Lambert de Maastricht (ou Lambert de Liège), né probablement à Maastricht vers 636 et mort vers 705 à Liège, est un saint évêque du haut Moyen Âge (de Tongres-Maastricht). Il est le symbole majeur de la principauté ecclésiastique de Liège et est depuis toujours symbole de la ville mosane qu'il a contribué à créer : Liège..
Biographie
On le suppose membre de la lignée des RobertiensChristian Settipani, Les Ancêtres de Charlemagne, revue et corrigée, éd. P & G, Prosopographia et Genealogica, 2015, p. 155., famille aristocratique franque nommée ainsi en raison d'un grand nombre de Robert et à l'origine de la dynastie des Capétiens. Il serait le fils de Robert, comte palatin et chancelier de Hervé Pinoteau, La symbolique royale française, , P.S.R. éditions, 2004, 45..
Il est connu comme étant l'un des évangélisateurs du diocèse de Tongres-Maastricht, région qui n'avait connu qu'une christianisation superficielle : dans les villes et pour les élites. Le peuple qui vivait dans les forêts et campagne adorait encore les dieux celtes, principalement Cernunnos et Arduinna, pour lesquels on connaît des survivances contemporaines, notamment dans le culte et l'hagiographie d'un saint proche de saint Lambert : saint Hubert. Il fut lié personnellement au roi à son successeur effectif mais non officiel, le maire du palais Pépin de Herstal.
Lambert naît vers le milieu du dans une famille noble établie à Maastricht. Maastricht est à cette époque devenu le chef-lieu du diocèse de Tongres-Maastricht qui faisait partie du royaume des Mérovingiens et plus particulièrement de sa partie appelée Austrasie.
Adolescent, Lambert est recommandé par son père à Théodard, évêque de Tongres-Maastricht. Sous sa tutelle, Lambert recevra une éducation à la cour royale mérovingienne.
Lorsque Théodard est assassiné (entre 669 et 675), Lambert est proposé à pour occuper le siège épiscopal vacant. Lambert devient alors à la cour un personnage influent, peut-être même l'un des conseillers les plus écoutés de .
Mais en 675, le roi est assassiné. Un ancien maire du palais, Ébroïn, que avait un jour fait tondre avant de l'interner dans un monastère, profite de la circonstance pour s'échapper et, avec l'aide des Austrasiens, s'empare de la mairie du palais de Neustrie et de Bourgogne qu'il gouverne sous l'autorité apparente de . L'Austrasie se choisit comme roi (676-679), que l'on rappelle d'Irlande : il règne avec l'aide de Wulfoald qui avait été tout puissant à la cour de . En 679 ou 680 , dit Pépin de Herstal, s'empare du pouvoir en Austrasie.
Au cours de cette période troublée, l'évêque Lambert fut déposé au profit d'un certain Pharamond (Faramond), qui dirigea l'église de Tongres-Maastricht pendant sept ans. En 682 Pharamond est déposé à son tour et ordonna que Lambert soit replacé sur son siège épiscopal. Il existait probablement un parti hostile à Lambert et à son clan, que la mort de Childéric a renforcé, et que la venue au pouvoir de a affaibli. Il est également probable que cette querelle de clan et de pouvoir soit à l'origine de l'assassinat de saint Lambert.
Lambert, en poursuivant la christianisation de cette région frontière du royaume des Francs, avait servi les intérêts de , notamment dans sa guerre contre les Frisons. Il soutient la création de nouveaux monastères, dont celui de sainte Landrada (probablement sa parente) à Munsterbilzen. Il était un ami proche de Saint Willibrord d'Utrecht.
Un d'une année inconnue (696, 700 ou 705), mais non postérieure à 705, saint Lambert est assassiné dans le village de Liège par les troupes de Dodon (ou Dodo), le domesticus (haut fonctionnaire chargé de la gestion des domaines de l'État) de . Les causes ce cet assassinat ne sont pas connues avec certitude mais furent probablement liées au contexte politique de l'époque, marqué par une passation de pouvoir entre dynastie mérovingienne et carolingienne. Au fil du temps les hagiographes de saint Lambert adaptèrent la cause de la mort du saint pour mieux défendre certains idéaux ou simplement pour conformer l'histoire de Lambert à la morale de leurs époques. C'est ainsi qu'il passa pour avoir dénoncé la liaison extra-conjugale de Pépin avec Alpaïde (liaison historiquement connue, dont Charles Martel est le fruit) et que cette dénonciation fut présentée comme le motif pour lequel il aurait été assassiné par Dodon, frère de la concubine. Cette version, la plus connue, ne semble pas antérieure au onzième siècle. Elle est donnée dans la Vita Landiberti, de Sigebert de GemblouxRégine Le Jan, « Le couple aristocratique au haut Moyen Âge », dans Médiévales, n° 65, automne 2013, p. 33-46, en ligne, qui renvoie à Vita Landiberti auctore Sigiberto, c. 16 (MGHSSRM VI, p. 398), à R. Gerberding, The Rise of the Carolingians and the Liber Historiae Francorum, Oxford, 1987, p. 118-119 et à P. Fouracre, The Age of Charles Martel, Londres, 2000, p. 55.. Selon Antoine PagiAntoine Pagi, Critica historico-chronologica in universos annales ecclesiasticos (...) Cæsaris Cardinalis Baronii (...), t. 3, édition revue, Anvers, 1727, en ligne., Sigebert de Gembloux suivait en cela l'ouvrage De gestis pontificum Leodicensium (Gesta episcoporum Tungrensium, Traiectensium et Leodiensium) d'Anselme de Liège.
