350px|thumb|La forteresse de Golubac.

Le Moyen Âge serbe est une période qui débute au . avec les migrations slaves vers l’Europe du sud-est notamment sous le règne de l'empereur byzantin Héraclius, et se poursuit jusqu’à la conquête ottomane des terres serbes dans la seconde moitié du . Cette époque est marquée par une série d'événements politiques, culturels et religieux qui ont profondément influencé le développement de la nation serbe.

Arrivée des serbes dans les Balkans Le Prince de Serbie Blanche, Prince sans nom (serbe latin : knez Nepoznati) ou encore l'archonte serbe est le nom donné par défaut (son vrai nom a été oublié) au chef serbe qui mena environ la moitié du peuple serbe, (l'autre partie reste en Allemagne actuelle) pendant son établissement dans l'Empire byzantin.

La moitié du peuple serbe quitte l'Europe centrale (Serbie blanche qui se situe aujourd'hui en Allemagne, dans la région de Sorabie ou Lusace), où il avait vécu pendant environ 300 ans.

Il est surtout fait état du prince dans De Administrando Imperio, un ouvrage écrit en 950 par Constantin VII Porphyrogénète. Ce dernier y raconte l'histoire du peuple serbe, son voyage de la « Serbie blanche » à la Thessalie pendant le règne de l'empereur byzantin Héraclius, entre 610 et 641. Cette terre est donnée par Héraclius aux Serbes en récompense de leur victoire sur les Avars. L'Empereur demande en effet l'aide des Serbes sorabes via le père du prince, le seigneur Drvan.thumb|300px|Les territoires peuplés par les "Serbes" après avoir chassé les Avars, selon De Administrando Imperio|alt=Les Serbes se sont par la suite installés dans les régions qu'ils avaient libérées de l'occupation des Avars : Rascie Bosnie Zachlumie Travonie Paganie Neretva Dioclée.

Toutes ces régions de l'Empire byzantin sont libérées par les armées du prince. Ce dernier trouve la mort au cours d'une bataille contre un chef rebel serbe en 680.

La première dynastie serbe, la dynastie des Vlastimirović, est baptisée du nom du prince Vlastimir, arrière arrière-petit-fils du prince de Serbie Blanche. Premières terres serbes dans l'Empire Byzantin Les premières informations sur l’existence des terres serbes datent des IX et Xe siècles. Avec le soulèvement de Ljudevit Posavski entre 819 et 822, les Serbes, qui occupent la majeure partie de Dalmatie, au bord de l' Adriatique et à l'intérieur des Balkans forment des états cités dans le De Administrando Imperio : Le plus grand est la Serbia, plus tard appelée Raška. Elle occupait le territoire entre Ibar, Morava de l'ouest, Tara, Piva, la rivière Bosna, avec la région Soli autour de Tuzla. La Travunija, de Boka Kotorska à Dubrovnik. La Zahumlje, de Dubrovnik à Neretva. La Paganie, de Neretva à Cetinje.

De temps à autre tous ces États étaient unifiés.

Les Serbes entre Byzance et la Bulgarie thumb|left|Les Balkans vers 950 à la mort de Caslav Au milieu du , le knjaz Vlastimir crée le premier État serbe, après avoir été reconnu par les zupan. Après trois ans de guerre, il vainc l’Empire bulgare, et devient le chef de l’État serbe. À sa mort en 863, son royaume est divisé entre ses trois fils, Mutimir, Stroimir et Gojko. En 864 et 865 les fils de Vlastimir arrêtent une nouvelle invasion bulgare et emprisonnent le fils de l'empereur bulgare, Vladimir.

L'avènement de Siméon de Bulgarie en 893, menace le premier État serbe. Siméon prend le titre de tsar et porte la Bulgarie à l'apogée de sa puissance dans les Balkans.

Les deux siècles suivants (de la fin de à la fin de ) sont marqués par le combat pour le pouvoir opposant les fils de Mutimir (Pribislav, Brana, Stefan), leur cousin Petar Gojniković (fils de Gojko), Klonimir (fils de Strojimir), et le petit-fils Paul (Pavle fils de Brana), Zaharie (fils de Pribislav) et Tchaslav (Caslav fils de Klonimir). Dans ses luttes se sont souvent immiscés des Bulgares et les Byzantins.

