thumb|right|Le sol d'une allée en briques.
vignette|Le château de La Ferté-Imbault est le plus grand édifice en briques de Sologne. Une brique est un élément de construction généralement en forme de parallélépipède rectangle constitué de terre argileuse crue, séchée au soleil ou cuite au four, employée principalement dans la construction de murs.
Histoire thumb|La brique émaillée était déjà connue dans la Mésopotamie antique.
vignette|Basilique San Petronio (Bologne), la plus grande église gothique édifiée en brique au monde (volume de environ). vignette|Église de San Bernardo, Séville, construite de 1780 à 1785 en briques peintes en jaune.
La pierre naturelle ou les troncs d'arbre peuvent correspondre au besoin de se protégerGuilaine, La seconde naissance de l'homme : Le Néolithique, Odile Jacob, 2015, 201 p. dans les régions où ils peuvent être facilement prélevés. Dans les pays d'embouchures de fleuves, l'argile constitue l'un des principaux matériaux de construction utilisésJean-Pierre Adam, La Construction romaine. Matériaux et techniques, Grands manuels picards, 2011, , . : la brique est facilement réalisable à partir d'argile ou de terre crue, on a parlé au de « terre franche ». D’autre part, cette brique de terre crue, quand elle est abandonnée au feu, acquiert solidité et dureté. On lui enlève surtout l'inconvénient de se délayer dans l'eau. Ce progrès profite aux briques aussi bien qu'aux tuiles, aux carreaux et à la céramique en général. Un grand et nouveau progrès est encore réalisé le jour où l'on a su recouvrir cette terre qui reste poreuse et absorbante, d'une couche vitreuse imperméable, d'une glaçure. Ce progrès profite toutefois plus aux tuiles et à la poterie, qu'aux briques pour lesquelles son usage reste marginalLouis Alphonse Salvetat, Leçons de céramique professées à l'École centrale des arts et manufactures, ou Technologie céramique : comprenant les notions de chimie, de technologie et de pyrotechnie, applicables à la fabrication, à la synthèse, à l'analyse à la décoration des poteries, Mallet-Bachelier, 1857, . Consulter en ligne.. La porte d'Ishtar dans l'actuel Irak, ou le palais de Darius à Suze dans l'actuel Iran, montrent l'usage maitrisé des décors en brique de terre cuite émaillée et colorée, qu'avaient les Néo-Babyloniens en -580 et d'autre part les Achéménides vers -500. Au , le nord de l'Italie deviendra maître dans l'art de la décoration des habitations et monuments avec des frises, des guirlandes et des festons constitués tout de briques émaillées.
D'abord modelée, la brique apparaît entre le huitième et le septième millénaire , dans la région du Tigre et de l'Euphrate. Les premières maisons en brique ont été découvertes en Mésopotamie et l'on estime que l'usage de la brique s'étend rapidement dans tout le Moyen-OrientSandrine Banessy et Jean-Jacques Germain, La Brique. L'or rouge du Midi Toulousain, Tourisme Médias Éditions, 2004 , 12-13..
La brique crue est simplement moulée puis séchée au soleil, pour la rendre plus résistante. Elle permet de monter des habitations ou des monuments comme la pyramide d', mais reste fragile et résiste mal aux intempéries.
Son utilisation se généralise au quatrième millénaire, avec l'invention et l'emploi du moule à briques aux dimensions normalisées, donnant naissance aux premières cités urbainesPhilippe Roi et Tristan Girard, « Le moule à briques normalisé et la main », La Théorie sensorielle, : Les Analogies sensorielles, First Edition Design Publishing, 2013, , 45-53..
La cuisson de la brique est expérimentée en 2500 , en Mésopotamie et dans la vallée de l'IndusSandrine Banessy et Jean-Jacques Germain, La Brique. L'or rouge du Midi Toulousain, 53.. La cuisson permet de réaliser des constructions plus imposantes. La brique de terre cuite constitue la première pierre artificielle ou « pierre factice », longtemps avant le béton de ciment.
