brando voulait lui donner de longues leçons, mais qu'elle le faisait rire et le déconcentrait ; elle nie toute relation père-fille.