L'Albatros de Sanford (Diomedea sanfordi) est une espèce d'Oiseau de mer de la famille des Diomedeidae. Il se reproduit en majorité dans les îles Chatham et vole dans toute la région subantarctique hors de sa période de reproduction. Il était anciennement considéré comme une sous-espèce de l'Albatros royal.

C'est un grand oiseau aux ailes étroites dont l'envergure peut dépasser , ce qui le classe parmi les oiseaux à la plus grande envergure. Ses ailes sont uniformément sombres au-dessus et blanches en-dessous. Son corps est blanc, avec parfois quelques tâches sombres au bout de la queue. Les juvéniles sont similaires aux adultes, excepté des mouchetures brunes sur la tête et en bas du dos qui disparaissent à l'âge adulte. Il peut être confondu avec l'Albatros royal, l'Albatros hurleur et l'Albatros des Antipodes.

Il ne niche qu'en Nouvelle-Zélande, à 99% dans l'archipel des Chatham où un peu plus de couples se reproduisent chaque année, ainsi que dans une petite colonie à Taiaroa Head et sur l'île Enderby où il s'hybride parfois avec l'Albatros royal. Les jeunes encore immatures et les adultes non reproducteurs migrent sur de grandes distances, rejoignant d'abord l'Amérique du Sud, puis ils font le tour de la région subantarctique jusqu'à rejoindre la Nouvelle-Zélande pour se reproduire.

Une fois atteint sa maturité sexuelle, entre 6 et 10 ans, l'Albatros de Sanford se reproduit habituellement tous les deux ans. Il pond un seul œuf de fin octobre à mi-novembre, qu'il couve sur un petit monticule de boue, de matières végétales, de galets ou d'autres matériaux. Couvé pendant 77 à 80 jours, l'œuf éclot entre fin janvier et début février, puis le poussin prend son envol vers 240 jours. On pense que l'Albatros de Sanford pourrait vivre jusqu'à 80 ans, mais l'individu le plus âgé connu est une femelle qui a été vue pour la dernière fois à 61 ou 62 ans.

L'Albatros de Sanford passe entre 25% et 50% de son temps en vol. Dépendant du vent, il plane sur de grandes distances, portés par les courants d'air marins, et peut atteindre . Il se nourrit surtout de calmars, de céphalopodes, de poissons, de crustacés et de Tuniciers, notamment de leurs carcasses qu'il trouve à proximité des bateaux de pêche.

C'est une espèce en danger d'extinction d'après l'Union internationale pour la conservation de la nature. Vulnérable au changement climatique, à l'érosion des îles Chatham et surtout aux fortes tempêtes dont la fréquence augmente, il a connu un déclin important sur les trois dernières générations. Il est inscrit dans plusieurs plans de conservation dans différents pays.

La colonie de Taiaroa Head, qui fait l'objet de suivis et de protection depuis 1937, est aujourd'hui une importante attraction touristique. L'Albatros de Sanford est aussi un symbole important de la culture des Moriori, le peuple autochtone des îles Chatham.

Description L'Albatros de Sanford mesure entre de long pour une envergure allant de , ce qui en fait un des oiseaux à la plus grande envergure. Sa queue mesure environ , son tarse entre et son bec . Il pèse en moyenne , pour les femelles et pour les mâles.

L'Albatros de Sanford est un oiseau imposant avec de longues ailes étroites. Chez les adultes, la tête et le corps sont blancs, tout comme le dessous des ailes à l'exception d'une pointe noire au bout des rémiges primaires, formant une bande noire à l'arrière de l'aile. Cette bande noire s'étend à l'avant jusqu'au carpométacarpe. Le dessus des ailes est uniformément brun très sombre ou noir avec seulement une petite zone blanche à la base du bord d'attaque, à l'avant de l'aile. Cette petite zone blanche est peu visible en vol et apparaît surtout quand l'aile est repliée. Quelques femelles portent des mouchetures noires sur le sommet de la tête et certains individus ont des taches noires au bout de la queue. Le bec est rose pâle, fort et crochu, avec une ligne noire en bas de la mandibule supérieure. Il devient plus sombre, tout comme les pattes, en période d'élevage des petits.

