Le gouvernorat du Mont-Liban est une région historique et administrative libanaise, située dans le quart ouest du Liban, à l'est de Beyrouth. Cette région est considérée comme le noyau historique du Liban.
Il s'agit d'une région très fortement peuplée, qui représente à elle seule de la population du Liban sur de sa superficie, ce qui en fait la région la plus peuplée (1,6 million d'habitants en 2019) et la deuxième la plus densément peuplée () du Liban. Elle est peuplée à 87 % de chrétiens (maronites surtout) avec une minorité importante de druze (8,5 %, surtout dans les montagnes du Chouf). Son chef-lieu est Baabda, qui est aussi la capitale politique du Liban.
D'une superficie de , elle est la quatrième plus vaste des neuf gouvernorats du Liban et rassemble quatre districts : Baabda, Aley, Chouf et Metn.
La région est limitrophe de cinq autres gouvernorats: Kesrouan-Jbeil, au nord, Beyrouth, à l'ouest, Liban-Sud, au sud, et les gouvernorats de Baalbek-Hermel et de la Bekaa, à l'est.
Toponymie
La région tire son nom des Mont Liban. Depuis l'Antiquité, le nom « Liban » était utilisé pour désigner la masse montagneuse s'étendant de l'Oronte au nord jusqu'aux limites de la Palestine au sud. Cette masse montagneuse est composée de deux chaînes : la chaîne orientale et la chaîne occidentale. Selon certains spécialistes, c'est un des plus anciens toponymes qui subsistent.
L'hypothèse la plus soutenue par les spécialistes est que le nom « Liban » provient de la racine phénicienne lbn (𐤋𐤁𐤍) qui signifie « blanc », en référence au manteau neigeux permanent qui recouvre les Monts Liban, un véritable trésor dans cette région aride et déficitaire en eau qu'est le Moyen-Orient mais pourrait aussi faire référence à la couleur de ses roches calcaires blanches. Jérémie mentionne dans l'Ancien Testament : « La neige du Liban abandonne-t-elle le rocher des champs ? Ou voit-on tarir les eaux qui viennent de loin, fraîches et courantes ? » (Jérémie 18:14).
Une autre explication le dérive du mot al-loubnā qui signifie l'arbre à storax, ou al-loubān qui signifie l'encens, en raison du parfum agréable de ses arbres et de ses forêts. Selon Pline l'Ancien, cet arbre était abondant au Liban, et les Grecs l'importaient pour la fumigation et ses propriétés médicinales.
Cette région constitue le noyau historique du Liban et, par extension de ses frontières, a donné son nom à l'État libanais au lors de l'instauration de la moutassarifat du Mont-Liban et de la création de l'État libanais.
Géographie
Localisation La région est située dans le quart ouest du Liban. Elle est limitrophe des gouvernorats de Kesrouan-Jbeil au nord, Beyrouth à l'ouest, Liban-Sud au sud, et les gouvernorats de Baalbek-Hermel et de la Bekaa à l'est.
La composition contemporaine du gouvernorat résulte de sa séparation des districts de Jbeil et du Kesrouan le . La région s'étend sur , elle est la quatrième plus vaste des neuf gouvernorats du Liban (avec du territoire libanais). Elle est l'une des régions constitutives, avec Beyrouth, Kesrouan-Jbeil et le Liban-Nord du noyau historique du Liban et est de fait, considérée comme étant le noyau de l'État libanais.
Le gouvernorat est divisé en quatre districts: DistrictNom arabeChef-LieuPopulationSuperficie (km)Densité (hab./km)AleyAley264BaabdaBaabda195ChoufBeiteddine495560MetnJdeïdé265D'une superficie de , elle est la quatrième plus vaste des neuf gouvernorats du Liban. Son chef-lieu est Baabda, qui est aussi la capitale politique du Liban. La région, encerclant Beyrouth mais aussi englobant certains districts de la capitale, elle est souvent qualifiée comme constituant la banlieue de Beyrouth et une grande partie est incluse dans la métropole du Grand Beyrouth.
