Le château d'Ussé se trouve à Rigny-Ussé, en Indre-et-Loire (Centre-Val de Loire), il fait partie des châteaux de la Loire.

Domaine privé ouvert à la visite, il appartient au de Blacas.

Il est protégé au titre des monuments historiques.

Localisation Le château est situé à à l'ouest de Tours et à de Chinon, sur la commune de Rigny-Ussé. Il est bâti au bord d'un bief qui prend l'eau dans l'Indre, un affluent de la Loire, et qui alimentait le moulin jusqu'au .

Historique

Le site est habité depuis la Préhistoire, comme l'attestent les traces retrouvées sur les lieux. On note également une présence gallo-romaine (petit tumulus et tombes), et certaines rumeurs en font le domaine du gallo-romain Uccius ; en effet, ces riches propriétaires ont souvent laissé leur nom aux petites agglomérations qui y sont apparues devenues paroisses puis communes.

Cité au sous le nom d'Ucerum (chronique de Turons), le site d'Ussé, adossé à la forêt de Chinon, occupe un espace stratégique, contrôlant la route de Chinon, et la navigation de la Loire et de l'Indre.

Le premier seigneur connu d'Ussé fut en 1004, de Saumur (dit le diable de Saumur), seigneur de Saumur, d'Ussé et de Pontlevoy, portant les couleurs des comtes de Blois puis (deux frères, comtes de Blois en 996-1004 puis 1004-1037 ; le Saumurois et la Touraine relevaient alors des comtes de Blois, mais le comte d'Anjou Foulque Nerra s'employait à les leur enlever). Il édifia la première forteresse en bois.

Son fils lança en 1040 la construction en pierre d'un premier château.

En 1099, Olivier d'Ussé est le seigneur des lieux. Sa famille semble conserver la seigneurie jusqu'au , et l'époux de Marie d'Amboise, fille d'Ingelger d'Amboise et dame de Saint-Calais, autre Olivier d'Ussé qui vendit Saint-Calais à Jean III de Bueil vers 1391-1393, semble bien être l'un de ses membres. Au tournant des , Ussé passe aux familles de Montjean puis de Bueil. Jeanne, fille de Vaslin d'Ussé, épouse de Montjean, d'où Jean de Montjean, père lui-même de Jeanne de Montjean mariée à de Bueil, fils de et petit-fils de qu'on vient d'évoquer.

Vers la fin de la guerre de Cent Ans, en 1424, (1405/1406-1478), comte de Sancerre et amiral de France, seigneur d'Ussé et capitaine notable des armées du roi, membre d'une des plus illustres familles tourangelles, fait construire la structure de base du château actuel. Il meurt en 1478.

Son fils Antoine (né vers 1440/1445 et mort après 1506), comte de Sancerre en 1478 et sire d'Ussé en 1456, épouse en 1462 Jeanne de Valois, fille de et d'Agnès Sorel, qui lui apporte une dot de écus d'or. Dans les années 1460, il entreprend la reconstruction du château dans le style du . Surendetté, Antoine de Bueil vend Ussé à Jacques d'Espinay en 1485.

D'origine bretonne, Jacques d'Espinay (v. 1445/1450-v. 1521), seigneur de Segré, est le fils du chambellan du duc . Il devient lui-même chambellan des rois et , puis accède à la fonction de grand-maître de l'hôtel de la reine. Il poursuit les travaux du château et fonde en 1521 la collégiale, destinée à devenir la chapelle funéraire de sa famille.

Son fils Charles d'Espinay et sa belle-fille Lucrèce de Pons poursuivent les travaux. Leur fils René leur succède en 1534. La chapelle, dédiée à sainte Anne, est consacrée le .

Lui-même criblé de dettes, René d'Espinay vend le château en 1557 à Suzanne de Bourbon-Montpensier (1508-1570), fille de Louis de Bourbon-Vendôme, prince de La Roche-sur-Yon et de la duchesse Louise de Bourbon-Montpensier, épouse en 1529 de de Rieux, comte d'Harcourt (mort en 1532).

