L'Hôpital des Cinq-Plaies (en espagnol, Hospital de las Cinco Llagas ou Hospital de la Sangre) est un ancien hospice édifié au à Séville, en Andalousie. Le bâtiment fut bâti en style Renaissance dès 1546 afin d’héberger une institution de charité fondée en 1500 par Catalina de Ribera. Son nom fait référence aux cinq plaies (cinco llagas) que reçut le Christ lors de la Passion.

Considéré comme une des plus grandes réussites de l'art de la Renaissance en Andalousie, ce gigantesque bâtiment, typique de l’architecture hospitalière de l’époque, . Après avoir cessé ses activités hospitalières en 1972, il est devenu, en 1992, le siège du Parlement d'Andalousie.

Histoire Contexte

Avec la découverte du Nouveau Monde par la Couronne d'Espagne, Séville devient un lieu incontournable dans les relations entre la métropole et ses possessions américaines. En 1503, les Rois catholiques y implantent la Casa de Contratación, organisme chargé de réguler les échanges avec les colonies. La présence de cette institution, couplée au monopole détenu par le port de Séville pour le commerce entre Espagne et Nouveau monde, entraîne une expansion économique considérable d'une cité déjà favorisée par la monarchie depuis la reconquête en 1248LAVALLE, Bernard, « Séville et le siècle d'or du commerce américain (1503-1610) » () et VINCENT, Bernard, « Les marginalités sévillanes au », , in LAVALLE, Bernard (coor), Séville, vingt siècles d'histoire, Bordeaux, Maison des Pays ibériques, 1992..

La noblesse locale s'enrichit et fait bâtir de nombreux palais dès la fin du . Parmi les grandes familles aristocratiques se distingue la famille Enríquez-Ribera. Pedro Enríquez, adelantado mayor d'Andalousie, et sa femme Catalina de Ribera, parviennent à se hisser au plus haut rang de la hiérarchie sociale. Le symbole le plus éclatant de leur condition n'est autre que la fameuse Casa de Pilatos, qu'ils font bâtir à partir des années 1480, et qui sera poursuivie par leur fils Fadrique Enríquez de Ribera. À la mort de son époux en 1492, Catalina de Ribera prend à sa charge la gestion du patrimoine familial et se consacre à des œuvres de bienfaisanceSource : LADERO QUESADA, Miguel Ángel, "De Per Afán a Catalina de Ribera. Siglo y medio en la historia de un linaje sevillano (1371-1514), En la España medieval, 4, 1984, . Voir notamment . . Pour quelques précisions sur la famille des Enríquez-Ribera, consulter l'article Casa de Pilatos..

La vitalité économique de Séville résonne dans toute la péninsule Ibérique et au-delà. Un nombre croissant de sujets se déplace vers Séville, en quête d'une improbable réussite économique et sociale, voire d'un départ pour l'outremer. La population ne cesse de croître. Las, les désillusions sont fréquentes et les immigrés en déshérence s'ajoutent à une population de marginaux déjà importante dans la villeVINCENT, Bernard, ibid.. Les besoins en matière d'attention portée aux plus nécessiteux augmentent. C'est dans ce contexte qu'en 1500 Catalina de Ribera est autorisée par bulle pontificale d'Alexandre VI à fonder une institution de bienfaisance dans l'actuelle Calle Santiago, dont elle s'occupera jusqu'à sa mort en 1505, et qui demeurera une des grandes préoccupations de sa lignée durant les décennies à venirSource : Arte sacro.Source : LADERO QUESADA, Miguel Ángel, ibid, ..

