Les contacts transocéaniques précolombiens sont les rencontres entre les peuples indigènes d'Amérique et les navigateurs d'autres continents antérieures aux explorations de Christophe Colomb.
Le seul à être historiquement avéré est relaté dans deux sagas scandinaves, qui décrivent deux colonies au Groenland fondées vers l'an mille par Érik le Rouge, dont les vestiges matériels ont été retrouvés lors des fouilles de quelques sites scandinaves et indigènes au Groenland, dans l'Arctique canadien et à Terre-NeuveRobert McGhee, « Inuit et Vikings dans l'Arctique canadien de l'an 1000 à 1400 », musée canadien des civilisations.
D'autres contacts présumés s'appuient sur des découvertes archéologiques discutées et sur des récits légendaires. Ils sont donc sujets à évaluations : certains relèvent du mythe. mais posent aussi la question de la formation des légendes et de leur rapport avec les réalités culturelles (préhistoriques, protohistoriques, antiques). Les contacts précolombiens font depuis des siècles l'objet d'une certaine fascination, cherchant notamment à contester à Colomb et à l'Espagne la découverte et l'exploration de l'Amérique par les Européens de l'époque moderne. Toutes les migrations humaines antérieures à l'Antiquité et correspondant à la période préhistorique sont regroupées dans l'article sur les théories du premier peuplement de l'Amérique.
Préhistoire thumb|Carte de l'Amérique montrant des sites avant la culture Clovis. L'origine des premiers habitants du continent américain fait l'objet de débats, parfois de polémiques, parmi les archéologues contemporains. Plusieurs théories ont vu le jour sur le contexte et la date de leur arrivée ; certaines découvertes récentes pourraient remettre en cause le modèle jusqu'ici le plus pertinent de la culture Clovis. Notamment, des outils de pierre de style européen, datant de à , ont été découverts à différents endroits de la côte Est américaine New evidence suggests Stone Age hunters from Europe discovered America, independent.co.uk, 28 février 2012.
Antiquité Égyptiens
La découverte de tabac dans des résidus associés au baume des momies égyptiennes a surpris les scientifiques et a soulevé la question de son origine. Cette découverte remonte à l'arrivée à Paris en 1976 de la momie royale de à l'initiative de l'historienne Christiane Desroches Noblecourt. L'étude botanique de la momie de Ramsès II est confiée à Michèle Lescot., taxinomiste et spécialiste en anatomie végétale du laboratoire de phanérogamie du Muséum national d'histoire naturelle à Paris. La découverte de composants Nicotiana, parmi les débris végétaux du baume viscéral, laisse la spécialiste perplexe. Le scepticisme de ses confrères accompagne sa première constatation, car la « Nicotiana L. » est un élément constitutif du tabac américainChristiane Desroches Noblecourt, Ramsès II, la véritable histoire, éditions Pygmalion, 1996, , : « Au moment de la momification, son torse avait été rempli de nombreux produits désinfectants : les embaumeurs avaient utilisé un fin « hâchis » de feuilles de Nicotiana L., trouvé contre les parois internes du thorax, à côté de dépôts de nicotine, certainement contemporains de la momification, mais qui posent un problème, car ce végétal était inconnu en Égypte, semble-t-il » (cité dans l'article « L'affaire Ramsès II » du Sciences et Avenir de ).. Elle confie quelques échantillons à Jean-Renaud Steffan, spécialiste du laboratoire d'entomologie du Muséum qui confirme les recherches de sa consœur et découvre la présence d'un coléoptère parasite du tabac américain, la vrillette du tabac.. Les éléments de Nicotiana L. observés au microscope appartiennent aux Solanacées, grande famille bien représentée sur le continent américain.