Les juvéniles ont un plumage similaire à celui des adultes excepté un motif brun moucheté sur la tête et en bas du dos, ainsi qu'une étroite bande noire au bout de la queue. Les vermicules sombres au bas du dos disparaissent pour ne laisser qu'un plumage blanc à l'âge adulte.

Voix

L'Albatros de Sanford est généralement silencieux mais peut émettre des grognements ou des gargouillements lorsqu'il se nourrit autour des bateaux.

Espèces ressemblantes Chez l'Albatros royal, les ailes sont toujours au moins partiellement blanches sur le dessus et blanchissent de plus en plus avec l'âge. Le bord d'attaque est toujours blanc et permet de différencier l'Albatros de Sanford des jeunes Albatros royaux qui ont encore les ailes sombres.

Il se distingue de l'Albatros hurleur et de l'Albatros des Antipodes par son bec, qui porte une ligne noire sur la mandibule supérieure. Le dessus de ses ailes est différent et les jeunes Albatros de Sanford n'ont pas le corps moucheté de brun comme les jeunes Albatros hurleurs. Ces deux espèces ont rarement le corps aussi blanc avec des ailes aussi noires que l'Albatros de Sanford.

Distribution et habitat

vignette|alt=Carte de distribution de l'espèce.|Distribution de l'Albatros de Sanford, avec en rouge ses sites de reproduction, les îles Chatham et la péninsule d'Otago (d'après des données de 2009).

L'Albatros de Sanford est considéré comme endémique de la Nouvelle-Zélande car il ne se reproduit que dans les îles néo-zélandaises, à 99% dans l'archipel des Chatham. En 2017-2018, environ couples nichaient sur l'île Chatham, les îles Forty-Fours et les îles Moyenne Sœur et Petite Sœur. Il partage cette zone de reproduction avec une sous-espèce de l'Albatros de Buller (Thalassarche bulleri platei) et avec le Pétrel de Hall (Macronectes halli).

On compte aussi une petite colonie à Taiaroa Head, où se reproduisent en 2018 environ 35 couples dont 5 hybrides avec l'Albatros royal, ainsi que deux couples hybrides sur l'île Enderby.

Les jeunes et les adultes hors période de reproduction effectuent de grands trajets autour de la région subantarctique, rejoignant d'abord l'ouest de l'Amérique du Sud, principalement le Chili, l'Argentine et l'Uruguay, par le courant de Humboldt qui leur fournit une source de nourriture. La plupart des individus quittent ensuite la côte ouest en août ou en septembre, pour se rendre sur le plateau patagonien, où la majorité hiverne, ou dans les eaux australasiennes. Ils poursuivent ensuite leur tour du cercle antarctique vers l'est, entre 30°S et 45°S de latitude, passant au large de l'Afrique du Sud et de l'Australie, pour rejoindre la Nouvelle-Zélande.

Écologie et comportement Comportements et trajets en mer vignette|alt=Photographie de deux oiseaux en vol au-dessus de la mer.|Deux individus photographiés près de la péninsule d'Otago. Les Albatros de Sanford passent entre 25% et 50% de leur temps en vol. Depuis les années 1990, l'utilisation de balises GPS permet d'étudier plus en détails les trajets en mer de l'Albatros de Sanford.. Ces suivis ont permis de distinguer une succession régulière de comportements : en période de reproduction, la recherche de nourriture à peu de distance de la colonie, au-dessus et à la limite du plateau continental ; une fois la reproduction terminée, une dispersion rapide en direction de l'Amérique du Sud ; une période de , où son activité est surtout nocturne ; enfin, un retour rapide vers la zone de reproduction.

Selon la période et le comportement adopté, l'Albatros de Sanford passe entre 25% et 50% de son temps en vol. Il est dépendant du vent, qui forme des routes migratoires lui permettant de planer sur de grandes distances sans effort. En période de migration, il vole surtout de jour et peut avancer d'environ 10 degrés de longitude par jour, avec une vitesse moyenne qui peut dépasser . D'après une étude ayant suivi trois jeunes Albatros de Sanford lors de leur premier voyage vers le Chili, ils ont pu parcourir en une journée en atteignant une vitesse maximale de . Le trajet leur a pris entre selon les individus.

