Les massacres de Paracuellos sont l'assassinat de plusieurs milliers de prisonniers politiques et religieux par des membres du camp républicain, durant les premières semaines de la bataille de Madrid (novembre-), lors de la guerre d'Espagne. Les faits se sont produits dans la banlieue de Madrid, près du ruisseau San José, à Paracuellos de Jarama, et dans le bois d'Aldovea, à Torrejón de Ardoz.

C'est l'un des épisodes les plus notoires de la Terreur rouge espagnole.

Contexte Environ politiques et militaires avaient été incarcérés à Madrid avant le début de la guerre, en Julía, Santos; Casanova, Julían; Solé i Sabaté, Josep Maria; Villarroya, Joan; and Moreno, Francisco. Víctimas de la guerra civil, Ediciones Temas de Hoy. Madrid. 2006, . Beaucoup d'entre eux avaient été capturés lors du soulèvement raté de la caserne de Montaña, à l'ouest de Madrid. Les prisonniers sont tombés sous le contrôle de la nouvelle Junta de Defensa de Madrid (Comité de défense de Madrid), un comité d'urgence laissé responsable de la ville le , après que le gouvernement républicain, dirigé par Francisco Largo Caballero, a évacué Madrid, pour sa capitale temporaire, Valence.

Paracuellos est à placer dans le contexte plus large de la « Terreur rouge » à Madrid, où au moins « fascistes » furent assassinés après l’échec du soulèvement militaire de juillet 1936 Julius Ruiz, 'Paracuellos': The Elimination of the 'Fifth Column' in Republican Madrid During the Spanish Civil War (Liverpool Studies in Spanish History), Liverpool University Press, 2016, 340 pages.

Déroulement et victimes

Beaucoup de prisonniers ont été sortis de prison lors de prétendues « sacas » (extractions), 33 au total, entre le et le , lorsque les nationalistes ont lancé leur assaut sur Madrid, les républicains craignant la présence de tant de prisonniers potentiellement hostiles sur leurs arrières pendant la bataille. Les « extractions » ont été commandées par écrit par les autorités républicaines à Madrid, souvent dans des documents signés par Segundo Serrano Poncela, député de l'ordre public, travaillant directement sous la supervision de l'homme politique communiste Santiago Carrillo Thomas, Hugh, The Spanish Civil War. Penguin Books. London, 2001, . La responsabilité directe de Carrillo dans le massacre est controversée Guillermo Rodríguez, Muere Santiago Carrillo: ¿Qué pasó en Paracuellos?,, huffingtonpost.es, 18 septembre 2012 Julius Ruiz, Carrillo fue el 'facilitador' de Paracuellos, elmundo.es, 27 octobre 2015.

Les assassinats se déroulèrent sur plusieurs jours, les 7, 8, 9, 18, 24, 25, 26, 27, 28, 29 et , et les et . Le , l'anarchiste Melchor RodríguezIbidem. Melchor Rodríguez García assume de facto la fonction de directeur des prisons à partir du 10 novembre, mais son action pour protéger les prisonniers est désavouée par le ministre de la Justice, lui aussi anarchiste, Juan García Oliver ; aussi, Rodríguez démissionne le 14 ; le 4 décembre, en raison des protestations émises par les diplomates contre les exactions, il est officiellement nommé Delegado general de prisiones avec de larges pouvoirs, et cette fois parvient à rétablir l'ordre ; il occupe ce poste jusqu'au ., nommé en Délégué spécial aux prisons par le ministre anarchiste de la justice Juan García Oliver met fin aux exécutionsBartolomé Bennassar, Histoire de Madrid, EDI8, 2013, page 236.Écrits de Paris : revue des questions actuelles, Centre d'études des questions actuelles, politiques, économiques et sociales, 1984, page 144.Danielle Corrado, La guerre d'Espagne en héritage: entre mémoire et oubli, de 1975 à nos jours, Presses Universitaires Blaise Pascal, 2007, page 299, note 12.Ricardo de la Cierva, La guerre d'Espagne revisitée, Economica, 1989, page 45..

Protagonistes et responsabilités La députée socialiste Margarita Nelken est la première à demander de faire « évacuer » de force les prisonniers pour les fusiller. En revanche, elle n'eut aucun rôle durant la journée du massacreIan Gibson, Paracuellos: cómo fue, Madrid, Plaza & Janés, 1983, . Seconde édition : Madrid, Temas de Hoy, 2005..

