Les Ixodida (du grec ancien , « gluant »), appelées couramment tiques, sont un ordre d'arachnides acariens. Il est décrit par William Elford Leach en 1815. Cet ordre regroupe, en 2010, classées en trois famillesGuglielmone, Robbins, Apanaskevich, Petney, Estrada-Pena, Horak, Shao & Barker, 2010 : The Argasidae, Ixodidae and Nuttalliellidae (Acari: Ixodida) of the world: a list of valid species names Zootaxa, n. 2528, .. Elles étaient autrefois appelées « Tiquet » ou « Ricinus ».

Les tiques sont des acariens venimeux, ectoparasites. de vertébrés (y compris des vertébrés à sang froid tels que les lézards, les serpents et les tortues).

Elles passent une partie de leur cycle au sol (éclosion, métamorphose et quête d'un hôte), et une autre partie (deux ou trois stades) ancrées sur la peau de mammifères (sauvages et d'élevage), d'oiseaux ou de reptiles, se nourrissant de leur sang grâce à un rostre. Leur digestion est extra-corporelle. ; elles peuvent à cette occasion transmettre à leurs hôtes de nombreux agents pathogènes connus (virus, bactéries, protozoaires, nématodes) responsables des maladies vectorielles à tiques, et parfois des neurotoxines (responsables de paralysie à tiques). L'homme peut développer des allergies à leur salive.

Ce sont surtout les femelles adultes nourries ou en train de se gorger de sang qui sont les plus repérables, car bien plus grosses que lors des autres stades de développement. À titre d'exemple, la pesée d'une femelle de la tique Hyalomma asiaticum avant et après son repas final indique un poids multiplié par 624Sonenshine, D. E. 1991. Biology of ticks. Vol. 1. Oxford University Press, New York... De tels repas permettent aux tiques de pondre de plusieurs dizaines à plusieurs centaines de milliers d'œufs (ce chiffre variant selon les espèces et selon les individus au sein de l'espèce).

Description vignette|upright=1.5|Cycle de reproduction. vignette|upright=1.5|Pour atteindre un hôte de passage, les nymphes de tiques sont souvent en attente (en « quête ») au sommet d'un brin d'herbe, à l'extrémité d'une branche ou d'une feuille, prêtes à s'accrocher à tout corps qui les frôlera (ici deux Ixodes ricinus mâles). vignette|upright=1.5|Les tiques parasitent aussi des animaux à sang froid, ici une femelle de lézard des souches (Lacerta agilis) ; dans ce cas, des pathogènes tels que les borrélies responsables de la maladie de Lyme ne peuvent se développer chez l'hôte (le lézard). alt=|vignette|L'organe de Haller, formant une dépression sur le tarse des pattes de la tique (ici vu au microscope électronique) ; très sensible, il remplit des fonctions semblables à celles de l'odorat et est sensible à l'hygrométrie. Selon l'espèce et le stade de développement, il est rond ou ovale, et plus ou moins complexe, parfois garni de poils ou en forme de capsule. vignette|upright=1.5|La plupart des tiques n'ont pas d'yeux, mais certaines espèces possèdent un organe rudimentaire abritant des cellules photosensibles (ici vues au microscope électronique). Quelques espèces de zones arides ont des yeux plus sophistiqués (lentilles cuticulaires convexes semitransparentes, et axones formant un nerf optique El Shoura SM (1988) Fine structure of the sight organs in the tickHyalomma (Hyalomma) dromedarii (Ixodoidea: Ixodidae). Experimental & applied acarology, 4(2), 109-116. (résumé). pouvant distinguer plusieurs longueurs d'onde (UV en lumière intense et bleu ou bleu-vert quand l'intensité est faible)Kaltenrieder, M., Labhart, T., & Hess, E (1989) Spectral sensitivity, absolute threshold, and visual field of two tick species, Hyalomma dromedarii andAmblyomma variegatum. Journal of Comparative Physiology A, 165(2), 155-164 (résumé).) et leur permettant de s'orienter, même au stade larvaireLeonovich SA (1985) [Orientational behavior of the ixodid tick Hyalomma asiaticum under desert conditions]. Parazitologiia, 20(6), 431-440 (résumé). ; des Hyalomma spp., à qui l'on présente une image de leur hôte préféré; se dirigent ainsi vers cette image (vers la silhouette d'un dromadaire par exemple pour Hyalomma dromedarii)JC George, Les Tiques - Ixodidae , voir le chap. "Écologie et éthologie". Consulté 2014-04-24..

