Le domaine royal de Mariemont, situé à Morlanwelz dans la province belge de Hainaut, est issu d'un ancien domaine royal créé au par Marie de Hongrie. Cédé par son dernier propriétaire, Raoul Warocqué (1870-1917), à l'État belge, le domaine est aujourd'hui un parc public, qui est également arboretum, et dans lequel se trouve entre autres le musée royal de Mariemont.
Origine et histoire Un pavillon de chasse : Marie de Hongrie vignette|gauche|Le Château de Mariemont par Jan Brueghel l'Ancien (1612). Le domaine de Mariemont doit son nom (le mont de Marie) à sa fondatrice, Marie de Hongrie, sœur de Charles Quint. À vingt ans veuve de Louis II de Hongrie, elle est chargée de gouverner les Pays-Bas bourguignons et reçoit le bénéfice viager des villes et terres de Binche.
Tout en faisant construire à Binche un palais de style Renaissance, sa passion pour la chasse la pousse à édifier un pavillon de chasse en 1546 en lisière des bois de Morlanwelz, sur un coteau dominant La Haine. Elle exproprie les exploitations agricoles sur une superficie de . L'endroit prendra le nom de Mariemont. Elle fait appel à un architecte montois, Jacques Du Brœucq, qui dessine les plans du bâtiment et très probablement des jardins.
thumb|Un sphinx du perron septentrional des ruines de l'ancien château. Les travaux du pavillon de chasse commencent le , et le chantier est accessible au public en . Fin 1547, une fausse charpente est dressée au sommet de la construction pour la protéger des pluies de l’hiver. Au printemps, la hauteur totale est de plus ou moins . Présentant l’aspect d’une tour rectangulaire à deux étages entourée d’un fossé et augmentée d’une tourelle, le pavillon comprend au rez-de-chaussée une grande salle, une sallette, une chambre pour la reine, une garde-robe et un petit cabinet. S'y ajoutent une cuisine et une chapelle de petites dimensions. Le premier étage est identique, mis à part deux chambres aménagées au-dessus de la cuisine. Au deuxième et dernier étage, on trouve une sallette, une garde-robe et un cabinet. Deux escaliers en colimaçon sont prévus : le premier, privé, pour la chambre de la reine, le second dans la tourelle conduit à la terrasse à parapet. De nombreuses fenêtres éclairent les appartements : il y a six fenêtres par façade. La déclivité du jardin permet la création d’un grand escalier de treize degrés conduisant au domaine forestier. Une flore diversifiée embellit les espaces verts où coulent de nombreuses fontaines.. En 1549, le pavillon de chasse servira de décor aux réjouissances organisées pour Charles Quint lors de la présentation de son fils Philippe II comme successeur.
En 1554, le pavillon est incendié par les troupes d'Henri II de France en guise de représailles pour la destruction de son château de Folembray. Une campagne de restauration est de suite lancée et se termine en 1560. Du Broeucq entreprend sur-le-champ les travaux de restauration. Ils seront achevés en 1560, deux ans après la mort de Marie, qui s’était retirée dans un couvent en Espagne en 1556 lors de l’abdication de son frère. Le domaine reste entretenu mais n’accueille aucun hôte de marque durant près de 40 ans.
Son calme champêtre séduisit non seulement la reine Marie de Hongrie, mais aussi l’infante Isabelle d’Espagne, le Roi-Soleil, le duc Charles de Lorraine... : pendant deux siècles et demi, de 1546 à 1789, Mariemont fut la résidence de campagne des gouverneurs des Pays-Bas bourguignons, espagnols et autrichiens. Et même, pendant dix ans, de 1668 à 1678, des maisons royales de France avant de tomber aux mains de riches industriels.
L’homme d’affaires Raoul Warocqué, qui a fait fortune dans le charbonnage, réussit le pari de réunir en peu d’années un ensemble prestigieux d’œuvres d’art qu’il destina au musée.
