Yves Ravey, né le à Besançon, est un écrivain français, lauréat du prix Marcel-Aymé en 2004 pour Le Drap.
Biographie
Yves Ravey est professeur d'arts plastiques et de français au collège Stendhal de Besançon.
Comme romancier Le premier roman d'Yves Ravey, La Table des singes, est paru aux Éditions Gallimard en 1989, grâce à l'intervention de Pascal Quignard. Le jeune auteur comptait alors beaucoup de manuscrits refusés. Gallimard ne désirant pas poursuivre sa collaboration avec l'écrivain bisontin, Jérôme Lindon, qui dirige Les Éditions de Minuit, reprend Yves Ravey. Depuis le Bureau des illettrés en 1992, Yves Ravey confie à son éditeur romans et pièces de théâtre avec une grande régularité.
Un héritier du roman noir Dans un article de son blog littéraire, Pierre Assouline Spécialiste de la vie et de l'œuvre de Georges Simenon, Pierre Assouline est l'auteur d'une biographie du grand romancier belge (Simenon : biographie, Paris : Julliard, 1992 - ) et d'un autodictionnaire qu'il lui a consacré et dont les entrées sont constituées exclusivement d'extraits de ses écrits et de ses entretiens (Autodictionnaire Simenon, Paris : Omnibus, 2009 - ). décèle en Yves Ravey un héritier de Simenon et il exprime son sentiment à propos d' Un notaire peu ordinaire dont Philippe Claudel Pierre Assouline et Philippe Claudel ont été élus à l'Académie Goncourt le 11 janvier 2012 aux et .Chaque année, au début du mois de juin, les dix jurés de l'Académie Goncourt se réunissent et établissent une liste de «conseils de lectures pour l'été» : "Un notaire peu ordinaire" se trouve sur la liste des seize livres conseillés pour l'année 2013. lui a parlé : "La véritable atmosphère-Simenon y est : non pas la pluie et le brouillard, qui en sont les poncifs, mais ce qu’il y a de plus profond en surface dans ce qu’il faut bien appeler un climat : moiteur du soupçon qui monte, pesanteur des choses, désagrégation des rapports sociaux, variation des intensités de lumière, souci du détail, lenteur des gestes et des déplacements, absence totale de complaisance, forme d’ennui jamais ennuyeuse, compassion pour les personnages qui va bien au-delà de l’empathie ; et bien sûr économie du style, sobriété de l’expression, dépouillement des descriptions, usage des mots-matière (non pas une « photo » mais une « photo de classe »)L'expression "mots-matière" a été imaginée par Simenon : "[…] j'emploie presque toujours des mots concrets. J'essaie d'éviter les mots abstraits ou poétiques […]". Pierre Assouline, Autodictionnaire Simenon, Éditions Omnibus, 2009, page 414, entretien de Georges Simenon avec Carvel Collins, 1956.. À lire ce roman, on retrouve çà et là le meilleur du maître : la tension du Bourgmestre de Furnes, les non-dits de La Maison du canal, la douceur du Petit Saint, l’étrangeté de L’Escalier de fer, le doute de La Mort de Belle… Cela dit, pas de malentendu : ce n’est pas du Simenon mais bien du Ravey." Article du 3 mars 2013 de "La République des livres".Répondant à la demande de Laurent Demoulin, maître d’œuvre du projet de Cahier de L’Herne consacré à Georges Simenon, qui lui demandait quels étaient ses héritiers, Pierre Assouline citait parmi ceux-ci Patrick Modiano ( "...le principal, celui que tous mettent en avant comme s’ils le déléguaient pour les représenter à l’unanimité…") et Yves Ravey. Il nuançait son propos en évoquant davantage une "influence" qu'un "héritage" : "Or, si elle est parfois avérée, elle est si diffuse et fragmentée qu’il est plus juste de parler non d’inspiration mais d’imprégnation." Se remémorant une rencontre avec Yves Ravey, Pierre Assouline ajoutait : "Je le connais à peine, pour avoir parlé boutique une fois avec lui, il y a plusieurs années de cela à Bienne (canton de Berne), dans l’antichambre d’une université qui nous avait réunis afin de constituer un jury jugeant des manuscrits ; j’en ai conservé le souvenir d’un homme doux, discret, pudique, passionné de littérature et vraiment pas porté au pastiche. Avions-nous évoqué l’œuvre de Simenon ? Je n’en jurerais