Le cheval de Mérens, Mérens ou Ariégeois, parfois nommé Mérengais, est une race française de petits chevaux de selle et de trait léger, rustiques et à la robe noire. Il est originaire de la haute vallée de l'Ariège, dans les Pyrénées centrales, dans le sud de la France et le nord de l'Espagne, près d'Andorre.
D'origine très ancienne, il sert d'animal de travail aux paysans ariégeois dans la région de Foix des siècles durant. Il est mis en péril au milieu du par la motorisation des transports et de l'agriculture. Le Mérens est sauvé de la disparition par Lucien Lafont de Sentenac et des communautés d'inspiration hippie, avant l'engouement pour le poney et les loisirs équestres dans les années 1970 qui relance son élevage. Il constitue un exemple de sauvegarde d'une race locale menacée.
C'est un bon cheval d'équitation de loisir, d'attelage et de voltige, également utilisé pour l'entretien écologique des régions montagneuses grâce à son pied sûr et sa rusticité. Ces dernières années, deux types d'élevage tendent à se distinguer au sein de la race. L'un concerne le petit cheval massif et rustique traditionnellement élevé en semi-liberté dans les montagnes pyrénéennes, l'autre l'animal moderne et léger, également plus sportif, issu d'une sélection entamée dans les années 1980. Le Mérens a été exporté, entre autres, sur l'île de La Réunion, en Italie et aux Pays-Bas.
Étymologie et terminologie vignette|gauche|Chevaux de Mérens à L'Estagnol, sur la commune de Mérens-les-Vals.|alt=Dans un paysage de montagne et le brouillard, quatre chevaux noirs. Ce cheval doit son nom officiel (adopté en 1998 : cheval de Mérens) au village ariégeois de Mérens-les-Vals., sans que les raisons de l'officialisation de ce nom ne soient précisément connues : il pourrait s'agir de la tenue d'un marché aux chevaux à Mérens-les-Vals. Le nom « Mérens » est mentionné officiellement pour désigner ce cheval pour la première fois en 1866.. Un synonyme, notamment employé dans des encyclopédies en anglais, est , qui semble avoir été utilisé anciennement, et provient de la rivière Ariège.. Cependant, la notion de cheval ariégeois pose problème du fait qu'il existe une autre race de chevaux que le Mérens élevée en Ariège : le Castillonnais.
Par le passé, ce cheval a porté d'autres noms. Entre 1947 et 1971 ou 1975, le nom de pouvait être employé, mais il fut abandonné pour favoriser le marché du tourisme et du loisir. Après 1971 et avant 1998, ce cheval est nommé , ou .
L'emploi de peut être jugé incorrect pour désigner la race, Lætitia Bataille et Amélie Tsaag Valren lui préférant , ou . Daniel Babo estime que la race est plutôt nommée . Jean-Louis Savignol, éleveur traditionaliste, préfère le nom de : .
Histoire L'histoire de la race de Mérens est intimement liée à celle de sa terre d'origine, les Pyrénées, comme en témoignent de nombreux mythes et légendes locaux à son sujet.
Origines vignette|Chevaux de Mérens en liberté près du pic de la Calabasse.|alt=Dans un paysage de montagne assez verdoyant, plusieurs chevaux noirs se tiennent librement, un groupe sur la gauche de la photo, et un cheval un peu isolé sur la droite. L'origine de tous les chevaux domestiques du monde est établie dans la steppe pontique (d'après une vaste étude publiée dans Nature en 2021) environ , ce qui rend la thèse d'une origine préhistorique du Mérens invalide.. Jean-Louis Naudy souligne cependant qu'à partir de la fin des années 1980, de nombreuses hypothèses relatives à l'origine du cheval de Mérens ont été émises. Il provient de la haute vallée de l'Ariège, près de l'Andorre.
Hypothèses obsolètes d'une origine préhistorique L'hypothèse obsolète du vétérinaire Paul Prunet, dans sa thèse de 1956, évoque un issu de la deuxième migration américaine, vers avant notre ère, cité par .. Bonnie Lou Hendricks, de l'Université de l'Oklahoma, soutenait elle aussi une origine préhistorique (en 1995), expliquant l'homogénéité remarquable des Mérens actuels par un isolement de plusieurs millénaires.
