La place des femmes dans l'Église catholique fait l'objet de nombreuses recherches, comme en témoigne la bibliographie abondante sur le sujet. L'Église catholique a, dès l'origine et de façon continue, insisté sur l'égale dignité des femmes et des hommes. Au cours des siècles passés, et parfois encore aujourd'hui - mais cela est davantage débattu - elle a aussi mis en avant les spécificités de leurs rôles respectifs. Malgré cette égale dignité spirituelle, la subordination pratique des femmes aux hommes au cours de l'histoire de l'Église, ainsi que de nombreux préjugés concernant les femmes que l'on peut relever par exemple chez les Pères de l'Église., est un fait historique attesté par de nombreuses recherches.. Les rôles décisionnels et la hiérarchie de l'Église étant aujourd'hui encore exclusivement ou quasi-exclusivement aux mains des clercs (masculins), la question de permettre aux femmes l'accès à des prises de décisions au sein de l'Église fait l’objet de débats.

La vision catholique des femmes

Pour l’Église catholique, les femmes ont une dignité égale à celle des hommes. Elles ne sont ni inférieures, ni impures Catéchisme de l'Église catholique, articles 369 et suivants : 369 : L’homme et la femme sont créés, c’est-à-dire ils sont voulus par Dieu : dans une parfaite égalité en tant que personnes humaines, d’une part, et d’autre part dans leur être respectif d’homme et de femme. , est une réalité bonne et voulue par Dieu : l’homme et la femme ont une dignité inamissible qui leur vient immédiatement de Dieu leur créateur (cf. Gn 2, 7. 22). L’homme et la femme sont, avec une même dignité, . Dans leur et leur , ils reflètent la sagesse et la bonté du Créateur. – 371 : Créés ensemble, l’homme et la femme sont voulus par Dieu l’un pour l’autre..

Contrairement à une légende, l'Église n’a jamais mis en doute le fait que les femmes possèdent une âme. Pour le christianisme, le statut de la personne et sa dignité sont indépendants de l'origine ethnique, de la situation sociale ou de la dimension sexuelle, comme l'indique explicitement l’apôtre Paul de Tarse dans l'Epître aux Galates quand il rappelle l'égalité fondamentale de tous les baptisés :

Toutefois, selon le dominicain François Bœspflug, le discours ecclésiastique sur les femmes tend à enfermer celles-ci dans une identité fictive, déterminée par la et la volonté de Dieu : vocation à aider, obéir, se taire et servir les hommes (les enfants, les malades, les pauvres, les vieux…). Pour éviter d’être une nouvelle Ève tentatrice, il faudrait que les femmes prennent pour modèle Marie, à la fois vierge et mèreFrançois Bœspflug, Revue Esprit, décembre 2014, ..

De même, pour l'historien des religions Odon Vallet, le catholicisme ne déroge pas à une constante : « Au-delà des particularismes confessionnels, les grandes religions manifestent une étonnante proximité dans leur représentation de l'idéal féminin ; les femmes doivent être d'abord fidèles et fécondes, et sont avec des degrés variables souvent reléguées à un statut social globalement secondaire »Odon Vallet, Femmes et religions - Déesses ou servantes de Dieu ? Paris, Gallimard, 1994, , cité dans le rapport Étude sur la liberté de religion ou de conviction et la condition de la femme au regard de la religion et des traditions Commission des droits de l'Homme, ONU 2002 ..

Le théologien protestant Gérard Delteil propose une analyse similaire à partir de textes catholiques, analyse qu'il estime transposable aux trois grands monothéismes. Au-delà du discours sur l'égale dignité des femmes et des hommes, il existe un discours sur la différence, « inscription religieuse de l'inégalité qui marque la prédominance masculine ». Cette prédominance s'exerce via la codification des rôles au sein de l'Église, mais aussi via un phénomène d'idéalisation/stigmatisation, qui tend à enfermer les femmes dans des stéréotypesGérard Delteil, Les racines religieuses de l'inégalité hommes - femmes, Conférence mars 1999 .. Ces idées sont cependant aujourd'hui débattues au sein même de l'Église ainsi que par des théologiennes. et théologiens. catholiques.

