Abdul Haris Nasution né à Kotanopan, Sumatra du Nord le et mort à Jakarta le est un militaire et homme politique indonésien qui occupa, à deux reprises, le poste de chef d'état major de l'armée de terre indonésienne. Il est le seul des sept généraux à avoir échappé à un enlèvement lors de ce que le régime de Soeharto a baptisé « mouvement du 30 septembre ».

Jeunesse

Nasution est né sur l'île de Sumatra le , d'un père agriculteur, actif au sein du Sarekat Islam. Évoquant ses souvenirs d'enfance, Nasution rappelle qu'il prit rapidement goût à la lecture .

À la fin de ses études secondaires en 1935, Nasution pensait initialement s'orienter vers une carrière d'enseignant. Diplômé d'une école d'enseignement en 1938, il travailla à plusieurs reprises comme professeur à Bengkulu et Palembang. En 1942, il se tourna vers une carrière militaire en entrant dans une académie militaire du gouvernement colonial néerlandais à Bandung, Java occidental. Peu de temps après le Japon envahissait et occupait l'Indonésie. Durant cette période, Nasution resta à Bandung et occupa un poste de fonctionnaire.

Lutte pour l'indépendance de l'Indonésie Commandant de la division Siliwangi Après la déclaration d'indépendance de Soekarno et Hatta le , Nasution rejoignit la toute jeune Tentara Keamanan Rakyat ou « armée de sécurité populaire », (TKR) et se voit confier le commandement régional de la division Siliwangi, chargée de la sécurité à Java occidental en .

À ce poste, Nasution développa la théorie de ce qui deviendra par la suite la doctrine de défense de l'armée indonésienne .

En les gouvernements indonésien et néerlandais signent l'accord du Renville. Par cet accord, les Indonésiens reconnaissent que les territoires occupés par les troupes néerlandaises appartiennent aux Pays-Bas. Comme Java occidental fait partie de ces territoires, Nasution est obligé de déplacer la Division Siliwangi à Java central.

Commandant adjoint du général Sudirman L'année 1948 voit également Nasution être promu commandant adjoint de l'armée de sécurité populaire. Malgré son grade de colonel, cette nomination fait de Nasution le personnage le plus puissant de la TKR, juste derrière son commandant en chef, le populaire général Sudirman. En avril, il assiste ce dernier dans la réorganisation structurelle des troupes. En juin, lors d'une réunion des commandants, sa suggestion d'adopter une tactique de guérilla contre les néerlandais fut approuvée.

Même s'il n'est pas le commandant de la TKR, Nasution acquiert de l'expérience sur les tâches de commandant des forces armées en lors de l'affaire de Madiun. Au cours de l'année, l'ancien Premier ministre Amir Sjarifuddin s'est aligné sur Musso du Parti communiste indonésien (PKI).

Lorsque la nouvelle de l'incident arrive au quartier général de la TKR à Yogyakarta, alors capitale de la République, les officiers de haut rang se réunissent. Sudirman est désireux d'éviter la violence et souhaitait que des négociations soient menées. Sudirman charge alors un certain lieutenant-colonel Soeharto, de négocier un accord avec les communistes. Après s'être rendu sur place, Soeharto revient auprès de Nasution et Sudirman et leur rapporte que tout semble paisible. Nasution ne croit pas ce rapport et Sudirman étant souffrant, c'est lui qui reçoit le commandement . Nasution choisit alors la répression, envoyant des troupes poursuivre les communistes et réprimer le soulèvement.

Le Madiun est reprise par les troupes républicaines de la division Siliwangi. Des milliers de cadres du parti sont exécutés et sont emprisonnés. Parmi ceux exécutés, plusieurs dirigeants notamment Musso, tué le , prétendument alors qu'il tentait de s'échapper de prison. D'autres dirigeant du PKI comme D. N. Aidit partent en exil en Chine.

