La seconde intifada ou Intifada al-Aqsa ( ou ) désigne la période de violence israélo-palestinienne à partir de jusqu'à environ . Les événements sont décrits par Israël comme une campagne de terrorisme palestinien, tandis qu'ils sont décrits par les Palestiniens comme une révolte contre l'occupation et la colonisation..

Le début de la seconde intifada est marqué par la visite d'Ariel Sharon, le chef de l'opposition israélienne sur l'esplanade des Mosquées et le mont du Temple, le et la mort de Mohammed al-Dura deux jours plus tard. Elle se marque par des émeutes palestiniennes dans les territoires occupés auxquelles se joint la population palestinienne de nationalité israélienne. Elle est immédiatement réprimée par l'armée israélienne. Après quinze jours, on compte plus de 100 morts palestiniens et vingt-quatre Israéliens (dix JuifsHoward Sachar, A History of Israel. From the Rise of Zionism to our Time, 2007, ., ainsi que quatorze Arabes israéliens tués par la police israélienneSébastien Boussois, Israël confronté à son passé : essai sur l'influence de la “nouvelle histoire”, L'Harmattan, 2008, .). Le , la violence grimpe d'un cran quand les groupes Hamas et Jihad islamique lancent une campagne d'attentats-suicides contre les centres urbains israéliens, avec plus d'une quarantaine d'attentats perpétrés jusqu'à la fin de l'année 2001Robert Pape, « The Strategic Logic of Suicide Terrorism », American Political Science Review, Vol.97, n°3, août 2003..

Israël lance l' en , marquée par la bataille de Jénine et la construction d'un mur de séparation israélienne. Suivront également plusieurs opérations militaires dont l' (), l' (), l' (nouvel an 2009) suivie par la guerre de Gaza de 2008-2009.

Certains auteurs considèrent que le soulèvement prend fin en 2003 avec l'amorce de la feuille de route pour la paix du Quartet pour le Moyen-Orient, l'accord sur une trêve avec Israël entre les différentes factions palestiniennes, et le début des pourparlers de paix entre Ariel Sharon et Mahmoud AbbasGregory Harms, Palestine Israel Conflict: A Basic Introduction, Pluto Press, 2008, .. D'autres auteurs considèrent qu'elle prend fin avec le cessez-le-feu observé par le Hamas, conséquence de mesures politiques et diplomatiques pour certains, ou de la force de dissuasion des assassinats ciblés pour d'autres. Marquée notamment par la rencontre de Charm-el-Cheikh entre Sharon et Abbas ()Le président de l'Autorité palestinienne et le premier ministre israélien se sont engagés à faire cesser les violences, mardi 8 février à Charm el-Cheikh (La Croix, 8-02-2005., et le désengagement unilatéral israélien de la bande de Gaza, l'année 2005 est une autre date communément admise pour le terme de ces événements. Enfin, certains politologues considèrent que les moyens d'actions ont changé, mais que la seconde Intifada se poursuit jusqu'à nos jours avec les attaques à la roquette contre Israël.

Contexte historique

Processus de paix israélo-palestinien dans l'impasse ; Poursuite de la colonisation des territoires palestiniens occupés ; Retrait israélien du Liban-Sud interprété par certains comme un succès de la résistance armée du Hezbollah ; Luttes d'influence entre les factions palestiniennes du Fatah et du Hamas ; Désaccord d'une partie de la population israélienne avec les concessions proposées par le gouvernement en place lors des sommets de Camp David II () puis de Taba (). centré|vignette|341x341px|Évolution de la population de colons israéliens dans les territoires occupés, y compris Jérusalem-Est et le plateau du Golan (1967-2016). Les immigrants comme les personnes nées sur place sont comptabilisées. Entre 1982 et aujourd'hui, la population a augmenté de manière constante d'environ par an, tant pendant les 2 intifadas (1988-1993 ; 2001-2006) que pendant les négociations de paix qui ont suivi les accords d'Oslo (1993-2000).

