est le onzième album studio du groupe de rock nord-américain The Beach Boys, sorti le sur le label Capitol Records. L'album est souvent considéré comme l'un des plus influents de l'histoire de la musique pop, et comme l'un des tout meilleurs, avec des chansons comme Wouldn't It Be Nice ou God Only Knows. Pet Sounds est essentiellement un projet solo de Brian Wilson, créé après que Wilson a arrêté les tournées avec le groupe pour se concentrer sur l'écriture et l'enregistrement. L'album est caractérisé par des harmonies vocales complexes mêlées à de riches arrangements et à des effets sonores inédits, faisant appel à des instruments moins conventionnels en plus des claviers et guitares typiques de la musique pop/rock à l'époque : orgues, clavecins, flûtes, accordéon, harmonica basse, hautbois, thérémine, instruments à cordes de type hawaïen, mais aussi sifflet pour chien, sonnette de bicyclette, canettes de Coca-Cola et aboiements de chiensLaura Tunbridge, The Song Cycle (Cambridge University Press, 2011), , ..
Bien que Pet Sounds soit considéré aujourd'hui comme un album majeur, il s'est relativement mal vendu par rapport aux précédents du groupe, n'étant pas certifié disque d'or à sa sortie, et n'ayant atteint « que » la dans le Billboard 200. Album précurseur du rock psychédélique alors émergent, Pet Sounds est acclamé et imité pour son instrumentation baroque, spectaculaire et innovante. Il a été classé à la de plusieurs listes de magazines musicaux des meilleurs albums de tous les temps, telles celles du New Musical Express, du Times, de Mojo et Uncut. Il se situe de même à la première place du classement Acclaimed Music. Dans la liste des 500 plus grands albums de tous les temps selon Rolling Stone (publiée en 2003), il est classé devant Revolver et derrière Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band deux albums des Beatles que Pet Sounds a influencés.
Contexte La chanson Sloop John B est antérieure de quelques mois à l'enregistrement du reste de l'album, mais elle a constitué un jalon décisif dans le développement de l'album. C'est une chanson populaire caribéenne qu'Al Jardine, guitariste rythmique du groupe, a proposée à Brian WilsonThe Pet Sounds Sessions: "The Making Of Pet Sounds" pages 25-26 du livret, compositeur, producteur et bassiste. Wilson enregistra un le , mais après y avoir ajouté une première prise vocale, il mit la chanson de côté pour quelque temps, afin de se concentrer sur l'album suivant, le faux live Beach Boys' Party!, publié pour satisfaire à une obligation contractuelle qui leur imposait de sortir un nouvel album à Noël 1965. Or, ce qui devait devenir l'album Pet Sounds ne pouvait pas être achevé pour Noël 1965.
Le véritable déclic pour la genèse de Pet Sounds est venu de la diffusion aux États-Unis de l'album Rubber Soul des Beatles, sorti début décembre à temps pour le marché de Noël (dans la version à 11 titres publiée par Capitol, modifiée par rapport à la version britannique à 14 titres publiée par Parlophone, mettant en valeur l'aspect folk-rock de l'album, dont la critique attribuait l'influence à Bob Dylan ou The Byrds). Wilson a ainsi témoigné des premières impressions laissées par cet album révolutionnaire, au-delà de l'originalité de chaque chanson, par son caractère unifié :
Inspiré, et désireux d'aller plus loin encore, il se serait précipité pour voir son épouse et lui aurait déclaré : Début Wilson contacta Tony Asher, jeune parolier et concepteur-rédacteur ayant travaillé sur des publicitaires, que Brian avait rencontré dans un studio d'enregistrement de Hollywood quelques mois plus tôt. Dans les dix jours, ils travaillèrent ensemble. Wilson lui passa des bandes musicales qu'il avait enregistrées, ainsi qu'une cassette du final pour un morceau ayant pour titre de travail In My Childhood ; la chanson avait déjà des textes, mais Wilson refusa de les montrer à Asher, qui emporta la musique et en écrivit de nouveaux. Le résultat fut finalement renommé You Still Believe in Me, et la qualité du morceau acheva de convaincre Wilson que Tony Asher était le partenaire qu'il recherchait.
Écriture et composition des chansons
La plupart des chansons de cet album ont été écrites entre décembre 1965 et janvier 1966, avec la participation de Tony Asher pour les paroles. Cependant, I Know There's an Answer a été coécrite avec un autre nouvel associé, Terry Sachen.
Mike Love est crédité comme coauteur des paroles de Wouldn't It Be Nice et de I Know There's an Answer. Cependant, si l'on excepte sa participation à I'm Waiting for the Day, dont le copyright avait d'abord été déposé par Wilson seul en , on estime que ses contributions à l'album ont été minimes. Le niveau exact de sa participation à Wouldn't It Be Nice reste flou, mais sous serment devant un tribunal, Tony Asher a déclaré qu'il s'agissait seulement des deux lignes répétées lors du fade-out : « Good night my baby / Sleep tight, my baby. »
thumb|Mike Love en 1966. Love est le membre du groupe qui montra le plus de réticences à la nouvelle direction musicale prise par Brian Wilson.
Le nouveau son créé par Brian Wilson et les textes de Tony Asher décontenancèrent Mike Love, Dennis Wilson et Al Jardine, de retour d'une tournée en Asie pour l'enregistrement de leurs voix. Mike Love était tout particulièrement perplexe devant l'abandon total par Wilson de la formule « belles voitures, jolies filles et plages ensoleillées » qui avait été la recette infaillible de tous les succès du groupe jusqu'alors. C'est concernant le morceau alors intitulé Hang On to Your Ego qu'il manifesta le plus fermement son opposition, insistant pour que les paroles soient réécrites et le titre changé (ce qui explique qu'il soit crédité à l'écriture de ce morceau). Love s'exprimera plus tard sur le sujet : Selon Al Jardine, c'est Brian Wilson qui aurait décidé de modifier le texte, voyant que les paroles d'origine créaient une tension au sein du groupe : Quoi qu'il en soit, le texte est modifié (avec le concours de Terry Sachen, alors du groupe), et la nouvelle version devient I Know There's an Answer.