Pour Julius Ruiz, les auteurs des massacres sont principalement les membres du Comité provincial d'enquêtes publiques (CPIP), un tribunal révolutionnaire meurtrier d'extrême gauche créé en août 1936, son action visant à éliminer la « Cinquième Colonne » (une organisation franquiste clandestine imaginaire) étant soutenue par le gouvernement républicain. L'historien britannique Antony Beevor soutient que l'ordre de tuer les prisonniers venait probablement du communiste espagnol José Cazorla Maure, ou, plus indirectement, du conseiller soviétique Mikhaïl Koltsov Antony Beevor, The Spanish Civil War, 1999, . Les responsabilités respectives du directeur général de la Sécurité et du socialiste Ángel Galarza, ministre de l'Intérieur (Ministro de Gobernación) dans le gouvernement Largo Caballero sont également évoquées.

Il existe une controverse entre historiens autour du degré de responsabilité du communiste Santiago Carrillo, qui deviendra secrétaire général du Parti communiste d'Espagne (PCE) en 1960. Celui-ci est responsable de l'ordre public dans le Comité de défense de Madrid du au . Dans son ouvrage Paracuellos: cómo fue, (1983), l'hispaniste irlandais Ian Gibson estimait que Carrillo n’a probablement pas organisé les massacres, mais qu’il en eut connaissance après les premières « sacas » et choisit de ne pas intervenir Ian Gibson, Paracuellos: Cómo fue. Análisis de un sangriento episodio de la Guerra Civil española, Plaza & Janés, 1983. Selon Julius Ruiz, Carrillo n’a peut-être pas donné personnellement l’ordre des exécutions, mais il a au minimum facilité politiquement et administrativement le processus et ne pouvait vraisemblablement pas ignorer ce qui se passait.

Typologie et nombre des victimes On retrouve parmi ces prisonniers des militaires, soit ayant participé au soulèvement militaire des 17 et , soit n'ayant pas rejoint les forces de défense de la République, des phalangistes, des religieux, prêtres surtout, des militants de droite, des bourgeois et d'autres personnes arrêtées car suspectes d'être favorables aux militaires insurgés. Si certains d'entre eux avaient effectivement pris part au soulèvement, la majorité d'entre eux avaient cependant été arrêtées sans motif ni jugées.

Les raisons pour lesquelles les personnes furent fusilléesCésar Vidal, Paracuellos-Katyn, 2005. : appartenance à un collège catholique ou à une congrégationComme les 22 membres de la congrégation des oblats de Marie-Immaculée, béatifiés en 2011.; appartenance à une famille de médecins ou d'avocats ; sympathisants du soulèvement nationaliste.

Pour l'historien César VidalCésar Vidal, Paracuellos-Katyn, 2005. dont les conclusions sont critiquées par l'hispaniste irlandais Ian GibsonEscolar.net: Ian Gibson contra César Vidal, il s'agit du plus grand massacre réalisé pendant toute la guerre civile dans l'un ou l'autre des deux camps. D'après Bartolomé BennassarLa Guerre d'Espagne et ses lendemains, Perrin, 2004, collection Tempus, page 121. À Madrid, le nombre de nationalistes victimes d'exactions serait de de 1936 à 1939, dont 2/3 en 1936, soit environ., le nombre de victimes de ce massacre précis s'élève à (sur ). Mais, d'une manière générale, depuis 1983, le chiffre de deux mille cinq cents morts, avancé par Ian Gibson, est resté globalement inchangé.

Suites

Postérité Les massacres de Paracuellos furent assez peu exploités par la propagande franquiste, tandis que les historiens favorables aux républicains ont tendu à les minimiser, voire à les ignorer. L’explication la plus courante parmi ces historiens les attribuait à des éléments incontrôlés, afin d’exonérer les autorités républicaines de toute responsabilité Octavio Ruiz–Manjón, Paracuellos. Una verdad incómoda, elespanol.com, 22 janvier 2016.

Bibliographie César Vidal, Paracuellos Katyn, Debolsillo, 2006 . Ian Gibson, Paracuellos: cómo fue, Plaza & Janés, Madrid, 1983 . Seconde édition : Temas de Hoy, Madrid, 2005. Julius Ruiz, 'Paracuellos': The Elimination of the 'Fifth Column' in Republican Madrid During the Spanish Civil War (Liverpool Studies in Spanish History), Liverpool University Press, 2016, 340 pages

Notes et références

Voir aussi

Articles connexes Guerre d'Espagne Terreur rouge (Espagne) Frente Popular Mikhaïl Koltsov Massacre de Katyń

Liens externes

« Las matanzas de Paracuellos durante la Guerra Civil Española », sur cinabrio.over-blog.es.

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