Le Konzentrationslager (KL) Natzweiler, plus connu en France sous le nom de camp du Struthof ou camp de concentration de Natzweiler-Struthof, est un camp de concentration nazi implanté en 1941 sur le territoire de l'Alsace annexée de fait par l'Allemagne nazieIl se trouve aujourd'hui sur le territoire de la commune de Natzwiller dans le Bas-Rhin..
En , les nazis découvrent, sur le mont Louise, à proximité du village de Natzwiller, germanisé en Natzweiler, un filon de granit rose. En , Himmler ordonne d'implanter sur le site un camp de concentration pour exploiter la roche au profit du Reich.
Entre 1941 et 1945, environ sont enregistrés au camp principal et/ou dans son réseau de camps annexes.. Trente-deux nationalités y sont représentées.. Pour le camp principal, les détenus sont majoritairement des opposants politiques ou des résistants. Pour les camps annexes, ce sont essentiellement des travailleurs forcés raflés dans les pays de l'Est de l'Europe, dont 17 % sont juifs.
Le KL Natzweiler est le seul camp de concentration établi par les nazis sur le territoire français. Des expériences médicales y sont réalisées sur des détenus du camp principal. En 1942, il devient un lieu d'exécution pour les condamnations à mort prononcées par les tribunaux nazis d'Alsace-Moselle et du Bade-Wurtemberg. À la fin de l'année, il commence à développer un réseau de camps annexes. En 1943, Natzweiler est désigné comme camp de regroupement de tous les détenus masculins, victimes du décret Nuit et brouillard, détenus dits « NN » (en allemand : Nacht und Nebel).
Fait unique dans l'histoire concentrationnaire, Natzweiler est le seul KL qui continue à fonctionner, via ses camps annexes, après l'évacuation du camp principal. On estime à le nombre de morts dans le camp et dans son réseau de camps annexes... C'est le premier camp de concentration découvert par les Américains le (sur l'autre front, à l'est, Majdanek fut le premier camp de la mort découvert par les Soviétiques le ).
Un camp de concentration nazi en Alsace C'est au cours d'un voyage d'observation qu'Albert Speer, architecte et ministre du Reich, note la présence dans la région de granite rose.. La décision fut alors prise d'y installer un camp visant à son extraction par les déportés. C'est le géologue SS-Obersturmbannführer (lieutenant-colonel) Karl Blumberg qui trouve le meilleur site pour l'extraction du granite et qui détermine l'emplacement du futur camp.. Il se trouve au lieu-dit Le Struthof, un écart de la commune de Natzwiller.
Le camp est officiellement ouvert le .. Il est classé « Camp de » (Lagerstufe )... Les et , deux convois de chacun, en provenance du KL Sachsenhausen, arrivent sur site. Logés dans les dépendances de l'hôtel du Struthof, ils vont travailler à la construction du camp et des routes d'accès..
À la fin de l’année, sont immatriculés à Natzweiler, venus de Sachsenhausen, Dachau et Buchenwald. Dans leur majorité, il s'agit d'Allemands (ou assimilés) déportés de droit commun, politiques et asociaux. Natzweiler n'est encore qu'un « camp fermé » (geschlossenes Lager) et ne peut recevoir d’autres détenus que ceux déjà internés dans un autre camp.
Le , Natzweiler devient un « camp d'affectation » (Einweisungslager).: les détenus peuvent lui être directement affectés par les services de police nazis. Les effectifs commencent à croître et un premier camp annexe ouvre à Obernai le .
En 1943, les immatriculations quadruplent () et la construction du camp est achevée en octobre. Toute l’Europe y est présente. Polonais et Soviétiques forment désormais 35 % de l’ensemble des détenus. La part des Allemands et assimilés régresse (22 %) tandis que la part des détenus d’Europe occidentale augmente : Français, Norvégiens, Néerlandais. Les détenus politiques sont devenus largement majoritaires.
L'année 1944 connaît une forte envolée du nombre d'immatriculations : du au , sont enregistrées, et le KL reçoit désormais des convois de femmes dans ses camps annexes.
