vignette|Dessin anticolonialiste paru dans Le Cri de Paris en 1898. Il dénonce l'hypocrisie occidentale qui voit la révolte des indigènes comme un acte de « barbarie », et la violence coloniale comme un acte de « civilisation ». L'anticolonialisme est à la fois un courant de pensée, un ensemble d'attitudes politiques et philosophiques, ainsi qu'un répertoire d'actions et d'organisations collectives dont le but est la remise en cause des principes, modalités et conséquences socio-économiques du système colonialEncyclopédie Encarta. Si le terme tel quel n'est apparu qu'au début du En 1903 selon Le Nouveau Petit Robert., une critique intellectuelle et philosophique de la colonisation se fait jour dès la période des Grandes découvertes, notamment sous la plume de théologiens humanistes, consécutivement à la rencontre des Européens avec les peuples autochtones d'Amérique et d'Afrique subsaharienne. La conquête, la réduction en esclavage, la conversion religieuse et l'exploitation de ces espaces humains et matériels donna naissance à de profonds clivages et controverses sur la légitimité du système colonial, reposant entre autres sur une classification hiérarchisée de l'espèce humaine entre « races inférieures » et « races dominantes ».

Genèse au cours la Renaissance La bulle Inter caetera et ses conséquences Les premières années de l'expansion européenne outre-mer sont l'objet de fortes tensions géopolitiques entre puissantes exploratrices, notamment au sein de la péninsule ibérique (royaumes de Castille et d'Aragon, puis royaume d'Espagne, et Royaume de Portugal). Pour normaliser les relations entre puissances au sein de ces espaces nouveaux, ainsi que les attitudes politiques à privilégier, les autorités religieuses adoptent rapidement une position relevant de la conquête des âmes, notamment le pape Alexandre VI Borgia, auteur de la bulle Inter caetera, en 1493, précédant de peu le traité de Tordesillas. Le texte incite Portugais et Espagnols partis vers le Nouveau Monde à faire en sorte que « la loi catholique et la religion soient exaltées et partout amplifiées et répandues […] et que les nations barbares soient subjuguées et réduites à la foi ».

Progressivement, chefs d’États et relais des pouvoirs impériaux à l'échelle locale déploient des politiques coloniales dont le but est le contrôle et l'exploitation des terres et des hommes, leur conversion religieuse et, le cas échéant, la réduction en esclavage de populations. Ce fait colonial s'accompagne rapidement de la mise au point d'une doctrine théorique, qu'on peut appeler le colonialisme. En réaction, une critique du colonialisme émerge. Elle s'appuie principalement sur des questions politiques, morales, religieuses. À chaque forme de politique coloniale correspond un discours anticolonialiste variant en fonction du contexte historique.

À l'époque de l'expansion européenne outre-atlantique, ce sont les théologiens du début du qui se saisissent de ce texte pontifical, tout autant qu'ils prennent conscience des effets de la rencontre culturelle et humaine que constitue le décloisonnement de la fin du . Parmi ces théologiens, trois principaux, Juan Ginés de Sepúlveda, Bartolomé de Las Casas et Francisco de Vitoria, vont s'illustrer autour d'un débat politique et ontologique : la mission de subjugation par la foi peut-elle se faire au prix de l'oppression d'un peuple par un autre ? Existe-t-il un droit de colonisation fondé sur l'infériorité présumée des peuples rencontrés ? Pour Sepulveda, la domination coloniale relève du devoir du croyant. Il prêche l'idée que la guerre contre eux est juste, en raison de leur idolâtrie, des sacrifices qu'ils commettent. Il soutient que si ces hommes étranges sont à ce point tenus dans cette position inférieure, c'est car ils sont l'objet d'un châtiment de Dieu.

Les théologiens confrontés à la vie des indigènes vignette|340x340px|Bartolomé de las Casas avec les autochtones d'Amérique et à la controverse de Valladolid (). Le plus renommé des théologiens humanistes ayant lutté contre la politique coloniale ibérique fut Bartolomé de las Casas. Il s’engage au cours de sa vie en Amérique dans une longue quête au cours de laquelle il effectua plus d'une dizaine de voyages entre l'Europe et les Amériques, dans des conditions épouvantables, afin de rapporter en Europe les témoignages des atrocités commises par les administrateurs et combattants ibériques par-delà l'océan. Il cherche à la fois à préserver les intérêts de la couronne qu'il sert et la vie des indigènes dont il constate les conditions de vie épouvantables.

Selon Las Casas, Indiens et colons sont liés. En effet, les Espagnols ont besoin de main d’œuvre pour s’enrichir et ils doivent en prendre soin pour qu’ils travaillent. Or la population baisse à vue d’œil, il y avait environ en 1492, il n'en reste que en 1516 selon l’homme d’église. Il chercha donc à s’adresser directement au roi Ferdinand II d'Aragon mais celui-ci meurt en 1516 laissant le trône à son petit-fils, Charles âgé de seize ans. Il se voit alors opposé au régent, qui ne s’intéresse pas à ce combat et se retourne vers le Cardinal Cisneros, ancien confesseur d’Isabelle la Catholique, qui le soutient, ainsi qu’Adrien, le précepteur du jeune roi Charles et futur pape Adrien VI.

