La doctrine de l'Église catholique sur l'œcuménisme a été redéfinie à partir de Jean XXIII et du concile Vatican II (1962-1965).

Auparavant, l'œcuménisme et la recherche de l'unité des chrétiens étaient subordonnés à l'idée que l'Église catholique se définissait elle-même comme la seule véritable Église, une, sainte, catholique et apostolique, fondée par le Christ lui-même. Cette doctrine est constamment réaffirmée par le Magistère romain jusqu'à l'encyclique Mortalium animos (1928), où Pie XI condamne sans appel toute tentative de dialogue interreligieux qui ne viserait pas à réintégrer les autres confessions chrétiennes au sein du catholicisme. Jusqu'à Vatican II, le dialogue avec les autres confessions chrétiennes a pour objectif de les persuader de revenir à une unité qu'elles ont elles-mêmes brisée, c'est-à-dire de se soumettre à l'autorité du pape.

Au cours de l'entre-deux-guerres, sous l'impulsion de plusieurs représentants de la Nouvelle Théologie, l'œcuménisme catholique prend comme point de départ l'idée que le Christ n'a fondé qu'une seule Église, divisée par la suite entre plusieurs confessions. Par conséquent, il devient nécessaire que, par la prière, l'étude et le dialogue, les communautés historiquement séparées puissent se réunir.

Les textes les plus significatifs à cet égard, publiés par le concile Vatican II, sont Unitatis Redintegratio (sur l'œcuménisme) et Dignitatis humanae (sur la liberté religieuse). L'engagement œcuménique de l'Église catholique a ensuite été confirmé par l'encyclique Ut unum sint de Jean-Paul II (1995).

Toutefois, l'Église catholique ne fait pas partie du Conseil œcuménique des Églises (COE), fondé en 1948, où elle n'a qu'un statut d'observateur. Elle y participe à divers groupes de travail depuis 1964. Notamment, le Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens, créé par Jean XXIII en 1960, est en relation avec le COE de façon régulière. Il est présidé par Kurt Koch, qui a succédé en 2010 à Walter Kasper.

Histoire

Rome et l'Orient

Le concile de Florence de 1439 adopte différents accords entre Rome et plusieurs Églises orientales : , bulle Laetentur caeli consacrant l’union avec l’Église grecque de Constantinople , décret Exsultate Deo qui ne s'applique qu'aux Arméniens soumis au Catholicos de Sis en Cilicie. Le décret pro Armenis, fait partie d’une série d’actes similaires promulgués, par Eugène IV Après la translation du concile au Latran, Multa et admirabilia les Syriens monophysites de Mésopotamie signent leur adhésion , Cantate Domino ce sont les jacobites monophysites d’Alexandrie et de Jérusalem , Benedictus s'applique aux les chaldéens et aux maronites. Multa et admirabilia et Benedictus, plus courts, renouvellent les enseignements déjà donnés : la double nature du Christ et la Trinité, le Filioque et la primauté pontificale.

Faute de base populaire en Orient, ces tentatives d'union restent sans lendemain et donnent lieu à des schismes dans les Églises réunissant ceux qui n'acceptent pas d'abandonner le monophysisme, le monothélisme ou le miaphysisme.

Réforme et Contre-Réforme Les premiers réformateurs protestants (Luther, Melanchthon, Bucer) tentent par la Concorde de Wittemberg (1536) d'atténuer les différences doctrinales entre Églises évangéliques, mais ils ne peuvent concilier leur point de vue avec celui des anabaptistes sur l'eucharistie, et la question de la transsubstantiation finit par entraîner la dissidence calviniste. La Réforme protestante et son cortège de guerres de Religion maintiennent l'Occident dans ses frontières. Ces guerres instaurent, toutefois, par exemple à la paix d'Augsbourg de 1555, un nouveau mode de compréhension du territoire canonique, résumé dans le précepte latin Cujus regio, ejus religio et doit se comprendre par « liberté de religion pour le prince qui peut l'imposer à ses sujets ». Ce principe présidera à l'uniatisme développé tout au long du siècle en Europe orientale, comme aux diverses vagues de la colonisationHenri CHAMUSSY, Les stratégies spatiales de l'Église catholiqueInstitut de géographie alpine, université Joseph-Fourier, Grenoble, Groupe Dupont, TEO (U.M.R. 5038).

