Le pointillisme est un mouvement artistique de la peinture et une technique picturale qui utilise de petites zones de couleur juxtaposées plutôt que des mélanges de pâtes colorées. La peinture par touches était connue depuis le au moins, Georges Seurat en a fait dans les années 1880 un système, que la critique a désigné, de façon plutôt péjorative, comme pointillisme.. Paul Signac l'a théorisé sous le nom de « divisionnisme »..

Le procédé et le discours théorique de Signac ont séduit pendant quelques années, essentiellement en France et en Belgique, des peintres comme Camille Pissarro, Maximilien Luce, Théo Van Rysselberghe, Jeanne Selmersheim-Desgrange, classés dans un courant artistique, dit « néo-impressionniste », issu de l'impressionnisme d'une part, et de ce que Seurat a tiré des recherches optiques de Michel-Eugène Chevreul et des écrits de Charles BlancC. M. de Hauke, Seurat et son œuvre, Paris, Gründ, 1961., tandis qu'il s'attirait les sarcasmes de Paul Gauguin..

Diffusion du pointillisme Débuts du mouvement vignette|gauche|Georges Seurat, Un dimanche après-midi à l'Île de la Grande Jatte (Art Institute of Chicago).

En , Seurat vient d'achever son tableau Un dimanche après-midi à l'île de la Grande Jatte, quand Armand Guillaumin et Paul Signac lui présentent Camille Pissarro. Depuis 1880, Pissarro utilisait dans sa peinture une touche de plus en plus petite. En voyant cette œuvre dans l’atelier de Seurat, il réorganise son approche de l'impressionnisme classique : au lieu d'une technique destinée à capturer ses sensations, il dit appliquer les théories scientifiques des couleurs formulées par Ogden Rood et Eugène Chevreul, tout en employant la touche de couleur pure divisionniste pour créer un mélange optiqueNotice Christie's 2018. Il expose ce style début 1886Seurat le rappelle dans une lettre du 20 juin 1890 au galeriste et critique Félix Fénéon : — ..

Seurat présente son œuvre lors de la dernière exposition des impressionnistes en mai-, dont Pissarro, l'un des principaux organisateurs, prônant le « progrès » et l'« indépendance », défend l'inclusion de cette peinture. Ce tableau passe pour le manifeste du mouvement qui se détache des impressionnistes, le groupe qui avait créé la Société des artistes indépendants en 1884, comprenant aux côtés de Seurat, Paul Signac, Camille et Lucien Pissarro.

vignette|Camille Pissarro, Prairie à Eragny, 1886 (Collection privée).

La période néo-impressionniste de Pissarro durera quatre années, de 1884 à 1888. La division de la touche va perdurer les années suivantes, mais non plus de façon systématiqueNotice du Musée André Malraux. Il est souple dans son utilisation du pointillisme et fait référence non pas à un petit point, mais à un « point » de peinture.

En 1887 le marchand Georges Petit installe une grande « Exposition internationale de peintures et de sculptures » dans sa galerie. Pissarro y participe sur l'insistance de Renoir et de Monet, mais Petit retire temporairement Prairie à Éragny au motif que quelqu'un est « offensé par [sa] luminosité ». Pissarro est furieux du comportement « servile » du marchand, qui remet l'œuvre à sa place le lendemain. Durand-Ruel qui n'a pas de telles réserves, acquiert ce tableau peu après l'expositionNotice Sotheby's 2013.

Accueil critique vignette| Détail de la toile de Maximilien Luce, Matin, Intérieur : le pied. Le critique d'art Félix Fénéon caractérise ces travaux fortement ancrés sur un discours théorique comme un tachisme. Il emploie le terme de pour la première fois en 1886Dans L'Art moderne de Bruxelles, le 19 septembre 1886 ; dans la revue La Vogue, à la suite d'une exposition d'un mois de Seurat, Signac et Pissarro dans la dernière salle de la Maison dorée, lors de la huitième et ultime exposition collective impressionniste le 15 mai 1886 , cité dans .. En 1889 Signac intitule son livre : D'Eugène Delacroix au néo impressionnisme..

Des critiques postérieurs ont noté que les coups de pinceau des divisionnistes sont plus longs et plus fluctuants que ceux des pointillistes comme Seurat ou Signac qui projettent des petits points de couleur sur leur toile.

La critique n'a pas toujours accepté de soumettre sa perception de l'ouvrage à la théorie : ..

La difficulté de cette technique est que l'exécution en est extrêmement lente. En 1887 Pissarro ne réalise que quelques tableaux et quelques gouachesNotice Christie's 1970. Il reprend le style impressionniste, plus librement peint, en 1890 et retrouve ainsi une liberté d'expression plus proche de son tempéramentNotice de l'Ashmoleum. Mais les traits minuscules, fragmentés et entrecroisés et les contrastes de couleurs lumineux témoignent néanmoins des enseignements tirés de ses années pointillistesNotice du Musée d'Israël.

Gustave Geffroy commente ainsi cette : .