Après la mort de Mutimir en 891, le fils de Gojko Petar revient de Croatie et chasse le fils de Mutimir, Pribislav. À la suite de sa victoire sur les Byzantins à la bataille près de Anhijal en 917, Siméon décide d’annexer toutes les terres serbes et se tourne contre Petar. Il ne réussit pas à contrôler les zupan qui se rallient à Byzance. En 924, Siméon pille la Serbie et capture les zupan. Après sa mort le , la Bulgarie perd de son influence, et en 931 Caslav reconstruit la Serbie avec le soutien de Byzance. Il rassemble le peuple qui a fui dans les pays voisins.

Avec l’aide des empereurs de Constantinople Romain Lécapène et Constantin VII Porphyrogénète, Časlav Klonimirović unifie et stabilise la Serbie, de la rivière Sava et la mer Adriatique jusqu'à, peut-être, la rivière Morava. Il est tué par les Hongrois au nord de ses États en 950. Il est le dernier roi de la dynastie des Vlastimirović. L’État serbe s’affaiblit après sa mort.

La christianisation des Serbes Dès la fin de , l'apparition des premiers noms de saints parmi les noms serbes montre que les Serbes ont été christianisés. Il est admis que parmi les petits-fils de Vlastimir, il y a les noms de Stefan (fils de Mutimir) et Pierre (le fils de Gojko), tous deux nés entre 870 et 874. La première phase de christianisation est inconnue. Les premiers missionnaires seraient des élèves de Méthode, des moines de l’archevêché de Split, qui utilisent la langue latine. La chrétienté a été acceptée par l'aristocratie, mais le reste de population reste attaché au paganisme. Certaines fêtes religieuses « Slava », proviennent potentiellement chez les Serbes de l’ancien culte des ancêtres. Il se peut que la Slava soit une pratique païenne christianisée, légitimée à l'époque de saint Sava et de la fondation de l’église autocéphale serbe en 1219.

De Samuel à Nemanja Au début de , après la chute du royaume de Samuel de Bulgarie, les États de Raška, Zahumlje et Duklja deviennent vassaux de Byzance, jusqu'à la fin de , malgré la guerre du zupan de Raska Vukan contre l’empereur Alexis Comnène. Ses successeurs tentent de profiter de la guerre entre la Hongrie et Byzance (1127-1129) pour se libérer mais en vain. En 1149 une grande révolte est menée par Uroš II Primslav, petit-fils de Vukan, contre l’empereur Manuel Comnène, soutenue par la diplomatie normande. L’empereur de Byzance est victorieux après une bataille farouche sur la montagne de Tara (1150). Il impose les taxes deux fois plus élevées aux zupan serbes. Le frère d’Uros, Desa , essaye lui aussi de secouer la suzeraineté de l’Empire byzantin, mais il est fait prisonnier et emmené à Constantinople. Il rentre plus tard au pays et meurt à Trebinje vers 1165. Il est enterré dans le monastère de Saint-Pierre à Polje.

Après la mort de Desa, alors que les Hongrois affrontent à nouveau les Byzantins près de Zemun en 1165, entre en scène Stefan Nemanja. Il est de la famille des zupan de Raska, né à Ribnica (Zêta), où ses parents se sont réfugiés. Nemanja a été baptisé par un prêtre latin, puis après son retour à Raška, dans l’église de Saint-Pierre-et-Paul par un prêtre orthodoxe.

Lorsque son frère Tihomir était zupan, Nemanja était seigneur de grands domaines. Il contrôlait Toplica, Ibar, Rasina et Reka. En 1163, après un entretien avec l'empereur Manuel Comnène, il reçoit la région de Leskovac. Il devient le grand zupan en 1166 après sa victoire contre l’armée de son frère Tihomir. La guerre entre Byzance et la république de Venise en 1171-1172, offre l'occasion à Nemanja de se débarrasser de la suzeraineté byzantine. Mais à la suite de la victoire de l’empire, Nemanja menacé d’une invasion militaire se rend à Constantinople et obtient le pardon de l'empereur en se soumettant comme vassal. Il reste fidèle à Manuel jusqu'à la mort de celui-ci en 1180.

thumb|La Serbie de Nemanja, en 1189. Après la mort de l’empereur Manuel Comnène, Byzance connaît une crise interne, que ses voisins du nord, dont Nemanja, utilisent pour se séparer de l’Empire. À partir de 1183 Nemanja entreprend des guerres pour agrandir son pays. La première région à tomber sous sa domination est la principauté de Duklja avec les villes de Danj, Sarda, Drivast, Skadar, Svac, Ulcinj, Bar et Kotor. Entre 1184 et 1185 les frères de Nemanja, Miroslav et Miroslav, essaient vainement de prendre Dubrovnik (Raguse). La guerre se termine par un accord commercial et territorial.

