La base spatiale de Pituffik (Base aérienne de Thulé jusqu'en 2023) est la base la plus septentrionale de l'armée américaine , située à du pôle Nord
Elle est située à environ une centaine de kilomètres au sud de la ville de Qaanaaq, qui porta également le nom de Nouvelle Thulé.. Qaanaaq a été construite en 1953 pour reloger les Inuits déplacés de leurs terres lors de la construction de la base.
Cette dernière se trouve dans une région côtière du nord-ouest du Groenland, enjeu géopolitique crucial pour le Danemark, qui entend conserver les bonnes grâces de son allié américain. En effet, l'administration Bush souhaitait faire de la base militaire de Thulé un des maillons du bouclier antimissile américain.
Elle est un élément important de la chaîne de radars du Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord (NORAD) depuis le début de la guerre froide, et une station de surveillance de satellites de l'Air Force Space Command.
Sa piste de accueille environ par an.
Historique
En 1818, l'expédition britannique de Sir John Ross et Sir William Edward Parry établit le premier contact au Cap York avec les Inughuits nomades de la région. L'expédition de James Saunders, à bord du , s'échoua dans la baie de North Star en 1849-1850 et nomma des points de repère.
En 1910, l'explorateur danois Knud Rasmussen (né au Groenland) établit une mission et un comptoir de commerce près du mont Dundas. Il nomma le site « Thulé », en allusion à l'île semi-légendaire de Thulé mentionnée par l'explorateur grec Pythéas à l’extrême-nord du monde connu; les Inughuits l'appelaient Umanaq ou Uummannaq (« en forme de cœur »), et le site est aujourd'hui communément appelé « Dundas »Knud Rasmussen, 1927, Across Arctic America, Introduction..
Le capitaine baleinier, explorateur et ethnologue George Comer découvrit un amas coquillier, baptisé amas coquillier de Comer, à Umanaq en 1916, et des fouilles archéologiques à ultérieures révélèrent un village des proto-Inuits, décrits sous le nom de peuple de Thulé.
Les États-Unis renoncèrent à leurs revendications territoriales dans la région en 1917, lors de l'achat des îles Vierges au Danemark, une clause, dans le contrat, stipulait la reconnaissance par le gouvernement américain de la souveraineté danoise sur le Groenland.. En 1937, le royaume du Danemark prit le contrôle du comptoir de Thulé, racheté à Dagmar Rasmussen, la veuve de Knud Rasmussen décédé en 1933, pour que la région fasse désormais partie du Groenland en tant que colonie danoise..
En 1941, alors que le Danemark était occupé par l'armée allemande, l'ambassadeur danois à Washington, Henrik Kauffmann, autorisa les États-Unis à établir des bases au Groenland, contre l'avis du gouvernement danois de Thorvald Stauning.
La base aérienne américaine de Thulé a été ouverte en 1943, dans un site dégagé au climat sec, même par – 23°C de température moyenne du mois de janvier, dans une zone qui la met à l’abri des glaces dérivant dans le couloir maritime du Détroit de Smith..
Années 1950
Cette implantation militaire américaine fut renforcée en 1951 dans le cadre de l'OTAN, étant donné la valeur stratégique de la colonie danoise au début de la guerre froide. Le Danemark ne prit pas la peine de consulter la population locale, représentée par le Conseil des chasseurs, pour donner son feu vert à l’agrandissement de la base aérienne américaine, et ordonna en le déplacement des autochtones de Thulé (les Inughuits), une petite communauté inuite vivant de la chasse et de la pêche traditionnelles. Les du peuple le plus septentrional au monde furent contraints de quitter leurs terres millénaires en quelques jours pour s’exiler à Qaanaaq, à cent cinquante kilomètres au nord. Ils ne reçurent un dédommagement qu'en 1999.
Aux effets dramatiques de ce déplacement de population s’ajouta un fort ressentiment envers les Américains. La base militaire, transformée en secret en base pour bombardiers stratégiques, devint une véritable enclave de l’armée américaine, accueillant des milliers de militaires. Des Convair B-36 Peacemaker et des Boeing B-47 Stratojet y eurent ainsi leur base pendant les années 1950, puis des Boeing B-52 Stratofortress de la fin des années 1950 aux années 1960. L'armée américaine y testa également le caractère opérationnel et la résistance de ses armes dans des conditions de froid extrême.
