Les sous-marins de première classe dits constituaient une série de océaniques à propulsion classique construits en France entre 1924 et 1937 pour la Marine nationale et ayant servi durant la Seconde Guerre mondiale. Ils étaient désignés par la Marine nationale, et parfois appelés classe Redoutable, du nom du sous-marin tête de série. Les sont divisés en deux séries assez homogènes, les types M5 (Redoutable) et les types M6 (Pascal).
Sous-marins modernes lors de leur conception, ils se retrouvent dépassés dès le début de la Seconde Guerre mondiale, n'ayant pu être modernisés en raison des conditions d'armistice imposées à la marine du gouvernement de Vichy. Ainsi, 24 des engagées seront perdues pendant le conflit.
Après avoir protégé l'empire colonial français au service du Régime de Vichy contre les offensives britanniques à Dakar, Libreville ou Madagascar au prix de lourdes pertes, les rejoignent le camp allié après le débarquement en Afrique du Nord.
Dans ce contexte, hormis le Casabianca, qui se rendra célèbre lors des opérations liées à la libération de la Corse, ces sous-marins participent peu au reste du conflit, notamment en raison des importantes refontes effectuées aux États-Unis entre et . Devenus unités d'entraînement, les derniers sous-marins de sont désarmés en 1952.
Développement Contexte vignette|gauche|alt= Le Prométhée vu de tribord|Le Prométhée aux essais peu avant son naufrage en 1932 avec ses mats de TSF hissés. Le canon de n'est pas encore embarqué.
À l'issue de la Première Guerre mondiale, en partie causée par la course aux armements navals, le traité naval de Washington de 1922 impose aux puissances une limitation du nombre et de la taille de leurs navires de ligne. Dès lors, la France a vu dans les forces sous-marines – exclues de ces limitations – un outil essentiel de la défense de ses côtes et de son empire colonial.. Elle développe ainsi la de à partir de 1922 mais leur vitesse, notamment, est insuffisante et, d'une manière générale, ils ne valent pas les derniers sous-marins allemands lancés avant 1918..
Afin de donner un successeur aux Requin, la Marine nationale commande à l'ingénieur général du génie maritime Léon Roquebert la conception d'un type de sous-marins dits de grande croisière. Leur rôle est de détruire les communications adverses en attaquant leurs navires, protéger les colonies et surveiller les bases adverses. Ils agissent en éclaireurs de l'escadre de surface à laquelle ils appartiennent pleinement.. Le Conseil supérieur de la Marine nationale adopte le le projet M5 (Redoutable et Vengeur), amélioré un an plus tard avec le projet M6. (Pascal et suivants). La principale différence entre les deux projets est l'existence sur les M5 d'un groupe électrogène supprimé sur les M6, les batteries se rechargeant par l'utilisation des moteurs Diesel en surface. Ces sous-marins constituent l'élite de la flotte sous-marine française, avec le croiseur sous-marin Surcouf.
Caractéristiques Longs de et larges de 8,10, ils ont un tirant d'eau de et peuvent plonger jusqu'à , bien que plusieurs unités comme lArchimède aient atteint la profondeur de .. Ils déplacent en surface et en plongée . Propulsés en surface par deux moteurs Diesel d'une puissance totale de (type Redoutable), (type Pascal) et (pour lAgosta et suivants), leur vitesse maximum est de . Ces moteurs sont construits par le constructeur suisse Sulzer, à l'exception de ceux des Pasteur, Poncelet, Archimède, Achille, Ajax, Argo, Prométhée, Persée et Le Centaure qui sont propulsés par des moteurs Schneider et .. En plongée, la propulsion électrique Alsthom de leur permet d'atteindre 10 nœuds.. Appelés aussi « sous-marins de grandes croisières », leur rayon d'action en surface est de à et à et en plongée de à .. Les communications radios sont assurées au moyen de deux systèmes d'antennes : une antenne basse, allant de l'avant à l'arrière en passant par l'abri de navigation, et une antenne haute, hissée entre deux mats télescopiques.