Les tiques sont des acariens métastigmates de grande taille ( en moyenne, hors , et jusqu'à pour certaines espèces tropicales), ce qui en fait les plus grands représentants de l'ordre des acariens. La forme, taille et couleur des tiques varient beaucoup selon l'espèce et son stade de développementDiaporama du groupe Tiques de Flickr, montrant des dizaines d'espèces et stades différents. mais leur corps est toujours ovalaire et leur tête est prolongée d'un rostre équipé de deux chélicères.

Leur corps n'est pas segmenté en trois régions comme chez la plupart des arthropodes (on dit que leur métamérie est indistincte). On distingue simplement la partie antérieure (capitulum, « tête » en latin) de la partie postérieure (idiosome).

Capitulum Le capitulum est constitué d'une région basale (base capitulaire, ou ) qui porte trois pièces buccales (mais jamais d'yeux qui, chez les espèces qui en possèdent, sont disposés sur le scutum de l'idiosome) : un hypostome, dirigé vers l'avant, côté ventral, et garni de plusieurs files de dents qui aident la tique à s'ancrer solidement dans la peau de son hôte. La longueur et la forme du rostre sont utilisées en systématique ; une paire de chélicères, rétractiles dans une gaine protectrice, terminés par des dents ; ils sont dilacérateurs et coupent la peau, venant ainsi mécaniquement en aide à l'action chimique de la salive, pour perforer la peau. Ils se superposent à l'hypostome, en face dorsale, les deux pièces formant le rostre vulnérant. On distingue les tiques longirostres, dont le rostre est plus long que large, des brévirostres dont le rostre est aussi large ou plus large que long ; une paire de palpes (ou pédipalpes), au rôle sensoriel (ils ne sont pas vulnérants et ne pénètrent pas dans les tissus lors de la fixation de la tique, mais restent posés à la surface de la peau). Disposés latéralement au rostre, ils sont formés chacun de quatre articles de tailles et fonctions différentes : le premier, très court, articule le palpe sur la basis capituli, le deuxième et le troisième sont plus longs que le premier et pourvus de soies sensorielles, le quatrième est plus réduit, mieux visible du côté ventral, caché dans une fossette du troisième article, très richement pourvu de petites soies sensorielles.

Les tiques n'ont pas de canal alimentaire, ni de canal salivaire, comme la plupart des insectes hématophages (moustiques, punaises) ; l'apport de salive comme la succion du sang se font par l'espace ménagé entre hypostome et chélicères.

Le tégument des tiques est garni de pores, soies et divers autres organes sensoriels, visibles à la loupe binoculaire, dont les fonctions ne sont pas encore nettement établies parmi la détection de , hormones, hygrométrie, température, vibrations… La détection du gaz carbonique et de l’acide butyrique dégagés par les animaux jouent un rôle dans le choix de l’hôte Hopf H. Dtsch. Artzebl. 1980, 77, . et peut-être dans le choix du point de fixation de la tique sur son hôte. Au moins chez certaines espèces ( Dermacentor andersoni, Dermacentor variabilis, Anocentor nitensBorges, L. M., Eiras, Á. E., Ferri, P. H., & Lôbo, A. C. C. (2002). The role of 2, 6-dichlorophenol as sex pheromone of the tropical horse tick Anocentor nitens (Acari: Ixodidae), Experimental and Applied Acarology, 27(3), .) les femelles émettent du 2,6-Dichlorophénol, phéromone sexuelle très attractive pour les mâles de certaines espècesSonenshine, D. E., Silverstein, R. M., Plummer, E., West, J. R., & McCullough, T. (1976). 2,6-Dichlorophenol, the sex pheromone of the Rocky Mountain wood tick, Dermacentor andersoni Stiles and the American dog tick, Dermacentor variabilis (Say). Journal of Chemical Ecology, 2(2), . et ne semblant pas générer de modification de comportement chez d'autres (ex : Boophilus microplus De Bruyne, M., & Guerin, P. M. (1994). Isolation of 2, 6-dichlorophenol from the cattle tick Boophilus microplus : receptor cell responses but no evidence for a behavioural response, journal of insect physiology, 40(2), .).