Il rédige un plan de réformes intitulé le « Mémoire des quatorze remèdes » où il prône : la fin des encomiendas, la réglementation du travail, la fin des travaux forcés, l'envoi de fermiers espagnols avec leurs familles pour exploiter en commun des terres avec les Indigènes, la destitution des administrateurs en place, de combiner évangélisation et colonisation, de prendre des Noirs comme esclaves pour compenser la mortalité des indigènes (Las Casas prendra conscience de son erreur lorsqu'il connaîtra les conditions de la guerre menée en Afrique. Il prendra alors la défense des Noirs aussi bien que des Indios et se repentira jusqu'à la fin de ses jours de cette erreurIsacio Perez Fernandez, 1991, "Bartolome de las Casas: Contra los negros? : revision de una leyenda".).

En 1516, il est nommé « procureur et protecteur universel de tous les Indiens des Indes » et est mis à la tête d’une commission d’enquête aux « Indes » avec des Ermites de saint Jérôme, membres d'un ordre espagnol important, mais qui se laissent influencer par les colons et rejettent Las Casas l’accusant de ne pas voir l’intérêt économique de la politique actuelle dans les « Indes ». En 1517, il rentre en Espagne pour se justifier.

De 1517 à 1519, il est à la cour chargé de « remédier aux maux des Indiens ».

En 1519, à la mort de son grand-père paternel Maximilien du Saint-Empire et après une lutte farouche avec le roi François de France, Charles d'Espagne est élu empereur sous le nom que retiendra l'Histoire : Charles Quint.

Casas s’oppose alors à l’évêque Juan de Quevedo sur le sort des indigènes et sort vainqueur du débat devant l’Empereur.

Il prend conscience que les îles des Caraïbes sont perdues, puisque tous les indigènes qui y vivaient sont soit morts soit esclaves. Mais il ne veut pas que ce phénomène se reproduise sur les terres en découverte et demande un secteur de conquête et de conversion pacifique avec des Dominicains et des Franciscains. Au Conseil des Indes, institution créée en Espagne pour rédiger les lois propres aux « Indes » et contrôler les colonies, Las Casas obtient du roi le pouvoir d’exercer les pressions nécessaires pour obtenir cette terre de paix.

Il s’appuie sur les évangiles, « Rien n’est bon que ce qui est libre… que personne ne contraigne les infidèles à croire », et fait cinq propositions : le prédicateur doit apparaître comme une personne qui ne veut pas asservir ses auditeurs mais qui suit le modèle du Christ, prêt à mourir pour ses frères, il ne doit avoir aucune intention de posséder des richesses, il doit être doux, affable, pacifique, bienveillant, écouter avec respect et plaisir la doctrine, sa vie et son comportement doivent être en accord avec ce qu’il enseigne (le Christ), les auditeurs voyant l’action du maître se convertiront d'eux-mêmes, les conquistadores et les faux évangélisateurs doivent se convertir.

Le , Las Casas écrit une lettre au Conseil des IndesLettre d'admonition au Conseil des Indes car, devant l’extension du mouvement colonial et des nouvelles conquêtes tel que le Guatemala, le Mexique, le Chili, le Pérou qui s’accompagne du développement de l’encomienda, il voit un monde plus vaste pour les prédicateurs, mais un monde condamné à mort. C’est une lettre passionnée, dure et violente pour marquer la métropole. Il veut évangéliser quand il dit « la foi pourrait sans grands efforts être exaltée et diffusée parmi ces peuples païens ». Il s’appuie sur le testament d’Isabelle la Catholique en 1503 qui oblige l’évangélisation dans le respect des personnes. Il utilise un ton de réquisitoire en disant que si le Conseil était sur place il agirait différemment et que des hommes de confiance sont nécessaires sur place tout en demandant pourquoi les envoyés de la « sainte Espagne » font tant preuve de violence. Si Las Casas n’y refuse toujours pas le principe de colonisation, il veut pacifier le continent par des protecteurs, les « Caballeros ». Pour lui, il y aura reconnaissance du roi quand il y aura reconnaissance de Dieu et qu'ainsi les indigènes paieront avec plaisir un impôt d’une valeur d’un joyau.

De 1536 à 1540. Las Casas arrive au Nicaragua avec deux disciples nommés Angulo et Ladrada et assiste à Granada au départ des esclaves pour les mines du Pérou. Ils meurent en masse sur les routes. Las Casas ne le supporte pas et, alors qu’il prépare une prédication sur l’évangélisation pacifique, le gouverneur prépare une attaque contre les tribus insoumises et lui propose de s’y joindre comme aumônier. Las Casas manifeste et s’insurge contre une telle proposition et menace d’excommunier tous ceux qui s’engageraient dans une telle lutte. Au bout de dix mois, la situation est intolérable et il doit partir.

Ils vont à Santiago au Guatemala où ils ont l’appui de l’évêque Maroquin qui a appris le Quechua. En 1537, en métropole, les colons sont mis en cause par toute l’église à la suite de la promulgation de la bulle Sublimis Deus qui reconnaît l’humanité des Indiens. D’ailleurs, l’année précédente, la réapparition en Floride du trésorier de Narvaez et de trois de ses commandants après neuf ans de disparition grâce aux indigènes appuie les thèses des indigénistes.

Devant cette levée de boucliers, les colons défient Las Casas d’évangéliser la « Terre de Guerre », un territoire non conquis. Le prêtre obtient alors du gouverneur cinq ans sans conquêtes dans ce territoire, seuls les religieux y sont autorisés. En deux ans seulement quatre caciques (chefs de tribus) sont baptisés aux abords de la zone.

Il retourne en Espagne en . Son but est de recruter de nouveaux missionnaires. Il part avec plusieurs lettres de recommandation. Il se fera remplacer dans cette tâche par Louis Cancer. À son arrivée en Espagne, Charles Quint est en Flandres, et en attendant son retour, Las Casas étudie à Salamanque notamment.