vignette|600px|Limes africain à la fin du début du .

Les Systèmes défensifs d'Afrique romaine désignent la série d'aménagements défensifs réalisés par les Romains en Afrique du Nord.

Les Romains organisent leur système de défense au fur et à mesure de leur progression dans le contrôle des territoires annexés en Afrique et en Maurétanie. À chaque avancée, un nouveau limes enveloppe des territoires et des populations réputés pacifiés et susceptibles d’accepter la civilisation à la romaine, et les distinguent des zones extérieures où la Pax Romana n’est pas encore établie. Par sauts successifs, ce limes finit par atteindre et parfois pénétrer les confins arides du domaine saharien depuis l’Océan Atlantique jusqu’aux déserts de la Grande Syrte.

La frontière de l'Afrique romaine n'est pas conçue à l'échelle de l'empire et ses implications politiques et territoriales font sens à l'échelle de la province. Les décisions prises par les Romains en la matière sont très pragmatiques..

Ces systèmes diffèrent des limes européens appuyés sur des fleuves : le relief montagneux et étiré d'est en ouest impose de construire des routes de rocade qui permettent la circulation des troupes et aussi celles des commerçants, des points fortifiés qui les jalonnent et exceptionnellement des ouvrages défensifs tels que murs ou fossés. Des voies transversales unissent ce limes aux principales cités, et à la zone côtièreLouis Harmand, L’Occident romain, Gaule, Espagne, Bretagne, Afrique du Nord, Payot, Paris, 1960, réédité 1970, .

Le secteur de l'Africa vignette|250px|Villes et camps d'Afrique romaine Sur la période républicaine, les sources antiques sont rares sur la présence militaire romaine dans la province d’Africa, pourtant nécessaire pour tenir en respect le royaume numide et surveiller l’approvisionnement vers Rome. Selon François Hinard, la protection de ce territoire était assurée par une présence militaire permanente, au moins une légion probablement basée à Utique. Paul Orose, auteur tardif, indique en -125 une armée d’Afrique de soldats. La période des guerres civiles voit l’accroissement des effectifs chargés de la défense de l’Afrique, qui atteignent 4 légions sous le triumvir LépideYann Le Bohec, L’armée romaine en Afrique, article du catalogue l’Algérie antique, exposition 2003 au Musée d’Arles.

Auguste devenu empereur ramène progressivement cet effectif à une seule légion, la legio III Augusta. À la fin du règne d'Auguste et sous Tibère, les Romains montent le dispositif sécurisant la province d'Afrique autour de Carthage. Des routes partent de Carthage : une remonte la vallée de la Medjerda et dessert Sicca Veneria (Le Kef) et Cirta (Constantine); une autre suit l’oued Miliane via Uthina (Oudna), Thuburbo Majus (Henchir Kasbat), Assuras (Zanfour) jusqu’à Ammaedara, où stationne la légion.

En 22 ap. J.-C., pour lutter contre l'insurrection de Tacfarinas, une première rocade est construite entre Cirta et Leptis, probablement Leptis MinorTacite, Annales, livre III, 74. Cette voie permet les déplacements de la légion, pour surveiller d'une part les Aurès et la tribu des Musulames, d'autre part la région du Djerid et les Gétules, zones encore insoumises.

Sous les Flaviens, le dispositif est renforcé vers l’est et le sud : la charnière stratégique de la région des Chotts est protégée par le fort de Turris Tamalleni (Telmine), , entre le Chott el-Jérid et le Chott el-Fedjedj, relié à Tacapa (Gabès) par une route bordée de postes, la vallée qui mène à Tacapa est barrée par un fossé et un mur de . Théveste (Tébessa) devient un nœud stratégique où s’installe la légion. De là rayonnent des routes : vers le nord et le port de Hippo Regius (Annaba), vers le nord-ouest et Carthage, vers le sud-est et Capsa puis Tacapae. Enfin une voie se prolonge vers l’est jusqu’au camp de Lambèse, où s'installe en 81 un détachement de la légion, et peut-être jusqu'à Zaraï (actuellement Zraia) ; cette voie élargit le secteur de Cirta de vers le sud-ouest, et surveille par le nord le secteur des Aurès.

