L’hépatite E est une hépatite virale (inflammation du foie), due à une infection provoquée par le virus de l'hépatite E ou VHE (en anglais, hepatitis E virus ou HEV). L'infection par ce virus a été décrite pour la première fois en 1955 au cours d'une épidémie à New Delhi, en Inde.. Certains épidémiologistes la présentent comme une maladie émergentePéron, J. M. (2011). Hépatite aiguë E autochtone: une maladie émergente. Post’U FMC-HGE, 225-229 (résumé). Nicand E, Bigaillon C & Tessé S (2009) Hépatite E: maladie émergente?. Pathologie Biologie, 57(2), 203-211 (résumé).

Virologie Les particules virales ont un diamètre de 27 à 34 nanomètres. Elles n’ont pas d’enveloppe et sont composées d'ARN simple brin, long d'environ contenant trois cadres de lecture, accès libre.. Ce génome est dit « de polarité positive » ce qui signifie que le génome viral est directement traduit par la machinerie cellulaire en servant directement d'ARN messager. Les particules virales ont été mises en évidence pour la première fois en 1983. mais le génome a été cloné en 1990 seulement..

Il a été classé initialement dans la famille des caliciviridae. Toutefois, son génome ressemble de très près à celui du virus de la rubéole. Il est maintenant classé comme membre unique du genre Hepevirus, lui-même unique genre de la famille des Hepeviridae..

Il existe plusieurs génotypes, numéroté de 1 à 4. Le génotype 3 est le plus fréquent dans les pays occidentaux Holmberg SD, Hepatitis E vaccine: not a moment too soon, Lancet, 2010;376:849-851, il est le plus souvent bénin et asymptomatique et le seul à avoir un réservoir animal. Les génotypes 1, 2 et 4 sont beaucoup plus fréquents dans les pays en voie de développement, donnant des atteintes plus sévères et posant un problème de santé publique avec une transmission essentiellement hydrique.

Épidémiologie L'hépatite E est très répandue dans la plupart des pays en développement et fréquente dans tous les pays au climat chaud. Elle est très répandue en Asie du Sud-Est, en Afrique du Nord et du centre, en Inde et en Amérique centrale. Elle se propage principalement par le biais de la contamination fécale de l'approvisionnement en eau ou en nourriture. La transmission directe de personne à personne est rare. Des épidémies d’hépatite E se produisent le plus souvent après de fortes pluies et après les moussons en raison de la perturbation de l'approvisionnement en eau qu’elles entraînent. Les principaux foyers se situent à New Delhi, en Inde ( en 1955), en Birmanie ( en 1976 - 1977), au Cachemire, en Inde ( en 1978), Kanpur, en Inde ( en 1991), et en Chine ( entre 1982 et 1991). Les formes épidémiques touchent deux à trois fois plus d'hommes que de femmes.

Dans les pays développés, le virus de l'hépatite E est parfois autochtone, c'est-à-dire que les personnes atteintes n'entrent pas dans les catégories de personnes dites à risque, revenant d'un voyage à l'étranger. Les malades atteints d'une hépatite E sont peu détectés, car devant la rareté de cette maladie (quelques dizaines de cas aigus annuels en France) et en l'absence de suspicion raisonnable, les services de santé ne pensent pas à cette possibilité. On peut ainsi voir en service hospitalier d'hépatologie des patients présentant des hépatites aigües sévères qui subissent de très nombreux examens (IRM, tests non invasifs, biopsie…) incluant même la recherche de maladies orphelines telles que la maladie de Wilson, avant que l'équipe médicale ne pense à l'hépatite E qui peut se révéler finalement la cause de la maladie. L'hépatite E est une maladie à déclaration obligatoire en Allemagne mais pas en France, où le réseau d'observation est resté peu organisé jusqu'en 2009.