La présence de nicotine pourrait s'expliquer par l'usage de Solanacées africaines J. Hd. Balabanova, Parsghe, Bohlir et Pirsif « War Nikotin in alt Agypten bekannt? » Homo, 1993, 44, voir Population, 1994, , www.persee.fr ou par la contamination éventuelle des momies à l'époque contemporaine, le tabac ayant été utilisé, au , comme insecticide P.C. Buckland et E. Panagiotakopoulou, « Rameses II and the tobacco beetle », Antiquity, 2001, vol. 75, , Rameses II and the tobacco beetle = Rameses II et le scarabée du tabac. L'hypothèses d'échange entre les Egyptiens et l'Amérique est rejeté par beaucoup mais l'École mexicaine d'anthropologie soutient la probabilité de l'existence de tels échanges.
En 1992, Svetla Balabanova, toxicologue et médecin légiste du laboratoire du musée des antiquités égyptiennes de Munich, met en évidence la présence, non seulement de nicotine, mais aussi de cocaïne dans des momies égyptiennes S. Balabanova, Parsche, Prisig, First identification of drugs in Egyptian mummies, Naturwissenschaften, 1992, vol. 79, , , fiche sur le site du CNRS. Si la trace de nicotine peut s'expliquer éventuellement comme une contamination au cours du , en tant qu'agent insecticide, quoique la présence d'un coléoptère parasite du tabac américain semble témoigner d'une origine exogène, la présence de la cocaïne, inconnue en Eurasie jusqu'à l'époque précolombienne, restait inexpliquée. Ce travail a néanmoins été critiqué ultérieurement pour des raisons méthodologiques, notamment d'absence de contrôles adéquats F. Musshoff, W. Rosendahl & B. Madea, “”, Forensic Science International, Volume 185, numéros 1–3, 10 mars 2009, pages 84-88. La contre-expertise réalisée en 1997 par R. David, conservatrice du département d’égyptologie du musée de Manchester n'a pas permis d'authentifier la présence de cocaïne dans ces momies. Elle y trouva bien de la nicotine et de la cotinine. Depuis, aucune étude robuste n’a validé la présence de cocaïne antique en Égypte.
D'une manière générale, le consensus scientifique rejette très largement toute idée d’échanges entre l’Égypte antique et l’Amérique précolombienne. La contamination moderne est l’explication privilégiée par la majorité des spécialistes en raison du fait que le tabac a été massivement utilisé au XIXᵉ siècle comme insecticide, comme agent de conservation, ou en étant parfois fumé ou manipulé par les conservateurs. Les momies ont été à cette époque manipulées sans gants et exposées à des environnements contaminés. Enfin, la nicotine est extrêmement persistante. En 2009, une étude ré-analyse des momies (dont certaines égyptiennes) avec des techniques modernes (GC-MS) et montre que même si de la nicotine est détectée dans quelques cas, une contamination externe ne peut pas être exclue et on ne peut pas conclure à une consommation réelle dans l’Antiquité. David J. Counsell soutient que la nicotine détectée n’implique pas nécessairement l’usage de tabac américain, car elle n’est pas exclusive du genre Nicotiana. Il souligne que les résultats des premières études n’ont pas été reproduits de façon indépendante et robuste David J. Counsell, “Intoxicants in Ancient Egypt? Opium, nymphea, coca, and tobacco”, dans Rosalie David (éd.), Egyptian Mummies and Modern Science, Cambridge University Press, 2008
Phéniciens vignette|400px|Le rocher de Dighton en 1893. 400px|thumb|Le « visage » paréïdolique de Pedra da Gavea, près de Rio de Janeiro
Au , Ezra Stiles, président de l'Université Yale, soutient que le rocher de Dighton (Massachusetts, États-Unis) serait couvert de pétroglyphes phéniciens. La théorie est notamment développée par l'historien Jeremy Belknap. et par un érudit français, Antoine Court de Gébelin, en 1781. Elle n'est pas jugée recevable par les historiens contemporains.
