vignette|Palais présidentiel (Chișinău). La politique en Moldavie repose sur un modèle d’État de république parlementaire multipartite, où le Premier ministre est le chef du gouvernement et le président chef de l’État. Ceux-ci détiennent le pouvoir exécutif tandis que le pouvoir législatif est partagé entre le gouvernement et le parlement. Le pouvoir judiciaire est, en principe, indépendant des deux premiers. La Moldavie, dans sa forme actuelle, obtient son indépendance de l’Union des républiques socialistes soviétiques en 1991 mais n’exerce pas sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire, étant donné que la république séparatiste pro-russe appelée « Transnistrie » en contrôle 18%.
Pouvoir exécutif Fonction Nom Parti Depuis Président de la république de Moldavie Maia SanduParti action et solidarité Premier ministre de Moldavie Dorin ReceanIndépendant
Jusqu’en 2016, le président de la République était élu par le Parlement pour un mandat de quatre ans et devait réunir les 3/ (soit 61) des des parlementaires. Depuis 2016, il est élu au suffrage universel. Il désigne un candidat au poste de Premier ministre, qui doit ensuite recueillir un vote de confiance auprès du Parlement. Les autres membres du gouvernement, nommés par le Premier ministre, sont également soumis à l'approbation du Parlement.
Pouvoir législatif Le parlement compte élus pour quatre ans au scrutin proportionnel.
Politique extérieure et intérieure
Les enjeux de la politique moldave se situent comme sa position géographique entre l’Ouest (soit l’Union européenne, l’OTAN et la Roumanie), et l’Est (soit la CEI, l’Ukraine et la sphère d’influence russe).
Ce contexte conditionne non seulement ses relations extérieures mais aussi sa politique intérieure, car chaque sphère d'influence « joue sur des » (ou « sert de point d’appui aux », selon les points de vue) populations et partis politiques ayant des liens historiques, culturels et politiques préférentiels d’un côté ou de l’autre : de ce fait, la politique moldave depuis l’indépendance () est une longue suite de conflits et de compromis plus ou moins satisfaisants, ou insatisfaisants pour chaque partie.Andrea Diefenbach, Land ohne Eltern (« Pays orphelin »), Kehrer 2012..
Le pire moment de cette vie politique a été la Guerre du Dniestr de 1992., de même nature que celle du Donbass en Ukraine. L’équilibre établi depuis 2023 est le moins instable que le pays ait connu, avec le maintien dans la CEI, une forte opposition pro-russe mais qui a renoncé à rompre le partenariat avec l’UE signé en 2007 S Moldova will prove that it can and has chances to become EU member , Moldpress News Agency, 19 juin 2007, un parlement presque à moitié pro-russe mais avec une (courte) majorité pro-européenne, et enfin une langue officielle qu’un arrêt de la Cour constitutionnelle a reconnu comme roumaine, conformément à la déclaration d’indépendance de 1991Arrêt du 05.12.2013 de la Cour constitutionnelle. et à la loi du votée par le parlement moldave.
Revendiquée par les autochtones roumanophones lors des grandes manifestations de 1990, mais combattue par les colons slavophones, l’union entre la République de Moldavie et la Roumanie vise à sortir le pays de la CEI et de la sphère d’influence russe pour l’ancrer dans l’Union européenne et si nécessaire dans l’OTAN. Ce mouvement appelé « roumaniste » (en roumain Românism, en russe Румынизм) est apparu à la faveur de la glasnost et de la perestroïka pendant le mandat de Mikhaïl Gorbatchev à la tête de l’URSS, en tant que mouvement indépendantiste alors dirigé par Mircea Druc et regroupant les courants non-communistes du pays, pour lesquels, comme en 1917, l’indépendance ne constituait qu’un premier pas vers l’union. Pour eux, le terme « moldave » ne devait pas désigner autre chose que l’identité régionale d’une Moldavie réunifiée comme région au sein d’une Roumanie démocratique sur le modèle parlementaire de 1918Jean-Baptiste Naudet : « L'imbroglio moldave », Le Monde. Dossiers et Documents, no 200, juin 1992, .
