vignette|500x500px|Infographie « Low-tech : Assurer durablement l'essentiel pour tous » regroupant les critères de toute démarche d'innovation low-tech (avril 2022).|alt=Innovation low-tech La , littéralement basse technologie, désigne une catégorie de techniques durables, simples, appropriables, résilientes produisant des objets facilement réparables et adaptables. Ce concept est souvent associé aux concepts de sobriété énergétique, sobriété matérielle et parfois de sobriété économique.
Étymologie Le terme (anglicisme) est créé en antonymie avec le terme (techniques de pointe). Il peut être traduit par «technologies douces» ou «technologies sobres et résilientes».
Définition et contexte La low-tech se veut une démarche technocritique, plutôt que technophobe. Elle s'oppose à l’obsession de la , celle-ci s'accorde du principe de techno-discernement., la low-tech est donc complémentaire à la high-tech dite utile. La low-tech désigne tout type de produits, de services, de procédés ou autres systèmes permettant, via une transformation technique, organisationnelle et culturelle, le développement de nouveaux modèles de société intégrant, dans leurs principes fondamentaux, les exigences de durabilité forte et de résilience collective..
Philippe Bihouix, spécialiste des ressources minérales, parle de démarche low-tech, parce qu'il estime en 2015, qu'elle exclurait sinon une trop grande majorité des biens et des services, et ce, alors que l'objectif principal de la low-tech est d'initier un mouvement global en inspirant le maximum de personnes, ceci afin de baisser le plus rapidement possible notre empreinte écologique et anticiper la descente énergétique et matérielle des années et des décennies à venir.. Il prend l’exemple du vélo qui semble low-tech au sens strict, mais pourtant sa fabrication nécessite de nos jours beaucoup et sans doute trop de haute technologie.. On pourrait donc dire que les low-tech au sens strict (lowest-tech: biens et services, ayant entre autres atteint l'optimum technologique), découlent de la démarche low-tech (lower-tech). Les métropoles, par leur complexité, et les villes moyennes et les petites villes, de par le fait qu'elles comporteraient, elles aussi, encore un nécessaire mélange low-tech/high-tech, afin par exemple de conserver de la high-tech dans la santé, la recherche et la défense, ne seraient des villes low-tech au sens strict, mais pourraient être d'abord des villes hybrides techno-discernées, puis des villes dans une démarche low-tech. Leur objectif serait donc surtout, une fois recentrées sur l'essentiel, de viser entre autres l'optimum technologique: plus basse intensité et plus grande simplicité technologique permettant de répondre aux besoins avec un haut de niveau de fiabilité.. Cette logique s’applique ainsi à la high-tech dite utile (ou essentielle) pour la rendre un peu plus low-tech. La high-tech utile n'est cependant alors pas low-tech au sens strict (lowest-tech) ou dans une démarche low-tech (lower-tech), mais l'on pourrait dire qu'une high-tech utile, en ayant atteint entre autres l'optimum technologique, serait le plus low-tech possible (lowest-high-tech), ou en le visant serait dans une démarche low-tech (lower-high-tech). Sur les mêmes principes ou presque Lower-tech et Lower-high-tech formeraient une démarche globale vers un monde plus low-tech.
Les low-tech sont donc bien plus que des solutions techniques ressorties du passé. ou bricolées, elles portent en elles des dimensions organisationnelles, systémiques, culturelles, voire politiques et philosophiques.. Cela rejoint en ce sens les propos d'Arthur Keller, pour qui la démarche low-tech est .. Dans le cas Français, il s'agirait de faire de la France la première Low-tech Nation., championne de la réparation, du réemploi et du zéro déchet.
Lorsqu'il s'agit de biens, ces technologies cherchent à être simples, bien pensées, bien dimensionnées et réparables. Elles sont issues d'une fabrication la plus locale possible, favorisant l'emploi, plus proche de l'artisanat que de la production industrielle, voire de la prosommation. Ce sont des technologies issues majoritairement de matériaux de réemploi, réutilisés, recyclés ou de matériaux biosourcés et géosourcés "premiers" et utilisent le moins possible de ressources / matériaux rares..
alt=Mobilité low-tech|vignette|Le skateboard comme moyen de mobilité low-tech. Les low-tech visent aussi à remettre l'homme au centre des activités par son savoir-faire et son sens pratique. Surtout, ces techniques évitent de développer une complexité interne qui serait cachée par une apparente simplicité d'utilisation: le processus menant à l'action voulue doit être le plus direct possible. Il s'agit d'être ingénieux dans la conception et de limiter l’effet rebond ou «paradoxe de Jevons». La est aussi un concept à caractéristiques humanistes quelquefois proche du Do it yourself, philosophie qui incite les individus à fabriquer leurs propres objets à partir de pièces détachées ou de composants simples. Les low-tech sont utilisées dans une volonté de s'affranchir des hautes technologies et de se réapproprier les objets. Les low-tech sont une solution là où la maintenance dépend de systèmes sophistiqués..
Les low-tech sont présentes dans la vie quotidienne. Par exemple, aller au travail à vélo, en skate ou en roller, réparer soi-même ses appareils au lieu de les jeter, jardiner bio ou tendre vers le zéro-déchet correspondent entre autres à la philosophie low-tech..
Selon Philippe Bihouix, les low-tech suivent "sept commandements".:
Remettre en cause les Besoins Concevoir et produire réellement durable Orienter le savoir vers l'économie de ressources Rechercher l'équilibre entre performance et convivialité Relocaliser sans perdre les bons effets d'échelle Démachiniser les services Savoir rester modeste
Historique Débuts Dès le début de son histoire, l'humanité a utilisé des matériaux et des techniques «low-tech», à savoir naturellement recyclables, biodégradables abondants et surtout peu polluants: la terre, la paille, la pierre, la laine, le bois, les moulins à vent, à eau et la traction animale. Cette période pré-industrielle est une bonne illustration de ce concept. A contrario, le monde moderne utilise massivement les énergies fossiles, les machines et des matériaux comme l'acier, le béton et le plastique..