Églises d'Orient et « uniatisme »

Au cours de l’histoire, certaines Églises ou portions d’Églises d’Orient se sont unies à l’Église catholique, pour des raisons diverses et dans des conditions souvent controversées. Le terme « uniate » a longtemps servi à désigner ces Églises catholiques d’Orient, mais a pris une connotation péjorativeLe pape Jean-Paul II en Ukraine, Dieu pourra-t-il écrire droit avec des lignes courbes ?, juin 2001..

Ce qui est souvent qualifié d'« uniatisme » reste une plaie dans les relations entre le christianisme orthodoxe et le Vatican. L'existence de l'Église gréco-catholique de Biélorussie a été l’un des principaux obstacles à la venue de Jean-Paul II en Russie« Cette dernière question, celle du primat de l'évêque de Rome, qui est quasiment le seul point de divergence entre les Églises orthodoxes et l'Église catholique romaine. Les fortes tensions catholico-orthodoxes au sujet des Églises uniates comme les résistances orthodoxes à face à la création de diocèses catholiques en Russie manifestent paradoxalement la proximité "d'Églises sœurs". [...] L'Église orthodoxe se conçoit comme Église "universelle" ("catholique") dans un territoire donné, elle a du mal à digérer la pluralisation du christianisme en terre traditionnellement orthodoxe et défend son territoire canonique. C'est pourquoi la question des Églises uniates comme Églises orientales en communion avec Rome constitue un fait difficile à assumer dans la logique orthodoxe » in Les transformations de l'autorité religieuse, ouvr. collectif, Association française de sciences sociales des religions, éd. L'Harmattan, Paris, 2004, ..

« Le phénomène gréco-catholique est depuis toujours perçu par les orthodoxes comme une agression et le déni de leur ecclésialité, comme s'ils n'étaient pas reconnus par l'Église latine en tant que pleinement chrétiens » (Olivier Clément)Olivier Clément, théologien orthodoxe français, cité par Le pape Jean Paul II en Ukraine, Dieu pourra-t-il écrire droit avec des lignes courbes ?, juin 2001.. L'« uniatisme » est compris par les orthodoxes comme une prédation de l’Église latine.

Du L’« unionisme » catholique au

Les papes n’ont jamais perdu de vue l’unité de la chrétienté, dont ils estiment avoir la charge. Le , en particulier, est la grande époque de l’intransigeantisme qui enjoint aux confessions séparées de retourner à l’unité romaine. D'un autre côté, Pie IX invite les évêques grecs et autres orientaux, à participer au Ier concile du Vatican (1869-1870), celui où sera proclamée l'infaillibilité pontificale. La constitution Pastor Æternus affirme aussi la primauté pontificale et l'autorité directe du pape sur tous les fidèles. Ces propositions se heurtent, de façon assez cohérente avec la collégialité orthodoxe, à une fin de non-recevoir.

Le pape Léon XIII, surtout, est le chantre de l’unionisme. Il encourage la prière pour l’unité des chrétiens, sous forme de neuvaine préparatoire à la Pentecôte. Dans l’encyclique Satis cognitum (1896), sorte de charte de l’unionisme, et dans 35 autres documents consacrés à la cause de l’unité chrétienne, il invite les catholiques à la plus grande charité envers tous les chrétiens, et plus largement envers tous les hommes de bonne volonté.

