Si des civilisations se sont épanouies sur l’actuel territoire bulgare dès le néolithique et l’antiquité, l’histoire de la Bulgarie des Balkans commence au avec la fondation du royaume bulgare d’Asparoukh à l'issue de la bataille d'Ongal (il a existé d’autres royaumes bulgares : Ancienne Grande Bulgarie ; khanat bulgare de la Volga). Situé à la croisée des influences historiques, culturelles et linguistiques de l’Europe du Sud-Est, le Premier Empire bulgare fut un berceau culturel de l’Europe slave et s’étendit sur les deux rives du bas-Danube, de la mer Adriatique à la mer Égée et à la mer Noire, avant d’être anéanti par l’Empire byzantin au . Il renaît une première fois de ses cendres au avec le second Empire bulgare qui fut, à son tour, conquis au par les Ottomans.

Sa seconde renaissance au fut difficile : le congrès de Berlin, les guerres balkaniques et les deux guerres mondiales ne lui permirent pas de rassembler toutes les régions de culture bulgare pour retrouver l’étendue qui lui avait été reconnue au traité de San Stefano, et la contraignirent à subir une dictature de 45 ans après la Seconde Guerre mondiale. Après la chute des régimes communistes en Europe et du rideau de fer, le pays put enfin s’orienter vers un état démocratique mais la transition post-communiste s'avéra difficile du fait du retard pris par les réformes et la persistance d'une corruption endémique. Le pays rejoignit l’Union européenne en 2007 mais il reste son membre le plus pauvre.

En 2024, la Bulgarie est un pays de l'Europe du Sud-Est, avec façade sur la mer Noire, de , avec une population d'environ sept millions de Bulgares (contre deux en 1881, quatre en 1905 et neuf en 1985), parlant principalement le bulgare, avec une diaspora assez importante, en particulier comme minorités dans les pays frontaliers, mais aussi en Europe proche (Allemagne, Espagne, Ukraine, Turquie) et en Amérique (États-Unis, Canada).

Préhistoire

vignette|Sépulture d'un Homme du paléolhitique. Les premiers établissements humains du territoire actuel de la Bulgarie remontent au Paléolithique moyen, ce qui en fait l'une des régions d'Europe au peuplement le plus ancien. Les plaines commencent à être colonisées et cultivées au Néolithique, alors que ce sont essentiellement des grottes qui étaient habitées auparavant. Des plantes non comestibles à usage textile ou herboristique sont cultivées dès le troisième millénaire avant notre ère.

En 4600 avant l'ère chrétienne, la naît sur les rives de limans de la mer Noire, autour de l'actuelle ville de Varna, à la fin du chalcolithique : c'est un développement culturel et technologique sans précédent dans la région. Des poteries, des idoles en os ou en pierre, des outils de cuivre en révèlent d'abord l'existence, avant la découverte fortuite, en 1972, à quelques kilomètres de Varna, d'une nécropole contenant de nombreux objets en or et en électrum (alliage naturel d'or et d'argent pouvant contenir entre 15 et 40 % d'argent). Les plus riches tombes renferment des diadèmes et des sceptres en or, des haches et pointes de javelot à fort poids de cuivre, des parures raffinées, des céramiques finement décorées. L'étude des quelque 300 sépultures de la nécropole de Varna démontre, à l'âge du cuivre, l'existence d'une société fortement hiérarchisée : ce sont les plus anciennes pièces d'orfèvrerie jamais découvertes à ce jour, parmi lesquelles des bracelets massifs dépassant et de presque 24 carats, des plaques, plastrons, diadèmes… La datation physico-chimique donne des dates échelonnées entre avant notre ère, donc avant la Mésopotamie ou l'Égypte antiqueL'or, la magie des alchimistes.

Parmi les premiers occupants sédentaires du pays on peut également citer les peuples appelés « Pélasges » par les Grecs, civilisations matristiques qui ont laissé de nombreuses sculptures gynomorphes et la légende des AmazonesMarija Gimbutas, The Goddesses and Gods of Old Europe: 6500 to 3500 BCE: Myths and Cult Images (2nd ed.). Berkeley 1974: University of California Press. , et qui correspondent archéologiquement à des civilisations comme celles de Startchevo-Sesklos puis de Vintcha (Bulgarie occidentale), de Karanovo, de la (Calafat, près de Vidin), de (Bulgarie centrale) ou de Hamangia (rives de la mer Noire). Ces civilisations, comme bien d'autres en Europe, nous ont aussi légué des monuments mégalithiques (voir Beglik Tash, site proche de Bourgas, les et le ).

Dès la fin du troisième millénaire, l'Est de la Bulgarie actuelle passe sous l'influence d'un peuple indo-européen, les Thraces, locuteurs de langues paléo-balkaniques. Les Thraces sont réputés pour la qualité de leur travail de l'or et de l'argent, leur musique, ainsi que leur talent de cavaliers. Ils vivent dans une société tribale et peinent à s'unir dans une seule entité politique. Ils inaugurent un patriarcat guerrier (voir Proto-Indo-Européens et Hypothèse kourgane) et laissent les tout premiers signes épigraphiques, comme l'. D'autres sites thraces de cette période initiale sont Dourankoulak en Dobroudja, Solnitsata près de Provadiya, l' ( : le « cap des Oliviers », au nord de Bourgas), et les nombreuses nécropoles de la (bassin du fleuve Maritsa).

Antiquité

La et la mythologie paléo-balkanique étaient proches des cultes à mystères et en particulier de l'orphisme. Les Thraces nous ont laissé de nombreux trésors d'orfèvrerie : voir , ou .