Idiosome Sa face dorsale porte une plaque sclérifiée dite « écusson » ou « » couvrant environ la moitié du dos d'une tique à jeun, la totalité chez les mâles. Les s’insèrent en ligne sur la face ventrale. Elles comportent les articles classiques (coxa, trochanter, fémur, patelle, tibia, et tarse) et sont conclues par une ventouse (pulville) et deux griffes permettant à la tique de se déplacer sur presque tous les supports. La première paire de pattes porte au niveau du tarse un organe sensoriel olfactif important, l’organe de Haller, sensibleSite labellisé HON sur les maladies a tiques http://www.maladies-a-tiques.com.Site sur les tiques du groupe Baxter http://www.latique.ch.Page sur les tiques en collaboration avec le Conservatoire Botanique National des Pyrénées http://mycologie.catalogne.free.fr/Tiques.htm. à la fois au degré d'hygrométrie, aux phéromones, au gaz carbonique, aux métabolites exhalés par les ruminants, à l'acide lactique Un pore génital s’ouvre sur la face ventrale, et nettement plus en arrière s'ouvre l’orifice anal. La position du « sillon anal » (antérieur ou postérieur à l’anus) différencie la famille des Ixodes des autres tiques dures. La forme et taille de l’écusson, la présence et position de stigmates, de soies sensorielles et d’ocelles… qui orientent la diagnose.

Symbiotes On connaît quelques symbiotes vivant dans la tique ( Spiroplasma sp.) et des bactéries de l’environnement y sont aussi détectées (ex. : Mycobacterium sp.)source : Gwenaël Vourc'h, Unité d'épidémiologie animale, INRA, St Genès Champanelle, France., lesquels pourraient éventuellement interagir avec des micropathogènes véhiculés par la tique.

Systématique Les Ixodida comptent trois familles actuelles : Ixodidae C. L. Koch, 1844 (ou tiques dures) ; environ connues, possédant toutes des zones de tégument chitinisé dur ; Argasidae C. L. Koch, 1844 (ou tiques molles) ; environ aux téguments non sclérifiés ; Nuttalliellidae Schulze, 1935, une famille intermédiaire entre les deux précédentes, monogénérique et monospécifique.

Parmi les familles éteintes : †Deinocrotonidae Peñalver et al., 2017.

La phylogénie place les tiques comme le groupe frère des Holothyrida. Les Ixodidae ou tiques dures Elles sont les mieux connues et étudiées car rassemblant la plupart des tiques adaptées aux animaux domestiques et/ou mordant l'Homme. Elles causent des maladies et l'affaiblissement des animaux qu'elles infestent, et sont ainsi sources d'importantes pertes économiques pour certains éleveurs, de même pour les systèmes de santé publique et de sécurité sociale, notamment en raison de la maladie de Lyme, dont certains ixodes sont vecteursZhang X.Z., Meltzer M.I., Pena C.A., Hopkins A.B., Wroth L. & Fix A.D. (2006) Economic impact of Lyme disease. Emerging Infectious Diseases, 12, 653-660. en pleine expansionKurtenbach, K et al. 2006. Fundamental processes in the evolutionary ecology of Lyme borreliosis. Nature Rev. Microbiol. 4: 660-669..

Les tiques de la famille des Ixodidae sont de taille très variable, avec un capitulum antérieur bien visible et un scutum dorsal dont la présence est constante.