La fille de Suzanne de Bourbon, Louise de Rieux (1531-1570), comtesse d'Harcourt, apporte le domaine à son époux René de Lorraine-Guise, marquis d'Elbeuf. Toujours par mariage, Ussé passe ensuite à Henri de Savoie, duc de Nemours, qui meurt en 1632 : car la fille de René et Louise de Rieux, Marie de Lorraine d'Elbeuf (1555-1605), avait épousé en 1576 son cousin , duc d'Aumale (1555-1631), et leur fille Anne d'Aumale (1600-1638) se maria en 1618 à Henri de Savoie, duc de Nemours (1572-1632).

Après une succession de propriétaires (ainsi, en 1653 et 1658, on trouve Christophe Fournier de Blamécourt puis François-Armand Fournier du Plessis), le château est acquis en 1659 par Thomas Bernin, marquis de Valentinay, secrétaire du Roi ; c'est en 1664 qu'il fait aménager les jardins d'après des dessins de Le Nôtre.

thumb|Dessin coloré représentant le château d'Ussé, 1699.

En ou , la châtellenie d'Ussé est érigée en marquisat en faveur de Bernin de Valentinay (1627-1709 ; fils de Thomas), receveur général des finances à Tours, contrôleur général de la Maison du roi, ami de Charles Perrault qu'il recevra plusieurs fois au château. Le domaine comprenait également les terres de Rivarennes et Bréhémont.

Il est écrit dans le dossier : « La Seigneurie d'Ussé est très considérable, et d'une grande étendue, consistant en un château avec cinq grosses tours et fermé de fossés à fond de cave et pont-levis, dans l'enceinte duquel est une église (chapelle actuelle), qui en est la paroisse où il y a un Chapitre composé d'un Doyen et de cinq chanoines de la Fondation des Seigneurs du dit lieu, avec un parc de soixante arpents, clos de murs, et avec tous les ornements qui peuvent rendre une terre capable de porter un titre éminent ».

Le fils de , Bernin de Valentinay (1663-1740), marquis d'Ussé, épouse en Jeanne-Françoise Le Prestre de Vauban, décédée le , seconde fille du maréchal de France.

Ils auront trois enfants : Sébastien, marquis d'Ussé (1696-1772 ; sans postérité), et deux filles dont la cadette sera religieuse à Sainte-Marie-de-Saint-Denis, et l'aînée Henriette-Magdeleine, dernière marquise d'Ussé, restera sans postérité. Vauban viendra d'ailleurs plusieurs fois au château et plusieurs plans de fortification y furent réalisés. Il est au demeurant l'auteur de la construction « italienne » et des terrasses du château, ainsi que de l'allée dite des Cavaliers.

Voltaire y aurait séjourné et écrit une partie de La Henriade.

En 1780, les lointains descendants et héritiers des Bernin de Valentinay (Anne-Claude Bonnin de La Bonninière, de Beaumont..) vendent le château aux Rohan-Guéméné-Montbazon (notamment Charles-Alain-Gabriel), qui le cèdent en à Louis-Vincent Roger de Chalabre, dernier seigneur d'Ussé, entrepreneur de jeux et manieur d'argent lié à la reine Marie-Antoinette., avec l'ensemble du marquisat : Rigny, Rivarennes, Bréhémont.

En 1807, Amédée-Bretagne-Malo de Durfort, duc de Duras, revenu d'Angleterre et après avoir racheté le château de Duras, acquiert le château d'Ussé sur les Roger de Chalabre. Les cèdres du Liban ramenés de Terre sainte en 1817 par François-René de Chateaubriand pour son amie Claire de Kersaint, épouse du duc de Duras, sont encore visibles près de la chapelle. L'écrivain y aurait rédigé une partie des Mémoires d'outre-tombe.

offrit aux châtelains d'alors son portrait, encore accroché au mur de l'escalier d'honneur.

L'architecte français Pierre-Charles Dusillion, qui restaura et « compléta » le château d'Azay-le-Rideau, fut également employé à Ussé ; il fut l'auteur vers 1835 de l'hôtel particulier du 14, rue Vaneau à Paris () de style néo-Renaissance, dont la façade fut ornée par le sculpteur Molknecht.