Géologie vignette|La Grotte de Jeita est située à la frontière des gouvernorats du Mont-Liban et de Kesrouan-Jbeil.|gaucheEn dehors des zones, les carrières et zones rocheuses exploitables sont encore nombreuses dans la région.
La région est constituée d'une plaine littorale étroite, discontinue et entrecoupée de promontoires rocheux. Dominant le littoral, le mont Liban est une puissante muraille calcaire. Les sommets, constitués de hauts plateaux élevés sur une zone karstique, sont fortement entrecoupés de gorges s'enfonçant parfois sur plus de , comme celles du Nahr Beyrouth ou du Nahr Ibrahim.
La massivité de ces reliefs témoigne de leur extrême jeunesse morphologique. Ils résultent principalement de la dernière phase orogénique, celle du Villafranchien, et ont subi peu de modifications depuis cette époque. Les surfaces sommitales présentent une série de facettes correspondant à des niveaux d’érosion successifs, de plus en plus récents à mesure que l’on se rapproche du centre de la montagne, où elles se recoupent progressivement. Cette surface polycyclique, déformée par les dernières tectoniques en un large bombement, constitue la base du relief actuel. Elle a été partiellement entaillée par le dernier cycle d’érosion, révélant au cœur du massif des formes structurales évoquant les Pré alpes.
En périphérie, on observe des niveaux d’aplanissement inclinés, profondément incisés par des gorges épigéniques. Le mont Liban () en offre un exemple caractéristique : ses hautes surfaces karstifiées dérivent directement de la structure calcaire cénomane.
Relief vignette|Vue du village de Baskinta, Chouf. Le relief du gouvernorat est très varié : le relief va de d'altitude jusqu'au niveau de la mer Il s'étend des plages de la mer Méditerranée à l'ouest jusqu'aux sommets du Mont Kneisseh à l'est. La montagne occupe la plus grande partie du territoire.
On distingue, d'ouest en est, deux zones successives :
l'étroite plaine côtière alluviale, limitée par une côte coupée de promontoires rocheux favorables à l'installation de ports (port de Jounieh) et de zones estivales (Damour) ; le massif du mont Liban s'incline lentement de l'est vers l'ouest. Des rivières creusent des gorges profondes dans la montagne. Le versant occidental est couvert de forêts de pins et de cèdres (Barouk) ; Le gouvernorat tire son nom du Mont-Liban, mais la population se concentre principalement sur les pentes occidentales de la chaîne de montagnes qui entourent la capitale, Beyrouth, sur trois de ses côtés. Une partie de la région est considérée comme faisant partie de la métropole du Grand Beyrouth.
Hydrographie Les ressources hydrologiques sont essentiellement liées aux reliefs montagneux du bourrelet méditerranéen. Le gouvernorat abrite cinq fleuves permanents: Le Nahr el-Kalb: prend naissance à une faible altitude d'une source issue de la Grotte de Jeita, et reçoit l'apport saisonnier de torrents nés en amont dans le Mont-Liban. Le fleuve Beyrouth: de l'est vers l'ouest, est issue des pentes occidentales du mont Kneisseh et du sud du mont Sannine, près des villages de Hammana et de Falougha, avant de se tordre et de se vider sur le littoral de Beyrouth. Le fleuve de Damour Le fleuve d'Antelias Le fleuve Aouli Le fleuve Ibrahim
Le gouvernorat possède aussi deux barrages: de Bekaatet et de Qaysamani. Et comprend de nombreux lacs: Ain Mefleh, Ain al Aajouz, Nabaa al-Mamboukh, Maqial el-Mosri.
Axes de communication et transports vignette|Intérieur de l'aéroport international de Beyrouth - Rafic Hariri.
Du fait de sa proximité avec Beyrouth, de son importance économique et démographique, le gouvernorat du Mont-Liban est un carrefour majeur est communications et des transports au Liban:
L'aéroport international de Beyrouth, principale porte d'entrée au Liban et qui dessert Beyrouth, est situé à Choueifat, en banlieue beyrouthine dans le gouvernorat du Mont-Liban. Le chemin de fer de Beyrouth à Damas y transitait et y desservait de nombreuses villes tel Aley. L'autoroute Beyrouth-Damas y prend source. Des bus privés assurent le transport entre la région et la capitale libanaise: d'Aley et de Faraya.
