, né le à Pont-l'Abbé (Finistère), est un ancien opérateur de marché (trader) français, salarié de la Société générale entre 2000 et 2008.
Depuis l'affaire l'opposant à la Société générale, il est scénariste, écrivain et conférencier.
Il est considéré par la Société générale comme un acteur majeur des pertes découvertes en janvier 2008 (c'est-à-dire concomitante à la crise économique de 2008) et résultant de la liquidation de ses prises de positions sur des contrats à terme sur indices d'actions s'élevant à cette époque à environ d'euros..
Pour abus de confiance, faux et usage de faux et introduction frauduleuse de données dans un système informatique, il est condamné à 3 ans de prison ferme et 2 ans avec sursis. Après 5 mois, sa peine est aménagée en liberté sous bracelet électroniqueJérôme Kerviel libéré sous bracelet électronique..
À l'issue de la liquidation de ses positions, il est jugé responsable de la totalité des pertes enregistrées par le groupe bancaire., soit 4,9 milliards d'euros. L'arrêt rendu par la Cour de cassation en partage les responsabilités entre Jérôme Kerviel et la Société générale et supprime le montant de 4,9 milliards d'euros réclamé au titre des dommages et intérêts. ; la cour d'appel de Versailles, statuant sur les intérêts civils l'a condamné le à verser 1 million d'euros de dommages et intérêts à la Société générale.
Plus tôt en 2016, la Société générale avait été condamnée à payer à l'intéressé de dommages et intérêts par le conseil des prud'hommes de Paris pour licenciement sans cause réelle et sérieuse dans des conditions vexatoires. En , la cour d'appel de Paris annule la décision du conseil des prud'hommes..
Éléments personnels Jérôme Kerviel est né à Pont-l'Abbé, dans le Finistère en BretagneJérôme Kerviel, génie informatique pour les uns, être fragile pour d'autres, Orange / AFP, 28 janvier 2008. où sa mère tenait un salon de coiffure. Son père fut artisan forgeron, puis maître dans un centre d'apprentissage professionnel de chaudronnerie, avant de mourir en 2006. Il poursuit ses études au collège-lycée Laënnec et obtient en 1995 son baccalauréat ES.. Après son baccalauréat, il suit un DEUG en sciences économiques au Pôle Pierre-Jakez Hélias de Quimper où il se passionne pour les chiffres. Il passe ensuite une maîtrise à l'IUP banque et finances de l'université de Nantes avant d'obtenir en 2000 et avec la mention « assez bien », un master management des opérations de marché à l'université Lyon 2 en alternance ; pour cela il est étudiant quatre mois à l'université et apprenti huit mois en entreprise (dont six au sein de BNP Arbitrage). Cette formation est destinée à former des contrôleurs des opérations de traders plutôt que des traders.
La Société générale le recrute dès au sein de la division banque d'investissement et de financement (SG CIB) à La Défense à Puteaux. Il travaille d'abord au « middle office » avant de passer en 2005, au « front office ». Il est alors chargé de l'arbitrage. sur des contrats à terme portant sur des indices boursiers. Il résidait à Neuilly-sur-Seine au moment de l'affaire de la Société générale..
Lors des élections municipales de 2001, il figure sur la liste UMP candidate à Pont-l'Abbé. En 2015, il déclare qu'il ne vote plus depuis longtemps : Stéphanie Marteau, « Jérôme Kerviel, comment il va (re)faire sauter la banque », GQ, février 2015, pages 54-57..
Découverte de la fraude Le , à l'occasion de la publication des résultats de son exercice 2007, la direction de la Société générale organise une conférence de presse afin de dévoiler l'affaire dont elle se dit victime. D'après Daniel Bouton, PDG de la banque, un opérateur de marché, faisant partie de ses effectifs, aurait exposé la banque à un risque de marché alors que ce n'était pas dans ses attributions. Il aurait accumulé des positions acheteuses sur les contrats à terme portant sur indice et dissimulé ces opérations faites sur le marché en introduisant dans le système informatique de la Société générale des opérations inverses fictives les compensant.