Déclenchement Le , Ariel Sharon, parlementaire et membre du Likoud (à l'époque dans l'opposition politique au gouvernement de Ehud Barak), fait une visite sous haute sécurité sur l'esplanade des mosquées à Jérusalem-Est. Cette visite est interprétée comme une provocation par les Palestiniens et la population arabe.

La veille, le dirigeant palestinien Yasser Arafat, invité à diner par le dirigeant israélien Ehud Barak à son domicile, s'entretient avec le Premier ministre israélien. Il s'agit de la première rencontre entre les deux dirigeants depuis le sommet de Camp David II, deux mois auparavant. Le statut de l'esplanade des mosquées et du mont du Temple occupe l'essentiel de la conversationTon rêve est mon cauchemar, Elizabeth Schemla, page 111. Arafat demande à Barak d'interdire la visite de Sharon car il s'agit selon lui d'une provocation susceptible d'accroître les tensions entre les deux peuples et qui risque de provoquer de nouvelles émeutes. Le général Amos Guilad, chef du renseignement israélien, et Yehouda Wilk, inspecteur général de la police, partagent ses craintes. Barak répond à Arafat qu'il ne peut pas s'opposer à la volonté d'un membre de la Knesset de se rendre sur l'endroitTsahal, Pierre Razoux, p. 443-445..

Le Jerusalem Center for Public Affairs, un groupe israélien néo-conservateur, conteste le lien entre le déplacement d'Ariel Sharon et le déclenchement de la seconde Intifada et accuse Yasser Arafat d'avoir planifié le soulèvement depuis l'échec du sommet de Camp David II à l'été 2000, en coordonnant les différents partis et factions palestiniens (Fatah, Hamas, Jihad islamique, Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), Union démocratique palestinienne (FIDA), Front de libération arabe (FLA), Front démocratique pour la libération de la Palestine (FDLP), Parti populaire palestinien, Front de lutte populaire palestinien (FLPP), Front de libération palestinienne et Front arabe palestinien (FAP)) pour établir la stratégie de lancement de la Seconde intifada, à travers un manifeste publié au nom des Forces nationales et islamiques (Autorité palestinienne) le 30 septembre 2000Lt. Col. (ret.) Jonathan D. Halevi, « The Palestinian Authority’s Responsibility for the Outbreak of the Second Intifada: Its Own Damning Testimony », site du Jerusalem Center for Public Affairs, 20 février 2013 (Jerusalem Viewpoints, , mars-avril 2013).. L'un des chefs du Fatah, Sakhr Habash, déclare ainsi au journal libanais Al-Mustaqbal (septembre 2001) que la politique de l'Intifada est déterminée par Yasser Arafat et l'Autorité palestinienne : « L'intifada n'est pas une tactique, mais notre choix stratégique de base ». L'ouvrage d'E. Karsh, Arafat's War: The Man and his Battle for Israeli Conquest (2003), présente de nombreuses preuves notamment à travers les témoignages publics de responsables palestiniens (dont Habash ou Marwan Barghouti) de l'implication d'Arafat dans la préméditation depuis juillet 2000 des violences commencées fin septembre. L'étude précise de Barry Rubin et Judith Colp Rubin, Yasir Arafat: A Political Biography (2003) recoupe les sources documentaires palestiniennes présentées par Karsh.

D'autres analystes excluent le caractère prémédité du soulèvement et pensent au contraire qu'Arafat n'a fait que prendre en marche le train de l'Intifada. Le rapport Mitchell du Sénat américain de 2001 estime pour sa part qu'il ne possède pas assez d'éléments pour conclure que les émeutes seraient la conséquence de la visite d'Ariel Sharon , bien que son « effet provocateur » aurait dû être prévu. Selon la même Commission, le Premier ministre Ehud Barak déclare que la visite « était destinée à être un acte de politique intérieure dirigé contre lui par un adversaire politique et qu'il a refusé de l'interdire ». Elle indique par ailleurs ne pas penser « qu'il y avait un plan délibéré de l'Autorité palestinienne de lancer une campagne de violences à la première occasion »https://www.humanite.fr/monde/-/israel-palestine-les-points-cles-du-rapport-mitchell. Cependant, d'autres sources ultérieures (comme Mahmoud al-Zahar ou Souha Arafat) précisent le rôle déterminant d'Arafat dans le lancement de la Seconde intifada.

