Une sage-femme est, dans le domaine professionnel de la santé, une personne qui accompagne la femme enceinte avant, pendant et après l'accouchement, ainsi que dans son suivi gynécologique physiologique.. D’autres dénominations ont cours, précisées dans la section terminologie ci-dessous.
En France, cette personne exerce ses missions en collaboration étroite avec celles chargées des fonctions gynécologiques et obstétriciennes et la médecine traitante dans le cadre du parcours coordonné de soins.
Ses fonctions s'inscrivent dans le cadre de la physiologie, c'est-à-dire le déroulement normal de la grossesse et de l'accouchement.
Pratiquée internationalement et essentiellement par des femmes depuis l'Antiquité, la profession connaît un tournant au , et fait au l'objet de différentes formations selon les pays.
Définition et origine du terme sage-femme Terminologie La fonction est désignée par de nombreux termes, recouvrant plus ou moins les mêmes responsabilités. En francophonie contemporaine sont notamment employés accoucheur, accoucheuse, maïeuticien, maïeuticienne ou sage-femme (aussi écrit sagefemme selon les rectifications orthographiques de 1990).
Les deux derniers termes, homophones et allographes, sont parfois perçus comme épicènes. Ils peuvent donc être employés quel que soit le sexe de la personne qui exerce. Les termes sage-femme, homme sage-femme, et sage-femme homme sont parfois employés pour référer spécifiquement aux membres d’une gent.
Historiquement, le terme matrone désigne également cette fonction, mais tend à disparaître, possiblement du fait de la connotation offensante portée dans sa polysémie. Existent également le terme ventrière, tombé en désuétude, ainsi qu’obstétrice, parturologue et tocontologue qui ne sont jamais sortis d’un usage rare.
Notamment via les registres paroissiaux du Moyen Âge, il est possible d’établir une chronologie des usages, avec tout au moins pour la France les termes de ventrière au onzième siècle, et matrone à partir du treizième et jusqu'au quinzième. Le nom de sage-femme apparaît dans un acte de l'Hôtel-Dieu de Paris en 1505. ; le titre de sage-femme remontant pour sa part au quatorzième siècle. Parfois il est retourné et devient femme sage; on trouve également sage mère (quinzième siècle) et mère sage (1609). On rencontre également à toute époque les termes d’accoucheuse, de leveuse, d'obstétrice et de ramasseuse.. La langue italienne, parmi ses plus proches sœurs romanes, utilise alternativement les termes , et .
Actuellement l’OMS emploie le terme sage-femme. L’Académie française propose le couple maïeuticien et maïeuticienne, qui ne suscite un emploi que marginal et des résistances contestataires. La profession s'ouvrant aux hommes (depuis 1980 en France), on a proposé « sage-homme » , « matron » (sur le féminin « matrone »), « maïeuticien » ou « maïeutiste » (hellénismes savants), « parturologue », la proposition de l’Académie étant rejetée par l’Assemblée nationale en France. c’est finalement le terme « sage-femme » pour les deux sexes qui s’est imposé dans l’usageLe Robert - Dictionnaire historique de la langue française - Alain Rey Paris 1992. Le Grand Dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française explique que « sage-femme » signifie « femme sage », le qualificatif « sage » y étant un adjectif épithète antéposé.. Quant au Grand Robert de la langue française, il explique au contraire que le mot « femme » désigne la Le Grand Robert de la langue française, version numérique , Dictionnaires Le Robert, consultée le , (celle qui accouche).
Étymologie du terme Le mot « sage-femme » est attesté sous cette forme en 1212. La définition donnée dans la première édition (1694) du Dictionnaire de l'Académie française est la suivante : Pour sa part le Littré donne : avec pour étymologie
En Grèce antique, on parlait de maïeutique, ou « l’art d’accoucher », qui avec le temps et sous l’influence de Socrate a fini par désigner par métaphore, un mode d'échange philosophique, l'accouchement des esprits.
