Auzia, actuelle Sour El Ghozlane, est une ancienne ville de l’Antiquité située dans le centre de l’actuelle Algérie. Implantée dans la partie orientale de la Maurétanie césarienne, elle est attestée par plusieurs auteurs antiques et par une documentation épigraphique abondante. Le site est décrit comme un carrefour de communications à proximité des dispositifs de frontière (limes) et a conservé une forte composante militaire, tout en ayant accédé à des statuts municipaux (municipe puis colonie) à l’époque romaine. La ville moderne ayant recouvert l’essentiel de la cité antique, les descriptions, relevés et plans des et siècles jouent un rôle important pour la restitution du site.
Histoire
Attestations antiques et identification Auzia est fréquemment mentionnée par les auteurs anciensRevue Africaine, , 1865, .La notice du Brill's New Pauly Online indique : Auzia (Αὐζία; Auzía) est une ville en Maurétanie Césarienne, située à au sud-est d'Alger, correspondant aujourd'hui à Aumale ou Sour el-Ghozlane. Ptolémée (4,2,7) et l'Itinéraire d'Antonin (30,6) la mentionnent sous le nom d'Auza, tandis qu'Ammien Marcellin (29,5,44; 49) l'appelle Audiense castellum. Bien qu'il soit peu probable qu'elle soit identique à l'Aûza mentionnée par Ménandre d'Éphèse (FGrH 783 F 3), elle l'est probablement avec le castellum... cui nomen Auzea mentionné par Tacite (Annales 4,25,1). Auzia était un important carrefour routier près du limes maurétanien (Notitia Dignitatum occ. 30,17 mentionne un praepositus limitis Audiensis). La ville était un municipe dès la fin du après J.-C. au plus tard (CIL VIII 2, 9046), et une colonie depuis Septime Sévère (CIL VIII 2, 9062). Un dieu appelé Auzius était vénéré comme le génie et le protecteur de la colonie (CIL VIII 2, 9014). Des inscriptions sont disponibles : CIL VIII 2, 9014-9177 ; Supplément 3, 20735-20815 ; AE 1966, 183, .. Josèphe, dans ses Antiquités judaïques, fait référence, selon Ménandre, à une ville appelée Auza ; Ptolémée l'appelle Auzéa, Auzougûia, ou Auzina (Auxia) ; l'itinéraire d'Antonin mentionne Auza. Tacite, dans ses AnnalesTacitus, IV, 25., désigne Auzea comme un « castellum semiruptum, vastis circum saltibus clausum »« Castellum semiruptum » renvoie à un petit fort partiellement en ruines ; « vastis circum saltibus clausum » indique qu'il est entouré de vastes forêts.L. Jacquot, « Rapport sur les recherches faites aux ruines de Sour-Ghouzlan (province de Titeri) », Recueil des notices et mémoires de la Société archéologique de la province de Constantine, 1893, p. 114.
Topographie et rôle stratégique Auzia occupait une position stratégique importante dans la partie orientale de la Maurétanie césarienne, caractérisée par des reliefs marqués et une altitude notable, et longtemps décrite comme fortement boisée. La ville se trouvait sur un plateau disséqué, bordé par deux oueds et encaissé entre deux chaînons montagneux du Titteri. Auzia, nichée au cœur de ces collines, contrôlait une des voies vers les hautes plaines entre le Sersou et le Hodna, vers le sud. Un des deux oueds qui coulent près de la ville, l'Oued Lekhal, se jette dans l'oued Sahel, qui se prolonge jusqu'à la mer par la Soummam. Auzia se trouvait sur l'une des rares routes naturelles reliant la mer à la steppe. L'importance stratégique du site dépassait probablement sa valeur économique, voire agricoleLassère Jean-Marie, « La Colonia Septimia Aurelia Auziensium : histoire institutionnelle et onomastique », Ktèma, , 1981, p. 317-331.. Dans l'arrière-pays, É.-F. Gautier signale que la route moderne entre Berrouaghia et Aumale suit l'emplacement d'une voie romaine, jalonnée notamment par Auzia (Aumale) et Rapidi (Sour Djouab), où des bornes milliaires sont observéesÉ.-F. Gautier, « Entre Berrouaghia et Aumale », Annales de Géographie, vol. 19, , 1910, p. 245-246..
