Le packing (de l'anglais qui signifie « remplir », « emballer », « mettre dans ») est une technique de traitement alternatif de l'autisme ou de la psychose dissociative ou d'autres troubles du développement. Elle a été décrite comme une maltraitance infantile par l'ONU quand elle est imposée aux enfants. Elle consiste à envelopper transitoirement un patient, en maillot de bain, de linges humides et essorés, froids ou parfois à température ambiante, et serrés, avant que le patient soit lui-même enroulé dans des couvertures qui vont le réchauffer progressivement.
Elle est utilisée dans les cas d'autisme infantile avec manifestations d'automutilations ou dans les cas de psychose avec tendance à l'agressivité destructrice ou certains cas de catatonie. Le but est de chercher à faire reprendre au patient (qui était éventuellement en état de dissociation) une certaine conscience de l'image de son corps, de ses limites corporelles. Elle a connu un regain en France dans les sous l'influence du psychiatre américain M. A. Woodbury, où elle a principalement été utilisée ensuite.
Cette méthode est devenue l'enjeu de vives controverses, surtout autour des traitements de l'autisme infantile, parce qu'elle est assimilée aux traitements psychiatriques de choc par des associations de parents de patients et certains patients et spécialistes, à tort selon les psychiatres qui la pratiquentLe Corps dans la psychose : Le Packing , *Editorial, *Le Packing avec l'enfant, *I - Introduction Catherine Boittin, *II - Historique des packs Pierre Delion, *III - enveloppes psychiques de l'enfant Pierre Delion, *IV - Quelques repérages théoriques pour une pratique du packing Pierre Delion.. En 2011, 18 chercheurs internationaux en autisme co-signent un « consensus » scientifique « contre le packing ».
Le débat est devenu politique, avec l'action d'associations de parents d'enfants autistes qui demandent – et parfois obtiennent – son interdiction.Autisme : les parents jugent le packing, L'Express, 17 juin 2009.. En France, la Haute Autorité de santé est opposée à l'utilisation de cette pratique en dehors de protocoles de recherche autorisés. La Secrétaire d'État chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l'exclusion, prenant acte des recommandations de l'ONU (CRC), demande en son interdiction totale dans tous les établissements pour enfants handicapés.
Historique Selon Pierre Delion, le pack appartient au traitement par l'eau ou hydrothérapie sans se résumer à ces techniques. Ces méthodes se pratiquaient déjà dans l'Antiquité mais prennent une dimension thérapeutique à partir du et , à travers des méthodes brutales, comme celle pratiquée par Jean-Baptiste Van Helmont ou dans certains asiles, méthodes que Philippe Pinel condamnera pour préconiser, dans les cas de manie et de mélancolie, des bains tièdes et prolongés, relaxants, méthode également utilisée par Jean-Étienne Esquirol, même si par la suite des abus furent constatés.
D'après Delion, au , l'hydrothérapie se développe considérablement et plus seulement dans le domaine des maladies mentales mais aussi des maladies chroniques, à l'aide d'eau froide. Selon Alain Gillis, c'est à cette époque que les enveloppements humides apparaissent. En , Vincenz Priessnitz utilise une technique de drap mouillé et de maillot humide, destinée à faire transpirer le patient. En 1852, Louis Fleury, un médecin français inspiré par Priessnitz, publie un traité d'hydrothérapie où sont décrits des procédés soit apaisants soit tonifiants. Les premières descriptions d'enveloppement sont retrouvées en dans les Annales médico-psychologiques sous la dénomination « emmaillotement humide ». Qu'il s'agisse d'Esquirol, de Bénédict Augustin Morel ou de Valentin Magnan, le présupposé est essentiellement physiologique tandis que Krafft-Ebing recommande les enveloppements froids pour leur effet hypnotique.
Dans la première moitié du , en France et en Europe, ces pratiques disparaissent, affirme Delion, pour réapparaître en en France dans les cas de psychose sévère avec Paul Sivadon selon qui . Dans le même temps, ce type de pratique se développait aux États-Unis.
La pratique fut véritablement réintroduite en France en par le psychiatre américain M.A. WoodburyAnnexe 3 ( sq.) du Rapport de synthèses risques associée à la pratique du packing pour les patients mineurs atteints de trouble envahissant du développement sévère, Haut Conseil de la Santé publique, février 2010. qui la nommait « enveloppements anaclitiques » et la destinait au traitement des crises psychotiques aiguës et des troubles chroniques du schéma corporel, expliquant que . Il citait, rapporte Delion, les études faites à Chestnut Lodge qui avaient démontré que : la dimension relationnelle avec la présence constante d'un infirmier est donc déterminante dans cette pratique. Paul-Claude Racamier participera a l'élaboration de cette technique en préconisant la présence de deux personnes soignantes afin de renforcer encore sa dimension relationnelle. Pierre Delion déclare, lors d'une journée à Lille sur « La pratique du packing avec les enfants autistes et psychotiques », qu'avant d'être revisitée par la psychanalyse, la pratique du packing reposait essentiellement sur la contention, la comparant alors à l'usage de la camisole de force. Il en appelle à l'élaboration d'un cadre psychothérapique ..
