vignette|La Old Truman Brewery sur Brick Lane à Whitechapel.
Le terme East End (banlieue est) fait communément référence à l'East End of London, une aire géographique de Londres délimitée à l'ouest par les anciennes murailles de la cité médiévale et au sud par la Tamise, quoique cette démarcation ne soit pas formellement ni universellement reconnue. L'utilisation du terme, péjorative à l'origine, est attestée à la fin du David Mills, Oxford Dictionary of London Place Names, 2000, ., alors que l'expansion de la population de la cité provoque une surpopulation extrême dans toute la zone, les pauvres et les immigrants se concentrant dans l'East EndDe 1801 à 1821, la population de Bethnal Green fait plus que doubler, et en 1831, elle a triplé (cf. tableau dans la section population). Ces nouveaux-venus étaient principalement des ouvriers tisserands (consulter ).. Ces problèmes sont exacerbés par la construction des docks de St Katharine en 1827Au début du , plus de étaient entassées dans des bidonvilles insalubres dans une zone qui tenait son nom de l'ancien hôpital de Sainte-Catherine qui s'élevait sur le site depuis le . et des terminus ferroviaires du centre de Londres (1840-1875), qui nécessite la destruction des anciens taudis, causant le déplacement d'importantes populations vers l'East End. En l'espace d'un siècle, l'East End devient synonyme de pauvreté, de surpopulation, de maladie et de criminalité..
L'East End se développe rapidement au cours du . À l'origine, la zone est caractérisée par des villages regroupés autour des murs de la cité ou le long des principaux axes de circulation, entourés de terres cultivées, avec des marais et de petites communautés près du fleuve, répondant aux nécessités de la navigation et aux besoins de la Royal Navy. Jusqu'à l'érection de docks maçonnés, les navires devaient débarquer leur cargaison dans le Pool of London – l'étendue de la Tamise se trouvant au sud de la Cité de Londres – mais des entreprises spécialisées dans la construction, l'entretien et l'approvisionnement des navires s'étaient implantés dans la zone dès l'époque des Tudor. L'endroit attire un grand nombre de ruraux à la recherche d'embauche. Des vagues successives d'immigration commencent avec l'arrivée des réfugiés huguenots, créant un nouveau faubourg hors-les-murs à Spitalfields au .. Ils sont suivis par des tisserands irlandais., des Juifs ashkénazes. et, au , des BangladaisThe Spatial Form of Bangladeshi Community in London's East End Iza Aftab (UCL) (en particulier la toile de fond de l'immigration bangladaise dans l'East End). Consulté le .. La plupart de ces immigrants trouvent un travail dans la confection. L'abondance de travail peu ou pas qualifié mène à de faibles salaires et de mauvaises conditions de vie dans tout l'East End. Cette situation attire l'attention des réformistes sociaux au cours du , et conduit à la fin du siècle à la formation de syndicats et autres associations d'ouvriers. Le radicalisme de l'East End contribue à la formation du Parti travailliste et aux revendications en faveur de l'émancipation des femmes.
Les tentatives officielles de s'attaquer au surpeuplement commencent au début du sous l'autorité du C'est la principale autorité gouvernant Londres entre 1889 et 1965.. La Seconde Guerre mondiale dévaste la majeure partie de l'East End, ses docks, ses voies ferrées et implantations industrielles constituant des cibles permanentes, provoquant la dispersion de la population vers de nouvelles banlieues, et la construction de nouveaux logements dans les années 1950. La fermeture du dernier des docks de l'East End dans le port de Londres en 1980 soulève de nouveaux défis qui conduisent à des tentatives de régénération urbaine et à la formation de la London Docklands Development Corporation. Le développement de Canary Wharf, l'amélioration des infrastructures, et le parc olympiqueOlympic Park: Legacy (London 2012) consulté le . sont les signes de nouveaux bouleversements pour l'East End, bien qu'on y rencontre toujours quelques-unes des pires misères de Grande-Bretagne..
Origine et acception du terme Le terme « East End » s'est d'abord appliqué aux faubourgs (donc hors les murs) immédiatement situés à l'est de la cité médiévale de Londres et au nord de la Tamise ; ceux-ci englobaient Whitechapel et Stepney. À la fin du , l'East End correspond approximativement à la division de la Tour du Middlesex, qui a formé à partir de 1900 les districts métropolitains de Stepney, Bethnal Green, Poplar et Shoreditch du comté de Londres. Aujourd'hui, cela correspond au quartier londonien de Tower Hamlets et à la partie méridionale du quartier de Hackney.
Certaines parties des boroughs londoniens Newham et Waltham Forest, autrefois dans une région de l'Essex connue sous le nom de « Londres au-delà de la limite » , sont parfois considérés comme faisant partie de l'East EndLondoniens au-delà de la limite, in Household Words Charles Dickens 390 (archives de Newham) consulté le .. Toutefois, la rivière Lea est habituellement considérée comme la frontière orientale de l'East End et cette définition exclurait ces boroughs pour les placer dans la Fishman (1998) définit pour limites Tower Hamlets et la partie sud de Hackney. À l'opposé, Palmer (2000) écrivant sur une période plus tardive inclut la zone des docks de Newham.. L'extension vers l'est de l'appellation « East End » s'explique par la diaspora des East Enders qui migrent vers les vers 1886West Ham: Introduction, A History of the County of Essex: Volume 6 (1973), consulté le . et de East Ham vers 1894Becontree hundred: East Ham, A History of the County of Essex: Volume 6 (1973), . pour travailler au sein des nouveaux docks et des industries qui s'y établissent. Dans l'entre-deux-guerres, un nouveau mouvement migratoire se fait vers de récents ensembles immobiliers construits pour améliorer les conditions de vie dans l'East End, en particulier à Becontree et Harold Hill, ou carrément hors de Londres.