Réseaux, économie et environnement régional Auzia fut une cité importante de la Maurétanie césarienneS. Gsell, Atlas archéologique de l'Algérie, 1911, f. XIV, ., située au bord d'une vaste plaine fertile et bien exploitée dans l'Antiquité, abondante en pâturages, sources et oliviers. Au , la plaine environnante était parsemée de bazinas et de vestiges protohistoriquesE. Mercier, Revue africaine, XVIII, 1874, p. 78-79.Un certain nombre de ces vestiges sont postérieurs à la période romaine proprement dite, entre autres le cercle de pierres d'Ain Tamda, cf. .. Bien que les traces numides dans la région soient décrites comme minces, quelques pièces de monnaie ont été découvertes aux environs de Bouira et de Sour el GhozlaneA. Lefèvre, « Quelques remarques sur les monnaies anciennes de la région d'Aumale », Revue africaine, t. 68, 1927, p. 262..
thumb|left|238x238px|Auzia parmi les villes romaines d'Algérie
Nœud de communications, numismatique et premières phases romaines Le site commandait un point stratégique remarquable, étant le nœud de communications dans l'Est de la MaurétanieR. Cagnat, Armée romaine d'Afrique, 1913, p. 609-610.. D'Auzia, on pouvait aisément rejoindre à l'ouest le Chélif (par Rapidum), au nord Rusguniae, au nord-est Saldae par la vallée de la Soummam, à l'est Sétif, au sud-est Zabi par Tatilti et Aras, ou encore au sud Aïn Grimidi et le limes sévérien. La série numismatique est continue à partir de Juba II ; cette continuité a conduit certains auteurs à proposer qu’Auzia ait d’abord été une ville maurétanienne d’une certaine importance. En 24 apr. J.-C., Tacfarinas fut tué près d'un castellum Auzea, à demi ruiné et entouré de forêts, qu’une partie de la littérature a proposé d’identifier à AuziaJ. Desanges, « Les territoires gétules de Juba II », R.E.A., 66, 1964, p. 37.Pour un cadre historique général, voir N. Bibesco, « Les Kabyles du Djurdjura : III. La Kabylie au temps des Romains », Revue des Deux Mondes, 1865, p. 862-897.. Laporte a estimé qu’une présence romaine dès l’annexion de la province (40 apr. J.-C.) pouvait être envisagée.
La série numismatique devient plus fournie sous Domitien. Un trésor fut enfoui à la même époqueP. Salama, « Les déplacements successifs du limes en Maurétanie césarienne », dans Akten des XI. internationalen Limes Kongress, Budapest, 1976, p. 582.. Le règne de Domitien a probablement vu une intensification de la pression romaine, pression mise en relation dans la littérature avec une révolte maurétanienne attestée avant 86I.L.S. 9200, 11.7-9..
Le nom d'Auzia est attesté dans l'épigraphie pour la première fois sur un milliaire daté de 124 trouvé à Rapidum ; toutefois, une forte implantation militaire romaine à Auzia est probablement un peu antérieure. En effet, Rapidum a été promue municipe en 122, et Laporte a souligné qu’il était peu probable qu’une simple étape ait été occupée avant la ville principale de la région. Il existe d'ailleurs sur le site même plusieurs indices dans ce sens.