Pour l'universitaire Jeremy Pressman dans The Second Intifada: Background and Causes of the Israeli-Palestinian Conflict (2003), Arafat aurait bien planifié le soulèvement mais cette explication ne rend pas entièrement compte du cheminement vers la violence.

Chronologie

Cycle de la violence Le , alors que le processus de paix israélo-palestinien, relancé vainement par le deuxième sommet de Camp David, est dans l'impasse, la visite d’Ariel Sharon sur l'esplanade des Mosquées provoque la colère des Palestiniens. Les manifestations qui s'ensuivent sont fortement réprimées : trois jours plus tard, on compte quinze morts et trois cents blessés parmi les Palestiniens.. Le , les médias rapportent la mort de Mohammed al-Durah qui devient une « figure symbolique de l'intifada »Edward Saïd, Culture and resistance: conversations with Edward W. Said, South End Press, p.175.. Les violences s'amplifient et au , on compte quatre-vingt-dix morts et deux mille blessés parmi les PalestiniensBenny Morris, Victimes. Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, 2003, p.719. ainsi que tués lors de manifestations de soutien. Le , 2 réservistes israéliens sont lynchés à Ramallah par la foule.

Attentats palestiniens

gauche|vignette|Secours israélien à la suite d'un attentat-suicide au centre commercial de Netanya le 146 attentats-suicides ciblant principalement des civils sont perpétrés en Israël peu après le déclenchement de l'Intifada en 2000.

Le , un attentat est commis dans une discothèque à Tel-Aviv faisant 21 victimes et 120 blessés, principalement des adolescents. Cet attentat marque très durablement les esprits en Israël. Cet attentat est une des raisons invoquées par le gouvernement israélien pour la construction d'un mur de séparation ou clôture de sécurité majoritairement soutenu par la population israélienne. Bien que validé en tant que mesure de sécurité provisoire par la Cour suprême d'Israël, l'ONU vote une résolution en sa défaveur (par 90 États pour sur 181) et demande à Israël son démantèlement. vignette|Chars israéliens lors de l' dans les rues du camp de réfugiés palestiniens de Jénine, avril 2002. En 2002, l'attentat de l'hôtel Park de Netanya, qui fait 29 victimes civiles, pousse le gouvernement israélien à lancer l' qui avait pour objectif une réoccupation partielle des territoires autonomes sous contrôle direct de l'autorité palestinienne afin de stopper les attentats..

Les Palestiniens s'en prennent également aux civils israéliens dans les territoires occupés (la Cisjordanie et Gaza) en tendant des embuscades meurtrières aux Israéliens. Marouan Barghouti s'impose comme « un vrai chef de guerre ». Son rôle dans la campagne d'attentats-suicides contre Israël fera de lui l'un des Palestiniens les plus recherchés par les forces de sécurité israéliennes. Le , Israël capture Barghouti. Il sera inculpé par un tribunal civil pour meurtres et tentatives de meurtres dans une entreprise terroriste sous son commandement.

Violences israéliennes vignette|Destruction d'une maison de Gaza par un bulldozer blindé de l'armée israélienne, pendant la Seconde intifada, en 2001. Les généraux israéliens qui dirigent l'armée dans les territoires occupés de Cisjordanie et de la bande de Gaza demandent des instructions claires. Les troupes reçoivent l'ordre de ne circuler qu'en voitures blindées et sont autorisées à tirer dans les jambes des militants. Des brigades sont envoyées en renfort dans les territoires occupés.

Un rapport de 2001 du Public Committee Against Torture in Israel et d'autres organisations (dont l'Organisation mondiale contre la torture, basée en Suisse) affirment avoir eu connaissance d'une vingtaine de cas de torture entre la décision de 1999 de la Cour suprême israélienne interdisant la torture, et 2001Steve Weizman, Israel uses torture in defiance of court ban, report says, The Independent, 12 novembre 2001..