Luisa Miller est un opéra en trois actes, le quatorzième de Giuseppe Verdi, alors âgé de . Présenté pour la première fois au Teatro San Carlo de Naples le Robert Bernard, Op. cit. ., il est considéré comme un tournant dans le style verdienOpéra, Andras Batta, éditions Könemann..
Genèse Après la création dAlzira, le Teatro San Carlo à Naples commanda deux nouveaux opéras à Giuseppe VerdiLe Théâtre de la cohabitation, la genèse de Luisa, J.F.Labie. À cet effet, Salvatore Cammarano (1801-1852), librettiste du théâtre, fut chargé de rédiger les livrets. Il faut préciser que le choix du librettiste était crucial, puisque dans les œuvres de Verdi tout particulièrement, le texte a une valeur primordialeRobert Bernard, Op. cit. p. 1043.. Si Verdi choisit Cammarano pour écrire le livret de ces deux opéras, c'est en partie pour la lettre que celui-ci lui envoya et qui le suppliait en ces termes : ; la situation du librettiste était en effet précaire, et il avait six fils à sa charge. Verdi lui commanda un livret . Ainsi furent créés La battaglia di Legnano ( à Rome) et Luisa Miller d'après Kabale und Liebe de Friedrich von Schiller.
Au début, le projet de Verdi n'était pas de réaliser un opéra d'après Kabale und Liebe mais un opéra héroïque du même type que La battaglia di Legnano ayant pour cadre le siège de Florence de 1529 et dont le titre aurait été Assedio di Firenze, tandis que Piave, à qui Verdi avait déjà proposé le sujet, suggérait pour titre Maria de' Ricci et Cammarano Niccolò dei Lapi. Mais le projet déplut à la censure napolitaine à cause de la tension politique qui régnait, du siège de Venise, de l'occupation de Rome et de la défaite des Piémontais. Verdi et Cammarano se rabattirent donc sur Kabale und Liebe qu' avait déjà évoqué comme support possible avant que n'intervienne la censure.
Il s'agissait du troisième opéra de Verdi inspiré d'une œuvre de Schiller. La première avait été Giovanna d'Arco (livret de Temistocle Solera) et la seconde I masnadieri (livret d'Andrea Maffei). Schiller l'inspirera une quatrième fois dans Don Carlos (livret de François Mery) ; en effet, Verdi aimait beaucoup tirer le livret de ses œuvres des écrits d'auteurs de premier plan (Alexandre Dumas, Victor Hugo, William Shakespeare, etc.)La Légende du chant par Dietrich Fischer-Dieskau, éditions Flammarion, 1998, p.88 .. Verdi confirme la réception des exposés sur Luisa Miller le à Paris. Il envisage alors d'interrompre le premier acte brièvement et brusquement. Cammarano, que Verdi tenait en haute estime« la longue confiance qu'il a accordée à un poète si différent de lui », Le Théâtre de la cohabitation, J.F.Labie., se prononce contre cette décision et tient à ce que l'opéra conserve les huit vers que Verdi avait rayés. Dès le commencement, il avait été projeté que le grand quatuor de l'acte II se ferait a cappella, ce qui était pour l'opéra italien de l'époque une chose peu commune. Cette nouveauté fut d'ailleurs particulièrement appréciée des critiquesLuisa Miller, de Verdi, par M. P. Scudo dans la Revue des deux Mondes, 1852, oct.-déc. (Nouv. période / T. 16), p. 1187-1192. Pour la critique complète, voir ici..Luisa Miller est une œuvre de transitionHistoire de la musique, l'opéra romantique, édition Bordas, p. 409, année 1988., juste avant la trilogie de la maturité, Rigoletto / La traviata / Le Trouvère. Il est à ce titre révélateur que le librettiste, Salvatore Cammarano, soit à la fois l’auteur du livret de Lucia di Lammermoor et de celui d’Il trovatore. Car si l’on retrouve encore une forme un peu figée héritée du passé (avec l’inaltérable couple aria-cabalette), Antoine Brunetto, pour le commentaire complet, voir ici.. On peut donc dire que Luisa Miller est une Christophe Vetter, pour le commentaire complet, voir ici..