Les femmes dans la Bible Épîtres de Paul Même si Paul reconnaît l’égalité des femmes et des hommes dans le Christ, il demande aux femmes « de se taire dans les assemblées » (1 Co 14, 34) .

Paul demande aussi femmes de se couvrir le chef : « Toute femme qui prie ou prophétise sans avoir la tête couverte fait honte à sa tête : c’est exactement comme si elle était rasée. En effet, si elle ne se couvre pas, qu’elle aille jusqu’à se faire tondre ; et si c’est une honte pour la femme d’être tondue ou rasée, qu’elle se couvre. » (1 Co 11, 05-06)

Mais lui-même dialogue avec les femmes. À Philippes, disent les Actes, « nous étant assis, nous adressâmes la parole aux femmes qui s’étaient réunies. L’une d’elles, Lydie, nous écoutait… » (Ac 16, 13). Dans ses lettres, il salue plus de quinze femmes auxquelles il confie des responsabilités importantes. À Chencrée, port de Corinthe, il charge Phoebée du diaconat et de la présidence d’une communauté (Rm 16, 1) .

Évangiles Dans les Évangiles, on ne voit pas les apôtres parler aux femmes. (Il y a une exception cependant : la réponse de Pierre à la servante du grand prêtre qui le reconnaît au soir de l’arrestation de Jésus : « Je ne sais pas ce que tu veux dire », Mc 14, 68.)Élisabeth Dufourcq, « Les chrétiennes, apôtres des apôtres et miroir de l’Église », Études 2010/6.

Or Jésus converse régulièrement avec les femmes. Davantage : il reconnaît souvent en elles la force de l’Esprit. On le voit par exemple dans l’épisode de la guérison de la fille d’une Cananéenne (Mc 7, 24-30), ou dans le dialogue avec Marthe avant la résurrection de Lazare (Jn 11, 25-27). Mais, en même temps, Jésus n’admet ni que les femmes s’enferment dans la vie domestique (Lc 10, 41), ni qu'elles se cantonnent à leur condition biologique. À la femme qui l’interpelle crûment en bénissant le ventre qui l’a porté et les seins qu’il a sucés, Jésus répond : « Bienheureux plutôt ceux qui font la volonté de mon père » (Lc 11, 27-28).

Jésus ignore ostensiblement les tabous qui pèsent sur les femmes qu’il rencontre : il se laisse toucher par la femme qui perd son sang (Mt 9, 20-22), il accepte l’hommage d’une pécheresse anonyme sous le regard réprobateur de Simon le pharisien (Lc, 7, 36-50), il demande de l’eau à une Samaritaine, l’étrangère infréquentable (Jn 4, 1-42)..

Moins que par des paroles, la relation de Jésus et des femmes se révèle donc par des gestes ou des attitudes. L'épisode du flacon de parfum brisé (Jn 12, 1-11) illustre sa proximité avec Marie de Béthanie. Au Calvaire, les femmes, nommées par leurs noms, donnent par leur présence une ultime preuve de leur fidélité. Et, au matin de Pâques, ce sont les femmes, venues parfumer le cadavre de leur maître défunt, qui reçoivent la révélation de la résurrection (Mt 28, 1-10, Mc 16, Lc 24, Jn 20, 10-18).

Les femmes sont les premières témoins de la résurrection, dans les quatre évangiles. Pour cette raison, et pour la phrase du Christ « va dire à mes frères que je monte vers mon Père qui est aussi votre père » (Jn 20, 17), Marie-Madeleine est aussi appelée « l'apôtre des apôtres ».

La Vierge Marie présente dans les quatre Évangiles, occupe dans l'histoire du salut et pour tous les chrétiens une place prédominante. Elle est celle qui a porté Dieu en son sein, et qui, en rendant possible l'Incarnation a rendu le salut accessible à tous les hommesCatéchisme de l’Église catholique, , , , et suivants..