En , le trader aurait affiché une valorisation négative de d'euros sur la position de d’euros qu’il avait accumulée et le trader aurait pris ensuite des positions plutôt heureuses pour réaliser au un gain cumulé sur l’année 2007 d’ d'euros en réussissant à masquer l'importance et le risque des positions qu'il avait prises grâce à sa connaissance des procédures de contrôle interne. Il n'y aurait eu, selon les dirigeants de la banque, aucun enrichissement personnel.. Selon la banque, il aurait reconnu lors de l'enquête interne de la Société générale au moment de la découverte de ses malversations, avoir effectué les opérations litigieuses et les avoir masquées.
Lorsque les positions secrètes ont été découvertes le , la perte latente enregistrée était assez faible au vu des montants engagés, mais la Société générale a estimé que cela l'exposait à des risques considérables. Le PDG de la banque, Daniel Bouton a ainsi déclaré que « Si une guerre avait éclaté lundi ou si les marchés avaient chuté de 30 %, la Société générale (GLE) risquait le pire avec une telle exposition ». La banque a donc préféré déboucler dans le secret les positions au plus vite en vendant pour d'euros de contrats à terme du lundi au mercredi suivant, mais jouant alors de malchance avec la chute des places financières en ce début de semaine, enregistre une moins-value nette record de d'euros (sur un bénéfice annuel 2007 estimé préalablement à d'euros). C'est après soustraction des gains du trader de d'euros qu'est apparu le montant d'une perte de d'euros. Selon le procureur de Paris, Jean-Claude Marin, les ventes colossales de titres de la banque n'ont pas contribué à la chute des cours.. Le , soit le , un jour férié où la bourse est fermée aux États-Unis, la Société générale a procédé au débouclage de ses positions en respectant les seuils de volumes maximum recommandés par les autorités financières. Le manque d'acheteurs ce jour-là a fortement contribué à creuser la perte issue du débouclage total des positions en obligeant le trader chargé de l'opération à brader les titres.
Pour pouvoir atteindre une telle perte, les montants engagés étaient de l'ordre de d'euros. concentrés sur des futures à fort effet de levier portant sur les indices Eurostoxx, DAX et Footsie. Les produits dérivés négociés par Kerviel étaient compensés par Newedge, ex-Fimat, la filiale commune de courtage et de compensation de la Société générale et du Crédit agricole..
La banque envisage le licenciement de son opérateur de marché et dit l'avoir mis à pied à titre conservatoire le dimanche PV de son audition..
L'affaire dans les médias Au moment de la révélation de la fraude, la Société générale met en place une cellule de communication de crise composée de Hughes Le Bret, directeur de la communication et des cabinets de relations publiques : Image 7, Jean-Christophe Alquier (président d'Arrison & Wolf) et Jean de Belot (président d'Aria Partners).
Lors de sa conférence de presse, la Société générale ne nomme pas expressément Jérôme Kerviel. Ce n'est qu'en fin d'après-midi que son nom est lâché au public, et rapidement confirmé par un cadre dirigeant de la banque. La direction des ressources humaines du groupe évoque alors « un être fragile », « sans génie particulier », traversant des « difficultés familiales ».. Le PDG Daniel Bouton lui a attribué lors d'une interview sur France Info le , la responsabilité de la fraude, sans parvenir à le qualifier : « cet escroc, ce fraudeur, ce terroriste, je ne sais pas »..
Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, a accentué la pression le sur le jeune trader affirmant qu'« il s'est enfui mais il n'est pas près d'être réembauché par des banques, croyez-moi ». et ajoutant qu'il s'agit d'un « génie de la fraude ».. Il a également lancé le même jour une enquête au nom de la Banque de France sur l'affaire.