L'étendue de l'East End a toujours été difficile à définir. Quand Jack London vient à Londres en 1902, son chauffeur de taxi ne connaît pas le chemin et il note Thomas Cook et fils, explorateurs et pionniers, panneaux indicateurs vivants pour le monde entier… ignoraient la route de l'East EndJack London, Le Peuple de l'abîme (1903). ..
La plupart des East Enders sont des Cockneys, quoique ce terme ait à la fois une connotation géographique et linguistique. Une définition traditionnelle en est que pour être un Cockney, l'on doit être né là où on l'on peut entendre sonner les cloches de St Mary-le-Bow, sises à Cheapside. En théorie, cela couvrirait l'essentiel de la Cité et une partie des quartiers proches de l'East End tels Aldgate et Whitechapel. En pratique, comme il n'y a pas de maternité dans le district, bien peu, de nos jours, pourraient se réclamer de cette définition. L'origine du terme est oubliée, mais une explication plausible est donnée dans le WebsterDictionnaire Webster. Les Normands appelaient Londres le « pais de cocaigne », une terre imaginaire de luxe et d'oisiveté. Par ironie, ce mot de « Cocaigne » aurait été usité pour désigner tout Londres et ses faubourgs, la graphie se déformant au cours du temps : Cocagne, Cockayne, et en moyen anglais, Cocknay puis Cockney.
Son usage linguistique est plus aisé à cerner, avec des emprunts lexicaux au yiddish, au romani et à l'argot des marchands de quatre-saisons, et un accent très reconnaissable où l'on peut entendre une glottalisation du T, la perte des consonnes fricatives dentales et des altérations des diphtongues, entre autres. L'accent a la réputation d'être une survivance du parler du Londres des origines, altéré par les nombreux immigrés que compte la zoneConcise Oxford Companion to the English Language, éd. Tom McArthur (Oxford University Press, 2005). L'accent cockney a connu un long déclin, entamé au avec l'introduction de la Received Pronunciation, ainsi que par l'adoption plus récente de l', qui recèle lui-même bien des aspects de l'anglais cockney Estuary English David Rosewarne supplément éducatif du Times, () consulté le .
Histoire vignette|droite|Carte de l'East End, 1745. Londres s'étend mais il reste cependant encore de vastes étendues ouvertes à l'est de la Cité. L'East End naît des villages de l'est londonien, naguère épars, qui, en s'étalant, voient la campagne qui les séparait s'urbaniser et disparaître, un processus qui se produit à la fin du et au début du . Dès le début, l'East End a toujours englobé certaines des zones les plus pauvres de la région londonienne. Parmi les principales raisons, on compte : Le système médiéval de la tenure à bail (copyhold), qui prévaut dans l'East End, jusqu'au . Il y avait peu d'intérêt à exploiter une terre, à laquelle les tenanciers ne sont liés que par des baux à court terme. L'implantation d'industries toxiques, telles que les industries du tannage et du foulage hors des limites de la Cité, par là-même à l'abri des plaintes et contrôles officiels. Les faibles salaires versés dans les docks et industries afférentes, encore aggravées par les habitudes de travail à domicile, du paiement à la pièce et du travail temporaire. Enfin la concentration des institutions de gouvernement et des centres du pouvoir politique national autour de Westminster, dans la partie occidentale de la Cité de Londres, à l'opposé de l'East End.
Historiquement, l'East End touche au manoir de Stepney. Ce manoir est une possession de l'évêque de Londres, en compensation de sa responsabilité dans l'entretien de la tour de Londres et de la fourniture de sa garnison. D'autres possessions ecclésiastiques viennent de la nécessité de clôturer les marais avec des talus, ou de créer des digues pour se prémunir des inondations le long de la Tamise. Édouard VI transmet la terre à la , et de là à leurs descendants, les comtes de Cleveland. Le système ecclésiastique de , par lequel la terre n'est louée à des tenanciers que pour un délai pouvant ne pas dépasser sept ans, prévaut autour du manoir. Ce frein sévère à l'amélioration des terres et à l'édification de nouvelles constructions durera jusqu'au morcellement de la propriété dans le courant du Stepney, Old and New London: Volume 2 (1878), consulté le ..
Au Moyen Âge, l'activité manufacturière et commerciale se déroule dans la Cité, au sein d'ateliers se trouvant dans ou près des logements des propriétaires. À l'époque de la survenue du grand incendie de Londres en 1666, ces activités artisanales sont en voie de se muer en industries. Certaines sont particulièrement répugnantes, comme les tanneries qui utilisent de l'urine. D'autres requièrent de vastes espaces, comme le séchage et la teinture des étoffes en plein champ ou la fabrication de cordes. D'autres sont dangereuses, comme la fabrication de la poudre à canon ou les essais d'armes à feu. Ces activités sont repoussées hors des murs de la Cité dans les nouveaux faubourgs de l'East End. Elles sont rejointes par d'autres : métallurgie du plomb, industries du savon et de la porcelaine, qui s'installent directement dans l'East End plutôt que dans les rues populeuses de la Cité.