Sir Benjamin Hodkinson Cowburn (Lancashire, -Boulogne-Billancourt, ) est, pendant la Seconde Guerre mondiale, un agent secret britannique du Special Operations Executive.

Il est envoyé quatre fois en France et y accomplit ses missions avec une grande efficacité sans jamais être arrêté, ce qui constitue un record de longévité (1941 à 1944), grâce à son sens aigu de la sécurité.

Identités État civil : Benjamin Hodkinson Cowburn Prénom familier : Ben Comme agent du SOE, section F : Nom de guerre (field name) : successivement « Benoît », « Valérien », « Germain », « Gérard ». Nom de code opérationnel : Tinker (en français Rétameur)

Biographie

Avant guerre Né le ., il suit une formation d'ingénieur puis travaille et réside à Paris avant la guerre. Il y épouse une Française.

En 1941, il est recruté au Royaume-Uni par le SOE.

Première mission Le but de la mission est d'étudier les conditions de préparation de sabotages (avec des moyens parachutés par le SOE, avec l’aide de résistants français à recruter) dans la zone occupée, avec un regard particulier sur les raffineries et la distribution de pétrole. Son nom de guerre est « Benoît ».

Le ., après plusieurs tentatives début août reportées en raison du mauvais temps, il est parachuté d’un bombardier Whitley, avec cinq autres agents (Victor Gerson « René », George Langelaan « Marcel », Jean du Puy « Camille », Michael Trotobas « Michel », André Bloch « Georges »), à Tendu, au nord d’Argenton-sur-Creuse. Comité de réception : Georges Bégué, Max Hymans et Auguste Chantraine, le maire de Tendu.

Il effectue des voyages dans le midi où il prend contact avec des amis d’avant-guerre et enquête sur les conditions de vie et sur l’opinion des Français. De retour à Châteauroux pour y rencontrer Georges Bégué qui doit lui procurer l’adresse d’André Bloch « Georges IX », son futur opérateur radio, il rencontre Pierre de Vomécourt « Lucas », premier agent du SOE à avoir pénétré en zone occupée, travaillant à Paris et qui avait reçu « Georges IX ».

Première traversée de la ligne de démarcation, avec l’aide d’un guide : train jusqu’à Pau, autocar jusqu’à Aire, second car vers Hagetmau (premier village en zone occupée), traversée de la ligne à pied. Poursuite du voyage : autocar jusqu’à Dax, train jusqu’à Bordeaux, puis train de nuit jusqu’à Paris-Austerlitz.

Le jour de son arrivée, il se rend place des Ternes dans un restaurant convenu, où il retrouve Pierre de Vomécourt « Lucas », qui lui donne des nouvelles : six agents SOE travaillent en zone occupée ; il s'agit de Roger, Gaston, André Bloch « Georges IX », Denis, et eux deux.

Le soir du même jour, dans un bar de Montparnasse, il rencontre pour la première fois « Georges IX », qui est le seul opérateur radio. Après quelques jours, il loue un studio à Neuilly et engage les prises de contact pour constituer son réseau et repérer des terrains adaptés au parachutage de containers et former des groupes pour réceptionner, dissimuler et transporter les matériels, ou pour exécuter les sabotages.

« Georges IX » s’installe au Mans en octobre. En novembre, à la demande de Pierre de Vomécourt « Lucas », qui est inquiet, il va au Mans et constate que « Georges IX » a été arrêté. Il décide d’attendre que Londres lui envoie un nouvel opérateur radio avant de demander des livraisons de matériel. Un contact intéressant lui ayant été indiqué en zone libre, il repasse la ligne de démarcation. Pour ce faire, avec la complicité de cheminots, il se cache dans une cavité située sous le tender du train Bordeaux-Montauban. Il règle ses affaires à Marseille et expérimente au retour une autre méthode de passage de la ligne de démarcation, à pied (près de Ribérac) en continuant en autocar (d’un arrêt près de Ribérac à Montmoreau-Saint-Cybard) puis en train jusqu’à Angoulême.

De à se déroule l'affaire de La Chatte (voir à Mathilde Carré).