Alimentation vignette|gauche|alt=Photographie d'un Albatros posé sur l'eau, avec une goutte coulant de son bec.|Un Albatros de Sanford avec la , due à ses glandes à sel. L'Albatros de Sanford se nourrit surtout de calmars et autres céphalopodes, de poissons, de crustacés et de Tuniciers. Dans les îles Chatham et à Taiaroa Head, les espèces qu'il consomme le plus sont des calmars, Onykia ingens, Histioteuthis atlantica et .

Il ne se nourrit qu'en surface et peut plonger sa tête jusqu'à un mètre de profondeur. Pourtant, environ un tiers des céphalopodes qu'il mange sont des poulpes de profondeur : il pourrait s'agir d'animaux capturés par des engins de pêche de profondeur et relâchés ensuite. Il se nourrit en effet souvent de carcasses laissées derrière des bateaux de pêche, bien qu'il les suive moins que d'autres espèces d'Albatros.

En période de reproduction, il cherche généralement sa nourriture au-dessus du plateau de Chatham.

L'Albatros de Sanford, comme d'autres oiseaux marins, possède des glandes à sel qui lui permettent d'ingérer de l'eau de mer. Ces glandes permettent de maintenir l'équilibre osmotique du sang, en évacuant le sel par un liquide incolore qui coule le long du bec. Ce phénomène donne l'impression que les Albatros ont .

Reproduction vignette|alt=Photographie d'un oiseau adulte posé dans l'herbe, avec son petit devant lui.|Un Albatros de Sanford et son petit. vignette|alt=Photographie d'un petit Albatros, entièrement blanc avec un plumage duveteux.|Un poussin photographié à Taiaroa Head. La maturité sexuelle est atteinte à 8 ou 10 ans, rarement dès 6 ans. D'après un suivi de la population à Taiaroa Head entre 1937 et 1993, l'âge moyen de la première reproduction est de ans, sans différence entre les mâles et les femelles. Un an avant d'atteindre leur maturité sexuelle, certains oiseaux viennent chercher un partenaire et un site de nidification.

L'Albatros de Sanford ne se reproduit que tous les deux ans, sauf en cas d'échec de sa couvée, auquel cas il revient se reproduire dès l'année suivante. Le retour à la colonie après la migration s'effectue de fin août à mi-novembre. Il arrive sur son lieu de reproduction plus tôt que l'Albatros royal et pond en moyenne 3 semaines plus tôt, de fin octobre à fin novembre. Le nid est un petit monticule constitué de boue, de végétation, de plumes, de galets ou d'autres matériaux, situé sur un sol plat et herbeux. L'unique œuf, qui mesure en moyenne de long et de large pour , est couvé entre 77 et 80 jours. Les petits éclosent entre fin janvier et début février. Ils pèsent à la naissance et prennent leur envol vers 240 jours.

Les jeunes oiseaux de l'année quittent leur colonie durant le printemps austral, vers le , soit un peu plus d'un mois avant les jeunes Albatros royaux. Ils y retournent au plus tôt à 3 ans, mais généralement plus tard, en moyenne à 4 ou 5 ans.

Une génération dure en moyenne .

Longévité Des extrapolations basées sur le taux de survie à Taiaroa Head entre 1937 et 1993 permettent d'estimer qu'1% des oiseaux pourraient atteindre 80 ans. L'oiseau le plus âgé connu est une femelle, affectueusement prénommée Grandma, qui a été baguée dans la colonie de Taiaroa Head en 1937 et a été vue pour la dernière fois à au moins 61 ou 62 ans. Le record de l'oiseau sauvage le plus âgé connu est aujourd'hui détenu par Wisdom, une femelle Albatros de Laysan (Phoebastria immutabilis) née vers 1951.

Effectifs, menaces et conservation Suivi des effectifs vignette|gauche|alt=Photographie d'un groupe d'oiseaux à terre, au bord de l'eau.|Un groupe de jeunes Albatros de Sanford à Taiaroa Head.