Emelian Pougatchev (en russe ), nom francisé en Émilien PougatchëvPierre Pascal, La Révolte de Pougatchëv, .D. S. Mirsky, Histoire de la littérature russe, Fayard, 1969, . ou Émilien Pougatchov.Alexandre Pouchkine, Œuvres complètes, tome I, Éditions L'Âge d'Homme, Lausanne, 1973, .Alexandre Pouchkine, Œuvres, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1973, ., né vers 1742 à Zimoveïski-sur-le-Don (aujourd’hui district de Kotelnikovsky dans l'Oblast de Volgograd) et mort le 10 janvier du calendrier julien à Moscou, est un officier (ataman) des cosaques de l'Oural, surtout connu comme le chef de la révolte appelée traditionnellement révolte de Pougatchev sous le règne de l'impératrice Catherine II.

À partir de 1773, Pougatchev conteste en effet la légitimité de Catherine en se présentant comme le tsar Pierre III, brutalement évincé par son épouse en En janvier 1762, le neveu de l'impératrice Élisabeth , petit-fils de Pierre le Grand, Peter de Holstein-Gottorp, lui succède sous le nom de Pierre III. En juillet 1762, son épouse, Catherine (née Sophie d'Anhalt-Zerbst) le fait arrêter et incarcérer, puis il est exécuté quelques jours plus tard par un proche. Une dizaine d'années plus tard, le faux tsar Pougatchev entraîne à sa suite un grand nombre de cosaques, puis de paysans, mécontents du régime dirigé par Catherine II.

Il rallie à sa cause des cosaques, puis des paysans. Après des succès initiaux, Pougatchev est vaincu par l'armée russe à Tsaritsyne (). Il est ensuite livré aux autorités (septembre) et conduit à Moscou où il est exécuté.

Biographie thumb|left|Le Jugement de Pougatchev (1879). thumb|Otto Friedrich von Möller : Assaut de Kazan par Pougachev.

Famille Emelian Pougatchev est le fils d'un cosaque du Don, petit propriétaire terrien.

En 1758, il épouse une femme cosaque, Sofia Nedioujeva.

Carrière militaire Il participe alors à la guerre de Sept Ans (commencée en 1756) sous le commandement du comte Zakhar Tchernychev.

Au début de la guerre russo-turque de 1768-1774, Pougatchev, qui est sous-lieutenant des troupes cosaques (khorounji), sert sous le commandement du comte Pierre Panine et prend part au siège de Bender.

Années d'errance Il passe plusieurs années à errer et est à plusieurs reprises mis en prison pour vagabondage. Il fréquente des monastères de vieux-croyants qui exercent sur lui une grande influence. Ils sont hostiles au régime mis en place par Pierre le Grand et poursuivi, voire aggravé par Catherine II.

La révolte (1773-1775) En 1773, il proclame qu'il est en réalité l'empereur Pierre III, toujours vivant. Il lance ainsi une insurrection des cosaques du Iaïk, qui déclenche ensuite une jacquerie dans toute la Petite Russie (région de la basse Volga).

Dans un premier temps, le gouvernement ne prend pas la menace au sérieux et se contente de mettre sa tête à prix. Mais les troupes ralliées à Pougatchev s'emparent des forteresses de l'Oural. Les Bachkirs musulmans dirigés par Salavat Ioulaïev se soulèvent à leur tour et se joignent au mouvement. En , la ville d'Orenbourg est assiégée. Dans la région de Nijni Novgorod, les serfs brûlent les manoirs et égorgent les maîtres.

Le gouvernement se décide finalement à agir. L'armée du général Bibikov reprend Orenbourg et surtout les cosaques, lassés par les excès du nouveau tsar, ne supportent pas de voir leurs intérêts confondus avec ceux des serfs révoltés : ils décident d'en finir avec Pougatchev.

Après leur défaite près de Kazan le 15 juillet 1774, l'armée rebelle traverse la Volga pour gagner la rive droite. La plupart des Bachkirs refusent de suivre Pougatchev et, menés par Salavat Ioulaïev, retournent dans la région d'Oufa, où les combats se poursuivirent jusqu'en novembre 1774.