En 1942, au Mans, tandis que Pierre de Vomécourt « Lucas » et Mathilde Carré « Victoire » rentrent à Paris, Cowburn prend le train de Tours, puis celui de Bordeaux. Il descend à Angoulême et repasse la ligne près de Ribérac. Autocar pour Périgueux, arrivée à Limoges. Le lendemain il rencontre Philippe de Vomécourt « Gauthier », frère de « Lucas », qui lui conseille d’aller à Vichy rencontrer quelqu’un qui pourrait transmettre pour lui un message à Londres, et de se rendre à Lyon pour rencontrer une dame qui pourrait l’aider à rejoindre l’Angleterre. Ce qu’il fait (il s'agit de Virginia Hall « Marie »). Puis c'est le voyage de retour : Marseille (bar Le Petit Poucet), train jusqu’à Toulouse ; puis Perpignan, Banyuls et randonnée à pied pour traverser les Pyrénées.

Bilan de la première mission Il a établi des contacts à Saint-Gaudens (Haute-Garonne) et aux Pétroles Jupiter à Paris, grâce auxquels il a obtenu des renseignements utiles sur la situation pétrolière en France. Il a établi les bases d'un futur réseau de sabotage. Il a mis au point des méthodes clandestines.

Après sa traversée des Pyrénées à pied, il arrive à Vilajuïga, au consulat britannique. Suite en voiture : Barcelone, Madrid (où il rencontre Peter Churchill « Michel »), Lisbonne. Quelques jours plus tard, retour en avion depuis l’aérodrome de Cintra. Le , il rejoint Londres où il retrouve Pierre de Vomécourt « Lucas ». Il fait son rapport. Il est décidé de renvoyer Pierre de Vomécourt en France à la prochaine lune.

Le , Pierre de Vomécourt est parachuté en France, avec son nouveau nom « Sylvain ». Le 25, il est arrêté, ainsi que Roger Cottin « Albert » et Noël Burdeyron « Gaston ».

Deuxième mission Le but de la mission est de prendre la direction du réseau Tinker dans le département de l'Indre. Son nom de guerre devient « Valérien ».

Dans la nuit du 1/, il est parachuté à l’aveugle, depuis un Halifax, avec Edward Wilkinson « Alexandre ». Le lâcher s'avère imprécis : au lieu d'atterrir près de Bellac comme prévu, ils se retrouvent près du Grand-Bourg, à . Cowburn ne retrouve son compagnon que deux jours plus tard à Tarbes. Leurs premières visites sont : Charles Rechenmann « Julien » à Tarbes, puis Virginia Hall « Marie » à Lyon, pour obtenir l’adresse de leur radio, qu’il finit par rencontrer mais qui demande un délai pour régler des affaires personnelles. Ils vont ensuite à Paris, en passant la ligne de démarcation, tous les deux calés dans le réduit du tender. Ils arrivent à Bordeaux où ils prennent l'express de nuit pour Paris. Ils se séparent alors. Le radio tardant à arriver, ils se revoient régulièrement. Finalement Cowburn retourne à Lyon, toujours dans le tender, pour vérifier ce qui se passe. « Marie » lui apprend que l'opérateur radio pressenti a échoué à passer la ligne, et qu’il allait être remplacé par un opérateur plus débrouillard.

Le sont arrêtés à Limoges Edward Wilkinson « Alexandre », Richard Heslop « Fabien » et Denis Rake « Justin ». L'apprenant de la bouche de Virginia Hall « Marie », Cowburn se résigne à travailler seul quelque temps encore. Le sont sabotées plusieurs lignes électriques à haute tension de la centrale d'Éguzon.

Un Lysander le ramène en Angleterre le 26/, en compagnie de Georges Duboudin « Alain »Décollage à au nord-ouest de Garnerans, Ain. Arrivée : Tangmere..