L'album comprend deux instrumentaux sophistiqués : le nostalgique Let's Go Away for Awhile (dont le titre de travail comprenait un complément entre parenthèses : And Then We'll Have World Peace — il s'agit d'un slogan provenant de l'album comique préféré de Wilson, How to Speak Hip, de Del Close & John Brent, publié en 1959, sur lequel Wilson s'exprime dans une chute de l'album disponible sur le coffret The Pet Sounds Sessions) et le morceau surf rock cuivré et hésitant, Pet Sounds (intitulé à l'origine Run James, Run, avec l'idée de l'offrir pour la bande-son un film de James Bond). Les deux morceaux devaient servir de playback pour des chansons existantes, mais lorsque l'album fut presque complet, Wilson décida qu'ils fonctionnaient mieux sans texte et les laissa sous forme instrumentale. Un troisième instrumental, Trombone Dixie, fut enregistré, mais demeura inédit jusqu'à son inclusion sur l'édition CD remasterisée de 1990.
Enregistrement Alors que l'écriture était déjà bien avancée, Wilson commença à travailler rapidement de janvier à début , enregistrant six pour les nouvelles chansons. Lorsque les autres Beach Boys revinrent d'une tournée de trois semaines au Japon et à Hawaï, Wilson leur présenta une partie déjà conséquente d'un nouvel album, dont le contenu — musique et paroles était par bien des aspects radicalement différent de leur travail jusque là.. Tony Asher et Brian Wilson ont tous deux mentionné qu'il y avait eu des réticences au projet au sein du groupe, mais à ce moment-là, l'enthousiasme de Brian pour ce nouvel album permit de convaincre les autres membres. Les de Pet Sounds furent enregistrés sur une période de quatre mois dans les studios d'enregistrement les plus importants de Los Angeles (Gold Star Studios, Western Studios et Sunset Sound), avec un panel de musiciens de studio très en vue, comprenant le guitariste jazz Barney Kessel, la bassiste Carol Kaye et le batteur Hal Blaine. Brian Wilson produisit, arrangea, écrivit ou coécrivit tous les morceaux de l'album.
thumb|Brian Wilson en 1966, à l'époque de l'enregistrement de l'album.
Wilson avait développé ses techniques de production sur plusieurs années, les portant à leur summum de perfectionnement lors de l'enregistrement de l'album de fin 1965 à début 1966. L'approche de Wilson était par certains aspects une version développée et affinée de la technique du « Wall of Sound » créée par son mentor Phil Spector, procédant par accumulation de « couches » sonores, mais sans l'effet de surcharge wagnérienne des productions typiques de son modèle. Comme lui, il privilégiait la monophonie (en partie du fait d'une surdité de l'oreille droite), à rebours de l'engouement contemporain pour la stéréophonie. Grâce aux nouveaux magnétophones Ampex huit-pistes, Wilson produisit des morceaux d'une grande complexité avec les musiciens du « Wrecking Crew . »
La méthode de production typique de Wilson sur Pet Sounds consistait à enregistrer les playbacks instrumentaux de chaque chanson au cours d'une seule session avec l'ensemble des musiciens sur des magnétophones quatre-pistes. Son ingénieur du son Larry Levine a déclaré que Wilson mixait généralement les playbacks en direct pendant qu'ils étaient enregistrés, avant de les transférer sur des magnétophones huit-pistes. Comme Spector, Wilson était un pionnier de l'idée que le studio était un instrument en soi, exploitant de nouvelles combinaisons de sons provenant de l'utilisation de plusieurs instruments électriques et de plusieurs voix dans un ensemble et en les combinant avec l'écho et la réverbération. Il doubla souvent les lignes de basse, de guitare et de clavier, les mélangeant avec la réverbération et y ajoutant des instruments moins courantsBooklet notes, Pet Sounds stereo/mono CD release..
Autodidacte, Wilson avait à l'esprit l'intégralité des arrangements (qu'il faisait généralement sténographier par un de ses musiciens de studio pour l'ensemble du groupe) avant chaque séance en studio, toutefois, des enregistrements ayant survécu (dont une sélection a été publiée sur le coffret The Pet Sounds Sessions) indiquent qu'il était très ouvert aux suggestions des musiciens, prenant en compte leur opinion et intégrant même parfois des « erreurs » si elles présentaient un aspect intéressant, voire utile.
Malgré l'existence d'enregistrements multipistes complexes, Wilson effectuait toujours le mixage final en mono, comme son modèle Phil Spector. À cela plusieurs raisons. D'une part, il estimait que la mastérisation en mono offrait plus de contrôle sur le son pour se faire une idée du résultat que l'auditeur écouterait, indépendamment du placement des haut-parleurs et de la qualité de la sono. D'autre part, il tenait compte du fait qu'à l'époque, la radio et la télévision étaient diffusées en mono, et que la plupart des radios portatives, des autoradios et des lecteurs domestiques étaient encore en mono. Une autre raison plus personnelle expliquant cette préférence était sa surdité totale de l'oreille droite (selon une rumeur, celle-ci aurait été causée par une blessure d'enfance au tympan causée par les coups de son père Murry Wilson, réputé pour sa violence ; cependant, Brian Wilson prétend être né sourd de cette oreille).