Construction

Le développement de la fondation est tel que le fils de Catalina et de Pedro Enríquez, Fadrique, décide de fonder un hôpitalSource : Parlement d'Andalousie.. Il est alors envisagé de procéder à la construction d'un vaste édifice susceptible d'accueillir la fondation. À sa mort en 1539, Fadrique désigne par testament les prieurs des couvents sévillans de Santa María de las Cuevas, de San Isidoro del Campo et de San Jerónimo de Buenavista comme patrons de la fondation. En 1540, ceux-ci organisent un concours pour la construction de l'hôpital, remporté par Martín de Gaínza, qui dirigera les travaux jusqu'à sa mort en 1556Source : Consorcio de turismo de Sevilla.. Les travaux débutent solennellement le , soit sept ans après la mort de Fadrique. L'hôpital prend dès le départ son nom actuel, et la population sévillane lui donnera le nom d'Hôpital du Sang (Hospital de la Sangre) . En 1558, les responsables de l'institution désignent Hernán Ruiz II pour la poursuite de la construction. Le célèbre architecte est déjà responsable de nombreux projets, dont celui d'élever le nouveau campanile au sommet de la GiraldaVoir l'article Hernán Ruiz, el Joven sur la Wikipedia hispanophone.. En 1559, l'hôpital est inauguré. Les travaux se poursuivront néanmoins jusqu'à la première moitié du , sous l'égide de différents architectes tels que Francisco Sánchez, Juan de Minjares ou Asensio de Maeda.

Au , la troisième loi de confiscation des biens improductifs de l'Église (Leyes de desamortización), mise en place par Juan Álvarez Mendizábal provoque la nationalisation de l'hôpital, qui devient la propriété de la Diputación provincial de SévilleÉquivalent du Conseil Général en France. Voir à ce sujet : Provinces d'Espagne., créée au même moment, et qui assume dès lors les compétences relatives à l'assistance sanitaire.

À compter de cette date, l'hôpital entre dans une lente mais inexorable phase de déclin, alors que l'Espagne vit au rythme instable des alternances de régime, souvent dans la violencePour plus de précisions sur les aléas politiques de l'Espagne aux et s, voir l'article Histoire de l'Espagne.. Les ressources financières de l'établissement, entièrement consacrées aux soins, ne permettent pas d'entretenir le bâtiment. En 1972, il est décidé de fermer l'hôpital, dont l'état de délabrement après des siècles d'utilisation est devenu criant. Quelques services demeurent sur place, mais l'essentiel de l'activité est reportée vers de nouveaux centres hospitaliers, plus adaptés à l’exercice moderne de la médecine, tel que l'Hôpital Virgen del Rocío .

Fonctions hospitalières

C'est à la fin du Moyen Âge et au début de la Renaissance que se développent les hôpitaux en Occident Voir à ce sujet l’article Histoire de l'hôpital.. La création de l'Hôpital Majeur de Milan en 1448 par l'archevêque Rampini constitue la première fondation d'un centre hospitalier dotée des meilleures conditions d'accueil et de traitement pour l'époque Voir l'article Ospedale sur la wikipedia en italien..

L'Hôpital des Cinq-Plaies de Séville, fondé au milieu du dépasse en surface et en équipement tous les hôpitaux construits jusqu'alors. Il est doté de conditions sanitaires inédites pour l'époque. Alimenté en eau par un aqueduc, il est pourvu d'égouts, ces systèmes permettant de garantir au mieux la salubrité des installations. Destiné à l'origine aux femmes, il s'ouvre peu à peu aux hommes et reste durant plus de deux cents ans le plus grand hôpital d'Europe . Sa capacité d'accueil atteint le chiffre de patients, soignés par les sœurs de l'Ordre de la CharitéSource : La Sevilla que no vemos.. Fruit de la volonté d'une œuvre de charité, il se consacre essentiellement à l'assistance, notamment lors des périodes d'inondations ou d'épidémies.