La dernière des Durfort de Duras, Claire-Louise-Augustine-Félicité (1798-1883 ; fille aînée du duc Amédée-Bretagne-Malo ; sans postérité de ses deux mariages qui l'avait faite princesse de Talmont puis comtesse de La Rochejaquelein), transmet le domaine d'Ussé à son petit-neveu le comte Bertrand de Blacas : Bertrand était le fils de Xavier de Blacas (1819-1876), dernier fils du duc Pierre-Louis-Jean-Casimir de Blacas d'Aulps (1771-1839) et de sa femme Félicie-Georgine de Chastellux-Duras (1830-1897 ; mariée en 1849 ; nièce de Félicité de Durfort de Duras, elle était la fille d'Henri-Louis de Duras-Chastellux (1786-1863) et de Clara de Durfort de Duras (1799-1863), fille cadette du duc Amédée-Bretagne-Malo de Durfort de Duras). Le fils de Bertrand, le comte Louis de Blacas, a pour fille héritière Hélène de Blacas (1921-2005), qui épouse son cousin le Pierre de Blacas d'Aulps (1913-1997) ; leur fils Casimir-Marie-Bertrand-Michel, de Blacas d’Aulps, né à Ussé en 1943, devient ensuite propriétaire du domaine d'Ussé..

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le château d'Ussé servit de dépôt de repli, notamment pour une partie des collections de la Bibliothèque nationale de France et de la bibliothèque du Sénat. Les caisses contenant ces collections précieuses étaient principalement entreposées au sein du château dans le donjon, la galerie centrale et la chapelle.

Description Le château présente deux styles architecturaux, l'un d'inspiration médiévale et gothique et l'autre de la Renaissance. La cour intérieure présente un exemple de ces deux styles.

La première partie des travaux menée par Antoine du Bueil de construction commence au début des années 1460 en reprenant un château déjà existant. L'aile ouest est élevée d'abord, suivie de l'enceinte sud et de la tour sud-est, dite « donjon ». Il s'agit du logis principal, qui conserve cet usage jusqu'au . Elle était desservie par une tour d'escalier à vis dans l'angle de la cour, disparu. Au fur et à mesure du chantier, les parties hautes s'enrichissent d'un décor de plus en plus flamboyant. Le résultat est proche des constructions contemporaines de Langeais et du Plessis-Bourré.

L'aile est, plutôt datée des années 1485-1515, est réalisée sous Jaques d'Espinay. Formant châtelet d'entrée et chapelle, elle abandonne l'aspect forteresse au profit de modèles résidentiels très ornés de l'époque de , comme au Louvre.

Le château sera achevé dans son aspect actuel au . Le mur fermant la cour au nord est abattu pour ouvrir la vue sur le paysage, comme à Chaumont ou La Rochefoucauld. L'escalier à vis est remplacé par grand degré à quatre noyau intégré dans le logis, bossages et frontons remplacant les ornements gothiques, reproduisant les quelques ornements renaissance introduits par Jaques d'Epinay vers 1510. L'aile orientale est largement reprise pour l'harmoniser avec ces modifications. Vers 1670 la galerie reliant les deux ailes, qui comportait probablement à l'origine des hautes baies ouvertes sur la cour, est fermée par deux niveaux de fenêtres..

On conserve un projet de vaste rampe d'accès avec pont-levis envisagé en 1660.

Les jardins à la française ont été inspirés par Le Nôtre, le jardinier de .

Intérieur Hall d'entrée Le hall d'entrée se situe dans la partie du château datant du . L'escalier vis-à-vis a été achevé en 1860 par l'architecte Dussillon pour le comte Xavier de Blacas neveu par alliance de la comtesse de la Rochejaquelin. On y voit deux commodes italiennes d'époque Renaissance, et à droite, sur un panneau de bois sculpté, l'Ange Saint-Michel, du , proviendrait des stalles de la chapelle.

Salle de marbre La salle de marbre était l'entrée du château au . Elle était accessible par un pont-levis, aujourd'hui à l'emplacement d'une fenêtre. Le plafond du est peint en faux marbre, selon une technique italienne de trompe-l'œil.Dans un inventaire de 1710 le nom de chambre de marbre apparait, prouvant bien l'ancienneté de ce décor. La salle des Gardes abrite la collection d'armes et objets orientaux (principalement indiens), rapportés au par le comte Xavier de Blacas : un guerrier indien du , un kouttar (arme indienne de un ou deux mètres et qui servait à la chasse aux tigres), des armes d'apparat en argent finement ciselé, incrustées de jade, d'ivoire, et d'émail, un coffre syrien en bois de cèdre incrusté de nacre, sur lequel est disposée une collection de miniatures peintes sur ivoire qui représentent les principaux monuments des Indes dont le Taj Mahal.