En , le général Ivan Mikhelson inflige à Pougatchev une défaite décisive près de Tsaritsyne (aujourd'hui Volgograd).

Pougatchev s'enfuit vers le sud-est le long de la Volga avec les restes de son armée. Après avoir franchi la Volga, il mène son détachement vers l'est, traversant l'Akhtouba, où une réunion se tient pour décider de la suite des opérations. Pougatchev propose de descendre jusqu'à la mer Caspienne, puis, de là, d'emprunter des routes secrètes pour rejoindre l'Ukraine, les Cosaques zaporogues ou la Turquie, ou encore de se replier en Bachkirie ou en Sibérie. Il ignorait tout du complot ourdi par des colonels cosaques au sein de son détachement, qui avaient décidé d'obtenir une grâce gouvernementale en échange de la libération de Pougatchev. Ils refusèrent catégoriquement toutes les propositions de Pougatchev et proposèrent de se diriger vers le Karaozen. Là, les conspirateurs ligotèrent Pougatchev, tandis que le reste du détachement demeurait à distance. Livré aux forces armées gouvernementales à Ouralsk le 15 septembre, il y est interrogé par le lieutenant-général Alexandre Souvorov, qui décide de son transfert vers Simbirsk. Il est transporté dans une cage en bois hissé sur une araba.

En octobre 1774, le général en chef Piotr Panine et le chef des commissions secrètes, le major général Pavel Potemkine l'interrogent à Simbirsk. Le 26 octobre 1774, Pougatchev fut envoyé de Simbirsk à Moscou.

À la suite de l'enquête, le manifeste de Catherine II du 19 décembre 1774 détermina la composition du tribunal. Quatorze sénateurs, onze « personnes des trois premières classes », quatre membres du Synode et six présidents des collèges furent nommés juges. Le procureur général Alexandre Viazemsky fut désigné pour superviser le procès. La première audience eut lieu le 30 décembre dans la salle du trône du palais du Kremlin. Les résultats de l'enquête furent annoncés et examinés. Le matin du 31 décembre 1774, Pougatchev fut amené au tribunal. À genoux, il répondit aux questions préparées à l'avance et avoua ses crimes, après quoi il fut condamné à mort.

Mort et funérailles Conduit à Moscou, il est exécuté en sur un échafaud dressé place Bolotnaïa à Moscou : il a été prévu de couper d'abord ses quatre membres à la hache, puis de le décapiter, mais finalement il est d'abord décapité, puis démembré.

Postérité littéraire Alexandre Pouchkine a fait de la révolte de Pougatchev le cadre de son roman historique publié en 1836 La Fille du capitaine. Le personnage du cosaque apparaît lui-même dans l'intrigue et sous un jour plus mystérieux qu'antipathique. Le poète Sergueï Essénine a écrit un poème dramatique intitulé Pougatchev en 1921. Pougatchev apparaît aussi dans le roman de Romain Gary, Les Enchanteurs, publié en 1973.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie

A. Gaïssinovitch, La Révolte de Pougatchev, Payot, 1938. Pierre Pascal, La Révolte de Pougatchëv, Collection « archives », Gallimard, 1971, 274 p. Philip Longworth, Les Cosaques, Paris, Albin Michel, 1972. Mikhaïl W. Ramseier, Cosaques, Genève, Nemo, 2009, Jean Savant, Les Cosaques, Paris, Éditions Balzac, 1948. .

Articles connexes Guerre des Paysans russes (1773-1775) (révolte de Pougatchev)

Liens externes

Catégorie:Naissance dans l'oblast de l'armée du Don Catégorie:Naissance en 1742 Catégorie:Décès en janvier 1775 Catégorie:Personnalité russe du XVIIIe siècle Catégorie:Cosaques du Don Catégorie:Insurgé Catégorie:Usurpateur Catégorie:Catherine II Catégorie:Prétendant au trône de Russie Catégorie:Rebelle du XVIIIe siècle Catégorie:Mort décapité