Le Parlement andalou

En 1982, la Diputación de Séville cède gracieusement ces locaux à la Junta de Andalucía, l'entité chargée du gouvernement de la toute nouvelle communauté autonome d'Andalousie, qui projette dès 1986 d'y installer le Parlement autonome. Les travaux de rénovation et d'adaptation aux nouvelles fonctions du monument commencent en 1987, sous la direction des architectes Pedro Rodríguez y Alfonso Jiménez, et s'achèvent en 1992. Plusieurs patios sont restaurés, tandis que l'église est transformée en salle des séances et l'infirmerie en bibliothèque. Le de cette année, jour anniversaire de l'accès à l'autonomie par référendum, le Parlement andalou s'installe solennellement en ces lieux, qu'il occupe depuis. À partir de 1996 commence une deuxième phase de restauration, qui se concentre sur la rénovation de plusieurs patios secondaires. Elle permet de mettre au jour des vestiges archéologiques romains du , ainsi que des éléments islamiques. Enfin, une troisième phase de restauration, menée entre 2000 et 2003, a redéfini l'organisation interne du bâtiment, et a entraîné le déménagement vers d'autres lieux de la Cour des Comptes d'Andalousie, installée aux côtés du Parlement depuis 1992. Après ces longs travaux de restauration et de modernisation, l'Hôpital des Cinq-Plaies a retrouvé un nouvel éclat. Le roi Juan Carlos et la reine Sophie en personne ont inauguré le bâtiment rénové le . Depuis 1992, les séances du Parlement se tiennent en ces lieux, où sont également abrités tous les services parlementaires de la communauté autonome. L'ancien hôpital, dont la silhouette sert de logo au Parlement, est devenu un des symboles de l'autogouvernement andalou.

Description

L'Hôpital des Cinq-Plaies se présente sous la forme d'un gigantesque volume rectangulaire à deux niveaux, mesurant sur 156. Il demeura jusqu'à l'achèvement du Monastère de l'Escorial en 1584, le plus vaste bâtiment d'Espagne . Bâti hors les murs à l'époque, il se trouve aujourd'hui en lisière nord du centre historique de Séville, face aux murailles almohades ainsi qu'à la Porte et à la Basilique de la Macarena, à l'entrée du quartier du même nom. Les architectes de l'époque ont fait le choix d'un bâtiment construit selon les goûts italianisants de l'époque. L'hôpital est de ce fait un des meilleurs représentants de l'architecture de la Renaissance en Andalousie. L'inspiration maniériste y est patente, et trahit la forte influence de l'Antiquité classique.

Conscients de la nature de la construction, les concepteurs ont imaginé un édifice adapté aux fonctions à remplir, en suivant les modèles architecturaux des hôpitaux de la Renaissance. Leur modèle pourrait avoir été l'Hôpital majeur de Milan, les similitudes étant particulièrement fortes entre les deux constructions Fiche sur Artehistoria.. L'organisation générale adopte un plan cruciforme, pourvu de dix patios entourés de galeries, afin de faciliter l'aération des lieux et la pénétration de la lumière. De ces dix cours initiales, seules neuf ont été effectivement achevées, et huit ont été conservées. Ces carences sont à l'origine de l'aspect du plan, imparfaitement rectangulaire. L'angle nord-est du bâtiment est de ce fait inachevéConsultation du plan de l’édifice sur Sapiens..

L'extérieur

La façade principale, au sud face à La Macarena, mesure de long. D'une grande pureté, elle est ornée de tours d'angle à ses deux extrémités. Organisée en deux niveaux, elle est scandée par une succession de pilastres toscans au premier niveau et ioniques au second, qui définissent des travées dans lesquelles s'inscrivent différents éléments décoratifs. Les deux niveaux sont séparés par un entablement, composé d'une architrave et d'une corniche très épurés. Au premier niveau, les murs sont ornés de simples fenestrons surmontés d'un fronton sans-retour triangulaire. Au deuxième niveau, des fenêtres prennent place sur chaque travée. Elles sont encadrées par deux balustres engagés et un fronton triangulaire. L'entablement du toit (à deux versants et couvert de tuiles) est surmonté sur sa presque totalité par une délicate balustrade, et agrémenté de gargouilles au-dessus de chaque pilastre. Cette balustrade s'interrompt au centre de la façade, pour laisser place à deux élégantes lucarnes d'inspiration maniériste, et au portail principal en saillie.