Sous Trajan en 104-105 (datation établie d’après les bornes milliaires, du légat Minicius Natalis), l’investissement des Aurès par le sud est réalisé : une route ouest-est part de Capsa à travers les zones arides et se borde de camps, connus par la Table de Peutinger : Ad Majores (Henchir Besseriani), Ad Speculum (peut-être Chebika), Ad Turres (Tamerza), Ad Medias, Ad Badias (Badès), Thabudeoas (Thouda), Vescera (Biskra). De Biskra, la route remonte vers le nord par Tubunae et Zarai, rejoint Sitifis (Sétif) et cerne les montagnes de l'Aurès.

L’avancée vers l’ouest continue sous Hadrien. Aux prises avec les tribus maures très mobiles qui se déplacent dans l’Atlas tellien et les Hauts Plateaux, et qui menacent les cités côtières et même celles de Bétique, Hadrien fortifie les accès à la Maurétanie césarienne et installe des unités supplémentaires venues principalement d’Orient et habituées aux conditions aridesPaul Petit, Histoire générale de l’Empire romain, Seuil, 1974, , , 395, 530 : la II cohorte des Sardes construit son camp en 122 à Rapidum (Djouab) à d’Auzia, la VI cohorte des Commagéniens un autre camp à Zaraï. la I cohorte montée syrienne (cohors Ia Chalcidenorum) s’installe en 131En 126 ou même avant selon Louis Harmand au camp de Gemellae (El-Kasbat), dans le désert au sud du Hodna, à une trentaine de kilomètres de Biskra, le commandement de la III légion se rapproche de ces unités et est transféré à Lambèse en 128 probablement à cette époque sont mis en chantier les segments de routes supplémentaires qui relient les stations de Rapidum (Djouab), Auzia (Sour El Ghozlane), Zarai, Sitifis, et la liaison avec la côte vers Caesarea (Cherchell) et Saldae (Béjaïa) . Enfin, un impressionnant système se met en place peut-être sous l’impulsion d’Hadrien : le Fossatum.

Le Fossatum Africae Le Limes Africanus (ou Limes de l'Aurès) est une série d’ouvrages de protection des accès à l’ouest de l’Aurès, mentionnée dans un texte de 409Ce texte est inséré dans le Code théodosien, VII, 15, 1. Il est constitué de plusieurs tronçons repérés par les travaux d’archéologie aérienne de Jean BaradezJ. Baradez, Fossatum Africae, Recherches aériennes sur l'organisation des confins sahariens à l'époque romaine, Paris, 1949, grâce à la différence de végétation dans un paysage aride : un tronçon de à une dizaine de kilomètres de l’Oued Djedi et de Gemellae un de au sud des Nemencha, commençant à l’est de Ad Majores, passant Chebika en direction de Métlaoui un de sur le flanc ouest de l’Aurès, entre Tobna et Mezarfelta Au sol, les vestiges d’un fossé sont visibles, d’une largeur variant de 4 à , la terre dégagée formant un remblai sur un côté du fossé ou les deux, qui peut s’élever encore sur 1 à , parfois remplacé par un mur de pierres sèches. Des tours et des fortins en avant ou en arrière du fossé, des enclos pour les bêtes complètent l’obstacle.

La datation du Fossatum est incertaine, son ampleur permet de supposer un étalement de sa réalisation sur plusieurs règnes. Les hypothèses avancées sont les règnes d’HadrienLouis Harmand et Paul Petit considèrent qu’il s’agit d’une attribution possible mais non certaine ; Paul Petit, La paix romaine, PUF, collection Nouvelle Clio – l’histoire et ses problèmes, Paris, 1967, 1971, ou d’Antonin le Pieux, par analogie avec leurs grands aménagements en Bretagne et en Germanie, ou plus tardivement , les tétrarques, .

Le secteur de la Maurétanie L’annexion de la Maurétanie provoquée de façon inopinée en 40 par Caligula survint alors que les aménagements du pays numide et de l’Aurès n’étaient pas terminés. Cette annexion apportait aux Romains la charge malaisée de la surveillance et du maintien de l’ordre face aux tribus maures. L'espace que Rome devait désormais directement administrer était par ailleurs très hétérogène et marqué par une solution de continuité : les communications non maritimes entre les deux nouvelles provinces, la Maurétanie césarienne à l'est et la Maurétanie tingitane à l'ouest. Ces deux provinces furent dotées en conséquence de systèmes défensifs très différents qui connurent des évolutions dissemblables.

