Jedediah Strong Smith (né le dans le comté de Chenango de l'État de New York et probablement tué le aux abords de la rivière Cimarron, dans le Kansas, lors d'un voyage entre Saint-Louis et Santa Fe) est un trappeur, explorateur et commerçant de fourrures américain. Il est considéré comme l'un des plus importants de la conquête de l'Ouest.

Il est le premier « Blanc » connu à explorer la route à travers les montagnes Rocheuses vers la Californie (par le désert des Mojaves) et plus tard à traverser les montagnes de la chaîne côtière californienne pour atteindre l'Oregon au sud. Selon Maurice Sullivan : .

Origines

Contrairement à la plupart des pionniers de l'Ouest américain, Jedediah Smith n'est pas un émigrant de la première ou deuxième génération hors d'Europe, mais il vient d'une famille de colons anciennement implantés. Son père, nommé lui aussi Jedediah Smith, est originaire du New Hampshire et sa famille est l'une des premières installées à la fin du dans la vallée de la Mohawk, dans l'État de New York. Jedediah Strong Smith, le fils, ne connaissait pas lui-même les circonstances exactes de sa naissance, des biographes tardifs proposent la date du , d'autres sources mentionnent 1799, parfois le . ; le lieu de naissance indiqué est parfois la région de la vallée de la Chenango, soit la ville de Jericho, aujourd'hui Bainbridge, dans l'État de New York. Jedediah fait partie d'une fratrie de 14 enfants. Il s'est senti toute sa vie responsable de sa famille et est resté en liaison étroite avec elle.

Les Smith déménagent peu après la naissance de Jedediah vers Érié, en Pennsylvanie, où le jeune homme grandit. En plus de l'école élémentaire, il reçoit du Dr. Simons, un médecin du voisinage, les bases d'une éducation anglaise et apprend même quelques rudiments de latin. Smith reste toute sa vie lié au Dr. Simons, d'autant plus qu'un de ses frères épouse plus tard la fille du médecin. Dans l'une de ses dernières lettres, dans laquelle il indique ses dispositions testamentaires, Jedediah Smith mentionne Simons directement après ses parents.

Lorsque la famille déménage plus loin encore, vers Ashtabula dans l'Ohio, l'adolescent travaille comme commissionnaire sur les navires des Grands Lacs et les fleuves du Middle West américain. Un commandement pour la cargaison d'un navire sur le lac Érié, établi par lui à l'âge de 14 ans et conservé, témoigne qu'il acquiert très tôt une position de confiance. Là, il fait connaissance avec les négociants français des sociétés de commerce des fourrures, qui font la navette entre les stations de Montréal et l'Ouest sauvage. Ils attisent son goût de l'aventure en même temps qu'ils lui offrent un modèle de succès financier. Cette période est à la base de son intérêt pour le commerce des peaux et l'exploration de l'Ouest. Jeune adulte, Smith adhère à une Église méthodiste et, contrairement encore une fois à la plupart de ses collègues, il est dépeint par ses contemporains et ses biographes comme un chrétien convaincu.

Ses biographies deviennent plus précises à partir de 1822, lorsqu'il entre à Saint-Louis au service de William Henry Ashley et de Andrew Henry dans leur compagnie de commerce de fourrures Ashley & Henry. Elles sont toutefois imprégnées, dans leur ton et leur point de vue, par les mythes de l'Ouest, dont elles reprennent des éléments classiques, tant sur les épisodes d'héroïsme que sur les relations avec les Indiens.

Au service de Ashley et Henry

Saint-Louis se trouve à cette époque sur la Frontière. Les Grandes Plaines, couvertes par « la Prairie » de l'autre côté du Mississippi, sont alors en grande partie dépourvues de chemins, les cours d'eau sont les seules voies de communication. Tous les affluents à l'ouest du Mississippi viennent des montagnes Rocheuses. Alors que la partie septentrionale des Rocheuses, maintenant au Canada, est à cette époque relativement bien explorée par les trappeurs anglais de la Compagnie de la Baie d'Hudson, les Rocheuses au sud de l'actuelle frontière canadienne l'est à peine et seuls de petits groupes d'hommes chassent le long du Missouri supérieur.

Les négociants en fourrure William Ashley et Andrew Henry de St. Louis veulent être les premiers à entreprendre à grande échelle la chasse dans les montagnes et espèrent ainsi éclipser leurs rivaux locaux de la Compagnie des fourrures du Missouri, installés également à Saint-Louis. En février et , ils mettent donc dans le Missouri Republican et d'autres journaux l'annonce suivante :

Presque tous les hommes qui dans les décennies suivantes vont façonner l'image du trappeur et du négociant de fourrure — les , qui sont les symboles de la première époque de la Conquête de l'Ouest — font partie de cette expédition ou en sont les successeurs directs. Aux côtés de Jedediah Smith, qui a maintenant 23 ans, signent Jim Bridger, James Clyman, Tom Fitzpatrick, Hugh Glass, Edward Rose, David Jackson, les frères William et Milton Sublette. Smith est engagé comme chasseur. Le groupe embarque le sur deux Keelboats, sortes de chalands employés pour la navigation fluviale dans l'Ouest, et remonte le Missouri. right|400px|thumb|Les périples de Jedediah Smith

Près des Arikaras, à l'embouchure de la Grand River, le groupe se sépare. Une partie, sous la direction de Henry, part avec les bateaux jusqu'à l'embouchure de la rivière Yellowstone ; l'autre groupe, avec Ashley, achète des chevaux aux Indiens et coupe par voie de terre la grande boucle du Missouri. Smith chevauche avec Ashley et reste à l'embouchure de la Yellowstone, tandis que Ashley rentre à Saint-Louis avec les peaux de la dernière saison. C'est de cette base que Smith et ses collègues partent pour la chasse le long du Yellowstone. Il passe l'hiver 1822-1823 dans un poste avancé près de l'embouchure de la Musselshell.