La région possède aussi pour port maritime le port de Jounieh, un des principaux ports du Liban.
Économie
Industries L'économie du Mont-Liban repose principalement sur les activités industrielles. Le Gouvernorat abrite la plus forte concentration d'entreprises industrielles au Liban, avec 58 % du nombre total d'entreprises industrielles libanaises. Plus de 12 zones industrielles sont ainsi situés dans la région.
La majorité de ces entreprises sont des sociétés agroalimentaires (17,93 %), représentant 34 % du nombre total d'entreprises agroalimentaires au Liban. Ce secteur est suivi par les entreprises de papeterie et d'impression, qui représentent 13,15 % des entreprises industrielles du Mont-Liban.
L'Institut de recherche agricole libanais (LARI), une organisation gouvernementale relevant du Ministère de l'Agriculture, qui mène des recherches scientifiques appliquées et fondamentales pour le développement et l'avancement du secteur agricole au Liban, dispose d'un centre de recherche principal situé dans le Mont-Liban, où il se concentre sur la santé animale, la production de vaccins, les virus, le contrôle de la qualité, la protection des plantes et les problèmes de nutrition.
Tourisme Le gouvernorat du Mont-Liban abrite 5 des 9 sites touristiques les plus populaires au Liban, ainsi que 260 hôtels, ce qui en fait la région avec le plus grand nombre d'hôtels, à l'exception de Beyrouth.
Histoire
Le Mont-Liban a constitué le cœur de l'Émirat du Mont-Liban avant l'indépendance et reste l'un de ses principaux centres économiques aujourd'hui. L'histoire du Mont-Liban est ainsi intrinsèquement liée à celle du Liban moderne.
Moyen-Âge
Le mont Liban, solide chaîne de montagnes du Proche-Orient en bordure du littoral de la mer Méditerranée, se peupla progressivement au Moyen Âge en tant que « montagne-refuge ». En effet, ses grottes et vallées furent un abri pour les communautés minoritaires persécutées ou marginalisées dans la région. Le Proche-Orient a en effet été tour à tour byzantin, puis omeyyade et abbasside après la conquête des Arabes, puis passe sous la domination des Francs à la suite des Croisades, puis des Mamelouks, et enfin des Ottomans (il le restera jusqu'au début du ).
Protégée par un relief abrupt, la population de la montagne est organisée en un tissu très diversifié de clans et familles. Les communautés religieuses y sont dissidentes par rapport aux religions majoritaires du littoral : l'islam sunnite et le christianisme orthodoxe. Les deux principales communautés sociales et religieuses implantées dans le Mont-Liban sont alors les Maronites et les Druzes. Fuyant leurs lieux d'origine de la vallée de l'Oronte vers le , accusés par les Byzantins de monothélisme puis surtout bousculés par les conquêtes islamiques, les Maronites cherchent refuge dans la partie nord du Mont-Liban. Au sud, la montagne voit arriver les Druzes, secte islamique née en Égypte et établie dans le mont Hermon. Les Druzes s'établirent surtout dans la région montagneuse du Chouf.
Cette diversité communautaire qui se retrouve alors dans le Mont-Liban n'est pas unique parmi les régions dominées par l'Empire ottoman, multiethnique et multiconfessionnel. Les communautés non musulmanes y jouissent d'une autonomie presque totale en termes de statut personnel, les Ottomans ayant systématisé les prescriptions du Coran relatives à la protection des gens du Livre (dhimma) en échange du paiement de la capitation (jizya). Cependant, la spécificité libanaise qui s'affirme à partir du provient de l’émergence de « forces d’intégrations » entre les trois communautés maronite, druze et chiite. C'est la symbiose entre ces communautés qui a permis une affirmation d'un émirat de la montagne libanaise.
Période ottomane