Divisionnisme vignette|Signac, Le Pin de Bertaud, 1900.

Le divisionnisme, que défend Paul Signac, se différencie du procédé de peinture par points que des peintres comme Henri Martin ont adopté.. Il se base sur l'usage de couleurs pures et sur une théorie de la couleur et du contraste qui, constatant qu', prétend que ce procédé, seul, situe la couleur ..

vignette|Robert Delaunay, Portrait de Metzinger (1906), huile sur toile ().

Après la mort de Seurat en 1891, Paul Signac prend la tête du mouvement. Le style évolue, les artistes peignent avec des touches de plus grande tailleEncyclopædia Universalis, Thesaurus K à R, , « Néo-impressionnisme », édition de 1996..

Le néo-impressionnisme a constitué, en opposition au mouvement contemporain du symbolisme, une . avec ses défenseurs, dont Fénéon, ses adeptes et ses lieux d'exposition. Il s'est diffusé rapidement en Belgique grâce à Émile Verhaeren, qui demanda à Seurat de venir exposer à Bruxelles avec l'École de pointillisme de Paris (EPP) luministe, dont Théo Van Rysselberghe et Henry Van de Velde sont les membres les plus connus. Ce dernier a permis l'expansion du mouvement vers l'Allemagne.

Ce mouvement prend fin dans les dernières années du , mais son influence se ressent par la suite chez les fauves jusqu'aux expressionnistes allemands et aux sources de l'abstraction avec les premières œuvres de Wilhelm Morgner ou de Vassily Kandinsky. Au début du , André Derain, Henri Matisse, Édouard Vuillard, Paul Klee, Robert Delaunay, s'inspirent du néo-impressionnisme ou pointillisme. Pablo Picasso expérimente le procédé pointilliste en 1901, puis en 1913-1914..

En 1903, Élie Faure, qui considère qu', ; il conclut que les néo-impressionnistes sont qui ont pris pour des fins les moyens que les impressionnistes utilisaient pour arriver à leur but de renouvellement de la peinture.. Paul Sérusier expliquera rétrospectivement en 1921 : .

Théorie vignette|Paul Signac : Femmes au puits (1892), huile sur toile. Détail pour remarquer la composition du vert de l'herbe : il est composé de jaune, de vert et de bleu. Et si l'on regarde de plus près encore, on pourra remarquer de rares points de rouge.

Selon les adeptes de la théorie pointilliste, lorsque le tableau est regardé à une certaine distance, les points de couleur ne peuvent être distingués les uns des autres et se fondent optiquement les uns aux autres. L'aspect visuel obtenu est différent de celui obtenu en mélangeant des couleurs sur une palette et en les appliquant ensuite sur la toile. Certains décrivent le résultat comme plus brillant ou plus pur car le mélange est réalisé par l'œil et non par le pinceau.

L'explication pourrait être liée aux théories sur l'additivité et la soustractivité des couleurs : habituellement, lorsque des couleurs sont produites par un mélange de pigments, la soustractivité joue (chaque pigment absorbe un ensemble de fréquences du spectre lumineux, le mélange des pigments renvoie l'ensemble des fréquences non absorbées). Ainsi, mélanger des pigments de bleu-vert, de rouge violacé et de jaune (les couleurs primaires soustractives) produit une couleur proche du noir. En revanche, lorsqu'on mélange des couleurs produites par des sources de lumière, le mélange de faisceaux lumineux de trois couleurs, rouge, vert et bleu produit une lumière proche du blanc puisque l'ensemble des fréquences visibles se trouve représenté. Les écrans de télévision, par exemple, utilisent ce système.

Pour représenter les émotions, le rythme et le mouvement dans leurs toiles, les peintres néo-impressionnistes ont utilisé une théorie sur les lignes et les couleurs. Les lignes montantes combinées aux couleurs chaudes expriment la joie et le bonheur ; tandis que les lignes qui descendent avec des couleurs froides et sombres reflètent le sentiment de tristesse.

Georges Roque a étudié les à-peu-près et les équivoques de la théorie., prétendant effectuer par un mélange optique (additif) des couleurs plus lumineuses alors que la peinture utilise des pigments soustractifs., et confondant dans son discours deux effets contradictoires, celui du contraste simultané des couleurs qui s'observe quand les plages colorées ont une certaine étendue, et celui de la fusion des couleurs qui s'observe quand elles sont petites, comme dans les tapisseries..

La critique hostile ou dubitative peut aussi se baser sur une description des tableaux.

Notes et références

Annexes Bibliographie .

Artistes connexes Peintres pointillistes

Charles Angrand Henri Aurrens Anna Boch Gustave Cariot Henri-Edmond Cross Albert Dubois-Pillet Willy Finch Igor Grabar Achille Laugé Georges Lemmen Maximilien Luce Jean Metzinger Hippolyte Petitjean Théo Van Rysselberghe Jeanne Selmersheim-Desgrange Georges Seurat Paul Signac Jan Toorop Henry Van de Velde Camille Pissarro

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