La Rome antique met en œuvre les briques crues dans l’opus latericium, et les briques cuites dans l’opus testaceum. Les briques sont carrées et peuvent être fractionnées en éléments rectangulaires ou triangulaires.
Si en France, Paris, tirant parti du calcaire lutécien du Bassin parisien, demeure une ville de pierre, beaucoup de villes et pays où la pierre à bâtir est rare seront des villes de brique. Le gothique de brique est un style spécifique de l'architecture gothique en Europe du Nord, en particulier dans le nord de l'Allemagne et les régions autour de la mer Baltique qui ne disposent pas de ressources en pierre naturelle, construiront en utilisant essentiellement la brique. Les édifices gothiques de briques se trouvent en Biélorussie, Danemark, Estonie, Finlande, Allemagne, Lettonie, Lituanie, Pays-Bas, Pologne, Russie et Suède. À Londres, la pénurie en pierre de taille de qualité fait de celle-ci une ville de briques.
Lors de la Révolution industrielle, les briqueteries se regroupent et forment de véritables usines. Des fours à charbon permettent d'augmenter la capacité de production : des fours plus grands, plus efficaces (le four Hoffmann, où la production de brique se fait en continu, le four Bull) et de grandes cheminées de briques deviennent les éléments caractéristiques de ces briqueteries. En France, Toulouse et ses devient un important producteur de briquesSandrine Banessy et Jean-Jacques Germain, La Brique, l'or rouge du Midi Toulousain, 63.. Aujourd'hui, les briqueteries ont pratiquement disparu en Europe.
En 1830, Auguste Virebent dépose le brevet d'invention d'un système de presse à briques. Ceci est un jalon de l'industrialisation de la brique. Il met au point aussi la « plinthotomie », invention fonctionnant comme un emporte-pièce, pour découper diverses formes dans de la glaise fraîche. Cette technique permet de s'affranchir des sculpteurs, et d'industrialiser la fabrication..
L'après-guerre marque le remplacement progressif de la brique par le béton de ciment et l'acier.
À la fin du , les chocs pétroliers à répétition, la prise de conscience écologique consécutive au dérèglement climatique, conduisent l'industrie briquetière à des innovations majeures pour réduire la consommation énergétique et l'impact environnemental liés à la fabrication des produits. Ainsi : la récupération de l’air chaud lors du refroidissement des produits dans le four qui est redirigé vers les séchoirs, permet d’économiser près de la moitié de la consommation en énergie de ces derniers, l’utilisation de sources d’énergie alternatives : la biomasse (ex. : déchets de bois), le biogaz (issu de centre d’enfouissement) et l’énergie photovoltaïque ou éolienne en cours de développement permettent de réduire de moitié la consommation en énergie fossile de nombreuses usines, un suivi rigoureux du cycle de cuisson par voie informatique et la réalisation de bilans thermiques ont permis d’optimiser le processus.
Au niveau européen, l’énergie nécessaire à la fabrication des briques ( de mur) a ainsi diminué de 39 % entre 1990 et 2007Transfert de technologies écologiquement rationnelles : études de cas extraites du portefeuille de projets du FEM sur le changement climatique, Global Environment Facility, 15 novembre 2012. Des fours à brique haut rendement énergétique pour le Bangladesh. Consulter en ligne.. Enfin, dans les pays industrialisés, les coûts d’approvisionnement énergétique poussent certaines briqueteries à se diversifier dans la fabrication de briques en terre crueFermeture d'une briqueterie sur le site « Belgique : la briqueterie Wienerberger de Wanlin ferme », lesarchivesdelaterrecuite.blogspot.com (consulté le 24 mai 2019).« La briqueterie de Wanlin revit, sous le nom d’Argibat », www.lalibre.be (consulté le 24 mai 2019)..
Fabrication en terre crue thumb|Mur en adobe sur soubassement en pierre dans une maison ancienne de Burgos (Espagne).
vignette|Fabrication traditionnelle de briques à Antananarivo (Madagascar). On retrouve la technique de brique crue en Lorraine où on construisait aussi avec des briques desséchées au soleil et posées avec un mortier d'argile, l'exécution étant facile et peu coûteuse.