Royaume des Odryses (490 AEC - 46) Les Thraces se répartissent en diverses tribus jusqu'à ce que le roi Térès , premier roi des Odryses, les réunisse autour d'un État fédéral, vers 500 avant notre ère, sous les influences grecque et perse.

Influence hellénique Progressivement hellénisés à partir des comptoirs grecs de l'Égée et du Pont-Euxin, ils entrent dans la sphère d'influence de l'Empire perse au Le royaume de Thrace atteint son apogée sous le règne des rois Sitalcès et Cotys (383-359 ), de la dynastie des Odryses. Détruit et envahi par la Macédoine de Philippe, le père d'Alexandre le Grand, il connaît un renouveau sous Seuthès III en 341, mais doit accepter la domination macédonienne. Les archers et chevaliers thraces sont nombreux dans l'armée d'Alexandre le Grand qui se rend jusqu'en Inde.

La Thrace passe ensuite sous l'influence des royaumes hellénistiques au Hérodote décrit les tombeaux thraces et le raffinement de leur art funéraire. Ils ont laissé de nombreux trésors (musée de Sofia), souvent sous des tumuli qui parsèment par centaines la plaine centrale de Roumélie : les plus connus sont ceux de Kazanlak et de Svechtari.

Période romano-byzantine

Arrivés dans les Balkans pour lutter contre les pirates, les Romains étendent progressivement leur domination sur le territoire thrace en commençant par la Mésie. S'ils tolèrent d'abord un royaume thrace qui est leur client, ils administrent bientôt directement tout le territoire thrace. À partir de - 29, les Romains organisent les territoires en provinces de Mésie et de Thrace au , en l'an 45. La période romaine, qui offre une unité inédite à la péninsule balkanique, est synonyme de prospérité pour la Mésie et la Thrace, notamment grâce aux nouvelles voies de communication. La ville de Sardica, sur le site de la ville actuelle de Sofia, se situe au croisement des deux principales routes qui traversent les Balkans. Trimontium, l'actuelle Plovdiv, prospère également. Les Romains laissent leur empreinte : le théâtre antique de Plovdiv, les thermes de Varna, la et bien d'autres monuments romains. En 188 de notre ère, la Thrace est définitivement intégrée dans l'Empire romain et, à la fin du , le pays est organisé comme province de Dacie aurélienne où petit à petit les Thraces sont romanisés au nord de la ligne Jireček : la langue thrace subsiste toutefois dans certaines régions montagnardes, comme le Rhodope, jusqu'au cinquième siècle de notre ère, et même si le christianisme se généralise, le culte du cheval se maintient encore plus longtemps.

À l'époque romaine et durant l'Antiquité tardive, les villes d'Adrianopolis (Andrinople, aujourd'hui Odrin), de - aujourd'hui Toplitsa ou Hissarya, et de - aujourd'hui Plovdiv, sont les principaux centres urbains, comme en témoignent le , le , l' ou l'.

Rome développe son système défensif le long du Danube, mais si l'été, le limes (série de fortifications et de castrae de légionnaires) et la classis (flotte militaire de garde-frontières, sur le Danube et en mer Noire, basée dans des arsenaux dénommés classis Romana castrae) sont efficaces, en hiver en revanche, lorsque les eaux gèlent, la défense du pays est beaucoup plus ardue, et au les invasions gothiques ravagent le pays : l'empereur Valens est ainsi tué en défendant Andrinople. Les principaux castrae romains se trouvaient près de Sofia, Svichtov, Lom, Silistra, Razgrad, Gigen et Plovdiv.

En l'an 395, l'Empire romain est divisé et les provinces de Thrace et de Mésie se retrouvent dans l'Empire romain d'Orient où le christianisme progresse rapidement comme en témoignent , Petite basilique antique de Plovdiv. Le judaïsme romaniote est également présent, et la est l'une des plus importantes du pays.

L'Empire romain d'Orient, que nous appelons « byzantin » depuis le , perdure dans les Balkans jusqu'au lorsqu'il commence à en perdre le contrôle en raison de l'arrivée des Slaves méridionaux et des invasions avares, gardant seulement les grandes villes et les côtes, de peuplement majoritairement grec, tandis que dans les campagnes de l'intérieur, les Slaves s'organisent en petits duchés autonomes qu'ils appellent knyazats et que les byzantins appelaient sklaviniesGeorg Ostrogorsky, Histoire de l'État byzantin, éditions Payot, .

Grandes migrations et formation du Premier Empire bulgare droite|vignette|L'Ancienne Grande Bulgarie vers 650.

Les Protoslaves arrivent dans les Balkans à partir de la fin du , poussés par plusieurs peuples cavaliers dont les Huns, les Goths, les Avars et les Alains. Initialement adeptes des dieux slaves, les Proto-Slaves s'établissent de plus en plus nombreux : ce sont eux qui ont légué aux actuels Bulgares leur langueJordanès, Getica : “…Sclavini a civitate nova et Sclavino Rumunense et lacu qui appellantur Mursianus…“ sur : De rebus Geticis.

Confédération de peuples turcophones et iranophones formée entre le et le en Asie centrale, les Proto-Bulgares, initialement adeptes du tengrisme, s'installent au nord de la mer Noire par vagues successives entre le et le . Des peuples iranophones tels les Alains dont descendent les actuels Ossètes du Caucase, ont rejoint cette confédération comprenant aussi des éléments turcophones dont descendent les Balkars du Caucase actuel. Les origines diverses des peuples ainsi confédérés se retrouvent dans leur nom, puisque « bulgare » vient du radical turc bulach signifiant « mélange ». Les Proto-Bulgares sont déjà politiquement structurés et ont une excellente réputation militaire.