Saint IgnaceIgnatius est un nom romain hellénisé et non pas grec ni syriaque. (Plutarque, Crassus, 27. Anthologie Palatine, XV, 29). d'AntiocheLa ville d'Antioche fut fondée en 300 a. J.-C. par Séleucus Nicator et fut peuplée principalement par 3 500 familles macédoniennes et grecques (en / Ignátios Antiokheías) ou Ignace le Théophore (en / Ignátios ho Theophóros), né vers 35 dans la province de Syrie et mort à Rome en martyr, probablement en 107 ou 113, fut le troisième évêque d'Antioche, après saint Pierre et Évode, à qui il succéda vers 68. Disciple direct des apôtres Pierre et Jean, il est surtout connu pour avoir proposé le terme de « christianisme » à travers sa parole et ses lettres apostoliques, associant notamment le martyre pour la foi aux grains de blé moulus pour devenir le pain de l'Eucharistie.

Ses lettres apostoliques développant une première théologie eucharistique le font ranger parmi les Pères apostoliques, et la deuxième génération génération après les apôtres (96 à 163), y compris Clément : Épître aux Corinthiens, la Didachè, le Martyre de Polycarpe, Hermas et donc Ignace d'Antioche. des Pères de l'Église. Ses écrits nous font savoir qu'il fut arrêté comme chrétien et conduit sous escorte à Rome où il s'attendait à être jeté aux bêtes (damnatio ad bestias), mais on ignore les circonstances de sa mort.

C'est un saint pour l'Église catholique latine, qui le fête le 17 octobre (ce fut longtemps le ), et pour les Églises orthodoxes et catholiques orientales, qui le fêtent le 20 décembre.

Histoire Seul le récit tardif du Martyre de Saint Ignace nous donne un récit de sa vie. Par déduction des écrits d'Eusèbe de Césarée, il serait né vers 35 dans la province de Syrie. Il fut le troisième évêque d'Antioche, après saint Pierre et Évode, à qui il succéda vers 68Eusèbe de Césarée, H.E. 3.22. Antioche est alors la troisième ville de l'empire après Rome et Alexandrie et compte environ 500 000 habitants.

Selon le Martyre de saint Ignace, Ignace fut arrêté par les autorités et transféré à Rome pour être mis à mort dans l'arène, pendant la persécution de Trajan. Il s'agissait de faire un exemple afin de freiner l'expansion du christianisme. Au contraire, sur le chemin qui l'amenait à la mort, il rencontra et encouragea de nombreux chrétiens, écrivit des lettres aux Éphésiens, aux Magnésiens, Tralliens, Philadelphiens, Smyrniens, et aux Romains, de même que la lettre à l'évêque Polycarpe de Smyrne, qui selon la tradition était un disciple de saint Jean l'Évangéliste..

Son désir très fort du martyre sanglant dans l'arène, que lui attribue le récit, peut sembler étrange au lecteur moderne : il conçoit le martyre comme une libation, un sacrifice envers le Christ.

Lettres authentiques et apocryphes Les lettres d'Ignace d'après les témoignages primitifs Eusèbe de Césarée, qui écrit deux siècles plus tard, consacre un chapitre entier de son Histoire ecclésiastique à la vie et aux sept lettres écrites par Ignace sur le chemin de Rome : « De Syrie, Ignace fut envoyé à Rome pour être livré en pâture aux bêtes sauvages, à cause du témoignage qu'il avait rendu du Christ. En accomplissant son voyage à travers l'Asie, sous la surveillance sévère des gardes dans toutes les villes où il s'arrêtait, à travers des prédications et des avertissements, il renforçait les Églises; et surtout, il exhortait, avec la plus grande vigueur, à se garder des hérésies, qui commençaient alors à se multiplier, et recommandait de ne pas se détacher de la tradition apostoliqueH.E. 3, 36. » La première étape du voyage d'Ignace vers le martyre fut la ville de Smyrne, où était évêque Polycarpe, disciple de l'apôtre Jean. Ignace y écrivit quatre lettres, respectivement aux Églises d'Éphèse, de Magnésie, de Tralles et de Rome. « Parti de Smyrne », poursuit Eusèbe « Ignace arriva à Troade, et de là, envoya de nouvelles lettres » deux aux Églises de Philadelphie et de Smyrne, et une à l'évêque Polycarpe. Le témoignage de Polycarpe de Smyrne. Quelques jours après le passage d'Ignace à Philippes, les Philippiens prièrent Polycarpe de leur communiquer les lettres de l’évêque d’Antioche qu’il possédait.