Certains émettent l'hypothèse selon laquelle le mot femme se réfèrerait non pas, comme beaucoup d'auteurs l'ont écrit, à la praticienne mais à la parturienteDanièle Kergoat, Yvonne Guichard-Claudic, Alain Vilbrod, L'inversion du genre : Quand les métiers masculins se conjuguent au féminin et réciproquement, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2008, p. 240..
Le terme anglais ne fait, quant à lui, allusion qu'à la « parturiente » (mid = avec, du vieil anglais mid, dérivé de l'allemand mit + wife = « la femme, celle qui accouche »), et non pas au sexe de l'intervenant. De ce fait, les livres anciens anglais de « » précisent toujours lorsqu'il s'agit d'un intervenant masculin : (ce qui correspond, à la même époque (), en France, au terme de chirurgien-barbier accoucheur).
La science de l'accouchement et de la grossesse fait l'objet dans la médecine contemporaine d'une spécialité appelée « obstétrique » (c'est-à-dire l'art des accouchements), et cela dans les traités les plus anciens.
Définition L'Organisation mondiale de la santé (OMS) définit « sage-femme » ou « maïeuticien » de la manière suivante :
Historique Depuis l'Antiquité vignette|upright|Figurine représentant une sage-femme et une femme en train d'accoucher, provenant de Chypre, début du
Historiquement, la profession de sage-femmeSage du latin sapiens, « savoir », science et d'expérience acquises, probablement assorties de la notion de prudence. Le terme de sage-femme ou sage-mère est attesté en 1212 a été une des rares majoritairement exercées par des femmes. Phaestis et Phénarète mères respectives d’Aristote et Socrate, pratiquent cette activité. Ce dernier utilise même la profession de sa mère comme source d’inspiration pour l’une de ses célèbres métaphore, se définissant comme maïeuticien des âmes dont il s’agit de faire accoucher les idées. Les auteurs antiques évoquent aussi plusieurs Olympias.. Les sont des praticiennes respectées dans la Rome antique. Elles jouent notamment un grand rôle au point de vue de la médecine légale. La Loi Cornelia () qui punit l'avortement, demande comme experts cinq sages-femmes.. Depuis Agnodice en Grèce antique, la prise en charge des femmes enceintes et des parturientes, femmes en travail, a été considérée comme relevant essentiellement du cercle féminin..
Moyen Âge et Renaissance en Europe L'ambivalence de la profession, où seule une minorité de personnes sont formées et bénéficient de solides connaissances théoriques perdure pendant tout le Moyen Âge et l’Époque moderne en Europe occidentale. gauche|vignette|Acte de réception d'une sage-femme, le , dans la paroisse Notre-Dame de Rochefort-sur-la-Côte. Le rôle de l'accoucheuse ne se limite pas à l'assistance apportée aux femmes en couches, elle exerce un rôle social et religieux puisqu'elle a la charge d'ondoyer l'enfant lorsqu'il apparaît en danger de mort, prenant ainsi la place du prêtre qui ne peut pas assister à l'accouchement. C'est souvent la sage-femme qui vient présenter l'enfant sur les fonts baptismaux et qui exerce la fonction de marraine.
La sage-femme est élue par l'assemblée des femmes de la paroisse en présence du curé ou de l'archidiacre. Elle prête serment sur l'évangile « d’assister les femmes dans leurs couches » et de procurer « le salut corporel et spirituel, tant de la mère que de l'enfant ». L'acte de réception de la sage-femme est ensuite enregistré dans le registre des baptêmes.
Depuis le Moyen Âge, les sages-femmes exercent tant dans l'espace urbain qu'en milieu rural>. Les sages-femmes urbaines peuvent détenir, souvent à partir des quatorzième et quinzième siècles, un statut officiel, être maitresses de corporation et être rémunérées par les municipalités, particulièrement dans les régions avec une forte tradition d'autonomie urbaine : Alsace, Bourgogne, France du Nord, Lorraine.