Le , les Néerlandais lancent une attaque victorieuse sur Yogyakarta et l'occupent. Nasution, ainsi que d'autres commandants et leurs troupes, font retraite dans la campagne afin de mener une tactique de guérilla. Le président Soekarno et le vice-président Mohammad Hatta capturé par les Néerlandais, un « gouvernement d'urgence de la république d'Indonésie » (Pemerintah Darurat Republik Indonesia ou PDRI) est établi à Sumatra. Au sein de ce gouvernement intérimaire, Nasution occupe le poste de commandant militaire et territorial de Java.

Malgré la situation critique de 1948, l'offensive générale du menée par le sultan Hamengkubuwana IX incite les soldats à poursuivre la résistance à travers toute l'Indonésie et incite les Nations unies à faire pression sur les Pays-Bas afin qu'ils reconnaissent l'indépendance indonésienne. Les troupes néerlandaises cessent finalement le combat en juillet et en décembre les autorités reconnaissent l'indépendance de l'Indonésie. Lorsque le PDRI remet ses pouvoirs à Soekarno et Hatta, Nasution reprend sa position de commandant adjoint à Sudirman.

de chef d'état major de l'armée et l'affaire du 17 octobre En 1950, Nasution est nommé au poste de chef d'état major de l'armée, en compagnie de TB Simatupang, en remplacement de Sudirman, et commandant l'ABRI, Angkatan Bersenjata Republik Indonesia, nouvellement constituée.

En 1952, Nasution et Simatupang décident de mener une politique de restructuration et de réorganisation de l'ABRI. Selon cette politique, Nasution et Simatupang espéraient créer une armée numériquement plus faible, mais une armée dont on attendait qu'elle soit plus moderne et professionnelle . Mais le clivage des intérêts ne tarda pas à se manifester. Nasution et Simatupang, qui avaient tous deux été entrainés par le gouvernement colonial néerlandais souhaitaient renvoyer les soldats entrainés par les japonais et intégrer davantage de soldats issus de la même filière. Les troupes qui avaient été entrainées par les Japonais, emmenées par Bambang Supeno, commencèrent à protester contre cette politique.

Dans la mise en œuvre de cette politique, Nasution et Simatupang ont le soutien du Premier ministre Wilopo et du ministre de la défense Hamengkubuwana IX. Cependant, Supeno travaille à obtenir du soutien parmi les membres des partis d'opposition du Conseil représentatif du peuple (DPR). Les membres du DPR commencent à manifester leur désaccord sur la restructuration de l'ABRI. Nasution et Simatupang sont mécontents d'assister à ce qu'ils voient comme une ingérence des civils dans les affaires militaires.

Le , Nasution et Simatupang mobilisent leurs troupes dans une démonstration de force. Protestant contre une intervention civile dans les affaires militaires, les troupes de Nasution et de Simatupang encerclent le palais présidentiel, les tourelles de leurs chars pointés en direction de celui-ci. Ils demandent à Soekarno de dissoudre le DPR. Pour cette démonstration, Nasution et Simatupang ont aussi mobilisé des protestataires civils. Soekarno sort du palais présidentiel et, en n'utilisant que ses célèbres talents oratoires, réussit à convaincre tant les soldats que les civils à s'en retourner. C'est la défaite de Nasution et Simatupang.

Nasution et Simatupang sont par la suite interrogés par le Suprapto. En , ils perdent tous les deux leur poste au sein de l'ABRI et sont radiés de l'armée.

Principes de la guérilla Pendant la période où il n'est par le chef du personnel de l'armée, Nasution écrit un livre titré Fundamentals of Guerilla Warfare (Principes de la guérilla). Ce livre est fondé sur l'expérience personnelle de Nasution, concernant le combat et l'organisation de guérilla, acquise durant de la guerre d'indépendance indonésienne. Originellement publié en 1953, il devient l'un des livres sur la tactique de guérilla les plus étudiés avec les travaux de Mao Zedong sur le même sujet.

de chef d'état major de l'armée et amplification du pouvoir de l'armée Le , après trois ans d'exil, Nasution est à nouveau nommé au poste de chef d'état major de l'armée qu'il a déjà occupé précédemment.