Évolution historique Christianisme primitif

Moyen Âge

Statut des femmes nobles

Du XVII au XIX siècle

XX siècle

XXI siècle

Statut actuel

Théologie traditionnelle

Saint Augustin

Saint Augustin, dans la Trinité XII, 7, explique que la femme n’est pas l’image de Dieu au même titre que l’homme. En tant que homo, la femme est image de Dieu en son âme rationnelle, mais en tant que femina, elle ne le reflète pas dans son corps. Plus précisément, la femme n’est image de Dieu qu’avec son mari, alors que le mari est en lui-même image parfaite de Dieu. L’existence corporelle de la femme la voue ainsi à une fonction d’auxiliaire de l’hommeS. Agacinski, Métaphysique des sexes. Masculin/féminin aux sources du christianisme, Seuil, 2005, ..

Saint Thomas d'Aquin Saint Thomas d’Aquin commente, dans la Somme théologique, la question des rapports femme-homme (voir , ).

Le récit de la création signifie que la distinction des sexes a pour finalité la reproduction de l’espèce : l’homme, en tant que sexe premier, reçoit une aide pour son activité procréatrice. La perspective de Thomas n’est cependant pas celle d’une complémentarité réciproque entre la femme et ’homme, mais celle d’une relation entre le supérieur et le subordonné.

Cette soumission par nature de la femme à l'homme est pour saint Thomas au fondement du refus du sacrement de l'ordre pour les chrétiennes.

Certes, en tant qu’être humain (homo), possédant la qualité d’image de Dieu, la femme a, non moins que l’homme (vir), la béatitude pour finalité naturelle. Toutefois, comme cette finalité ne sera réalisée que dans la gloire éternelle, dans la vie terrestre, elle demeure assujettieK.E. Borresen, Subordination et équivalence. Nature et rôle de la femme d’après Augustin et Thomas d’Aquin, Paris, Mame, 1968, et suivantes..

Les religieuses aujourd'hui vignette|Carmélites de la communauté de Nogoyá (Argentine), en 2013. thumb|Mère Teresa des Missionnaires de la Charité. On compte en 2014 plus de religieuses dans le monde. La diminution globale par rapport à 2013 est de environ. Les augmentations, sur l’année, concernent l’Afrique (environ +700) et l’Asie (environ +), alors que les diminutions sont enregistrées en Amérique (environ –), en Europe (environ –) et en Océanie (environ –200)..

En 2004, aux États-Unis et au Canada, entre 78 % et 82 % du clergé régulier sont des femmes. La proportion est de 76 % en Europe.. Au Canada en 2004, l’âge moyen des religieuses est de 73 ans. Aux États-Unis en 1999, la moyenne est de 69 ans. En France, la même année, elle est de 74 ans..

Les congrégations féminines se dirigent elles-mêmes, même si elles sont ultimement soumises aux évêques et au Saint-Siège. L'abbesse, supérieure d'une abbaye, est élue par ses consœurs réunies en chapitre.

Les salésiennes forment la congrégation religieuse féminine la plus importante au monde. Parmi les autres ordres notables, on peut citer : les Petites sœurs des pauvres, fondées en 1839 par Jeanne Jugan et engagées dans une action caritative internationale, pour l’accueil et le soin des personnes âgées pauvres et isolées ; les Sœurs de la Miséricorde fondées par Catherine McAuley en 1831 ; les Sœurs de Saint-Joseph du Sacré-Cœur fondées en 1866 par Mary MacKillop ; les Missionnaires de la Charité fondées en 1950 par mère Teresa.

Place des femmes dans la vie ecclésiale

Présence majoritaire dans les emplois de service cléricaux

Du fait notamment de la baisse du nombre des prêtres, les laïcs participent de plus en plus au travail religieux. Or, en France, on observe une très forte féminisation des permanents laïcs (en 2015, les trois quarts des laïcs ayant une lettre de mission dans les diocèses de France métropolitaine sont des femmes). Les femmes occupent aujourd’hui des postes autrefois réservés à des prêtres.. En paroisse, elles font la catéchèse, préparent au baptême et au mariage, accompagnent les familles en deuil etc.

En 1984, sur catéchistes de l’enseignement primaire et dans le premier cycle secondaire, 87 % étaient des femmes. En 1994, parmi les laïcs catéchistes, la proportion des femmes est de 90,2 %..