Premier château : Albert et Isabelle d’Autriche (1598-1621) Les archiducs d'Autriche Albert et Isabelle, eux aussi passionnés de chasse, sont séduits par Mariemont et en font une résidence royale. De grands travaux sont dirigés par l’architecte Wenceslas Cobergher. On assèche et restaure les bâtiments et on agrandit : quatre pavillons d’angle sont ajoutés au corps central, de même que des communs afin d'accueillir la cour. On peut désormais réellement parler d’un château à Mariemont.
C’est aussi une période faste pour le jardin qui est confié aux soins de l’architecte . L’objectif est d’évoquer ceux d’Aranjuez où l’archiduchesse a passé son enfance. Cette influence se lit notamment dans le développement des jeux d’eau. Le domaine est également élargi : il atteint une superficie de . Cette grande époque se termine avec la mort d’Isabelle en 1633. thumb| Les ginkgos biloba remarquables du parc.
Période française De 1668 à 1678, le domaine de Mariemont est français. Le traité d’Aix-la-Chapelle en fait une possession de Louis XIV. Mais cela ne s’est pas fait sans peine : la reine régente d’Espagne est réticente à l’idée d’inclure Mariemont dans ce transfert de propriétés. Louis XIV s’en empare par la force le et en fait une de ses maisons royales : il y séjourne au moins deux fois, en 1670 et 1675. Son attachement à cette terre est illustré par un épisode de la tapisserie dite tenture des Mois ou des Maisons Royales où le mois d’août est figuré par une partie de chasse à Mariemont.
Période espagnole En 1678, le domaine repasse à l’Espagne. Maximilien-Emmanuel de Bavière entame une série de travaux et d’agrandissements dans les années 1690. La galerie qui relie le château aux communs est d’ailleurs baptisée à cette occasion « quartier de Bavière ».
Ces attentions sont de courte durée : l’édifice est de nouveau abandonné à la suite des troubles causés par la succession des gouverneurs dans les provinces des Pays-Bas méridionaux, certains se désintéressant de leurs possessions. Les avoirs du domaine sont mis à mal par les intempéries, le braconnage et le pillage par la population avoisinante.
Période autrichienne En 1714, par le traité de Rastadt, les Pays-Bas méridionaux passent à la maison d’Autriche et c’est, à partir de 1725, l’archiduchesse Marie-Élisabeth d'Autriche qui les gouverne. Très pieuse, elle fait construire une chapelle à Mariemont en 1739. L'architecte en est .
thumb|left|La fontaine archiducale dite de Spa (). Transférée dans le parc de Mariemont en 1953. Elle élabore aussi un projet destiné à mettre en valeur les eaux de Mariemont. Celles-ci ont toujours eu une certaine renommée et leurs vertus sont cautionnées par les scientifiques de l’époque. L’objectif final est de concurrencer les eaux de Spa.
Quelques aménagements sont réalisés dans ce sens : le domaine est agrandi de quelques hectares pour englober la fontaine minérale de Haine-Saint-Pierre qui est reliée par une allée au château. Ce projet tournera à rien : personne ne s'y intéresse après le décès de l’archiduchesse survenu un an plus tard.
Deuxième château : Charles de Lorraine vignette|Joseph Tavernier, Ruines de Mariemont, 1859, huile sur toile conservée au Musée royal de Mariemont. En 1754, le nouveau gouverneur des Pays-Bas autrichiens, Charles-Alexandre de Lorraine, décide de raser le château pour en construire un autre totalement neuf et au goût du jour. Les plans sont conçus par l’architecte Jean-Nicolas Jadot. L’édifice est encore remanié entre 1766 et 1774 par l'architecte Laurent-Benoît Dewez.
Les jardins sont eux aussi totalement transformés en un jardin à la française. C’est à cette époque qu’est construite l’orangerie. De grandes fêtes sont organisées à Mariemont.
Le nouveau château est incendié au cours des combats qui précèdent l’annexion des Pays-Bas autrichiens à la jeune république française en 1794. D'autres graves dégâts et pertes sont une fois de plus causés par un pillage systématique par les habitants des environs.
