Claude Robert Eatherly (né le au Texas, mort le ) était un officier de l’armée américaine pendant la Seconde Guerre mondiale, et le pilote d’un avion de reconnaissance météo, le Straight Flush qui a assisté le largage de la bombe atomique sur Hiroshima au Japon, le .
Sa repentance ainsi que les troubles psychiatriques l'ayant affecté sont souvent attribués à tort, par confusion au colonel Paul Tibbets qui lui, au contraire n'a jamais exprimé de véritables remords pour avoir largué Little Boy sur Hiroshima (Tout au plus n'avait-il pas écarté une certaine culpabilité face à Yves Mourousi en 1981, en maintenant être exempt de regrets).
Vie avant la guerre Claude Eatherly est né à Van Alstyne, Texas, à cinquante miles au nord-est de Dallas. Il est le fils de James E. « Bud » Eatherly et d'Edna Bell George, tous deux agriculteurs. Il a deux frères, Joe et James, ainsi qu'une sœur. Étudiant au North Texas State Teachers' College à Denton, il interrompt sa formation au bout de deux ans pour s'engager dans l'Armée de l'air en .
Engagement dans l'armée et mission sur Hiroshima En 1943, il se marie avec Concetta Margetti. Cette même année, il connaît un épisode dépressifRonald Bryden, The Myth of Major Eatherly, The Spectator, , Page 5.
Il est intégré au 509th Composite Group. Ainsi qu'il est d'usage en ces circonstances, Eatherly a fait l'objet, comme tous les participants de ce projet ultra-secret, d'une enquête de sécurité, sous la responsabilité de William L. Uanna. En 1977, les journalistes Thomas Gordon et Max Morgan-Witts affirmeront qu'Eatherly avait été alors remarqué pour des comportements ou des actions problématiquesHiroschima Wilde Texaner, Der Spiegel, 27 février 1978.
Chef-pilote d'un avion de reconnaissance météo, le B29 Superfortress "Straight Flush" qui survole Hiroshima le , le major Eatherly envoie à Paul Tibbets, pilote de l'Enola Gay qui transporte la bombe atomique destinée à être larguée sur l'une des trois villes japonaises Hiroshima, Kokura, Nagasaki, un message météo indiquant un niveau de 3/ d'ennuagement, ce qui est largement favorable au largage de la bombe atomique sur la ville. À heure locale, la bombe atomique surnommée Little boy explose au-dessus de la ville.
Sa mission de reconnaissance terminée, Eatherly regagne directement la base aérienne de Tinian sans avoir été témoin de l'effet de la bombe et de ses destructions. L'équipage de cette mission était composé de dix personnes : Ira C. Weatherly (copilote), Francis D. Thornhill (navigateur), Frank K. Wey, Eugene S. Grennan (ingénieur de vol), Pasquale Baldasaro (opérateur radio), Albert G. Barsumian (opérateur radar), Gillon T. Niceley (mitrailleur de queue), Jack Bivans (assistant ingénieur) et Robert Wasz (navigateur).
Vie après Hiroshima Démobilisé en 1947 après avoir participé au test nucléaire de Bikini, Claude Eatherly travaille dans une société pétrolière de Houston où il devient responsable commercial itinérant de stations-services.
Parallèlement à son travail, il suit des cours du soir.
Rongé par le remords, une légende veut qu'il ait envoyé une partie de son salaire aux survivants d'Hiroshima. En 1950, sans lien aucun avec l'annonce par Truman de la construction d'une future bombe à hydrogène, il tente de se suicider par médicaments dans un hôtel de La Nouvelle-Orléans. Il en réchappe et est soigné à Waco dans un hôpital psychiatrique réservé aux militaires. Son état mental se détériore lentement.
Au début de 1953, il est jugé pour différentes escroqueries et falsification de chèques (concernant ces chèques, il se justifie en affirmant les avoir adressés à une organisation chargée de secourir les enfants d'Hiroshima). Il est condamné à neuf mois de prison, mais il commet quelque temps après une attaque à main armée contre un magasin à Dallas. Jugé irresponsable il bénéficie d'un non-lieu. Il devient ensuite représentant de commerce dans un garage et aurait peut-être tenté de se suicider, à nouveau par médicaments, sans que cette deuxième tentative ne soit clairement établie. De 1954 à 1959, c'est une suite alternée de braquages divers et de séjours en institutions psychiatriques.