Statuts civiques, garnison et vie municipale Après cette promotion municipale, probablement située au début du règne d'Hadrien, Auzia franchit un deuxième échelon pour devenir une colonie Septimia Aurelia, correspondant aux années 119 à 211. Il reste cependant difficile de déterminer s'il s'agissait d'une simple colonie honorifique ou d'une déduction véritable. Auzia devint le lieu de garnison de la Cohors I Aelia SingulariumP. A. Holder, « Auxiliary Units Entitled Aelia », Zeitschrift für Papyrologie und Epigraphik, 122, 1998, p. 253–262 ; ainsi que CIL VIII 9047, 9054, 9055, 9058.. Ceci attira une population civile, concubines, enfants, commerçants et vivandiers. Probablement sous Marc Aurèle, et avant 176, cette agglomération obtint le statut de municipe de droit latin, car la série des prénoms et des gentilices montre par la suite une ascension continue des notables à la citoyenneté romaine.
La prospérité croissante connut des alertes. En 184, sous Commode, on procéda dans la campagne voisine à la construction et à la restauration de turres destinées à assurer la sécurité des habitants de la province. Une inscription attribuée à ce programme (AE 1902, 220) mentionne que Commode, « soucieux de la sécurité de ses provinciaux », fit établir des tours nouvelles et réparer les anciennes (turres novas instituit et veteres refecit)EDH, notice HD032202 : AE 1902, 0220 (Auzia – Sour el Ghozlane), inscription mentionnant l’établissement et la réfection de turres sous Commode.. De nombreuses inscriptions de la fin du au début du permettent de dresser une vue saisissante de l'organisation de la vie municipale, dans laquelle chevaliers et anciens militaires jouaient un grand rôle. Dans cette vie civique, une inscription d'Auzia (CIL VIII, 9052) est parfois citée comme indice de pratiques de fondation et d'économie de crédit : des sommes y sont indiquées comme « placées à intérêt » (fenerantur), dont le produit devait financer des usages civiques périodiquesS. Mrozek, Le fonctionnement des fondations et économie de crédit, 2000 (discussion d’Auzia, CIL VIII, 9052 et du terme fenerantur)..
En 197, les habitants d'Auzia élevèrent une dédicace au procurateur de Césarienne C. Octavius Pudens. Une inscription honorifique (CIL VIII 9049 = ILS 1357) présente ce procurateur comme « praeses incomparable », loué pour son innocence et ses vertus, et attribue explicitement la dédicace aux AuziensesEDH, notice HD033316 : CIL VIII 09049 = ILS 1357 (Auzia – Sour el Ghozlane), inscription honorifique à C. Octavius Pudens Caesius Honoratus.. Après un « recensement » de la province en 198R. M. Haywood, « The African Policy of Septimius Severus », TAPA, 71, 1940, p. 179., le territoire romain s'agrandit avec la création d'une nova praetentura au sud du TitteriM. Christol, « L'œuvre de C. Octavius Pudens Caesius Honoratus en Maurétanie Césarienne », Africa romana, X, 1992 (1994), p. 1141-1152.. À cette occasion, Auzia fut élevée au rang de colonie grâce au même procurateur, auquel la ville garda une reconnaissance signalée. Elle prit le nom de Colonia Septimia Aurelia Auziensium ; voir aussi J. Gascou, « P. Iulius Liberalis… et la date du statut colonial de Thysdrus », Antiquités africaines, XIV, 1979, p. 192..
Par ailleurs, l’épigraphie locale conserve plusieurs dédicaces d’hommage au pouvoir impérial : une inscription (AE 1964, 229) conserve notamment une titulature de Macrin et de DiaduménienEDH, notice HD016156 : AE 1964, 0229 (Auzia – Sour el Ghozlane), inscription à Macrin et Diaduménien., tandis qu’une inscription honorifique (CIL VIII 9030) associe Septime Sévère, Caracalla, Geta et Julia Domna, dans un contexte mentionnant un flamine perpétuel et un procurateurEDH, notice HD008895 : CIL VIII 09030 (Auzia – Sour el Ghozlane), inscription honorifique à la dynastie sévérienne (200–201).. Ces documents sont généralement mobilisés pour illustrer la place des élites municipales, du culte impérial et des relations administratives dans la colonie.
Troubles du siècle et lectures épigraphiques