Le l'avocate choisie par Jérôme Kerviel lance une contre-attaque médiatique : ni lui, ni son avocate ne contestent les faits reprochés et indiquent simplement que Jérôme Kerviel n'était pas en fuite, qu'il attendait la convocation à un entretien préalable à un éventuel licenciement. et qu'il était à la disposition de la justice pour être entendu.
L'ampleur des pertes imputées par la Société générale surprend. Certains s'étonnent qu'une telle exposition aux risques ait pu durer si longtemps sans être détectée, voire s'interrogent sur l'existence de complicités..
En , Jérôme Kerviel publie un ouvrage, L'engrenage : mémoires d'un trader aux éditions Flammarion. Il reconnait ses erreurs mais les relativise et rejoint les critiques contre le pouvoir croissant de la finance et la responsabilité des banques dans les crises financières qui ont lieu de 2007 à 2011.
En , est diffusée sur la plateforme vidéo Max la série documentaire produite par Grand Angle Production : Kerviel : un trader, 50 milliards, qui décrypte le scandale financierhttps://www.lepoint.fr/economie/on-a-vu-la-serie-documentaire-sur-jerome-kerviel-le-loup-de-la-defense-30-11-2024-2576764_28.php#11 composée de 4 épisodes de 45 minutes chacun. La série documentaire réunit une grande partie des protoganistes et notamment : Jérôme Kerviel, Daniel Bouton, François Hollande, Jean-Claude Marin, Maxime Kahn, Luc François, Jean de Belot.
En , Jérôme Kerviel annonce dans l'émission C l'hebdo avoir de « nouveaux éléments » et répond positivement à la question d'Aurélie Casse quand elle lui demande s'il va demander le procès en révision.
Popularité Les pertes de Jérôme Kerviel ont eu un retentissement si important, en raison de l'importance des fonds engagés qui s'élèvent à 50 milliards d'euros, soit 1,8 fois le montant des fonds propres de la banque, que son nom était, le , l'un des termes les plus recherchés sur InternetL'homme le plus "recherché" du Web, Le Monde, 28 janvier 2008.
Mais si Jérôme Kerviel est souvent qualifié, selon l'expression popularisée par le film, de rogue trader (opérateur de marché voyou), il bénéficie paradoxalement d'une : la médiatisation de « l'affaire Kerviel » lui permet de devenir l'objet d'un site de blagues. sur son implication prétendue dans diverses affaires tels que les Kerviel Facts..
Un sondage d'opinion effectué le à la demande du journal Le Figaro montre que les Français estiment que Jérôme Kerviel n'est pas le premier à incriminer pour ces pertes. En effet, seuls 13 % des sondés considèrent qu'il est le premier à incriminer tandis que 50 % estiment que c'est la direction de la banque qui est responsable et 27 % que c'est l'Autorité des marchés financiersLe Figaro, 31 janvier 2008, voir aussi « Les Français exonèrent le trader Jérôme Kerviel » sur 7sur7..
Le système des marchés financiers engendre tant de défiance en France que Kerviel apparaît comme un héros, notamment dans sa ville natale, pour y avoir provoqué une catastrophe, même si elle ne profite à personne« Jérôme Kerviel, ce héros… » sur courrierinternational.com.. Cette analyse est fortement critiquée par le journaliste économique du Monde Pierre-Antoine Delhommais qui a écrit le livre Cinq milliards en fumée : Les dessous du scandale de la Société générale. Il souligne la responsabilité du trader qui a violé les contrôles internes et truqué ses engagements : « le système capitaliste incarné par la Société générale a été victime de Kerviel ».
De même, Jean Veil, avocat de la Société générale, a déclaré que la banque « a été victime de quelqu'un qui lui a menti, qui a triché, qui a présenté des faux pour mettre à mal son fonds de commerce dans un but qui est un but purement lucratif, puisque c'était pour obtenir des bonus »« Dans l'intimité spartiate de Jérôme Kerviel » sur lefigaro.fr, 30 janvier 2008..