À l’opposé, la majorité des politiques formés à l’école soviétique, soutinrent que même si les Moldaves sont liés aux Roumains par une langue et une culture « proches », on ne pouvait pas effacer le fait que la Moldavie a fait partie d’une communauté soviétique constituant elle-même « un univers entier » (comme l’affirma Vladimir Voronine). Ils rassemblèrent la quasi-totalité des non-moldaves (un tiers de la population) et une fraction des autochtones craignant le modèle européen occidental (qui leur fut présenté comme « fasciste »), en un mouvement pro-soviétique appelé « Interfront »Jean-Baptiste Naudet : « L'imbroglio moldave », in: Le Monde, Dossiers et Documents , juin 1992. qui, après l’indépendance et la dislocation de l'URSS, forma en 1994 le Parti communiste qui, après avoir pris le contrôle du Parti socialiste, est devenu le pivot d’un mouvement appelé « moldaviste » (en roumain Moldovenism, en russe Молдава́низм), pour lequel le terme « moldave » doit désigner une langue, un peuple et une ethnie différents des Roumains et donc différents aussi des habitants de la région roumaine de Moldavie (qui, pour la Roumanie, sont également des Moldaves... mais parmi les Roumains)Nicolas Trifon, « La Langue roumaine au cœur de la problématique de reconstruction nationale de la république de Moldavie », in Wanda Dressler (éd.), Le Second Printemps des nations, 257-281.
Après l’indépendance de 1991 et surtout après la Guerre du Dniestr de 1992 (qui apparaît a posteriori comme une préfiguration de celle du Donbass en Ukraine), le mouvement « roumaniste » s’est fragmenté en plusieurs partis formant l’actuelle Alliance pour l’intégration européenne, partis qui, l’un après l’autre, ont fini par abandonner l’unionismeIgor Cașu: comment l'union va rater, dans Evenimentul Zilei, sur Igor Cașu - Cum s-a ratat reunificarea României cu Republica Moldova? et ne revendiquent plus que le droit, pour la majorité autochtone, de développer sa culture en libre relation avec la culture et la langue roumaine par-delà les frontières de la République, à égalité avec les descendants des colons qui, eux, peuvent librement développer leurs cultures respectivement russe, ukrainienne, gagaouze ou bulgare. Au référendum en 1994, dans un contexte de conflit avec la Russie, principal fournisseur d’énergie bon marché pour la Moldavie, l’union avec la Roumanie a finalement été rejetée par 95,4 % des votants soit plus de la moitié des électeurs et en 2016, les rares partis qui la revendiquent encore représentent moins de 10 % des voix, tandis que les « moldavistes » en recueillent près de la moitié en raison de la crainte de perdre les tarifs énergétiques préférentiels accordés par la Russie (investisseur très important) et de subir les crises économiques qu’a connu la Roumanie voisine depuis 2008Ian Johnstone, Annual Review of Global Peace Operations 2007, Lynne Rienner Publishers, Boulder/Londres..