La technique prend le nom d'« adobe » sur les bords de la Méditerranée et par voie de colonisation en Amérique latine où elle est encore le patrimoine de beaucoup de familles pauvres, qui conservent cette tradition depuis des temps immémoriaux.
La terre crue est une alternative à une industrie briquetière énergivore. Les coûts d’approvisionnements énergétiques des fours à brique poussent d'ailleurs certaines briqueteries à une inévitable reconversion dans la fabrication de briques en terre crue.
Fabrication en terre cuite thumb|Four à briques du en Sologne, tuilerie de la Bretèche.
Méthode traditionnelle Avant la mécanisation, les hommes arrachaient l'argile à l'aide de fers, à plat. Une fois l'argile extraite, un travail de broyage permettait d'affiner la matière première. Ensuite, l'ajout d'eau en grande quantité permettait d'obtenir une pâte homogène, à la plasticité voulue. Le pétrissage, autrefois au pied, et désormais avec de puissantes machines, permettait d'éliminer les derniers cailloux. Cette préparation de l'argile se terminait par une phase de pourrissage, durant laquelle la terre glaise se « reposaitSandrine Banessy et Jean-Jacques Germain, La Brique. L'or rouge du Midi toulousain, 48-50. ».
Son façonnage se faisait dans un moule en bois dont les bords et le fond étaient ensablés afin que la glaise n'y adhère pas. Un morceau de glaise était placé dans le moule, puis aplani. La surface était égalisée et arasée de son excédent à l'aide d'un archet ou d'une plane humide (rasadou, rasador, en région toulousaine). Le tout était démoulé et déposé sur le sol, ou sur une grille pour une première phase de séchage. Une fois durcies, les briques étaient empilées en quinconce pour faciliter la circulation de l'air entre elles. Dans la région toulousaine, ces empilements de briques étaient nommés « châteaux » et étaient stockés sous un auvent entourant le four de la briqueterie.
La cuisson s'opérait quand le nombre de briques sèches était suffisant. Elles étaient alors empilées selon le même principe à l'intérieur du four, par une étroite ouverture verticale aménagée dans un des côtés. Des rainures horizontales recevaient une planche servant de support à l'ouvrier chargé de placer les briques jusqu'en haut du four. L'ouverture était ensuite obturée avec de la terre. Le feu était allumé dans le foyer situé en sous-sol du four, et entretenu pendant plusieurs jours, avec une surveillance constante.
Ce travail manuel a donné aux briques leur forme caractéristique. Aujourd'hui, ce travail est industrialisé et permet d'obtenir différents tailles de briques, parfaitement identiques. Un système de découpage automatique façonne des briques à partir de boudins de glaise. La brique subit ensuite une série de séchages qui éviteront les fissures et les éclats lors de la cuissonSandrine Banessy et Jean-Jacques Germain, La Brique. L'or rouge du Midi Toulousain, 52..
Méthode moderne thumb|Extrusion des briques à travers une filière. La fabrication d'une brique moderne passe par les grandes étapes suivantes : extraction de l'argile rouge et de l'argile verte. On mélange environ 10 % d'argile verte avec 90 % d'argile rouge. La terre argileuse, généralement extraite à proximité de la briqueterie, ne peut pas inclure trop de sable ; broyage de la terre pour obtenir la granulométrie désirée ; humidification et mélange des divers types de terres ; ajout d'une faible quantité de lignosulfite, résidu de l'industrie du papier, dérivé de la lignine contenue dans les arbres ; le lignosulfite facilite l'extrusion ; extrusion au travers de filières correspondant à une forme donnée de brique ; coupage ; séchage dans un séchoir traditionnel ou moderne type ANJOU (durée entre vingt et cinquante heures) ; cuisson à environ , pendant trente heures ; éventuellement rectification (fraisage des bords jointifs pour faciliter le montage).