Le , Jean Malaurie et son ami inuit Kutsikitsoq découvrirent fortuitement la base. Leur découverte fut relatée dans un ouvrage publié quatre ans plus tardLes Derniers Rois de Thulé, avec les Esquimaux polaires, face à leur destin, Paris, Plon, 1955, coll. "Terre humaine"; définitive, Paris, Plon, 1989, Poche, Paris, Pocket, 2001. Ouvrage traduit en 23 langues. : Les Derniers Rois de Thulé.
En 1954, l'armée américaine procéda à la construction de la , un mât radio d'une hauteur de . Ce mât est isolé de la terre et utilisé pour les transmissions télex sur grandes ondes. Il est construit sur un sol chaud en permanence. Au moment de sa construction, il s'agissait de la troisième plus haute construction humaine.
Durant l'hiver 1956-1957, des B-47 effectuèrent des vols de reconnaissance à partir de Thulé pour inspecter les défenses soviétiques. Ils étaient ravitaillés en vol par des Boeing KC-97 Stratofreighter.
En 1959, la base fut la principale base de soutien pour la construction du Camp Century à quelque deux cent quarante kilomètres de la base. Creusé dans la glace, Camp Century était une base militaire souterraine visant à héberger des missiles nucléaires le plus près possible de l'URSS. Alimenté par un réacteur nucléaire transportable, il fut en fonction entre 1959 et 1967. Le projet fut abandonné, mais permit au géophysicien Willi Dansgaard d'obtenir les premières carottes de glace jamais analysées.
Années 1960 vignette|La couverture des radars BMEWS est en rouge tandis que celle du système PAVE PAWS est en bleu.
En 1961, un radar du Ballistic Missile Early Warning System (BMEWS) fut construit au site J à au nord-est de la base principale. Le BMEWS fut développée par Raytheon Corporation pour avertir l'Amérique du Nord en cas d'attaque de missile transpolaire depuis l'Union soviétique ou depuis des sous-marins situés dans l'océan Arctique ou le Nord de l'océan Atlantique. À ce moment-là, Thulé était à son apogée et environ dix mille personnes y travaillaient.
À partir de , la base connut un ralentissement général de ses activités. L'unité qui y était installée fut désactivée. En , la population de la base n'était plus que de .
Le de la même année, un B-52 transportant quatre bombes nucléaires s'écrasa près de la base.
Accident du B-52
La communauté inuite contesta encore plus vivement la présence de troupes américaines après l'accident d'un B-52 américain qui s’abîma dans l'océan Arctique le , près du Groenland.. Ce bombardier transportait quatre bombes nucléaires, dont trois furent pulvérisées contre la banquise ou tombèrent en mer : l'une d'elles ne fut jamais récupérée.
Années 1970 et 1980 En 1982, Thulé devint une base de l'Air Force Space Command.
Années 2000
Le système radar BMEWS est remplacé par le en 2001.
Années 2020 Elle dépend actuellement de l'United States Space Force fondée le .
La base de Thulé change de nom en , devenant la base spatiale de Pituffik, reflétant le toponyme local et sa nouvelle vocation spatiale.. Avec le regain de tensions internationales, cette base et plus largement le Groenland sont pour les États-Unis redevenus une composante importante de leur vision géopolitique de l'Arctique.
Unités militaires actuelles
821st Air Base Group 821st Support Squadron 821st Security Forces Squadron 12th Space Warning Squadron, chargé du radar du BMEWS. Det. 3, 22nd Space Operations Squadron
Situation
Climat La base spatiale de Pituffik est soumise à des conditions climatiques très rudes avec de longs hivers très froids en raison de sa localisation très au-delà au nord du cercle polaire arctique.
Localisation vignette|Localisation de la base US au Groenland.
Références
Annexes
Articles connexes Liste des accidents nucléaires Les Derniers Rois de Thulé
Liens externes
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