La conférence de Berlin marqua l’organisation et la collaboration européenne pour le partage et la division de l’Afrique. Appelée à l'époque conférence de l'Afrique de l'Ouest, .Ahmat Adoum Gadi, « "Le mythe de Berlin a fini par s’imposer comme une forme de vérité absolue" », Afrique XXI, 18 août 2026. ou conférence du Congo, elle consiste en dix réunions commençant le à Berlin et s'achevant le . À l'initiative du chancelier Otto von Bismarck, l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, la Belgique, le Danemark, l'Empire ottoman, l’Espagne, la France, le Royaume-Uni, l’Italie, les Pays-Bas, le Portugal, la Russie, la Suède-Norvège ainsi que les États-Unis y participèrent. Une conférence antérieureLa conférence géographique de Bruxelles (1876). avait amorcé le débat par la partition des Le pays du Congo fut divisé en trois parties, précisément : le Congo Léopoldville pris par les Belges, le Congo Brazzaville pris par la France et l’Angola qui appartenait historiquement au Portugal. Quelques parties de ces trois pays formaient l’ex-royaume de Kongo.. La conférence de Berlin aboutit principalement à édicter les règles officielles de colonisation. L’impact direct sur les colonies fut une vague européenne de signatures de traités.
vignette|280px|Comparaison de l'Afrique en 1880 et en 1913|centré
Contexte Durant de longues années, l'intérieur du continent africain, souvent difficile d'accès, n'a pas intéressé les puissances européennes qui se contentaient d'y établir des escales ou des comptoirs de commerce (voir Côte de l'Or). Dans la seconde moitié du , l'appétit des puissances européennes est stimulé par la découverte de richesses insoupçonnées, à l'image des mines de diamants du Transvaal découvertes en 1867. Durant les années 1880, les visées colonisatrices européennes en Afrique s'intensifient jusqu'à créer des tensions entre les différentes puissances. En 1830, la France occupe le Sénégal (qui consiste à l’époque uniquement en la ville de Saint-Louis et l'île de Gorée), une partie de ce qui sera ensuite nommé l'Algérie, puis, en 1881, la TunisieLe 12 mai, le traité du Bardo fait de la Tunisie un protectorat français., froissant au passage la susceptibilité de l'Italie. Elle pose ses premiers jalons dans les territoires constituant l'actuelle république du Congo et s'empare de la Guinée en 1884. En 1882, le Royaume-Uni s'empare de l'Égypte, une province de l'Empire ottoman avant de se tourner vers le Soudan et l'actuelle région du Somaliland (que les colonisateurs dénommeront en 1884 Somalie britannique). En 1885, l'Italie prend possession d'une partie de l'Érythrée, alors que l'Allemagne déclare en 1884 avoir pris possession du Togo, du Cameroun, du Sud-Ouest africain (l'actuelle Namibie) et de l'Afrique orientale allemande en 1885. La conférence de Berlin fut convoquée de à . À cette conférence fut décidé le partage systématique de l'Afrique et l'installation de façon durable de la colonisation de l'Afrique.
La concurrence engendrée par l'exploration du bassin du Congo (1874-1877) par Henry Morton Stanley, qui efface l'une des dernières terra incognita de la carte du continentLe Rwanda ne sera découvert par les Européens qu'en 1894., conduit à l'organisation de la conférence de Berlin. En 1876, la conférence géographique de Bruxelles (-) avait été convoquée par le roi des Belges Léopold II afin d'envoyer des expéditions au Congo aux motifs d'y abolir la traite des Noirs maintenue par les Arabes et, selon ses propres termes, de « civiliser » le continent africain. Elle aboutit à la création de l'Association internationale africaine. Dès 1878, le roi Léopold II saisit l'occasion de la traversée du continent par H.M Stanley pour l'inviter à se joindre aux travaux de la nouvelle association.
En 1879, la Belgique crée aussi l'Association internationale du Congo qui présente des objectifs plus explicitement économiques ; elle reste toutefois en relation avec l'Association internationale africaine qui lui offre un paravent philanthropique. Stanley est chargé de retourner au Congo avec la mission secrète d'établir un État, le futur État indépendant du Congo, dont il serait le chef au nom de l'Association internationale africaine.