Les statistiques montrent pourtant que les cas sont en augmentation. En 2008, une étude réalisée dans le Sud-Ouest à partir d'échantillons de 529 donneurs de sang a montré que les anticorps IgG anti-VHE étaient présents dans 16,6 % des cas, avec une moyenne de 14,2 % chez les donneurs de sang de la zone urbaine de Toulouse et de près de 20 % chez les donneurs issus des zones rurales de l'Ariège, les chasseurs présentant le plus fort taux de prévalence.. Parmi les cas testés, 293 n'avaient jamais voyagé hors de France, et 15 % d'entre eux présentaient des anticorps IgG anti-virus de l'hépatite E. La transmission par voie transfusionnelle est donc possible et a été attestée Colson P, Coze C, Gallian P, Henry M, De Micco P, Tamalet C, « Transfusion-associated hepatitis E, France » Emerg Infect Dis. 2007;13:648-649.

Réservoir animal Plusieurs animaux domestiques (le porc en premier lieu) sont connus comme réservoir au génotype 3 du virus de l'hépatite E.

Porc domestique Des études montrent des taux d'infection supérieurs à 95 % chez les porcs domestiques.. En France, le VHE circule dans 65 % des élevages de porc ; et 31 % des animaux abattus présentent des anticorps anti-VHE. Et 4 % des foies de porc prélevés à l’abattoir (avant entrée dans la chaîne alimentaire) portaient le VHE..En 2007, deux patients en France avaient consommé de la viande de porc séchée dans le sud du pays, quelques semaines avant de déclarer la maladie. La viande de porc crue ou mal cuite pourrait être responsable des cas autochtones en France Deest G, Zehner L, Nicand E, Gaudy-Graffin C, Goudeau A, Bacq Y. (Service d'Hépatogastroentérologie, Hôpital Trousseau, CHRU de Tours) « Autochthonous hepatitis E in France and consumption of raw pig meat » Gastroenterol Clin Biol. 2007 Dec ;31(12):1095-7., hypothèse confirmée par l’agence française de sécurité sanitaire des aliments dans un avis du à propos du risque de transmission par des saucisses crues à base de foie de porchttp://www.anses.fr/Documents/MIC2009sa0101.pdf. Des cas d'infection par le VHE à la suite de la consommation de viande de porc ou de cerf insuffisamment cuites ont été également documentés au Japon. En 2011, une étude a recherché le virus (ARN viral) dans plusieurs produits à base de foie de porc cru collectés en France au stade final de production ; figatelli, saucisses sèches de foie et quenelles de foie étaient contaminées à hauteur respectivement de 30 % [23-38 %], 29 % [22-36 %] et 25 % [15-37 %].. L'ARN du VHE a aussi, mais en moindre proportion, été trouvé dans des foies salés séchés (3 %, IC 95 [0-10 %]). Et une étude datant de 2012 a, au Royaume-Uni, trouvé que 10 % des saucisses prélevées dans des points de vente étaient contaminés par le VHE. Des figatelli non cuits (saucisses de foie cru de porc) ont dans le sud de la France été à l'origine de cas groupés d’hépatite E. On a montré en 2010 que 39 % des patients détectés en métropole avaient consommé des produits à base de foie cru de porc (figatelli, saucisse de foie), crus ou peu cuits pour 76 % d’entre eux. Des jambons crus et/ou secs, des saucisses à tartiner, longanisse, soubressade, saucisson, rosette, chorizo sont des produits qui risquent de contenir le virus et de permettre sa transmission à l'humain même si aucun cas clinique n’a été démontré (le VHE a été trouvé dans le muscle du porc dans des conditions expérimentales et les procédés de fabrication de ces produits ne sont pas susceptible de détruire le VHE http://www.anses.fr/sites/default/files/documents/MIC2010sa0145Fi.pdf ).Le VHE infectieux a aussi été trouvé dans les foies de porc mis sur le marché dans d'autres pays (Japon, USA, Pays-Bas, Royaume-Uni). La consommation de foie ou de préparations à base de foie cru ou mal cuit représente donc un risque élevé de contamination par le VHE.