D'une conception avancée, les possèdent une importante puissance de feu.. Ils sont équipés de onze tubes lance-torpilles : quatre fixes d'étrave , une plateforme triple orientable de sur l'arrière du kiosque et une autre plateforme orientable quadruple sur l'arrière du sous-marin comprenant deux de et deux de . Les torpilles de étaient destinées à être tirées sur des gros navires, celles de sur de plus petits bateaux. Les torpilles utilisées sont propulsées par air comprimé jusqu'à , avec un déclenchement à l'impact.. Elles laissent un sillage de gaz à la surface., ce qui permet à la cible de les éviter d'une part et aux escorteurs de localiser le sous-marin d'autre part. L'artillerie se compose d'un canon de , sur le pont devant le kiosque et d'une mitrailleuse double antiaérienne Hotchkiss de sur l'arrière de l'abri de navigation.
Ils ont une prise de plongée rapide, de l'ordre de . Ils ont la réputation de très bien étaler à la mer, tant en surface qu'en plongée. Les moteurs – Diesel et électriques – sont assez bruyants, de même que les barres de plongée, et constituent la principale faiblesse de ces sous-marins, en dépit de leur fiabilité.. La vitesse et la puissance de l'armement sont privilégiés au détriment de la détection, qui se fait essentiellement à la vue.. Ils sont équipés de trois périscopes – un périscope d'attaque, un périscope de veille et un périscope de secours – et d'un groupe d'hydrophones pour les écoutes sous-marines. Leur habitabilité est médiocre, les marins pratiquant "la couchette chaude" (2 couchettes pour 3); les espaces pour entreposer les vivres frais et la ventilation sont insuffisants..
vignette|centre|upright=3.5|Plan d'aménagement d'un sous-marin de .
Histoire Constructions et premières années gauche|vignette|alt=Photographie d'un groupe de civils et militaires|Le président de la République Gaston Doumergue posant le premier rivet du Redoutable le 17 juillet 1925, à Cherbourg. L'important programme de construction a rendu nécessaire l'utilisation de chantiers navals privés, comme les chantiers de la Loire ou de Caen, en plus des arsenaux. Les commandes se sont étalées en six tranches annuelles, chacune bénéficiant de légères améliorations techniques par rapport à la précédente. Cela n'empêche pas un retard dans la livraison allant jusqu'à deux ans pour certains navires. et engendre quelques disparités et une absence de standardisation qui auront des conséquences sur l'entretien des sous-marins, particulièrement pendant la Seconde Guerre mondiale. Mis en chantier le , le premier sous-marin, le Redoutable, est lancé le et mis en service le . Le et dernier de la série, le Casabianca, entre en service le . Ouessant et Sidi-Ferruch sont les derniers à entrer en service, le , en raison des retards accumulés à Cherbourg.
Au cours des années 1930, les Pascal connaissent quelques modifications substantielles, notamment dans l'abri de navigation.. Les bâtiments en carénages en 1939 se voient notamment attribuer un système d'écoute sous-marine plus puissant, le G16, qui reste toutefois moins efficace que les hydrophones allemands. Les mâts télescopiques commencent à être retirés à partir de 1937 sur certaines unités, comme l'''Archimède., et le périscope de secours a été remplacé sur toutes les unités par une antenne hissable, qui permet les communications sous-marines.. Le détail des activités des sous-marins avant le début du conflit est difficile à connaître en raison de la destruction d'une partie des archives.. Ils effectuent des traversées d'entraînement, de représentation et de protection dans les Antilles, le long de la côte africaine ou en Indochine.. Deux naufrages ont touché la flotte sous-marine française avant l'entrée en guerre : le Prométhée a sombré lors de ses essais au large du cap Lévi le et le Phénix a coulé le en Indochine..