Depuis les années 1970 À l'heure où les hautes technologies envahissent nos maisons, se pose la question de l'écologie. Les énergies fossiles s'épuisent, ce qui amène à revoir la durabilité de certaines techniques. À partir de là, plusieurs courants de pensée se sont formés. Certains pensent que les techniques de pointe alliant la robotique et l'intelligence artificielle seront notre futur écologique avec par exemple des voitures électriques ou des centrales électriques.
D'autres pensent au contraire que les techniques de pointe ne peuvent pas tout résoudre, car les matériaux utilisés pour créer cette technologie sont polluants, et énergivores. Il s'est ainsi développé une pensée critique de la haute technologie, dans les années 1960-1970.. Beaucoup ont cherché à définir ce qu'étaient les technologies douces, donnant naissance au mouvement low-tech. Ces dernières sont décrites comme «intermédiaires» (Ernst Friedrich Schumacher)., «appropriées»., «douces» (S. Brand), «libératrices» (Murray Bookchin)., «démocratiques» (Lewis Mumford)., «conviviales» (Ivan Illich)., «ouvertes» (Gilbert Simondon)., «alternatives» (G. Blanchttps://www.cairn.info/revue-z-2015-1-page-4.htm#no13 ), ou encore «différenciées» (Lambert).. Ainsi s'est développé un courant aux États-Unis prônant un usage répandu des technologies douces, et de nombreuses recherches sont effectuées dans ces années-là notamment par des chercheurs comme Langdon Winner. Ce mouvement est cependant mort dans l’œuf, à la suite notamment de nombreuses pressions des grands lobbys.
Depuis 2007 Le terme "low-tech" est de plus en plus cité dans la littérature scientifique, notamment dans les analyses des écrits des penseurs des années 1970 sus-mentionnés: voir par exemple Hirsch‐Kreinsen., le livre "High tech, low tech, no tech" ou Gordon.
Dans le contexte économique (montée des inégalités, crises financières) et environnemental (effondrement écologique) actuels, les low-tech connaissent un regain d'intérêt. En effet, ces solutions simples et peu coûteuses offrent une autre possibilité par rapport aux high-tech qui nécessitent des matériaux polluants et rares. Les low-tech investissent quasiment tous les secteurs: agriculture, médecine, architecture, sport, internet.… Cependant, l'ingénieur Philippe Bihouix, spécialiste de la finitude des ressources minières et de son étroite interaction avec la question énergétique, analyse que les hommes n'ont jamais autant "produit, pollué et jeté", et préconise l'éventuelle nécessité du retour à ces techniques au fur et à mesure de l'épuisement des ressources naturelles..
Depuis 2007, le néerlandais Kris de Decker publie le blog Low-tech Magazine. qui rassemble des réflexions sur des solutions low-techs, le problème des high-techs, et la remise au goût du jour de technologies anciennes. Selon son manifeste, les lowtechs ..
En 2015, le projet Low-tech Lab ouvre une plateforme web de documentation et de partage libre (type wiki) de low-tech et met en avant des temps de réflexion sur la philosophie low-tech..
Concept polymorphe Approche de la Fabrique écologique Selon la note de la fabrique écologique, le concept des low-tech, par opposition aux high-tech, est défini comme étant «une démarche visant, dans une optique de durabilité, à questionner nos besoins réels et développer des solutions aussi faiblement «technologisées» que possible, minimisant l’énergie requise à la production et à l’usage, utilisant le moins possible de ressources / matériaux rares, n’infligeant pas de coûts cachés à la collectivité.»
Elles sont basées sur des techniques les plus simples possible, les moins dépendantes possible des ressources non renouvelables, sur des produits réparables et maintenables dans la durée, facilitant l’économie circulaire, la réutilisation et le recyclage, s’appuyant sur les savoirs et le travail humain digne.
Cette démarche n’est pas seulement technologique, mais aussi systémique. Elle vise à remettre en cause les modèles économiques, organisationnels, sociaux, culturels. À ce titre, elle est plus large que l’écoconception.»
Toujours selon cette note, une autre manière, moins «technocratique», de définir les low-tech serait de les résumer comme une philosophie où l’on se poserait trois questions:
Est-ce réellement le plus soutenable possible (écologiquement et humainement)? Ou la question de la durabilité forte. Est-ce que ça nous rend plus résilients, autonomes, agiles? Ou la question de la résilience collective. Est-ce utile, est-ce que ça le vaut? Ou la question de la transformation culturelle. Cette définition prend en compte l'aspect philosophique, environnemental et social. Les low-tech ne sont plus des techniques non récentes comme dans l'approche anglosaxone, mais au contraire de nouvelles techniques orientées vers l'avenir, plus écologiques et destinées à recréer des liens sociaux. Il y a alors possibilité d'innovation low-tech.
Contrairement à la définition anglosaxone, celle-ci est beaucoup plus optimiste et a une connotation positive. Il s'agirait alors d'une lutte contre l'obsolescence programmée des objets pourtant prétendus «high-tech» et d'une remise en question de la société de consommation, ainsi que de la pensée matérialiste qu'elle induit. Le concept de low-tech ainsi défini comprend une dimension humaniste selon laquelle chacun pourrait élaborer ses objets en usant de son intelligence et partager son savoir-faire pour démocratiser ses créations. Les low-tech se doivent donc d'être accessibles à tous et pourraient par conséquent contribuer à réduire les inégalités.