Bilan de la mission Avec l'aide d'Auguste Chanteraine, Cowburn a organisé la réception de deux parachutages d'armes et d'explosifs, parachutages qui avaient été préparés par Denis Rake « Justin » avant son arrestation - qui vont servir à équiper les premiers résistants du secteur. Il a dirigé plusieurs sabotages : outre les lignes à haute tension de la centrale électrique d'Éguzon, citons l'usine d'aviation Bloch à Châteauroux par introduction d'abrasifs dans les machines-outils.

Troisième mission La mission consiste à établir et diriger le réseau Tinker II dans le secteur de Troyes, chef-lieu de l’Aube. Son nom de guerre devient « Germain ».

Il est parachuté dans le bois de Saint-Lomer à La Salière le 10/, un écart de Thenay (Loir-et-Cher), depuis un bombardier Halifax. Il est accompagné d’un autre agent, John Barrett « Honoré », qui doit devenir son opérateur radio. Par prudence, ils ont choisi d’emporter deux émetteurs radio. Le parachutage a lieu. Quelques conteneurs demandés par le comité de réception sont aussi largués. Le comité de réception est composé de trois hommes : Pierre Culioli « Adolphe » et deux fermiers Théo Berthin, de Contres, et Eugène Pruvost du hameau de La Salière près de Phages, commune de Thenay.

Appliquant les instructions reçues, Cowburn va à Paris remettre au chef du réseau Prosper-Physician, Francis Suttill en personne, d’officier à officier, des cristaux d’émetteur radio. À Paris, Suttill présente Cowburn à Henri Garry, chef du réseau Phono (ou Cinéma), et qui lui-même présente à son tour Cowburn à Pierre Mulsant, un industriel qui a épousé une Troyenne. Depuis déjà un certain temps, Suttill envisageait d’implanter le réseau Prosper-Physician dans l’Aube, et en , il avait même demandé à France Antelme « Renaud », alias Antoine Ratier, de travailler à l’implantation d’un groupe dans le secteur de TroyesPar l’intermédiaire d’Henri Garry, France Antelme avait pris contact avec Maurice Roland et par lui, avec Vassart, procureur de la République à Troyes. Quant à Pierre Mulsant, il avait créé à Troyes le groupe Abélard, lié au réseau SOE d’Octave Simon, pseudo Badois, lui-même en relation avec le réseau Autogiro de Pierre de Vomécourt « Lucas ». Ce réseau avait fait homologuer deux terrains de parachutage dans l’Aube, l’un situé à au nord-ouest, l’autre à à l’est-sud-est de Troyes, mais ils étaient si éloignés l’un de l’autre que deux comités de réception au sol avaient dû être mis en place. Deux opérations ont échoué sur chacun de ces deux terrains, au cours de la nuit du 13 au 14 avril 1943, et au cours de la nuit du 15 au 16 avril 1943, et ont été répétées avec succès sur deux autres terrains situés l’un à Falaise (5 containers largués) et l’autre à Gisors (10 containers largués)..

Lorsque Cowburn arrive sur place, il peut utiliser les deux terrains mentionnés, mais il en ajoute un troisième, à l’ouest de Troyes. Avec son équipeL’équipe troyenne de Tinker est constituée de : Robert Stein, industriel, beau-frère de Pierre Mulsant ; son frère, l’avocat Pierre Stein ; Louis Balthazart ; Gabriel Manser. Elle constitue des dépôts d’armes, de munitions et d’explosifs, et prépare des actions de sabotage en prenant contact avec Gabriel Thierry de Résistance Fer et Georges Wauters, organisateur dans l’Aube et dans la Marne du réseau Hector et du mouvement Ceux de la Libération (CDLL)., trois opérations de parachutage se déroulent sur ces terrainsLes parachutages sont les suivants : Tinker 1 - nuit du 16 au 17 mai 1943 : largage de 5 containers ; Tinker 2 - nuit du 17 au 18 juin 1943 : largage de 5 containers et 1 colis ; Tinker 3 - opération programmée pour le 15 septembre 1943, reportée au 5 octobre, est un échec.. Grâce à cela, Cowburn est en mesure d'entreprendre la neutralisation de la ligne de chemin de fer Troyes-Brienne-le-Château, située sur l’axe ferroviaire Cologne-Hendaye très fréquenté par les convois militaires allemands.