Le , interpellé après avoir tenté de dévaliser deux bureaux de poste avec l'aide d'un autre résident de l'hôpital de Waco, Eatherly est transféré par le shérif adjoint Robert C. Smith à la prison de Fort Worth. Un journaliste du Fort Worth Star-Telegram, Jim Vachule, apprend du shérif que l'interpellé a fait partie des missions de bombardement nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki : deux jours plus tard il écrit un article sur ce sujet dans le Star-Telegram dont se fera l'écho peu après la chaîne de télévision NBC...
En 1957, déféré de nouveau devant un tribunal, il demande à être interné dans un hôpital d'anciens combattants à Waco.
Le , il écrit sa première lettre à Günther Anders.
En 1960 il ne réintègre pas l'hôpital ; son absence est relayée dans les médias. En décembre, il est interpellé à Dallas pour avoir brûlé un feu rouge (il niera avoir été au volant) ; à la suite de cela, il repasse devant un tribunal le et par décision du jury il est ré-interné à l'hôpital d'anciens combattant de Waco, sous un régime non plus volontaire mais judiciaire..
En , alors qu'il est en liberté conditionnelle, Eatherly reçoit la visite du journaliste William Bradford Huie. Celui-ci rapporte qu'Eatherly lui a demandé d'écrire un livre sur son histoire, moyennant finances. Huie se saisit de cette proposition, et muni de lettres signées d'Eatherly l'autorisant à accéder aux dossiers administratifs, publie en 1964 ..
En les organisateurs d'une manifestation conduite, à New-York, par A. J. Muste et Norman Thomas attribuent les Hiroshima Awards à quatre personnes au titre de leur engagement pour la paix mondiale. Parmi les récipiendaires figurent Pablo Casals et Claude Eatherly..
Eatherly se remarie en 1963.
Déféré devant un tribunal pour avoir commis des hold-up dans un motel et un supermarché au mois de septembre de l'année précédente, Eatherly est jugé le : il est interné d'office au Rusk State Hospital.. Lors de sa comparution, Eatherly n'est pas vêtu de ses habits civils, mais d'une tenue de prisonnier marquée d'un grand « P »..
Fin , accueilli dans l’hôpital pour anciens combattants de Houston pour soigner un cancer de la thyroïde diagnostiqué trois ans auparavant, il y décède deux mois plus tard. Une centaine d'amis et de proches assistent à son enterrement au cimetière militaire de Houston. Lui survivent sa femme Anne, et leurs deux filles Claudette et Annette..
Eatherly et les discours sur la bombe
Günther Anders et Eatherly Quand Anders prend fait et cause pour Eatherly il a déjà derrière lui un passé et une notoriété témoignant de ses engagements. C'est en 1956 qu'est publié (L'Obsolescence de l'homme). Mais surtout, en 1958 il se rend à Hiroshima et Nagasaki pour participer au quatrième congrès international contre les bombes A et H. De ce voyage il tirera un journal : (L'Homme sur le pont : journal d'Hiroshima et de Nagasaki) publié en 1959, et republié ultérieurement comme première partie de Hiroshima est partout.
En 1959, un article paru, le , dans Newsweek (sur le « complexe de culpabilité lié à Hiroshima ») attire l'attention de Günther Anders, qui entame alors une correspondance avec Eatherly. Conduite en anglais, cette correspondance s'étendra de 1959 à 1961. Dès sa deuxième lettre, Anders dit à Eatherly son souhait de publier cette correspondance, ce que celui-ci accepte aisément. Très vite la première lettre qu'Anders adresse à Eatherly ainsi que la réponse de celui-ci sont publiées dans les médias. La totalité de la correspondance sera publiée en 1961 en allemand (), en 1962 en anglais () et de même en français (Avoir détruit Hiroshima). Cette correspondance a lieu entre un homme libre et un homme qui ne l'est pas et dont les écrits peuvent donc être, sinon filtrés, du moins lus par les diverses autorités intervenant dans cette affaire. La correspondance témoigne d'ailleurs explicitement ainsi que plus indirectement de cette difficulté, avec des lettres qui n'arrivent pas à leur destinataire ou qui n'arrivent qu'avec du retard.