Polycarpe répond à cette demande : « Comme vous nous l'avez demandé, nous vous envoyons les lettres d'Ignace, celles qu'il nous a adressées et toutes celles que nous avons chez nousLettre aux Philippiens XIII, 1.… »

Lettre à Polycarpe

Consensus sur la fausseté d'une partie du corpus Vu le faible nombre d'écrits de cette période de l'Église, ces lettres (CPG 1025-1036) eurent une influence dans le développement de la théologie chrétienne. Elles semblent avoir été écrites en grande hâte et sans véritable plan, comme une succession non systématique de pensées.

Ignace est le premier écrivain chrétien dont les écrits nous sont parvenus et qui insiste fortement sur la loyauté à l'évêque de la ville, assisté par les presbytres (prêtres) et les diacres. Les écrits antérieurs mentionnent en effet soit les évêques soit les presbytres, et donnent l'impression qu'il y avait plusieurs évêques par communauté. Ignace insiste aussi sur la valeur de l'Eucharistie, et l'appelle un « médicament pour la vie éternelle ». Il montrait que l'Église romaine avait primauté sur les autres Églises, car elle présidait à l'amour.

Parmi la quinzaine d'épîtres qui nous sont parvenues sous le nom d'Ignace d'Antioche, seules sept, celles citées par Eusèbe de Césarée, sont considérées couramment comme authentiques. La question d'authenticité ne porte pas seulement sur le nombre d'écrits, mais aussi sur leur contenu.

En effet, certaines de ces lettres nous sont parvenues sous trois « formes » : une brève, une moyenne et une longue. L'ensemble des critiques s'accordent pour reconnaître à la forme « moyenne » (aussi nommée « recension moyenne ») les caractères d'originalité, la forme brève (pour les lettres à Polycarpe, aux Romains et aux Éphésiens, en syriaque) s'avérant une forme abrégée de ces lettres, tandis que la forme longue (présente dans les manuscrits contenant les lettres reconnues comme pseudépigraphes) est une recension interpolée dans une optique théologique ultérieure. Les lettres, dans la forme « moyenne », nous sont parvenues en différentes langues : quelques manuscrits grecs présentent les lettres à Polycarpe, aux Éphésiens, Magnésiens, Tralliens, Philadelphiens, et Smyrniotes, un autre la Lettre aux Romains. Cette lettre « aux Romains » se trouve aussi insérée dans un manuscrit syriaque du Martyre de saint Ignace. Une version latine, faite sur le grec, de ces lettres est aussi connue, ainsi qu'une version arménienne, faite sur une traduction syriaque. Enfin, la Lettre aux Smyrniotes est aussi connue par une version copte. L'ensemble de ces versions a permis de rétablir le texte des épîtres dans un degré de probabilité tout à fait remarquable. Signalons aussi une version arabe de la forme « moyenne » des sept lettres dépendant du texte syriaque qui n'a guère été remarquéeVoir « Un ancien témoin arabe des lettres d'Ignace d'Antioche » dans la revue Parole de l'Orient, 1968..

Les lettres aux Tarsiens, Antiochiens, Philippiens, au diacre Héron, à l'apôtre Jean, à la Vierge Marie, ainsi que la correspondance avec la prosélyte Marie, présentes dans les manuscrits offrant la forme « longue » (interpolée) des lettres d'Ignace sont reconnues comme des pseudépigraphes nettement plus tardifs.

Le récit du Martyre de saint Ignace, abondamment utilisé pour rédiger les « biographies » d'Ignace, est tardif. Les divers anachronismes qu'il comporte n'en font pas un document historiquement fiable : c'est l'un de ces innombrables « actes de martyrs » où l'imagination du rédacteur supplée au manque d'information.