Une autre théorie manquant de validation archéologique sérieuse concerne une gigantesque « sculpture ». Celle-ci se trouve au sommet de la montagne de Pedra da Gávea surplombant la ville de Rio de Janeiro et semble représenter un visage européen et barbu. Cette immense tête est visible à des kilomètres à la ronde.. Au début du , peu après l'indépendance du Brésil, furent découvertes de prétendues inscriptions phéniciennes sur le côté de la falaise de Pedra da Gavea (à la hauteur de la coiffe), face à la mer. Elles indiqueraient la phrase suivante : « LAABHTEJBARRIZDABNAISINEOFRUZT ». Le phénicien s'écrivant de droite à gauche, l'inscription devient alors :« TZUR FOENISIAN BADZIR RAB JETHBAAL » se traduisant ainsi : « Badezir, Phénicien de Tyr, fils aîné de JethBaal ». Plusieurs arguments ont été alors objectés : d'abord, la forme de cette montagne pouvait n'être que le résultat de l'érosion naturelle et son interprétation sous la forme d'un visage que le reflet d'un imaginaire (paréidolie). De plus, les Phéniciens ne s'appelaient pas eux-mêmes par ce nom (« phénicien » est un terme grec). Enfin, cette hypothèse s'inscrivait dans un contexte de propagande nationaliste de la jeune nation brésilienne, qui était à la conquête du leadership des nations américaines, qui n'était pas encore bien établi. La réalisation de nombreux faux phéniciens au Brésil au est d'ailleurs bien connue des spécialistes de la civilisation phénicienne..
Au , le ministère brésilien de l'Éducation et de la Santé a déclaré, en conclusion des analyses officielles réalisées par des archéologues et des géologues, qu'il ne s'agissait que de traces d'érosion ressemblant à des gravures, et que les autorités brésiliennes réfutaient l'existence d'inscriptions phéniciennes sur le territoire brésilien..
En 1982, un chasseur de trésors nommé Burrows a affirmé avoir découvert dans l'Illinois un trésor constitué, notamment, de monnaies nord-africaines antiques dans un site dont il n'a jamais dévoilé la localisation, connu sous le nom de Grotte de Burrows. Dans The Lost Treasure of King Juba: The Evidence of Africans in America before Columbus (2003), l'auteur Frank Joseph affirme que la découverte de Burrows permet d'affirmer que des navires phéniciens ont accosté aux États-Unis. Cette théorie a connu une certaine popularité, faisant même l'objet d'un épisode de la série America Unearthed sur History Channel, mais le consensus de la communauté des archéologues est qu'il s'agit d'un canular.
Grecs Pausanias relate l'existence d'îles qui auraient été situées au-delà de l'océan Atlantique dénommée îles Satyrides. L'helléniste Pierre Lévêque a interprété littéralement certaines descriptions du voyageur de l'Antiquité en cherchant des analogies géographiques ou ethnographiques. Il écrit : « L'écrivain grec Pausanias ( de notre ère) rapporte qu'un certain Euphémos de Carie fut poussé par la tempête bien au-delà des colonnes d'Héraclès (détroit de Gibraltar) jusqu'à une île de peaux-rouges à queue de cheval, aux mœurs d'une déplorable lubricité : les Antilles, selon toute vraisemblance »Pierre Lévêque, Histoire universelle Larousse de poche : Empires et barbaries av. - s. ap. éditions Larousse, Paris, 1968.. Il tiendrait cette information de marins au « long cours », notamment d'un certain Euphémos de Carie. J.-M. Racault se réfère pour cette information à ., marin originaire de Carie.. Cependant Pausanias tient à préciser que tous ces navigateurs bien qu'ils soient des hardis marins, sont de fieffés menteurs, c’est-à-dire qu’il se moque de leurs récits extraordinaires et ne les considère pas comme des faits établis. Pour les hellénistes, cela montre que Pausanias n’a pas l’intention de présenter un rapport géographique objectif, mais plutôt des traditions ou légendes, souvent invraisemblables, circulant dans le monde grec.