L’encyclique Mortalium animos de Pie XI

Le magistère romain a constamment manifesté une grande réticence à l’égard des assemblées œcuméniques, soupçonnées de « panchristianisme ». Dans l'encyclique Mortalium animos (1928), Pie XI interdit absolument aux catholiques d’y participer. « Ce Siège Apostolique n’a jamais autorisé ses fidèles à prendre part aux congrès des non-catholiques : il n’est pas permis, en effet, de procurer la réunion des chrétiens autrement qu’en poussant au retour des dissidents à la seule véritable Église du Christ puisqu’ils ont eu jadis le malheur de s’en séparerCf. Mortalium animos, Lettre encyclique sur l'unité véritable de l'Église sur le site du Vatican.. » Cette encyclique, qui répond à l'invitation faite pour les travaux de la commission œcuménique Foi et ConstitutionMémoires de Visser 't Hooft., revient à dire qu’il ne saurait y avoir de véritable œcuménisme que par la réintégration des Églises issues de la Réforme dans le sein de l'unique véritable Église.

Ainsi l'Église catholique n'a envisagé l'œcuménisme qu'à partir de 1928, et sans s'intégrer dans le mouvement en cours dans les milieux protestants.

La préparation de Vatican II

Cependant, du côté catholique, les efforts en vue de l’unité chrétienne se multiplient à partir des années 1920. On peut citer les « conversations de Malines », à l’initiative du cardinal Mercier, archevêque de Malines-Bruxelles, de Lord Halifax (anglican) et du père Fernand Portal (lazariste), de décembre 1921 à avril 1925, entre des théologiens anglicans et catholiques.

En 1935, c'est le début à Lyon de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, à l’initiative de l'abbé Paul Couturier. Ce sont en 1937 les premiers jours du groupe des Dombes.

Ce sont encore les travaux pionniers de certains théologiens catholiques : les Français Henri de Lubac et Yves CongarSon livre Chrétiens désunis lui valut bien des problèmes, racontés en détail dans son Journal d'un théologien 1946-1954, publié au Cerf en 2000., l’Allemand Karl Adam entre autres.

L’instruction du Saint-Office Ecclesia catholica, parue le , juge que le désir de l’unité relève d’une « inspiration de la grâce du Saint-Esprit ». Elle affirme le devoir des évêques de s’en préoccuper et prévoit une participation catholique aux conférences œcuméniques sous la responsabilité de l’ordinaire du lieu.

Le concile Vatican II et ses suites

Un élan nouveau Il fallut attendre l’élection du pape Jean XXIII (en 1958) et l’annonce du concile Vatican II (1962-1965) pour voir l’Église catholique s’engager pleinement dans l’aventure du mouvement œcuménique. Des observateurs non catholiques furent invités au concile. Un Secrétariat pour l’unité des chrétiens était créé, qui deviendra Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens sous Jean-Paul II. Le concile promulgua des documents majeurs pour l’œcuménisme : Unitatis Redintegratio (décret sur l’œcuménisme) ; Nostra Ætate (sur les religions non chrétiennes) ; Dignitatis humanae (sur la liberté religieuse).

Les successeurs de Jean XXIII, soit à Rome, soit au cours de leurs nombreux voyages à travers le monde, ont multiplié les contacts avec les dirigeants des autres Églises. Les conférences épiscopales sont membres des Conseils d’Églises, qui se sont formés dans la plupart des pays. Les fidèles catholiques eux-mêmes participent pleinement aux travaux, ainsi qu’aux prières, des congrès interconfessionnels et des rencontres œcuméniques.

Les catholiques intégristes Certains catholiques contestent le concile Vatican II, soit pour des raisons doctrinales (reconnaissance de la liberté religieuse par le concile, œcuménisme), soit en raison de leur attachement à la célébration en latin et selon le missel romain de Pie V. Une de leurs têtes de file, Marcel Lefebvre, fondateur de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X rompt avec Rome en 1988 en ordonnant des évêques sans l'autorisation du pape ; tous seront par là même excommuniés latae sententiae), et l'excommunication des quatre nouveaux évêques sera levée en 2009.

Benoît XVI et le pape François ont cherché, en donnant diverses autorisations, notamment en matière de liturgie, à rétablir l’unité avec certains fidèles et prêtres traditionalistes.

Dialogues œcuméniques

vignette|232x232px|Le pape François à la fête patronale avec le patriarche œcuménique Bartholomée Ier de Constantinople.