Jusqu'en 1190, Nemanja conquiert au sud le Metohia (Patkovo, Hvosno, Podrimlje, Kostrc, Draskovina) avec la région de Prizren, le Kosovo (Lab, Lipljan, Sitnica), Skoplje et le territoire sur le haut-Vardar (Bas et Haut Polog). À l’est, il prend Djunisa (Zagrlata), Niš, Dubocica, Vranje et Morava (Morava de Binac), les régions entre la Morava centrale et à l’ouest (Levac, Belica, Lepenica), les villes byzantines de Pernik, Zemln (Zemen), Velbuzd (Custendil), Zitomisk et Stob. Les tentatives de l'empereur Isaac II Ange de reprendre ses terres sont vaines. Malgré les victoires de Byzance, Nemanja résiste et obtient la reconnaissance de son indépendance. Elle est confirmée par le mariage de son fils Stefan Prvovenčani avec une princesse de Constantinople. En 1196, il se retire du pouvoir en transmettant le trône à Stefan et devient moine sous le nom de Syméon.

La montée en puissance du royaume (XIIIe - début XIVe siècles) vignette|Armoiries de la Serbie, Moyen Âge Au moment où prend le pouvoir en Serbie, commence une nouvelle ère non seulement pour l'État serbe mais pour tous les Balkans. Après la quatrième croisade, l'Empire byzantin s'effondre et de nouveaux États se créent qui changent la donne.

Les Balkans sont divisés en deux, d'un côté les États dans la continuité de Byzance (la Serbie et Bulgarie), et de l’autre les nouveaux États des croisés latins, autour de l'Empire latin de Constantinople. Stefan réalise un rapprochement avec l'Occident par son second mariage, en 1207 ou 1208, avec Anna Dandolo, une princesse vénitienne. Son premier mariage avait été fait avec la princesse byzantine Eudoxie Angelina. Les deux mariages sont des mariages politiques et le second montre le nouveau tournant que Stefan a pris.

Sa première tentative pour obtenir une couronne du pape Innocent III est un échec. En 1217, l’élève de Sava, Méthode obtient la bénédiction du pape Honorius III à Rome. À Zica, Sava couronne son frère Stefan de la couronne rapportée de RomeL'article Saint Sava donne une version différente. Il tient de là le surnom de Prvovencani, car il est le premier à être couronné roi de Serbie. vignette|drapeau de la Serbie médiévale Évènement d'une importance encore plus grande, en 1219, Sava Nemanjic obtient de l'empereur et du patriarche l’acte d’indépendance de l’Église serbe, dont le premier archevêque est Sava lui-même. Il entreprend les réformes pour centraliser l’Église serbe et bâtit l’orthodoxie serbe. thumb|left|Stefan Vladislav

Après la mort du premier roi serbe, son fils Radoslav lui succède conformément à la volonté du défunt (1228-1233). Il a été marié à la fille du despote d'Épire Jovana I Andjela. Ce retournement vers l’Est provoque l’instabilité de l’État. Les aristocrates n’ont jamais accepté la politique pro-byzantine du roi Radoslav. Radoslav est chassé du pouvoir en 1233 et remplacé par le plus jeune fils de Stefan, Vladislav. Radoslav plus tard est devenu moine et a été enterré par Sava à Studenica.

Stefan Vladislav épouse la princesse bulgare Beloslava, la fille de Ivan Asen II. Après ce mariage Sava renonça à son titre d'archevêque de Serbie au profit de son élève Arsenije. Sava fait un pèlerinage à Jérusalem, voyage en Palestine, Alexandrie et Nicée. Il meurt à Trnov . Son corps a été déplacé et enterré en 1237 au Monastère de Mileševa.

Le règne de Vladislav dure 30 années. Allié des Bulgares, Vladislav tient autant que ses alliés. Avec l’invasion des Mongols en Hongrie et Serbie en 1242, son pouvoir commence à diminuer. La noblesse serbe le renverse en 1243 et place sur le trône son frère Uroš .