D'après l'ouvrage grand public de Bernard et al., l'ancêtre direct du Mérens aurait gagné cette vallée pendant le quaternaire, il y a . Sa ressemblance avec les chevaux magdaléniens peints et gravés sur les parois de la grotte de Niaux, il y a quelque (voire ), est souvent évoquée. Ces gravures sont décrites comme représentant des têtes ou des corps d'animaux avec un pelage dense adapté aux climats froids, avec une caractéristique sous les joues. Il est supposé que cet animal sauvage adapté au climat froid se déplace vers les montagnes pour échapper au réchauffement climatique qui accompagne la fin de la dernière période glaciaire.
Hypothèses toujours valides Le Mérens présente des ressemblances génétiques avec l'Exmoor, une race de poneys primitifs des îles britanniques..
Le professeur titulaire en droit civil espagnol Jesús Ignacio Fernández Domingo rattache le Mérens au tronc des races de chevaux dites Cantabriques-pyrénéennes ()., ce qui l'apparenterait au Garrano, à l'Asturcón, à la Jaca Navarra et au Pottok.. De par ses caractéristiques physiques (crins ondulés, queue attachée bas) le Mérens semble d'origine ibérique. Il ressemble au Dole Gudbrandsdal norvégien, ainsi qu'au Fell et au Dales, qui sont britanniques, mais d'après Lætitia Bataille, contrairement à ce dernier, le Mérens n'a jamais été croisé avec le Frison. Ses liens possibles avec les poneys Fell et Dales, qui présentent d'étonnantes ressemblances, restent inconnus.
Une autre hypothèse évoquée en 1993 par Naudy, mais aussi en 1995 par Hendricks, s'appuie sur le profil concave ou rectiligne de ces chevaux, éloigné de celui des chevaux ibériques du sud (qui est convexe), pour postuler qu'ils descendent des montures de peuplades orientales, de type arabe. CAB International (CABI) décrit ainsi le Mérens comme un poney celtique local influencé par l'Arabe. Olivier Courthiade s'oppose à la thèse de l'origine arabe, affirmant qu'elle repose sur très peu d'indices, et que les preuves d'origine ibérique et barbe sont beaucoup plus nombreuses et convaincantes.
Influences sur le Mérens La morphologie du Mérens résulte de l'adaptation au rude milieu montagnard où il vit.. Grâce à l'isolement dans ces montagnes, il ne reçoit que peu d'influences extérieures, peut-être essentiellement avec des chevaux de bât lourds qui traversent les Pyrénées (à partir de l'époque romaine), et des chevaux orientaux. Sa morphologie évoque une lointaine parenté avec eux, ses allures relevées et la tête de certains animaux attestent aussi de croisements possibles avec de petits chevaux espagnols noirs, qui lui ressemblent beaucoup. D'après Olivier Courthiade, le Mérens est de souche ibérique, puis a été croisé avec des chevaux Percheron, Breton, et quelques Arabes, Anglo-arabes, Trotteurs français, Frisons et Welsh Cob.
Antiquité et Moyen Âge vignette|Le pog (ou sommet) d'où s'élève le château de Montségur aurait été gravi par la princesse cathare Esclarmonde de Foix sur un Mérens.|alt=Photo d'un sommet sur lequel se dresse un château fort. Si divers passionnés du Mérens déclarent que Crassus aurait subi une défaite face à la cavalerie des Sotiates montée sur de petits chevaux noirs décrits avec précision dans les Commentaires sur la guerre des Gaules, la source primaire ne confirme rien de tel, ni chevaux noirs ni défaite n'étant cités. Le vétérinaire Paul Prunet rapproche ces animaux des Mérens (dans sa thèse de 1956), cité par ., mais cette mention ne permet pas d'établir ce lien. De plus, la localisation des Sotiates est soumise à controverses, la majorité des historiens les plaçant dans l'arrondissement de Nérac, et une minorité près de Foix. C'est en réalité Adolphe Garrigou, un historien local, qui a associé sans preuves les Sotiates au cheval de Mérens dans le Bulletin de la Société Ariégeoise des Sciences et des Lettres.