Les combats de 1823 Smith est probablement le chasseur qui, au printemps 1823, redescend seul le Missouri pour demander à Ashley de leur procurer des chevaux supplémentaires, après que des Indiens Assiniboine leur ont volé la plupart des animaux ; et il remonte à nouveau la rivière avec des bateaux d'approvisionnement méthodiquement planifiés.

Le , une attaque des Arikaras a lieu sur la petite troupe de trappeurs et sur leurs bateaux. Dans les semaines précédentes, un conflit de longue durée entre Arikaras et Lakotas s'est étendu à leur relation avec les Blancs, d'ailleurs jamais tout à fait dépourvue de tensions : les Arikaras ont croisé un groupe de commerçants de fourrure de la Compagnie des fourrures du Missouri qui a recruté deux Lakotas comme guides. Les Arikaras ont exigé que leurs ennemis leur soient livrés et comme les commerçants ont refusé, un combat a éclaté au cours duquel deux Arikaras ont été tués.

Ashley et les trappeurs sont informés de l'incident et prennent des mesures de sécurité particulières en traversant la région des Arikaras et lors de l'achat des chevaux. Leurs bateaux sont ancrés au milieu de la rivière et c'est seulement au cours de la dernière nuit qu'une partie des trappeurs restent sur la rive, auprès des chevaux. Malgré ces précautions, les Arikaras attaquent aux premières lueurs de l'aube et causent des pertes sévères dès le premier assaut : treize trappeurs sont tués, dix ou onze sérieusement blessés et Jedediah Smith, qui fait partie des hommes venus à terre, est le dernier survivant à nager jusqu'aux bateaux, sauvant en même temps la vie de David Jackson qui a été blessé.

Les bateaux emportant les survivants se retirent un peu plus loin en aval, les blessés graves sont amenés sur l'un des bateaux, sous la direction de Smith, à 450 miles de là jusqu'au Fort Atkinson, puis jusqu'à Saint-Louis. Ils atteignent Fort Atkinson le et rapportent au Colonel Leavenworth les événements qui se sont déroulés en amont. Quelques heures plus tard seulement, un autre bateau arrive, rapportant un autre massacre de chasseurs de la Compagnie des fourrures du Missouri par des Arikaras sur le cours supérieur de la rivière Yellowstone. Leavenworth et les six compagnies du Régiment de l'armée américaine, fortes de plus de 250 hommes, avec deux petits canons de 6 et trois Keelboats, se mettent en route le . Soixante trappeurs blancs les accompagnent, à la disposition desquels l'armée a mis un petit obusier de 5,5 pouces. Se joignent encore à eux, environ 200 guerriers venant de différents groupes de Lakotas qui veulent soutenir le combat des Blancs contre le peuple de leurs ennemis, les Arikaras. Jedediah Smith conduit l'un des deux groupes de trappeurs alors formés.

L'attaque du se passe de manière décevante pour cette armée renforcée. Les canons ont été mal positionnés et ne peuvent atteindre les villages. Une attaque de cavalerie reste sans effet devant les palissades. La suggestion que les troupes de milice et les Lakotas lancent ensemble un assaut sur le petit village en contrebas est d'abord repoussée par Leavenworth, puis devient sans objet car les Lakotas manifestent d'autres priorités : piller les champs des Arikaras et prélever des trophées sur les cadavres de leurs ennemis tombés au cours des petites escarmouches de la veille.

Le soir du même jour ont lieu des négociations. Les délégations se mettent d'accord sur la restitution des armes à feu et de biens que les Arikaras avaient obtenu en paiement des chevaux ultérieurement abattus, et sur le libre passage des Blancs sur la rivière. Tous fument ensuite le calumet de la paix.

Les perdants sont les Lakotas, qui avaient espéré infliger avec l'aide des Blancs une défaite cuisante aux Arikaras et ramener de riches butins dans leurs villages. Les trappeurs ont sans doute obtenu de pouvoir conduire leurs bateaux sur le fleuve, mais la campagne a complètement échoué pour ce qui est d'impressionner les Indiens. Tant Lakotas qu'Arikaras perçoivent les Blancs comme faibles et dans les années suivantes continuent à attaquer des groupes de chasseurs dans les montagnes.

Smith se distingue cependant au cours de ces évènements, si bien qu'à partir de ce moment il devient durablement le Captain, le chef, des trappeurs. L'automne suivant il se rend de Fort Kiowa dans la région des Absarokees (aussi appelés Crow). Là, à l'ouest des Black Hills à proximité de la Powder River, il est attaqué par un grizzli et blessé à la poitrine et à la tête. L'ours a pris la tête de Smith dans sa gueule et lui a arraché la peau à gauche du front, près de l'œil, jusqu'à l'oreille droite. Le pavillon de l'oreille est déchiré à plusieurs endroits, profondément par les dents de l'animal et presque complètement détaché. C'est un compagnon de Smith qui lui recoud la peau de la tête ainsi que l'oreille. Smith reste conscient tout le temps et peut retourner à cheval au camp, où il prend dix jours de reposVoir (cité d'après trad. allemande, p. 58).. Aucun récit ne manque ensuite de raconter que c'est depuis ce jour qu'il porte ses cheveux longs pour cacher l'oreille mutilée.

thumb|South Pass, le passage le plus simple au-dessus des Montagnes rocheuses

Le South Pass