Le Professeur David Cohen présente quant à lui la pratique du packing de façon indépendante de la psychanalyse, la considérant comme un exemple de « thalassothérapie à l'hôpital » et l'inscrit dans la lignée des « traitements par hydrothérapie » comme d'abord indiquée pour les « malades psychotiques agités », en tant qu'alternative à la contention et à la médicamentation. Il évoque son utilisation sur une gamme de symptômes, de la catatonie Cohen D, Nicoulaud L, Maturana A, Danziger N, Périsse D, Duverger L, Jutard C, Kloeckner A, Consoli A, Guilé JM. . Clinical Neuropsychiatry (2009) 6; 1: 1-6.Consoli, A., Gheorghiev, C., Jutard, C., Bodeau, N., Kloeckner, A., Pitron, V., ... & Bonnot, O. (2010). Lorazépam, fluoxétine et thérapie par emballage chez un adolescent atteint de troubles du développement généralisés et catatonie. Journal of Physiology-Paris, 104(6), 309-314. |url=https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0928425710000264 aux « pathologies borderline », ainsi que pour des troubles non psychiatriques, tels que la dermatite atypique. Il différencie « l'enveloppement sec », employé selon lui en cas de risque d'hypothermie sur les prématurés, de « l'enveloppement humide », et remarque, dans la pratique expérimentale qu'il dirige dans son service à la Pitié-Salpétrière, que les paramètres physiologiques vont dans le sens d'une plus grande détente dans l'enveloppement humide..
Description Pierre Delion définit la technique de la façon suivante : .
Selon Jean-Louis Goeb, et Delion, la technique du packing est basée sur le refroidissement de la peau par un linge mouillé et froid, avec un réchauffement thermique cutané rapide secondaire et spontané (de l'ordre de cinq minutes selon des vérifications par thermomètres cutanés). Selon Delion, lorsque la température de départ des serviettes est inférieure à dix degrés, le réchauffement du corps est plus rapide et donc plus « efficace » sur le rassemblement de l'image du corps. Ce procédé est obtenu en enveloppant le corps de l'enfant dans des serviettes de bain (deux pour le tronc, une pour chaque bras et jambe) mouillées froides. Seuls les membres supérieurs et inférieurs et le tronc sont enveloppés ; la tête et le visage ne sont pas concernés. Les serviettes sont recouvertes de deux couvertures chaudes pour faciliter le réchauffement. Ces tissus d'une température proche de 10 à en début de séance se réchauffent très rapidement pour avoisiner la température du corps jusqu'à la fin de la séance. Seule la température superficielle est transitoirement diminuée, le patient n'est théoriquement jamais placé en hypothermie. L'enveloppement doit se faire rapidement éventuellement à quatre soignants.
Le packing dure de trente à soixante minutes à l'issue desquelles le patient est « développé » rapidement puis frictionné, puis accompagné vers un lieu de vie, où une collation lui est proposée, dans une ambiance conviviale un compte-rendu est réalisé selon la méthode d'observation directe d'Esther Bick et une réunion de supervision a lieu toutes les deux ou trois semaines. Le rythme des séances varie de une à sept fois par semaine, en fonction de l'état de santé du patient, l'équipe soignante comprend de deux à six personnes et la technique est mise en place après explication au patient et aux parents lorsque celui-ci est mineur, et jamais si ceux-ci refusent. Dans certains établissements, les packings entrent dans le cadre d'un projet de soins individualisé en accord avec les parents, ils s'intègrent alors au sein d'une prise en charge pluridisciplinaire, qui associe idéalement des soins, à des approches éducatives et pédagogiques adaptées..
Le principe de l'enveloppement froid n'est pas absolu, et certains praticiens, comme le psychiatre Alain Gillis utilisent également des enveloppements à température de . , il utilisera des enveloppements à température du corps ou encore des enveloppements secs.
Indications Selon Pierre Delion, le packing peut être utilisé avec des enfants dans les cas d'autisme sévère et également dans les cas de psychose infantile grave, avec symptômes violents et psychomoteurs ou encore dans certains cas d'anorexie avec déni de l'image corporelle. Les cas où le packing est particulièrement contre-indiqué sont ceux où les angoisses d'étouffement sont manifestes ou sous-jacentes. Il n'est à utiliser, selon Delion, que ou tel que le rapporte Jean-Louis Goeb .
Théories Selon Pierre Delion la pratique du packing est à articuler avec ce que G. Haag nomme la « phase de récupération de la première peau », c'est-à-dire dans une perspective évolutive de l'autisme infantile traité, au début de la phase symbiotique. Selon Delion et Sylvie Tordjman, le packing a une dimension neurophysiologique qui permet, notamment dans le cas d'automutilations, de réinvestir différemment des circuits perceptifs. Sur le plan psychologique, le packing serait lié à la notion d'enveloppement psychique, notamment appuyé sur les travaux de Didier Anzieu, et à celles plus générales de schéma corporel et d'image du corps. D'un point de vue phénoménologique Alain Gillis considère la séance de packing comme un moment psychomoteur essentiel qui redonne au sujet l'occasion de se ressaisir comme tel. À partir de son corps limité il s'exerce au jeu de l'intersubjectivité..
Pierre Delion considère le packing comme un « aménagement du cadre psychothérapeutique »..
Selon Tordjman et Charras, la sensation « de saisissement » éprouvée pendant l'enveloppement permet de retrouver la sensation que les enfants autistes éprouvent sur un mode addictif, et ainsi de se retrouver dans un retrait autistique. Le fait de concentrer son attention sur le saisissement provoqué par le packing permet d'entamer un travail de désaccoutumance par rapport aux conduites auto-agressives et aux comportements afférents.
Études Depuis la réintroduction de cette pratique en France en 1966, peu d'études ont été produites, rapporte Pierre Delion.