pas. Peu importe. À la suite de cette rencontre, je l’ai lu (Le Drap, Pris au piège) et apprécié, tournant autour de ses livres sans trop savoir d’où cela venait. Son dernier roman Un notaire peu ordinaire…m’a mis sur la voie. Pas de malentendu : ce n’est pas du Simenon mais bien du Ravey. Mais la filiation est troublante. De l’histoire elle-même, et pas seulement de la fin, cela va de soi, il faut en dire le moins possible afin de ne pas gâter le plaisir de lecture. Les lignes de la quatrième de couverture suffisent, du lapidaire garanti pur Minuit : Madame Rebernak ne veut pas recevoir son cousin Freddy à sa sortie de prison. Elle craint qu’il ne s’en prenne à sa fille Clémence. C’est pourquoi elle décide d’en parler à maître Montussaint, le notaire qui lui a déjà rendu bien des services ».Pour le reste, d’étouffants secrets de famille, l’éclairage de la véranda, la visite du gendarme, le café sur la table de jardin sous l’acacia, le bruit de la portière qui claque, le chien qu’il faut toujours avoir près de soi pour susciter la sympathie, l’inquiétude née de la rumeur des pas qui crissent sur le gravier dans la cour, la tension qui monte, menace et impose in fine à l’héroïne de mettre de l’ordre dans sa tête, le mouvement d’une époque, le rythme de la vie comme elle va dans une certaine province de la province française…",
Si la proximité avec Simenon se reconnaît dans la création d'une atmosphère et dans la sobriété du style, la sécheresse de la narration le rapproche plus sûrement de Jean-Patrick Manchette Jean Kaempfer, professeur à l'université de Lausanne, s'est intéressé aux filiations littéraires d'Yves Ravey : "L'existence de pactes de lecture n'est nulle part plus évidente que dans les genres très codés, le conte de fées par exemple, ou le roman policier. Ainsi, le roman noir américain de l'entre-deux-guerres (Hammet, Chandler) se reconnaît-il à un ensemble de traits thématiques (violence, psychologie sommaire, pessimisme social) et structuraux (détective vulnérable, focalisation externe, ordre narratif synchrone) que Marcel Duhamel avait clairement identifiés au moment où il fondait la Série noire. Jean-Patrick Manchette, au moment où il hérite de cette forme, en développe les possibles avec une grande virtuosité et l'inscrit dans la tradition du travail flaubertien sur la langue. Cette promotion à la française ouvre au polar les portes de la légitimité littéraire. Des écrivains « Minuit » - Echenoz d'abord, puis Yves Ravey, mais aussi Tanguy Viel - en capturent les codes et les déplacent dans une neuve atmosphère." Intervention du 17 septembre 2012 intitulée : " Le polar, de Jean-Patrick Manchette à Yves Ravey : histoire d'une délocalisation générique." ( Troisième colloque international organisé par le groupe de recherches LEA ! (Lire en Europe) sur le thème : Littératures, contrats, ruptures, à l'Université de Cadix.),un maître du roman noir, adepte de l'écriture behavioriste ou comportementaliste de Dashiell Hammett et de la "hard-boiled school" qui visent à décrire de l'extérieur, sans indications psychologiques, les comportements des personnages. Même écrits à la première personne, sous le forme du "je", les romans d'Yves Ravey, pas davantage que ceux de Jean-Patrick Manchette, ne révèlent les pensées et les sentiments des personnages.Pour Yves Ravey, les personnages sont ce que sont leurs actes.Pas de psychologie ni de descriptions physiques des personnages, pas d'exposition des sentiments ni de morale. Des phrases courtes relatant des actions, des événements, des faits.Tous deux peuvent revendiquer le parrainage de Maupassant qui a écrit à propos des partisans de l'objectivité dans sa préface de "Pierre et Jean" : " Pour eux, la psychologie doit être cachée dans le livre comme elle est cachée en réalité sous les faits dans l'existence… Ils cachent donc la psychologie au lieu de l'étaler, ils en font la carcasse de l'œuvre, comme l'ossature invisible est la carcasse du corps humain.Le peintre qui fait notre portrait ne montre pas notre squelette."