Le corps de saint Lambert fut ensuite ramené en barque par la Meuse à Maastricht où il fut enterré à côté de son pèreGodefroid Kurth, Étude critique sur saint Lambert et son premier biographe, , T. 1, , n. 1.. Selon l'hagiographie, le saint se vengea lui-même en frappant de maladie ses assassins. Dodon était donc un personnage puissant contre lequel Pépin ne put rien faire. Ce fait peu flatteur pour les Carolingiens fut assez rapidement masqué dans les hagiographies suivantes qui désignèrent Alpaïde, la concubine de Pépin, comme commanditaire, et on fit de Dodon son frère. Le mobile devint le vif reproche fait par l'évêque de cet adultère à .
En 1896, lors de l'ouverture de la châsse du saint, le médecin qui examina le crâne constata une blessure profonde à l'occiputGodefroid Kurth, La cité de Liège au Moyen-Âge, T. 1, , n. 1..
Translation de saint Lambert thumb|left|Buste-reliquaire de saint Lambert dans le Trésor de la cathédrale de Liège. vignette|L'Évêque Lambert représenté dans La confrérie des jongleurs d'Arras et le tombeau de l'évêque LambertÀ retrouver en texte intégral sur LillOnum.. À l'évêque Lambert succéda son disciple — et peut-être même son parent — Hubert (saint Hubert), membre d'un lignage très proche des Pépinides et vraisemblablement apparenté à ces derniers. L'attentat de Liège semble finalement avoir servi les intérêts de en lui permettant de renforcer le contrôle qu'il exerçait sur l'évêché mosan.
Hubert fit transférer les reliques de Lambert de Maastricht à Liège, où il fonda une infrastructure sacrée pour les abriter. En effet, un culte s'était installé sur place, et l'homme du Moyen Âge croyait que c'était Dieu qui désignait les lieux de culte. Cela s'explique peut-être aussi par la proximité géographique des palais de Herstal et Jupille de la famille de Pépin, qui devait vouer un culte important au saint.
Toujours est-il que le marqua un tournant pour Liège, qui devint rapidement une agglomération importante. Il est par exemple significatif qu'à partir de la seconde moitié du , la ville de Liège soit qualifiée de vicus publicus et que Charlemagne y ait célébré la fête de Pâques en 770.
Ce n'est que bon nombre d'années plus tard, en 985, que naît la principauté de Liège (voir Histoire de la Principauté de Liège), lorsque Notger est nommé par en tant que premier prince-évêque de Liège.
La cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Lambert de Liège fut construite sur les lieux de l'assassinat de saint Lambert.
Sources Vita Lamberti Leodiensis, biographie anonyme la plus ancienne, composée vers 718J. Demarteau, Vie la plus ancienne de saint Lambert, 1890.. Deux autres versions de la Vita Lamberti sont dues à Sigebert de Gembloux. Vita Lamberti Leodiensis au , BHL 4680, éd. Jean Chapeauville. Vita Landiberti episcopi Traiectensis vetustissima. Texte rédigé par un clerc du diocèse qui n'a pas connu personnellement Saint-Lambert mais qui a été en mesure d'interroger des contemporains du prélat. L'auteur écrivait dans le second quart du et plus précisément entre 727 et 743 environ. Jean-Louis Kupper, Liège et l'Église impériale aux , éd. Droz, coll. « Bibliothèque de la Faculté de philosophie et lettres de l'Université de Liège », 1981, , 584 p. , . Jean-Louis Kupper, « Saint Lambert : de l'histoire à la légende en 1984 », dans Revue d'histoire ecclésiastique, , 1984.
Notes et références
Voir aussi Articles connexes
Patrimoine religieux de Liège Cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Lambert de Liège Le Banquet de Jupille, tableau d'Auguste Chauvin.
Liens externes
Biographie de saint Lambert de Maastricht, Ökumenisches Heiligenlexikon De l'histoire à la légende, par Jean-Louis Kupper, Trésor de la cathédrale de Liège Les biographes de Saint Lambert, La principauté de Liège Vie et culte de saint Lambert, La dévotion à travers le culte des reliques de saints, Trésor de Liège
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