D'après Edwards et d'autres auteurs, le Mérens est peut-être utilisé comme animal de bât par les Romains, qui l’emmènent avec eux. Un numéro ancien de la Revue des pyrénées (1890) soutient que ce petit cheval noir serait localement connu et décrit durant toute l'Antiquité..
De possibles ou prétendus Mérens sont également mentionnés au Moyen Âge. Les traces du cheval de Charlemagne, Tencendur, sont connues par la culture populaire dans les environs de Bouan. Une célèbre statuette carolingienne montrant Charlemagne sur une petite monture a fait l'objet d'un examen approfondi qui a conclu à une proximité avec le Mérens, d'une taille ne dépassant pas au garrot.. La légende de la fondation de l'Hospitalet-près-l'Andorre met en scène un voyageur qui, à bout de forces sous l'effet du froid, aurait tué son cheval et se serait caché dans ses entrailles encore fumantes en jurant qu'il fera construire un petit hôpital en ces lieux s'il survit.
Les Cathares établis dans la région réservent au cheval une place de choix, notamment via leur croyance en la transmigration des âmes. Une croyance propre à Pamiers veut que les chevaliers morts emmènent avec eux leur monture dans l'Autre Monde. Au , une légende locale veut que la princesse cathare Esclarmonde de Foix ait gravi le pog de Montségur sur le dos d'un petit cheval noir au pied sûr.
Au , ce cheval est décrit comme le .
Les chevaux ariégeois sont réquisitionnés pour la Grande Armée de Napoléon , durant la campagne de Russie. Ils ont pour principale fonction de tirer les canons., comme la plupart des chevaux rustiques présents sur le territoire français au début du . Une légende populaire ariégeoise veut qu'ils se soient illustrés pendant le passage de la Bérézina.
Les Mérens sont vendus sur la foire de Tarascon-sur-Ariège, où des marchands venus de toutes les grandes villes des environs les recherchent. Ce cheval est alors fréquemment nommé ; il est réputé pour la bonne qualité de ses jambes et son aptitude à se contenter d'une nourriture pauvre. En 1861, d'après Louis Moll et Eugène Gayot, la qualité des chevaux pyrénéens est déjà réputée pour la cavalerie légère :
En 1872, le tout premier concours de race est organisé à Ax-les-Thermes. L'élevage est désorganisé, mais le commerce florissant, notamment grâce à la foire de Tarascon, qui fournit en chevaux les vignerons, maraîchers, livreurs, rouliers, et autres entreprises de transport et de messagerie.
Gabriel Lamarque décrit les juments d'Ariège des années 1880 comme mesurant environ , de robe baie-brune ou noire, avec l'encolure courte et les jarrets clos, d'un .
Du XX à l'époque moderne vignette|gauche|Jument et poulain Mérens en liberté en montagne.|alt=Photo en noir et blanc présentant une jument en train de brouter librement, son poulain à ses côtés. Dès la fin du , la race a failli disparaître en raison de croisements incontrôlés. Le Mérens est en effet croisé avec des chevaux de trait Percheron et Breton, dans le but d'obtenir des chevaux de traction agricole lourds. Au début du , quelques éleveurs des villages de L'Hospitalet-près-l'Andorre et Mérens-les-Vals luttent contre ces croisements, et gardent les poulains et pouliches dont la conformation reste la plus proche de l'ancienne race. Le cheval de Mérens est préservé par des hommes attachés à leurs traditions et à leur . Les saillies s'effectuent en liberté, et les chevaux effectuent la transhumance chaque année. La sélection du Mérens démarre en 1908, quand un contrôle des élevages est mis en place par le président de la Société d’Agriculture de l'Ariège, Gabriel Lamarque, qui désire relancer les concours de race. Un premier concours est organisé à Ax-les-Thermes cette même année. La poulinière championne suprême en 1911 a eu un rôle majeur sur l'évolution de la race.