Le recueil de correspondance comprend au total : à Eatherly et à Anders. Le reste est composé de lettres adressées pendant cette période soit de façon privée soit de façon publique à différentes personnes par l'un ou l'autre des correspondants. Parmi les destinataires on compte, le de l'Hôpital de Waco, Roland Watts (de l'American Civil Liberties Union), Le juge W. Haley, le révérend N., le sénateur Ralph Yarborough, la sœur et le frère d'Eatherly, le président des États-Unis (Kennedy), Ray Bell (journaliste au Waco News Tribune), le Ford (directeur des services médicaux de l'hôpital de Waco), Robert Kennedy (alors ministre de la justice), (procureur général adjoint). Enfin la lettre fut adressée par des jeunes filles de Hiroshima à Eatherly.
Anders ne rencontrera Eatherly qu'une seule fois, à Mexico, en 1962« Repères biographiques », Tumultes, 28-29, 1, 2007, . .
La conviction qui motive l'engagement d'Anders auprès d'Eatherly est exprimée ainsi : Le , Anders envoie une lettre ouverte au président des États-Unis (et à plusieurs organes de presse concomitamment).
Controverses et polémiques prennent forme autour des positions défendues par Anders. Celui-ci argumente par voie de presse, comme, en 1964, dans la Monthly Review (en réponse à William Bradford Huie), ou dans Süddeutsche Zeitung (édition de Munich)() et dans Stimme ().
Le livre de William Bradford Huie Parmi les faits rapportés par Huie : la participation de Eatherly à la tentative de coup de force sur Cuba initiée par Marsalis en 1947.
Anders répondra au livre de Huie dans un article de la Monthly Review de intitulé . Sid Ross lui emboîtera le pas avec un article intitulé publié dans la même revue, en .. :
Le journaliste Dieter E. Zimmer confronte les positions d'Anders et de Huie dans l'édition de Die Zeit du http://www.d-e-zimmer.de/PDF/1964bomberpilot.pdf.
Rumeurs En 1967, fait remarquer la difficulté qu'il y a à établir la biographie de Claude Eatherly :
Malgré des rumeurs et élucubrations diverses, encore véhiculées en France au début des lors d'une émission et d'un article d'Alain Decaux, l'homme n'a jamais été retrouvé ensanglanté dans une chambre d'hôtel, n'a jamais participé à l'opération de bombardement sur Nagasaki, n'était pas présent à New York lors de la grande manifestation contre le péril nucléaire et n'est jamais allé à Hiroshima faire un voyage pour battre sa coulpe et rencontrer les victimes (il n'a jamais mis les pieds au Japon). Celui qui dans le monde entier a porté la légende du meurt d'un cancer de la thyroïde en 1978. À sa mort il est incinéré... selon sa propre volonté, à Hiroshima (selon Alain Decaux, historien).
En 1962, Ronald Bryden rapporte encore qu'Eatherly aurait participé à la mission de bombardement sur Nagasaki.
Œuvres de fiction
Inspiré par un article de The Observer, John Wain composa un poème intitulé A Song About Major EatherlyPhilipp French, Good cop, bad cop, The Guardian, . Lu sur les ondes de la BBC en 1959, le poème fut ensuite publié dans The Listener.
En 1961 Rolf Schneider écrivit une pièce de théâtre autour du procès d'Eatherly : . En , la pièce fut adaptée pour la télévision et mise en scène par en République démocratique allemande.
En 1962 les Éditions France-Empire publièrent Les Âmes mortes d'Hiroshima de Hans Herlin . Le livre avait été préalablement publié en Allemagne () . Le journal Stern relaya le livre dans quinze numéros.
En 1962 parut chez Mondadori le recueil de poèmes d'Andrea Zanzotto. Il comporte un poème intitulé Eatherly.
En Richard Avedon publia avec James Baldwin un album de photographies intitulé Nothing Personal ; il contient une photo d'Eatherly légendé .
Le photojournaliste Russell Lee réalisa un cliché d'Eatherly en ..