Luqman (aussi retranslittéré Locman ou Loqman ou Lokman) (en ) est le nom d'un sage pré-islamique ainsi que le titre de la sourate du Coran.. Selon la tradition islamique, Luqman est un sage qui aurait vécu au et viendrait d'Abyssinie, d'Égypte ou de PalestineIbn Kathir, Hafiz, Tafsir Ibn Kathir, Dar-us-Salam Publications 2000 (original ~1370).Al-Halawi et Ali Sayed, Histoires du Coran d'Ibn Kathir, éditions Dar Al-Manarah ().. Il aurait vécu auprès d'un puissant roi qui le respectait beaucoup, dont certains pensent qu'il s'agissait du roi David (Daoud). Plus tard, au Moyen Âge, on a fait de lui un auteur de fablesB. Heller. « Lukman » in Encyclopædia of islam, Brill, 1986, vol. 5, p. 811-813 lire en ligne.

Sources Dans la culture pré-islamique, qui le désigne du nom de Luqman ibn ʿAd, il est un personnage dont on retient deux traits : sa sagesse et sa longévité. Il est loué pour sa sagesse par le poète jahilite Imrou'l Qays. Sa longévité sera interprétée, dans la tradition musulmane, comme une récompense divine pour sa piété.

Il existe de nombreuses histoires sur Luqman dans les textes littéraires arabe et turque, mais les principales sources proviennent d'Ibn Kathir, l'un des plus grands commentateurs (mufassirūn) classiques du Coran. Le texte coranique ne parle pas de lui en tant que prophèteSeul Ikram affirme qu'il fut un prophète. Voir tafsir Ibn Kathir et tafsir Al-Qassimi. mais se contente de décrire ses traits de caractère, faisant de lui un sage monothéiste. Beaucoup d'érudits musulmans pensent qu'il convient de prononcer la formule d'eulogie « `alayhi salâm » (litt. « sur lui la paix ») lorsque l'on cite son nom. Selon Abdullah ibn Abbas, cousin de Mahomet, traditionnellement considéré comme le père du tafsīr (exégèse coranique), Luqman aurait été menuisierSelon Ibn Abbas : « c'était un esclave abyssin, menuisier ». C'est également l'avis de Khâled al-Rab'i.. Il avait un fils qu'il ne cessa d'exhorter jusqu'à ce que celui-ci devienne musulman ; certaines versets (ʾāyāt) de la sourate 31 (Luqman), qui porte son nom, reprennent cette anecdoteCoran 31:12-13 et 16-19.. On trouve aussi d'autres récits disant qu'il fut bûcheron ou encore couturier. Il est souvent dit qu'il était nubien, noir de peau avec des lèvres charnues et des pieds plats, et d'autres fois un esclave abyssin.

Son origine remonterait à Ibrahim (Abraham) et il aurait pu être le neveu de Job (Ayyoub). Il serait également descendant d'Azar, le Terah coranique, et ipso facto d'Ibrahim dont l'existence remonte à avant l'époque du roi David (Daoud). Lorsque ce dernier aurait pris ses fonctions, Luqman aurait été juge des enfants d'IsraëlIbn Kathir dit : « C'était un juge des fils d'Israël, à l'époque de Da'oud (`Aleyhi Salâm). ». Ibn Ishaq donne la généalogie suivante : Luqman ibn Ba’ura ibn Nahur ibn Tarikh (Terah), ce dernier étant en réalité Azar mais selon Al-Qurtubi, il serait Luqman ibn Saroun, Nubien de la ville d'Eilat. Certains, comme Riad Aziz Kassis, voient tellement de points communs entre Salomon et Luqman qu'ils pensent qu'ils sont semblables..

Récit traditionnel Luqman est toujours décrit comme ayant de grandes qualités moralesIbn Kathir dans son célèbre ouvrage Al-Bidāya wa-l-Nihāya (Le Commencement et la Fin), écrit : « C'était un homme vertueux, multipliant les actes d’adoration, s’exprimant avec une grande éloquence et dont la sagesse était considérable. ». Un jour, il s'endormit sous un arbre et eut la vision d'un ange venant jusqu'à lui, qui lui révéla qu'Allah voulait lui conférer un cadeau : soit le don de la sagesse, soit la prophétie. Luqman choisit la sagesse et lorsqu'il se réveilla, il remarqua que ses sens et sa compréhension avaient changé ; il se sentait en complète harmonie avec la nature et pouvait comprendre le sens profond des choses, au-delà de leur réalité physique. Immédiatement, il se prosterna pour remercier Dieu et le louer pour ce merveilleux cadeau. Luqman fut ensuite capturé par des négriers et vendu comme esclave. Il patienta dans cette épreuve jusqu'à ce qu'un homme connu pour être juste l'achète. Il le traita avec gentillesse. Très vite, il se rendit compte que Luqman n'était pas un homme comme les autres, aussi mit-il sa sagesse à l'épreuve en lui ordonnant d'abattre un mouton et d'en ramener les deux meilleures parties. Luqman s'exécuta et rapporta le cœur ainsi que la langue du mouton. Le maître sourit et comprit qu'il y avait un sens à ce geste, mais il ne savait pas exactement lequel. Quelques jours plus tard, il lui imposa d'abattre un autre mouton, mais cette fois-ci pour en ramener les deux plus mauvaises parties. Luqman ramena les mêmes organes, à la grande stupéfaction de son maître, qui lui demanda comment ces deux organes pouvaient être à la fois les meilleurs et les pires. Luqman lui répondit que le cœur et la langue sont les meilleurs ou les pires organes selon que le propriétaire est pur ou impur. Quand ce sont les pires, ils mènent à l'Enfer.