Différents éléments montrent que le porc/sanglier présente actuellement le plus de risque : l'hépatite E présente dans les élevages porcins et chez les humains sont de même génotype (génotype 3) Lu I, Li C, Hagedorn CH. 2006 « Phylogenetic analysis of global hepatitis E virus sequences : Genetic diversity, subtypes and zoonosis » Rev Med Virol. 16:5–36 ; la population porcine est considérée comme un réservoir du virus en Espagne de Deus N, Seminati C, Pina S, Mateu E, Martin M, Segales J. 2007 « Detection of hepatitis E virus in liver, mesenteric lymph node, serum, bile and faeces of naturally infected pigs affected by different pathological conditions » Vet Microbiol. 119:105 – 114., aux Pays-Bas van der Poel WH, Verschoor F, van der Heide R, Herrera MI, Vivo A, Kooreman M, de Roda Husman AM. 2001 « Hepatitis E virus sequences in swine related to sequences in humans, The Netherlands » Emerg Infect Dis. 7:970 – 976. et aux États-Unis Meng XJ, Wiseman B, Elvinger F, Guenette DK, Toth TE, Engle RE, Emerson SU, Purcell RH. 2002 « Prevalence of antibodies to hepatitis E virus in veterinarians working with swine and in normal blood donors in the United States and other countries » J Clin Microbiol. 40:117 – 122 ; et enfin, une convergence d'éléments à granularité plus faible, par exemple le taux de prévalence deux fois plus élevé chez les vétérinaires porcins que chez les vétérinaires non porcinsBouwknegt, in Epidemiol Infect. 2008.

Selon le ministère français de la santé : "La consommation de ces produits même cuits est à déconseiller chez les personnes à risque de développer une forme grave d’hépatite E (patients immunodéprimés, patients atteints d’une hépatopathie chronique préexistante, femmes enceintes" http://www.sante.gouv.fr/IMG/pdf/Fiche_Hepatite_E.pdf).

Gibiers Plusieurs espèces de gibier sont source d'hépatites. : au début des années 2000, le sanglier, proche du porc, est séropositif en France dans 14 % des cas (en moyenne, ce taux grimpe à 22,6 % dans le sud du pays) ; et plusieurs études ont montré au Japon des transmission du VHE chez des personnes ayant mangé de la viande cru ou peu cuite de chevreuil ou de cerf, et en Allemagne de la venaison de sanglier a été montrée porteuse du virus ; les viandes et abats de sanglier, de cerf consommés crus ou peu cuits (surtout la fressure : cœur, rate, foie, poumons) présentent des risques élevés de transmission zoonotique du VHE. ; le taux de transmission à l'humain par cette voie et son importance pour la santé publique sont toutefois encore mal définis ; le lapin peut aussi être porteur du virus de l'hépatite EPavio, N., Lunazzi, A., Barnaud, E., Bouquet, J., & Rogée, S. (2010) Hépatite E : nouvelles connaissances du côté animal. Bull Epidemiol Hebd, 14, 19-21 ; les cervidés le sont également. Remarque : chez les animaux sauvages, une multiplication active du virus a aussi été constatée chez les rats et les mangoustes.

Fruits de mer ? Des mollusques filtreurs (huîtres, moules, coques, coquilles Saint-Jacques, mais aussi des bivalves d’eau douce (Corbicula japonica) ...) sont suspectés d'avoir déjà transmis le VHE, par exemple en Écosse et lors d'une croisière sur un paquebot où une épidémie d’hépatite E s'était déclarée. Dans les pays pauvres, la circulation du VHE se fait surtout par voie hydrique et l'ingestion d'eau ou d'aliments souillés par des matières fécales est responsable de graves épidémiesSanté publique France ; Hépatite E, Point sur les connaissances mis en ligne le 19/09/2014Source and route of HEV1-4 infection", article Kamar N, Bendall R, Legrand-Abravanel F, Xia NS, Ijaz S, Izopet J, Dalton HR. Lancet. 2012 Jun 30;379(9835):2477-88. doi: 10.1016/S0140-6736(11)61849-7)..

Les rats Ils portent aussi ce virus.. Le premier cas connu d'infection humaine par l'hépatite E du rat a été diagnostiquée dans une cité de Hong Kong (Chine) en , chez un homme de 56 ans peu après sa greffe de foie ; il aurait pu avoir été infecté par des aliments contaminés par des excréments de ratsA Hong Kong, le premier cas humain d'hépatite E du rat | Science et Avenir & AFP, 28 sept 2018. En 2020, une dizaine de cas d'humains supposés contaminés par des rats a été signalée, nombre probablement sous-estimé selon les médecins locaux..

Animaux de laboratoire