Les médecins du Moyen Age ont laissé la pratique obstétrique et la gynécologie, aux « sages-femmes ». L’une des principales raisons de cet abandon est lié au tabou que représente le corps féminin dans la société médiévale. La vertu féminine repose principalement sur la chasteté des veuves et des jeunes filles non mariées, ainsi que sur la fidélité et la fertilité des épouses. C’est ainsi que la femme apporte l’honneur à sa famille. Le corps féminin ne peut donc ni être vu, ni être touché par un homme qui n’est pas de sa famille, même dans le cadre médical d’une auscultation ou d’une opération chirurgicale. Ce n’est qu’à cause du dépeuplement massif causé par l’épidémie de peste et les famines au XIVe siècle, que les mentalités commencent à évoluer.
Les chirurgiens-barbiers dont la pratique reste limitée, commencent alors à s’intéresser aux corps féminins, à la gynécologie et à l’obstétrique. Ils emploient donc deux moyens: l’usage d’instruments qui évitent le contact physique direct, et surtout, l'édition d'ouvrages qui montrent leur professionnalisation tout en décrédibilisant les sages-femmes désormais dénommées "matrones" et qui ne maîtrisent pas aussi parfaitement l'écritPascale Mormiche, Donner vie au royaume, grossesses et maternités à la cour, , CNRS éditions, Paris, 2022. .
Les sages-femmes sont très présentes auprès des élites, dans les différentes cours européennes : Jacquemette Peguilliote à la cour de Savoie à la fin du quatorzième siècle ; Jeanne La Goutière à la cour de France que l'on retrouve en 1396 auprès de Valentine Visconti, duchesse d’Orléans (1366‑1408) et peut-être Isabeau de Bavière, reine de France (1371‑1435), ainsi qu'Asseline Alexandre, sage-femme de Marguerite de Flandre, duchesse de Bourgogne (1350-1405).
Les sages-femmes rurales en revanche sont généralement des femmes ayant une expérience personnelle des accouchements. Issues de milieux populaires, elles portent assistance aux paysannes au moment de leur accouchement. La formation des sages-femmes est très diverse, de la transmission interindividuelle fondée sur l'expérience de la maternité à des enseignements plus structurés comme les cours dispensés aux apprentisses de l’Office des Accouchées de l'Hôtel-Dieu de Paris dès le quinzième siècle. Elles sont souvent mariées à des chirurgiens, expérimentés dans les soins de suture des plaies, ce que ne peuvent pas faire les médecins.
L'ouvrage d'Eucharius Rösslin, (Le jardin de roses des femmes enceintes et des sages-femmes) publié en 1513, témoigne tant de la pratique des sages-femmes dans l'espace germanique que des savoirs obstétricaux de l'époque.
Dans les régions du sud-ouest de la France, l'activité de sage-femme est réservée aux cagotes, population exclue vivant à l'écart de tous les villages de ces régions. Ayant accumulé des connaissances empiriques sur le corps, les plantes médicinales, la prévention et la guérison des maladies, le principal manuel de sorcellerie du quinzième siècle, elles sont stigmatisés par les instances patriarcales.
La sage-femme discriminée devient matrone et sorcière
À la suite de la bulle apostolique du pape Innocent VIII, Summis desiderantes affectibus, contre l'hérésie des sorcières, les dominicains Henri Institoris (Heinrich Kramer) et Jacques Sprenger (Jacob Sprenger) publient le Malleus Maleficarum, « Marteau des sorcières » où ils désignent comme les sages-femmes comme sorcières :
Cet extrait a beaucoup contribué à partir des années 1970 à l'idée que les sages-femmes avaient subi une persécution spécifique aux époques médiévale et moderneBarbara Ehrenheich et Deirdre English, Sorcières, sages-femmes et infirmières, une histoire des femmes et de la médecine, Montréal, Éditions du Remue-Ménage, bibliothèque nationale du Québec, 1976, 78 Brau, J.-L., « La sorcellerie », Les cahiers de Fontenay 11/12, E.N.S. Fontenay/Saint-Cloud, septembre 1978., ce qui n'est pas confirmé par l'historiographie.