Jérôme Carcopino proposa de voir un limes continu partant de l’Atlantique et allant jusqu’à la frontière des deux provinces vers Maghnia, selon un parcours par les vallées d’oueds et les lignes de crêtes. Cette thèse ne reçut aucune confirmation des explorations aériennes de J. Baradez, et est abandonnée. Pour Eugène Albertini, suivi par Louis Harmand et leurs successeurs, le Maroc oriental échappa à toute occupation romaine, et sépara les deux provinces de Maurétanie .

La Maurétanie Tingitane

Le système militaire romain en Maurétanie tingitane était organisé le long des voies de communication nord-sud qui partaient de Tingi en direction de Sala d'une part et de Volubilis d'autre part. Les garnisons semblent avoir été placées pour protéger les zones urbanisées, l'armée romaine surveillant surtout dans la province la "zone civique". Le contrôle des espaces où les populations étaient moins urbanisées et moins sédentarisées était moins constant et pouvait être exercé indirectement à travers des accords passés avec les tribus locales comme les Zegrenses autour de Banasa ou les Baquates au sud de Volubilis. Jusqu'à l'époque tétrarchique le dispositif ne semble pas avoir connu de grande modification.

La Maurétanie Césarienne

La province voisine de Maurétanie Césarienne présente une disposition bien différente et une évolution considérable. Dans un premier temps, il n’y eut qu’une route côtière reliant les divers ports, d’est en ouest : Igligili (Jijel, Djidjelli), Saldae (Bougie, - Béjaïa), l’ancienne capitale de Juba II Iol Caesarea (Cherchell), Cartennae (Ténès), Portus Magnus (Arzew), Castrum Puerorum (Les Andalouses), Rusaddir (Melilla). C’est seulement sous les Antonins que la circulation sur l’arrière-pays est aménagée : une route s’éloigne de la mer par la vallée du Chelif, passe par Castellum Tingitanum (Chlef, El Asnam), Tigava (Les Attafs), Rapidum, Auzia (Aumale) et rejoint la Numidie via Sitifis (Sétif) et Cuicul (Djemila).

Sous les Sévères vers 201, une rocade, la nova praetentura marque une nouvelle avancée par le sud du massif de l’Ouarsenis, desservant d’est en ouest les Uzinaza (Saneg), Cohors Breucorum (Tagremaret), Ala Miliaria (Beniane), Lucu (Timziouine), Tassacora (-Sig- ex Saint Denis du Sig ) (Sidi Ali Benyoub, ex Chanzy), Altava (Ouled Mimoun), Pomaria (Tlemcen), et se rapproche de la Méditerranée à Numerus Syrorum (Maghnia). Les termes militaires Cohors, Ala, Numerus indiquent clairement des postes militaires et le caractère stratégique de cette voie. L'installation de garnison s'est aussi accompagnée de l'implantation de populations civiles comme l'a montré une inscription latine d'Uzinaza. Dans le même temps, mais sous la responsabilité de l'armée de Numidie, en 198 une position très avancée est créée par des détachements de la Augusta et de la Gallica, soutenus par les cavaliers de l’Ala Ia Pannoniorum au sud de l’Ouarsenis, à Castellum Dimmidi (l’oasis de Messaad à au nord-est de Laghouat). Cette position extrême aux confins du Sahara fut renforcée en 226 par d'un détachement d’archers montés palmyréens, mais finit par être abandonnée sous vers 238.

Les effectifs Étant dirigée par un procurateur de rang équestre, donc non habilité à commander une légion de citoyens, la Maurétanie Césarienne est défendue uniquement par des troupes auxiliaires. Elles sont connues par l’épigraphie : des inscriptions funéraires et des diplômes militaires. L’effectif pour la province est estimé à environ hommes, selon un diplôme de 107 qui mentionne trois ailes de cavalerie et dix cohortes, réparties sur les divers postes. La capitale provinciale Cherchell est elle-même protégée par plusieurs unités, dont la dalmate.

Le limes Tripolitanus