Nasution commence immédiatement son travail sur la structure de l'armée en adoptant une triple approche .Sa première mesure est d'instaurer un système de tour de service. De cette façon les officiers peuvent être stationnés partout dans le pays et gagner en expérience. Cette approche devait également permettre de former des officiers plus professionnels et de diminuer le sentiment d'attachement personnel de ceux-ci à l'égard de leur région ou province d'origine. La deuxième mesure de Nasution fut de centraliser l'entrainement militaire. Toutes les méthodes d'entrainement des recrues devaient être uniformes au lieu d'être laissées à la discrétion des commandants régionaux. La troisième et plus importante mesure fut d'accroitre l'influence et le pouvoir de l'armée qui pourrait alors s'auto-gérer et ne plus dépendre des décisions prises par les civils. Nasution n'eut aucun problème pour appliquer les deux premières mesures, mais il dut attendre pour mettre en œuvre la dernière.

En 1957, Le président Soekarno avait commencé à introduire le concept de « démocratie dirigée » dans sa rhétorique, en réponse à son désenchantement vis-à-vis de la « démocratie libérale » que l'Indonésie avait adoptée depuis . En cela, il trouva un point d'accord avec Nasution et l'armée, qui n'avaient pas oublié l'ingérence, en 1952, du parlement dans ce qu'ils considéraient être « les affaires de l'armée ». Le , après avoir reçu la démission du Premier ministre Ali Sastroadmijojo et de son gouvernement, Soekarno déclara l'État d'urgence.

Non seulement ce geste marqua la fin de la limite au rôle cérémoniel assignée à la fonction présidentielle, mais il augmenta aussi l'influence et la puissance de l'armée, répondant aux espoirs de Nasution. Selon cet accord, les commandants régionaux acquirent le pouvoir de s'immiscer dans les affaires civiles, telles que l'économie et les questions administratives . Sous l'injonction de Soekarno lui-même, l'armée commença également à prendre un rôle politique, certains de ses membres occupant notamment des postes de ministres au sein du gouvernement, de gouverneurs de province et même de représentants au DPR. En , Nasution alla plus loin et augmenta le rôle de l'Armée en ordonnant aux officiers de s'emparer des compagnies néerlandaises récemment nationalisées. En plus d'augmenter le rôle de l'armée, cette action était aussi planifiée pour stopper l'influence du pouvoir grandissant du PKI.

En 1958, Nasution prononça un discours célèbre qui allait devenir la base de la « Dwinfugsi », doctrine adoptée pendant l'ère Soeharto par l'ABRI. S'exprimant à Magelang, Java central, Nasution déclara que l'ABRI devait adopter une voie moyenne dans son approche de la nation. Selon Nasution, l'ABRI ne devait pas être placé sous le contrôle des civils. Dans le même temps elle ne devait pas non plus dominer la nation, au point que le régime devienne une dictature militaire .

La rébellion du Gouvernement révolutionnaire de la république d'Indonésie (PRRI) À la fin 1956, des commandants régionaux de Sumatra demandent plus d'autonomie dans les provinces. Devant le refus du gouvernement central de faire droit à leurs revendications, ils se soulèventM.C. Ricklefs, A History of Modern Indonesia since c. 1200, pp. 299 et suivantes. Début 1957, ils prennent par la force le contrôle du gouvernement à Sumatra. Le , le lieutenant-colonel Ahmad Hussein proclame l'établissement d'un « Pemerintah Revolusioner Republik Indonesia » ou PRRI, poussant le gouvernement central de Jakarta à déployer des troupes.

En tant que chef d'état major, Nasution sera impliqué dans la mobilisation des moyens à destination de Sumatra. Cependant, ce sera son adjoint en second, le colonel Ahmad Yani qui se rendra célèbre en matant les insurgés.

Retour à la Constitution de 1945