Dans le même temps, la France, représenté par le baron Alphonse de Courcel affirme son intérêt pour la région : l'officier Pierre Savorgnan de Brazza remonte le bassin du Congo pour fonder Brazzaville en 1881. Le Portugal, qui s'appuie sur des traités antérieurs signés avec l'empire Kongo, revendique une souveraineté sur ces mêmes territoires. Il passe le un accord avec le Royaume-Uni pour bloquer l'accès de l'océan Atlantique à l'Association internationale du Congo. Le Portugal conçoit alors l’idée d’une conférence internationale pour le partage de cette région. L’idée fut immédiatement reprise par l’Allemagne avec le chancelier Bismarck qui convoqua la conférence de Berlin le .
La conférence vignette|Dessin de presse paru dans L'Illustration du et montrant le chancelier allemand Bismarck sur le point de partager l'Afrique. Bismarck se pose en médiateur de la crise accompagné par Paul von Hatzfeldt, secrétaire d’État allemand aux affaires étrangères, profitant de l'occasion pour affirmer un peu plus le rôle central de l'Allemagne dans le concert des nations. Quatorze puissances participent aux débats : Allemagne, Autriche-Hongrie, Belgique, Danemark, Empire ottoman, Espagne, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Pays-Bas, Portugal, Russie et Suède-Norvège. Les peuples et les rois africains sont tenus à l'écart de toutes les discussions. La conférence présente un ordre du jour plus important que la simple question congolaise. On y parle principalement de la liberté de navigation et de commerce ainsi que des modalités d'installation sur les côtes.
Deux conceptions s'opposent. D'un côté, Bismarck entend garantir la liberté de navigation et de commerce dans toute la zone. De l'autre, le Portugal, soutenu par le président du Conseil français Jules Ferry, conçoit les colonies comme un monopole commercial détenu par la métropole. Finalement, la conférence établit une liberté de commerce étendue dans les bassins du Congo et du Niger, mis à part dans le domaine du transport d'armes.
La conférence de Berlin soulève aussi la question de l’esclavage en Afrique. À la veille de la conférence, la majorité des états présents ont déjà aboli la traite négrière avec notamment la France en 1848 ou le Royaume-Uni en 1807 ; seul le Brésil, ancienne colonie portugaise, ne l’a pas aboli. Cependant, les 14 puissances signataires réaffirment leur volonté et consacrent un chapitre à la traite des esclaves dans l’acte général de la conférence. Celui-ci comprend un article, l’article 9, qui informe que toute puissance ayant un droit de souveraineté ou d’influence dans les territoires formant le bassin conventionnel du Congo reconnaissent que ces territoires ne pourront servir ni de marché ni de voie de transit pour la traite des esclaves. Ils s’engagent aussi à employer tous les moyens en leur pouvoir pour mettre fin à ce commerce et pour punir ceux qui s'en occupent. La conférence n’avait donc pas pour but d’abolir l’esclavage puisqu'il était déjà interdit par la plupart des puissances mais elle en a fait un thème politique central du discours colonial européen. Les puissances occidentales prétendent lutter contre la traite orientale arabe et les systèmes esclavagistes internes en Afrique pour légitimer la colonisation, en favorisant le . Cependant, malgré les résolutions prises lors de la conférence, de nombreux empires introduisent le travail forcé dans les colonies ainsi que le recrutement coercitif, perpétuant des formes d’exploitation violente dans le but de rendre la colonisation aussi peu coûteuse que possible, notamment dans le Congo belge, l’Afrique-Équatoriale française, l'Afrique orientale allemande, l’Angola portugais.