L' (Opération désert) entraîne la création de sept camps extérieurs et de dix sites de production installés le long de la ligne de chemin de fer Tübingen-Rottweil, parmi lesquels , Schömberg et , consacrés notamment à l'extraction de schiste bitumineux . Natzweiler devient avant tout un sas de passage et de tri avant une affectation dans un de ses camps annexes. De fait, la grande majorité des détenus alors immatriculés par le sigle administratif « KL-Na » ne connaissent pas le camp-souche. Au , sur les enregistrées depuis le mois de janvier de la même année, sont détenus dans un camp extérieur et on peut estimer à . ceux qui ne sont jamais passés par le camp principal..
Alors qu'il était initialement prévu pour recevoir un total de ., le camp-souche du KL en compte environ en 1944.. Natzwiller se trouve alors au centre d'un complexe comprenant environ ., auxquels s'ajoutent après ., répartis en Alsace, en Moselle, et surtout en Allemagne.
Fin , devant l'avancée des forces alliées, l'Office central SS pour l'économie et l'administration (WVHA) décide d'évacuer le camp principal. Le , le commandant du camp, Friedrich Hartjenstein rédige l'ordre d'évacuation. Elle débute le et s'achève le . Dans le même temps, les camps annexes de la rive gauche du Rhin sont également évacués. La majorité des détenus est transférée à Dachau..
L'administration SS s'installe à Guttenbach, Binau et Neunkirchen. Les kommandos de Natzweiler situés à l'est du Rhin continuent de fonctionner, toujours sous la dénomination de KL Natzweiler et à recevoir de nombreux déportés jusqu'à l'évacuation des derniers camps annexes.
Le , une patrouille de la d'infanterie américaine pénètre dans un KL totalement vidé de ses occupants..
La carrière de granite rose vignette|upright=0.8|Une partie de l'ancienne carrière en 2020. vignette|upright=0.8|Intérieur de l'un des trois tunnels de la carrière. La carrière se situe à environ du camp. Elle est exploitée par la Deutsche Erd- und Steinwerke GmbH (DEST). L'extraction du granite débute véritablement avec l'arrivée, le , de 401 détenus en provenance du KL Buchenwald.. Jusqu'à déportés vont travailler à l'extraction du granite. Le travail est particulièrement dur et souvent meurtrier. Hans Stein, déporté à Natzweiler le , témoigneDépôt central de la justice militaire (DCAJM). Procédure Struthof. Déposition de Hans Stein, le 7 juin 1945. Cote : 1958_05_28_000575_12_01136 à 1958_05_28_000575_12_01140 :
En 1942, la dégradation de la situation militaire de l'Allemagne va amener un profond changement dans la mission des KL. Le , le chef du WVHA, Oswald Pohl rédige une note à Himmler dans laquelle il précise. :
Natzweiler, comme les autres KL, est directement affecté par ce changement de cap. En 1943, l'exploitation du granite ralentit. Un ensemble de quatorze baraques est construit sur le site de la carrière. À l'intérieur, les déportés travaillent au démontage de moteurs d'avions abattus ou tombés en panne, au profit de l'avionneur Junkers dont une succursale est installée à Strasbourg. À partir de 1944, des déportés creusent trois tunnels dans la carrière. Ils doivent, à terme, se réunir pour former une galerie capable d'accueillir des ateliers mécaniques à l'abri des bombardements. L‘évacuation du camp en septembre empêche l'aboutissement du projet.
Les camps annexes
thumb|160px| De nombreux camps de travail annexes dépendaient du KL-Natzweiler-Struthof.. Ils étaient situés tant en Alsace et Moselle annexées qu'en Allemagneà l'exception du camp de Thil, situé dans le département de Meurthe-et-Moselle. À noter parmi ces camps annexes, celui de Thil en Meurthe-et-Moselle, qui a la particularité d'avoir été le seul camp de tout le système concentrationnaire nazi à avoir été installé en territoire français non annexé. Il était également le seul camp annexe doté d'un four crématoire, récupéré par les nazis dans une usine d'équarrissage.