Seconde Guerre mondiale Premiers combats
Au début de la Seconde Guerre mondiale, tous les Pascal (M6) sont répartis au sein de la à Brest et de la à Toulon. Leur rôle est d'accompagner et d'escorter leur escadre, attaquer les bâtiments de guerre ennemis, arraisonner les cargos adverses et protéger les lignes de communications franco-britanniques.. Les deux Redoutable sont basés à Cherbourg. Conçus dans les années 1920, ils restent de bons navires mais apparaissent déjà fatigués.. Ils sont vulnérables en cas d'attaques : leurs barres de plongée sont sensibles au grenadage, la profondeur maximale de plongée est limitée et devient insuffisante pendant le conflit, et leurs systèmes d'écoute sont trop faibles. Ils forment alors 40 % de la flotte sous-marine française, composée d'un total de 77 navires..
Entre septembre 1939 et juin 1940, les sous-marins français patrouillent dans la mer du Nord et en Atlantique, notamment devant les ports neutres d'Espagne, des Canaries et des Açores, où s'est réfugiée une partie de la flotte de commerce allemande, suspectée de servir de ravitailleurs aux U-Boote allemands.. À la différence des Allemands, les officiers français ont pour instruction de respecter les termes de la conférence de Londres de 1930 : les sous-marins doivent manifester leur présence aux navires de commerce avant une attaque, celle-ci ne pouvant se produire que lorsque l'équipage est conduit en lieu sûr ; tout cela réduisant l'efficacité de l'arme sous-marine.. Le Redoutable repère dans la nuit du novembre un cargo qui navigue tous feux éteints. Le cargo refusant de s'arrêter conformément aux sommations du sous-marin, celui-ci tire des coups de semonce avec son canon de , auxquels le cargo répond par d'autres tirs en direction du sous-marin. À cet instant, le Redoutable capte un message du cargo britannique Egba qui signale être attaqué par un U-Boot ; le sous-marin français, comprenant qu'il a affaire à un allié, cesse le feu et se retire.. En décembre 1939, le Fresnel, lAchéron, le Redoutable et Le Héros sont envoyés à la recherche du pétrolier allemand Altmark (), ravitailleur du cuirassé de poche Admiral Graf Spee, au centre de l'Atlantique. Le pétrolier, transportant les prisonniers des navires attaqués par le cuirassé de poche, parvient à leur échapper et à regagner la Norvège.. Pendant l'hiver 1939-1940, les Achille, Casabianca, Pasteur et Sfax escortent trois convois de cargos alliés depuis Halifax jusqu'en Grande-Bretagne. Ils sont relevés en février par le Bévéziers et le Sidi-Ferruch puis, en avril, par lArchimède et lAjax..
alt=Photographie en sepia d'un sous-marin naviguant à proximité d'un rivage montagneux.|vignette|Un dans la rade de Toulon.
L'Italie déclare la guerre à la France le . Le Fresnel, Le Tonnant, le Redoutable et le Vengeur patrouillent le long de la côte tunisienne pour prévenir un débarquement italien, pendant que Le Centaure et le Pascal surveillent le sud de la Sardaigne.. LArchimède participe à l'opération Vado contre les ports de la côte ligure.. Avec l'avancée allemande en juin, les ports de Cherbourg puis de Brest sont évacués, principalement vers Casablanca et Dakar. Le 18 juin, lAgosta, lAchille, lOuessant et le Pasteur se sabordent dans le port de Brest, ne pouvant appareiller..
Lorsque l'armistice est signé , les vingt-neuf n'ont coulé aucun navire allemand ou italien. Seul le Poncelet est parvenu à arraisonner le cargo Chemnitz et à le conduire à Casablanca.. La raison de cet insuccès est l'utilisation des comme escorteurs ou éclaireurs d'escadre, plutôt que comme chasseurs, le respect de la convention de Londres et la défaillance du matériel (avaries de barres de plongée notamment)...
Les de Vichy gauche|alt=Photographie en noir et blanc de l'étrave d'un sous-marin en train de couler.|vignette|LAjax coule après son sabordage. Un canot du HMS Fortune recueille les naufragés.