Création
Lors de la première au Teatro San Carlo de Naples le Robert Bernard, Histoire de la musique, éditions Nathan, 1962, volume 3, p. 1042., le public a particulièrement ovationné l'ouverture, le final du premier acte et le trio du dernier acte, bien que la postérité ait principalement retenu de l'œuvre l'aria de Rodolfo du deuxième acte. Créé le Larousse du en 6 volumes, vol. VI, p.947. à l'Opéra de ParisCritique de la première à Paris, il est à nouveau donné au Palais Garnier en 1983, avec Luciano Pavarotti et Katia Ricciarelli dans les rôles de Rodolfo et Luisa.
Interprètes de la première représentation Comte Walter, Antonio Selva (basse) Rodolfo, son fils, Settimio Malvezzi (ténor) Federica, Duchesse d'Ostheim, nièce de Walter, Teresa Salandri (contralto) Wurm, majordome de Walter, Marco Arati (Basse) Miller, un ancien soldat, Achille De Bassini (baryton) Luisa, sa fille, Marietta Gazzaniga (soprano) Laura, une fille du village, Maria Salvetti (mezzo-soprano) Un paysan, Francesco Rossi (ténor)Liste des chanteurs donnés Julian Budden, The Operas of Verdi (Cassell), vol 1, p. 418. Orchestre et chœur Teatro San Carlo de Naples Directeur de scène : Salvadore Cammarano Chef de chœur : Giuseppe Puzone Maestro al cembalo : Giuseppe Verdi Premier violon et chef d'orchestre : Antonio Farelli Décors : Pietro Venier Costumes : Filippo Del BuonoIstituto nazionale di studi verdiani
Livret Critiques du livret
Si l'on compare le livret à la pièce de Schiller, on se rend compte que certains passages de Luisa Miller durent être modifiés à cause de la menace de censure qui planait sur l'opéra de l'époque. Tous les passages politiquement explosifs furent systématiquement rayésDe la tragédie bourgeoise au mélodrame, J.M. Brèque.. Ferdinando dut devenir Rodolfo puisque le roi des Deux-Siciles de cette époque s'appelait Ferdinand. En outre, certaines scènes de chœurs durent être créées, exigeant la transposition de certains passages à l'extérieur, contrairement à l'écrit de Schiller. Ces modifications furent d'ailleurs accueillies avec sévérité par les critiques français : Le même critique alla jusqu'à déclarer qu'. Mais tel ne fut pas l'avis de tous puisqu'il fut dit à l'occasion de la représentation de Luisa Miller à Liège : C'est un point très controversé de l'opéra, puisque Marie-Claire Beltrando Patier écrivit que le livret était .
La rivale de Luisa, la duchesse d'Ostheim, voyait son importance diminuer, au profit de trois basses, que Verdi choisit en Miller, Wurm et Walter, bien qu'elle chante un duo avec Rodolfo qui fut qualifié de . Cammarano suivit Verdi dans cette idéeLettre du de Cammarano à Verdi.. Parce que Wurm ne peut avoir d'aria, ses actions ne semblent pas très motivées. Mais il apparut que Cammarano prenait plaisir à écrire des livrets comprenant de grands revirements et des « cassures », il permettait ainsi la création d'éclatements musicaux d'une expressivité extrême, procédé que l'on retrouve dans Il trovatoreDe la tragédie bourgeoise au mélodrame, d'éminentes vertus dramatiques, J.M. Brèque..
Opéra, Andras Batta, p.691, édition Könemann, année 2000 (en version française, 1999 pour l'originale)., tel est le sous-titre de l'écrit de Schiller Kabale und Liebe dont s'est librement inspiré Salvatore Cammarano pour écrire le livret de Luisa Miller. En effet, contrairement aux habitudes de la tragédie néo-classique, Kabale und Liebe ne fait pas une tragédie à partir d'une intrigue historico-politique mais une « tragédie bourgeoise » constituant une incursion dans la vie privée d'un bourgeois et ne faisant pas apparaître, comme il était coutume de le faire<ref>De la tragédie bourgeoise au mélodrame, une adaptation réductrice</ref>, un contexte de politique et de pouvoir. Ainsi, Luisa Miller est basé sur les machinations et les projets d'un simple potentat local. La gamme des sentiments exprimés par Luisa Miller a fait qu'on l'a souvent comparé à La traviataOpéra, Andras Batta, .. Par ailleurs, c'est pour cette raison que seuls des évènements extrêmes font de Luisa un personnage tragique qui ne se révèlera pleinement que dans le dernier acte.