En , il y avait près de au camp-souche et plus de dans ces camps annexesRobert Steegmann, Le camp de Natzweiler-Struthof, Éditions du Seuil, 2009. Les effectifs de certains de ces camps annexes dépassaient parfois ceux du camp-souche.
Les camps situés sur la rive gauche du Rhin sont évacués entre septembre et , en même temps que le camp souche. Ceux de la rive droite le sont entre mars et ..
Le camp de Vaihingen, libéré par l'Armée française le , est le seul de ces camps à avoir été libéré avant qu'il ne soit totalement évacué.
Les détenus Les détenus sont arrêtés pour des motifs divers. Les premiers déportés du camp sont essentiellement allemands, détenus de droit commun, « asociaux », Tsiganes ou politiques. À partir de 1942, parmi les déportés on trouve des Soviétiques, parfois prisonniers de guerre, des Polonais et quelques déportés originaires des territoires annexés par le Reich : Tchèques, Alsaciens, Lorrains.. En 1943, arrivent en grand nombre des luxembourgeois, puis des Résistants de différentes nationalités, venant de divers camps de concentration ou prisons en Europe : Belges, Néerlandais, Norvégiens et Français. Parmi ces derniers, de nombreux militaires, notamment membres de l'Armée secrète et de l'Organisation de résistance de l'armée, sont aussi déportés au camp de Natzweiler. Les résistants alsaciens et mosellans, tels ceux de La Main Noire de Marcel Weinum, sont eux, principalement internés au camp de sûreté de Vorbruck-Schirmeck. En , le premier convoi de détenus Nacht und Nebel arrive au camp.
Sur les enregistrés au camp, environ sont de nationalité polonaise ou soviétique, soit près de 50 % du total des effectifs..
Plus de ont été déportés au KL Natzweiler..
Les juifs (déportés pour raisons raciales ou faits de résistance) représentent 11 % du nombre total des détenus de Natzweiler.. La plupart d'entre eux, originaires de Hongrie et de Pologne, arrivent à partir de 1944 au camp et sont affectés dans des camps annexes.
Les conditions inhumaines de travail et de détention, la malnutrition, les sévices des kapos et des SS, ainsi que les nombreuses exécutions par balle ou pendaison., ont provoqué la mort de milliers de détenus. L'évacuation des derniers kommandos du KL-Natzweiler, lors des marches de la mort, a coûté la vie à environ .
Les déportés « Nacht und Nebel » (NN) vignette|upright=0.8|Soldat américain examinant des tenues de déportés NN. Décembre 1944 vignette|upright=0.8||280x280px « Nacht und Nebel » (NN) signifie nuit et brouillard en allemand et suit le décret Keitel de 1941.
La date d'arrivée des premiers détenus Nacht und Nebel à Natzweiler n'est pas connue. Cependant, les archives indiquent qu'il y avait déjà des NN dans le camp en . Le 29, Kramer admoneste le responsable du service postal pour ne pas avoir respecté les règles de secret à appliquer au courrier adressé aux détenus visés par le décret Keitel..
Le , le département D (camps de concentration) du WVHA adresse un message à tous les commandants de KL ordonnant que tous les détenus NN d'origine germanique soient transférés à Natzweiler. Cet ordre introduit une notion raciale dans le décret Keitel.. Il indique : L'ordre est rapidement suivi d'effet. Le de NN norvégiens arrive au camp le . Afin de les différencier des autres détenus du camp, en plus des distinctions habituelles (matricule et triangle), on ajoute les lettres "NN" sur leurs vêtements, bariolés également de couleurs vives, ce qui les rend particulièrement visibles et vulnérables face à la brutalité des kapos et des gardiens SS..
En juillet, les premiers NN français arrivent à Natzweiler en trois convois, les 9, 12 et .... Ces arrivées, contraire à l'ordre du , restent assez mystérieuses. Bombardements sur Cologne (prison et tribunal atteints) où les NN français sont jugés, initiative du Sipo-SD... La question reste ouverte. Après ces convois de juillet, la déportation des NN français à Natzweiler ne reprend que le .