Certains lui attribuent l'initiation d'Empédocle. Ainsi, selon al-ʿAmiri puis Abu Sulayman al-Sijistani, c'est lui qui aurait transmis sa sagesse au philosophe d'AgrigenteElvira Wakelnig. « al-ʿĀmirı̄, Abū l-Hasan » in Encyclopædia of medieval philosophy, p. 74.Mathieu Terrier. « Histoire de l’histoire de la sagesse en islam » in Annuaire de l'École pratique des hautes études (EPHE), 2019. .

Dans la littérature persane, sous les plumes de Rûmî et Saadi, il apparaît comme un ascète.

La tombe de Luqman se trouverait dans le village de Sarafand au Liban ou sur les hauteurs de Ramallah en Palestine.

Le fabuliste Un recueil de fables attribuées à Luqman aurait circulé à partir du , mais n'est mentionné par aucun écrivain arabeEncyclopaedia Britannica. Selon M. Lassala, ce recueil serait daté de 1423 (an 801 de l'Hégire)Manuel Lassala, Fabulae Locmanis Sapientis, Madrid, 1784, p. XVII. Disponible sur Google Books. En 1615, l'humaniste et orientaliste flamand Thomas van Erpe (aussi appelé Erpenius) publie à Leyde une traduction de ce recueil sous le titre Locmani sapientis fabulœ (Fables de Locman le sage), comportant texte arabe et traduction latineDisponible sur Google Books. Cet ouvrage, qui a connu plusieurs réimpressions, a fait connaître Luqman dans le monde occidental. Il contient 34 fables, dont la grande majorité appartiennent au corpus ésopique. La Fontaine mentionne Locman parmi les sources du genre dans le prologue du Livre VII de ses fables.

En raison des fortes ressemblances entre les fables attribuées à Locman et le corpus d'Ésope, mais aussi entre leur biographie traditionnelle respective (notamment l'apologue des langues, « la meilleure et la pire des choses », qui fait partie de La vie d'Ésope le Phrygien, rédigée en grec aux alentours du , reprise par l'érudit byzantin Maxime Planude au et traduite par La FontaineVoir le texte dans La Vie d’Ésope le Phrygien sur Wikisource.), tout porte à croire que la tradition orale a attribué à Locman des fables ésopiques colportées à la suite des conquêtes d'Alexandre le Grand. On sait, en effet, par l'adaptation que Djalâl ad-Dîn Rûmî a faite des fables d'Ésope, que celles-ci étaient connues en Afghanistan au . De la même façon, dans le monde hellénistique, le nom d'Ésope a servi à regrouper toutes sortes de récits qui circulaient jusque-là de façon orale et présentaient des caractéristiques communesK. Canvat et C. Vandendorpe, 1993, La Fable. Vade-mecum du professeur de français, Bruxelles/Paris, Didier Hatier, collection « Séquences », 1993, 10..

La tradition situait son tombeau à Sarafand al-Amar, en PalestineVictor Guérin, Description géographique historique et archéologique de la Palestine, vol. 1 : Judée, pt. 1, Paris, Imprimerie Nationale, 1868, 33-34..

Recherche moderne Selon certains chercheurs, Luqman pourrait être le philosophe pythagoricien Alcméon de Crotone. Dans un fragment de son ouvrage , conservé par Diogène Laërce, le philosophe s'adresse à son élève avec la formule « Ô mon fils », typique du discours de Luqman dans le texte coranique. De plus, le Coran présente Luqman comme défenseur de l'Unicité de Dieu (v. 12-13) ; l'idée que les premiers philosophes grecs comme Alcméon aient soutenu la thèse de l'existence d'un dieu unique est déjà présente chez les Pères de l'Église.

Publication , 1803, , 154 p. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57936717?rk=21459;2 (lire en ligne)

Notes et références

Annexes Articles connexes Ésope Fable Liste des personnages du Coran Sourate 31

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