Château bourgeois : les Warocqué vignette|Ancien Château des Warocqué. À la fin du , le domaine de Mariemont est mis en vente parmi une série de biens confisqués par l’État français. Le château est en ruines. thumb|La chapelle funéraire de la famille Warocqué. L’ensemble des terres est acheté par deux frères, Isidore et Nicolas Warocqué (1773-1838), industriels de la région. Aidés de trois actionnaires, ils envisagent d’exploiter les gisements de charbon présents sur le site et fondent en 1802 la « Société minière du parc de Mariemont ». Administrateur habile, Nicolas s’enrichit rapidement.
En 1829, il achète à son compte la forêt de Mariemont pour en faire son domaine privé et y construire son château. De style néo-classique et composé d’un corps de logis unique, il est dessiné par le futur architecte de Léopold I, Tilman-François Suys.
La Dynastie des Warocqué Nicolas Warocqué est le fondateur de ce qu’on a coutume d’appeler « la dynastie Warocqué » ou la dynastie des « maîtres du charbon ». Grands promoteurs immobiliers, ils participent à la vie politique de la région (ils sont bourgmestres de Morlanwelz de père en fils pendant plus de cent ans), fondent écoles, crèches et internats, sont mécènes de la recherche scientifique et côtoient la famille royale. Ils envisagent conjointement la gestion de leur société et des habitants de leur commune sur le modèle des grands industriels de l’époque. Abel Warocqué (1805-1864) succède à Nicolas en 1827. Il embellit le château et se préoccupe particulièrement du parc. C’est de cette époque en effet que date son aménagement « à l’anglaise », toujours d’actualité. Abel fait comme son père preuve de philanthropie. C’est aussi lui qui met au point la warocquère, machine facilitant les montées et descentes des ouvriers dans la mine. Léon Warocqué (1831-1868) ne dirigera les charbonnages que durant quatre ans.
thumb|right|Un hêtre pourpre remarquable du parc.
La période de la direction de Mariemont par Arthur Warocqué (1835-1880), son frère, sera marquée par les désordres sociaux ambiants bien que sa politique paternaliste lui évite d’être trop touché par les grandes grèves. Les Warocqué veillent en général à améliorer les conditions de vie de leurs ouvriers, que ce soit par des salaires plus élevés et loyers moins chers qu’ailleurs, l’instauration de caisses de pensions, la création de sociétés coopératives ou de secours, de dispensaires, écoles, harmonies et sociétés de loisirs, la mise en place d’infrastructures communales comme la distribution d’eau, l’éclairage au gaz.
Arthur fut le premier vrai collectionneur de la famille. Artiste à ses heures (on lui doit une série de lithographies du parc), il constitue un petit cabinet de peintures.
Son successeur, Georges Warocqué (1860-1899) faillit bien dilapider le patrimoine familial. Son train de vie dispendieux et son goût immodéré pour les jeux d’argent, les chevaux et les orchidées mirent la famille Warocqué dans une situation financière délicate. Elle est rétablie par son frère Raoul qui rachète le domaine pour s’assurer qu’il ne pourra être vendu et met son frère à l’écart de la gestion financière. À la mort prématurée de Georges en 1899, Raoul Warocqué devient le seul héritier de Mariemont. Industriel habile, il fait fructifier ses avoirs par des participations dans divers charbonnages de la région du Centre, mais aussi dans des sociétés de construction, d’électricité, d’aéronautique, des aciéries, fonderies, émailleries, usine de chocolat, forges. Sa fortune colossale va lui permettre de s’adonner à sa passion : la collection d’antiquités et d’objets d’art.
Raoul Warocqué, le collectionneur
thumb| Les Bourgeois de Calais de Rodin.
Guidé par ses intuitions artistiques autant qu’épaulé par des spécialistes (on pense à Franz Cumont pour l’Antiquité classique ou à George Van der Meylen dans le domaine de la bibliophilie par exemple) Raoul Warocqué (1870-1917) constitue en très peu de temps une collection remarquable. Il complète certains ensembles initiés par ses prédécesseurs tels que la collection de dentelles de sa mère ou les autographes collectionnés par l’épouse d’Abel.