Débat sur l'authenticité des lettres de la recension moyenne

En 1979, le philologue Robert Joly affirme, au terme d'un examen en grande partie philologique, que même les sept Lettres couramment tenues pour authentiques d'Ignace d'Antioche, personnage selon lui fictifCharles Munier, « Où en est la question d'Ignace d'Antioche ? Bilan d'un siècle de recherches 1870-1988 », dans W. Haase, Aufstieg und Niedergang der Römischen Welt, vol. II.27.1, p. 379 : ., seraient « un faux issu du milieu smyrniote vers 165Robert Joly, Le dossier d'Ignace d'Antioche, Éditions de l'Université de Bruxelles, Bruxelles, 1979. Les mots cités sont sur la dernière page de couverture. Voir aussi p. 115. ». L'abbé Roger Gryson, professeur de patristique et d'histoire de l'Église ancienne à l'université catholique de Louvain-la-Neuve, reconnaît que R. Joly a au moins montré que la thèse traditionnelle n'est pas aussi certaine qu'on le croyait« Il conclut à juste titre qu'on n'est pas fondé, en tout cas, à considérer l'authenticité comme assurée et qu'elle doit être tenue, à tout le moins, pour sujette à caution » (Roger Gryson, dans Revue théologique de Louvain, t. X, 1979, p. 450. Cité par Robert Joly, « À propos d'Ignace d'Antioche. Réflexions méthodologiques. », Problèmes d'histoire du christianisme, n° 9, 1980, p. 31.).

La thèse de R. Joly ne convainc cependant pas tout le monde. Par exemple, W. R. Schoedel la rejette en 1980W. R. Schoedel, « Are the Letters of Ignatius of Antioch Authentic ? », Religious Studies Review, vol. 6 (1980), p. 196-201. et Charles Munier en 1993Charles Munier, « Où en est la question d'Ignace d'Antioche ? Bilan d'un siècle de recherches 1870-1988 », dans W. Haase, Aufstieg und Niedergang der Romischen Welt, vol. II.27.1, pp. 359-484, spéc. 378-379, Walter de Gruyter, 1993, partiellement consultable sur Google Livres..

Reinhard M. Hübner en 1997Reinhard M. Hübner, « Thesen zur Echtheit und Datierung der sieben Briefe des Ignatius von Antiochien », Zeitschrift für Antikes Christentum, vol. 1, n° 1 (1997), p. 44-72. et Thomas Lechner en 1999Thomas Lechner, Ignatius adversus Valentinianos? Chronologische und theologiegeschichtliche Studien zu den Briefen des Ignatius von Antiochien, vol. 47 des Supplements to Vigiliae Christianae, Brill, 1999, partiellement consultables sur Google Livres. reviennent, contre Ch. Munier et W. R. Schoedel, à une thèse proche de celle de R. JolyPour une discussion des thèses de Hübner et de Lechner, voir : Andreas Lindemann, « Antwort auf die ‘Thesen zur Echtheit und Datierung der sieben Briefe des Ignatius von Antiochien’ », Zeitschrift für Antikes Christentum, vol. 1, n° 2 (1997), p. 185–94; Georg Schöllgen, « Die Ignatianen als pseudepigraphisches Briefcorpus : Anmerkung zu denThesen von Reinhard M. Hübner », Zeitschrift für Antikes Christentum, vol.2, no. 1 (1998), p. 16-25; Mark J. Edwards, « Ignatius and the Second Century: An Answer to R. Hübner », Zeitschrift für Antikes Christentum, vol. 2, no. 2 (1998), p. 214–26; Hermann Josef Vogt, « Bemerkungen zur Echtheit der Ignatiusbriefe », Zeitschrift für Antikes Christentum, vol. 3, no. 1 (1999), p. 50–63..

En 2000, C. Moreschini et E. Norelli écrivent : « La majorité des savants (à laquelle nous nous rallions) n’a toutefois pas accepté ces propositions ; aucun élément décisif n’oblige à considérer comme un faux tout ou partie de la recension moyenne des lettres d’Ignace (cf. Munier cité dans la bibliographieC. Moreschini et E. Norelli, Histoire de la littérature chrétienne ancienne grecque et latine. I . De Paul à l’ère de Constantin, Labor et fides, Genève, 2000, p. 138.). »