L'opposition du père et du fils
Dans Luisa Miller, le comte de Walter s'oppose formellement à l'amour de son fils Rodolfo avec Luisa, car celle-ci n'appartient pas au même niveau social que ce dernier. Cet évènement est fort proche de ce qui se passait réellement dans la vie de Verdi. Il était en effet brouillé avec son père à cause de la cantatrice Giuseppina Strepponi qui vivait chez lui alors qu'ils n'étaient pas mariésL'avant-scène opéra, n° 151, vue d'ensemble, Michel Pazdro.. Cette opposition se retrouve également dans La Traviata quand le père d'Alfredo refuse de tolérer les amours de son fils pour Violetta.
Les rapports de l'héroïne avec les hommes de l'intrigue
Luisa, héroïne de la tragédie, est victime d'une société masculine, ou plus précisément régie par des hommes. En cela, elle préfigure le personnage de Gilda dans Rigoletto, bien que ce phénomène soit plus accentué puisque même les chœurs sont exclusivement masculins. Elle trouve appui dans son père. Le duo du père et de la fille est fréquent chez Verdi, et se caractérise à chaque fois par un duo soprano-basseOpéra, Andras Batta, Mort et Transfiguration, p. 692-693.. D'une manière générale, le duo d'un vieil homme et d'une jeune fille est fréquent dans les opéras (Rigoletto et Gilda dans Rigoletto, Wotan et Brünhilde dans L'Anneau du Nibelung, Sarastro et Pamina dans La Flûte enchantée).
Argument
L'action se déroule dans un village tyrolien dans la première moitié du
Acte I : L'amour
Tableau I Luisa, la fille de Miller, et Carlo, un jeune homme rencontré au village, s'aiment passionnément. Lorsque Wurm, un courtisan également épris de Luisa, demande à Miller la main de sa fille, celui-ci lui répond qu'il ne peut engager sa progéniture contre sa volonté. Vexé, Wurm lui révèle alors la véritable identité de Carlo : il s'agit de Rodolfo, le fils du comte Walter. Tableau II À la suite de cela, Wurm s'en va au château apprendre au comte l'amour de Rodolfo pour la fille d'un soldat retraité. Or, le comte avait prévu de marier son fils à sa nièce Federica, la duchesse d'Ostheim ; il demande donc à cette dernière d'en informer Rodolfo. Mais, une fois seul avec elle, le fils du comte lui confesse qu'il aime une autre femme dans l'espoir que la comtesse renonce à lui ; or celle-ci est trop profondément éprise de Rodolfo pour comprendre. Tableau III Rodolfo se rend alors chez Miller pour voir Luisa, qui a appris de son père la véritable identité de celui qu'elle aime ; il lui déclare alors à genoux qu'il l'aime et qu'il veut être son époux. Sur ce, entre Walter, qui ordonne l'arrestation de Miller et de sa fille. Son fils le menace cependant de révéler certaines de ses fraudes pour parvenir à ses fins. Effrayé, le comte libère Luisa, mais Miller reste captif.
Acte II : L'intrigue
Tableau I Miller est en prison et est promis à une exécution. Wurm se rend alors chez Luisa pour conclure avec elle un odieux marché : son père sera libéré à la seule condition qu'elle écrive une lettre déclarant son amour pour Wurm et annonçant qu'elle s'était jouée de Rodolfo. Tableau II Au château, Wurm rappelle à Walter comment celui-ci a pris le pouvoir en tuant son propre cousin. Rodolfo ne le sait que trop bien, puisqu'il a recueilli les derniers soupirs du comte, gisant sur la route. Luisa est menée à la duchesse pour lui certifier qu'elle n'aime pas Rodolfo. Tableau III Dans son appartement, Rodolfo lit la lettre de Luisa et provoque Wurm en duel, mais celui-ci évite la confrontation et décharge son pistolet en tirant en l'air. Le comte Walter conseille à Rodolfo de se venger en épousant Federica.
Acte III : Le poison