Enfin, problème transversal à l’ensemble de la société moldave, la corruption et les inégalités croissantes, avec d’un côté des oligarques tout-puissants comme les milliardaires Vladimir Plakhotnyouk, Ilan Shor ou Renato Usatîi (qui financent les partis pro-russes, promettent de faire construire une « nouvelle muraille de Chine » à la frontière avec la Roumanie. et sont l'objet d’enquêtes concernant l’« évaporation » du milliard d’euros d’aides européennes dont Donald Tusk, président du Conseil européen, exige la restitution.) et de l’autre côté un quart de la population vivant sous le seuil de pauvreté et une importante expatriation de la population active.. Cette corruption est régulièrement dénoncée par la société civile et les manifestations se multiplientLe 4 mai 2016, de ont défilé à Chișinău pour dénoncer la corruption, selon ce même site [www.moldavie.fr]. Parmi ces oligarques, Plakhotnyouk a quitté le pays l’été 2019 et reste depuis introuvableF. Cass, Moldavie : l’oligarque Vlad Plahotniuc a fui le pays in : Courrier des Balkans du mardi 18 juin 2019 , Ana Ursachi anunță lista celor implicați în „jaful secolului”: Plahotniuc-beneficiarul final, Candu, Drăguțanu, Gaburici, Leancă și Shor - complici, 7 septembrie 2016, Iurii Botnarenco, Adevărul, accesat la 21 septembrie 2016., après avoir uni contre lui deux forces politiques qui avaient jusque-là toujours été adverses : les pro-européens du Parti action et solidarité, conduit par l'opposante Maia Sandu, nouvelle première-ministre, et les pro-russes socialistes, dirigés par le président Igor DodonScrisoarea deschisă a Nataliei Morari către Vlad Plahotniuc: „Vreau să vă mulțumesc. Nu e o ironie, deloc”, diez.md.Les partis politiques moldaves s’accordent pour former un gouvernement..
Partis politiques
thumb|L'agrarien Mircea Snegur, « père de l'indépendance » et président de la Moldavie de 1997 à 2001. À la suite des élections législatives de 2021, les principaux partis politiques sont les suivants : Parti action et solidarité (PAS) : Parti des socialistes de la république de Moldavie (PSRM) : Parti des communistes de la république de Moldavie (PCRM) : Parti Șor :
Élections
Entre 1992 et 1998, le Parti paysan ou « agrarien » a été le plus grand parti de Moldavie, et a dominé le parlement moldave, car l'électorat craignait alors autant une invasion armée russe (en raison de la guerre du Dniestr) que la crise économique à laquelle était confrontée la Roumanie voisine (en raison d'une transition difficile). Lors des élections législatives de 1994, le Parti paysan obtînt 43,18 % et 47 % des voix lors des élections locales de 1995. Ensuite, l'essor sur sa gauche du parti communiste reconstitué et sur sa droite des partis libéraux pro-roumains, polarisa politiquement la société moldave, scindée en deux « camps rivaux », pro-russes et communistes d'un côté, pro-européens et pro-roumains de l'autre. Cette radicalisation de la société moldave provoqua l'effondrement du parti agrarien lors des élections législatives de 1998 avec seulement 3,63 % des voix.
Depuis, malgré le rôle modérateur qu'à vainement tenté de jouer le président agrarien Snegur (élu en 1997, resté à la présidence jusqu'en 2001), le régime politique de la Moldavie est devenu de facto un « communisme de marché » inféodé à l'économie russe et politiquement dominé par le parti communiste moldave (dont la moitié des membres ont adhéré en 2012 au parti socialiste, désormais allié et solidaire du PC). Ce parti tolère des candidatures adverses mais s'appuie sur la dépendance énergétique du pays vis-à-vis de la Russie, pour garder le contrôle de l'économie même lorsqu'il n'est pas au pouvoir politique. Dans ce « communisme de marché », la structure de l'économie est un mélange de marché libre et de protectionnisme très peu social où les oligarques font et sont la loi quelle que soit la majorité parlementaireJean Nouzille, La Moldavie, Histoire tragique d'une région européenne, éd. Bieler, .. C'est pourquoi Amnesty International ne considère plus la Moldavie comme un état de droit et relève de nombreuses violations des droits de l'homme lors des interpellations et des incarcérations, de nombreuses irrégularités dans les procédures judiciaires, de nombreuses entorses à la liberté de la presse et un usage immodéré du clientélisme, de l'intimidation et du chantage (notamment économique) dans la vie politique. Les rapports d'Amnesty International n'étant cependant pas pris en compte dans la politique des États, la Moldavie est considérée par la communauté internationale comme suffisamment démocratique pour que 99 % des demandes d'asile politique émanant de citoyens moldaves soient rejetées.