Une intrigue et une angoisse diffuse construites par touches successives Comme l'œuvre de Patrick Modiano, un autre héritier de Simenon selon Pierre Assouline, celle d'Yves Ravey est une œuvre profondément originale. Ses romans courts, entre 90 et 140 pages, sont des thrillers, à l'atmosphère tendue, au dénouement rapide, souvent violent et toujours imprévisible. Un lent développement de l'intrigue les précède Patrick Kéchichian, Le Monde, 7 janvier 2005. Article de Nathalie Crom, Télérama, 21 octobre 2009.. Tout est dit au lecteur vigilant et attentif : (Un notaire peu ordinaire). Ce notaire si proche des amies de son fils mérite vraiment toute l'attention du lecteur.
Quelques indices, comme dans les romans noirs, mettent le lecteur sur la piste, à moins que celle-ci ne soit une fausse piste : le frère naïf se révèle manipulateur et cynique, le voyeur n'est pas un personnage glauque et inquiétant, le repris de justice sorti de prison suscitait pourtant une méfiance légitime, etc. Patrick Kéchichian, Le Monde, 7 janvier 2005..Ce sont les détails donnés par petites touches qui créent peu à peu l'intrigue, les personnages et leur environnement socialIsabelle Rüf rapporte à ce sujet les propos d'Yves Ravey : Article d'Isabelle Rüf intitulé « La force inquiète d’Yves Ravey », paru le 4 septembre 2010 dans le journal de Genève Le Temps. Isabelle Rüf ajoute : .
Comme Hitchcock dans ses films, Yves Ravey crée dans ses romans une anxiété et une angoisse diffuses dès leur première page. Le danger insaisissable ou incontrôlable apparaît, une atmosphère étouffante s'installe, le suspense croît jusqu'au dénouement qui secoue même quand il lui arrive d'être prévisible. Le roman refermé, il faut encore remplir les blancs du texte car l'auteur n'a pas fourni toutes les explications. Les réponses sont entre les lignes. Il y a toutefois de la surprise chez Yves Ravey dans son coup de fusil. L'intrigue de Pas dupe est un clin d’œil amusé de cinéphile au scénario du film d'Hitchcock Le crime était presque parfait. Dans le roman comme dans le film, un simple indice matériel sert à confondre l'assassin, le collier de perles pour Salvatore Meyer, la clef de l'appartement pour Tony Wendice. L'inspecteur Costa a l'élégance raffinée de l'inspecteur Hubbard, et Tippi, la victime, a la blondeur de Grace Kelly. Le piège tendu par les deux inspecteurs se referme devant témoins, au moment où Salvatore et Tony commettent l'erreur de prendre le collier de perles et la clef.
Son mélange aux effets explosifs de brindezingues dangereux et de cœurs purs lui appartient. Tout comme son ironie acide qui allège la touffeur de ses faits divers tragiques. William, le narrateur de La Fille de mon meilleur ami et Gu, celui de Sans état d'âme, sont des escrocs pitoyables, d'une naïveté et d'un cynisme réjouissants. Mais la violence du crime finit par tout emporter, malgré une justice immanente et imprévisible qui réconforte parfois le lecteur.
Le roman noir des familles