Les frontières du nouvel État sont fixées : au total, Léopold II de Belgique reçoit, à titre personnel, deux millions et demi de kilomètres carrés qui deviendront plus tard l'État indépendant du CongoToutes charges et toutes responsabilités sont déclinées par la Belgique, comme le confirmera l'article 62 de la Constitution votée, les 28 et , par la Chambre des représentants belge. Léopold II léguera toutefois ce territoire à la Belgique en 1908.. Au nord-ouest de l'État ainsi formé, reviennent à la France (bientôt baptisé Congo-Brazzaville). La France se voit aussi attribuer la partie intérieure du Niger dont le Royaume-Uni contrôle le delta. Du côté allemand, on espère que les concessions territoriales faites à la France atténueront le ressentiment né de la perte de l'Alsace-Lorraine à la suite de la guerre franco-prussienne de 1870-1871. Le Portugal abandonne ses prétentions au nord de l'estuaire du Congo, sauf en ce qui concerne l'enclave de Cabinda.
Participants États participants Chef d'État Chef du gouvernement Représentants/Participants 20px Allemagne Guillaume Otto von Bismarck Otto von Bismarck, Paul von Hatzfeldt, Clemens Busch et bordure|20px Autriche-Hongrie François-Joseph Gusztáv Kálnoky Emmerich Széchényi de Sárvár-Felsővidék 20px Belgique Léopold II Auguste Beernaert et Auguste Lambermont 20px Danemark Christian IX Jacob Brønnum Scavenius Estrup Emil von Vind 20px Espagne Alphonse XII Antonio Cánovas del Castillo Francisco de Benomar 20px États-Unis Chester Alan Arthur Chester Alan Arthur et Henry Shelton Sanford 20px France Jules Grévy Jules Ferry Alphonse Chodron de Courcel et Édouard Engelhardt 20px Italie Humbert Giovanni Giolitti Eduardo de Launay bordure|20px Pays-Bas Guillaume III Jan Heemskerk Philipp van der Hoeven 20px Portugal Louis Fontes Pereira de Melo et António de Serpa Pimentel 20px Royaume-Uni Victoria William Ewart Gladstone Edward Malet 20px Russie Alexandre III Mikhaïl Kristoforovitch Reutern 20px Suède-Norvège Oscar II Robert Themptander Gillis Bildt 20px Empire ottoman Abdul Hamid II
Réglementation Acte général
Son acte, le , établit les points suivants :
. Il ne peut y avoir annexion que par l'occupation effective du terrain et les traités conclus avec les populations indigènes doivent être notifiés aux autres nations colonisatrices. Liberté de navigation sur les fleuves Niger et Congo, et liberté de commerce dans le bassin du Congo. Interdiction de l'esclavage. vignette|Le souverain belge Léopold II découpant le Congo. Caricature de François Maréchal parue en décembre 1884 dans l'hebdomadaire liégeois Le Frondeur. La conférence a, enfin, pris acte de l'existence de l'État indépendant du Congo en tant que puissance souveraineLa reconnaissance de l'État indépendant du Congo est le produit d'une série de traités bilatéraux signés entre le et le entre celle-ci et les différentes puissances coloniales. Pour la question de la « reconnaissance » de l'État indépendant du Congo en tant que puissance souveraine, voir J. Stengers, Congo, Mythes et réalités, Bruxelles, Racine, 2005, pp.93-96., territoire appartenant en propre au roi Léopold II de Belgique (et qui deviendra une colonie belge en 1908). La France obtient la reconnaissance de son autorité sur la rive droite du Congo et de l’Oubangui.
La conférence de Berlin rappelle l’interdiction de la traite négrière et invite les signataires à contribuer à son extinction.
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Découpages bilatéraux Portugal – Royaume-Uni : le gouvernement portugais présente un projet connu sous le nom de « Carte rose », dans lequel les colonies de l'Angola et du Mozambique étaient réunies sur un axe est-ouest. Tous les pays réunis, à l'exception du Royaume-Uni, sont prêts à entériner ce projet. En 1890, le gouvernement britannique, en violation du traité de Windsor et du traité de Berlin lui-même, lance un ultimatum demandant que les Portugais se retirent de la zone située entre les deux colonies. Cet espace sera une dizaine d'années plus tard occupé par la Rhodésie de la BSCA britannique.