L'histoire de la République démocratique allemande s'étale sur plus de quatre décennies, de la gestation de ce régime communiste en 1945 à sa disparition lors de la réunification allemande en 1990.
Les prémices (1945 - 1949) Les causes de la scission thumb|Dessin de Walter Ulbricht sur un timbre postal de la RDA. Rapidement après le début de l’occupation de l’Allemagne par les Alliés, les relations se dégradent entre les trois puissances occidentales (États-Unis, Royaume-Uni et France) et l’URSS, entraînant leurs zones d’occupation respectives dans des directions différentes au cours de la guerre froide. Si un Conseil de contrôle commun est prévu pour la direction d'une Allemagne unifiée, les Alliés administrent néanmoins à leur guise les zones qui leur ont été confiées en fonction de leurs intérêts et de leurs idéologies respectives. Le retour au capitalisme qui s'impose peu à peu dans les secteurs occidentaux (formant la bizone, puis la trizone) s'oppose au socialisme triomphant qui domine déjà dans l'est de Allemagne sous occupation de l'Armée rouge.
Afin de mettre en œuvre leur politique, les Soviétiques s'appuieront notamment sur le Nationalkomitee Freies Deutschland (« Comité national pour une Allemagne libre » ou NKFD) organisation de résistance anti-nazie fondé le , à Krasnogorsk (à proximité de Moscou), dans le camp modèle , par les membres du comité central du Parti communiste d'Allemagne (Kommunistische Partei Deutschlands - KPD) exilés en URSS et par quelques soldats allemands prisonniers (tant hommes de troupe qu'officiers). Même si le comité sera dissous le , leurs membres communistes les plus influents, Wilhelm Pieck et Walter Ulbricht deviendront néanmoins par la suite les futurs dirigeants de la RDA.
Ulbricht est chargé avec 9 autres membres du KPD réunis au sein du groupe qui porte son nom, de poser les bases de la reconstruction allemande dans un programme en 4 points : Réforme agraire (die Bodenreform) ; Essor de l’industrie nationalisée : mines, chimie, etc. ; Organisation d’élection libre et secrète ; Réalisation de l’unité de la classe ouvrière.
Les premières mesures La mise en place de régimes communistes en Europe de l’Est s'amorce aussi dans la zone d'occupation soviétique. Ainsi, en est créé un Front national regroupant les formations politiques ayant une activité légale dans la zone, notamment le Parti communiste d'Allemagne (KPD), le Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD), la Union chrétienne-démocrate d'Allemagne (CDU) et Parti libéral-démocrate (FPD), opérant de cette manière une scission de fait avec leurs homologues de l'ouest. Les communistes prennent pourtant rapidement l'ascendant dans cette structure.
Le , onze administrations centrales sont mises en place pour gérer le territoire.
En septembre 1945, la réforme agraire destinée à redistribuer la terre aux paysans exproprie les grands propriétaires terriens (les Junkers), p.566 possédant plus de , les nazis et les criminels de guerre sont également concernés. Cependant, ces derniers garderont leurs titres de propriété obtenus à la suite de cette réforme agraire.
Fondation du SED et début de la normalisation politique thumb|Walter Ulbricht, Wilhelm Pieck et Otto Grotewohl. Après que le XV congrès du Parti communiste d'Allemagne (KPD) et le XL Congrès du Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD) se sont prononcés à l’unanimité pour la fusion entre les deux organisations, les deux groupes se réunissent dans un contexte d'intimidation massive, p.571, les 21 et pour former le Parti socialiste unifié d'Allemagne (Sozialistische Einheitspartei Deutschlands – SED), ces délégués représentent respectivement les communistes et les sociaux-démocrates d'Allemagne orientale. Wilhelm Pieck et Otto Grotewohl, leaders respectifs des deux partis, furent élus conjointement présidents de la nouvelle formation. Les fonctions de direction furent réparties en respectant la parité entre membres issus du KPD et ceux du SPD. Il est également décidé de fusionner les deux organes de presse. Là aussi, la répartition paritaire entre les communistes et les sociaux-démocrates est respectée.
En est convoqué un « congrès du peuple » pour l’unité et la paix sous la direction du SED. De là naît en le premier « conseil du peuple » allemand, chargé d’établir la constitution d'une République démocratique allemande (Verfassung der Deutschen Demokratischen Republik).
La réforme monétaire Les États-Unis, le Royaume-Uni et la France mettent en place la réforme monétaire du en zone occidentale, en lançant le mark allemand () pour remplacer le Reichsmark. Les autorités soviétiques décident alors de créer dans leur zone d'occupation leur propre unité monétaire, le mark est-allemand ().
La formation de la RDA (1949 - 1954) Proclamation de la république et mise en place du régime politique thumb|250 px|right|Drapeau de la RDA. Le blocus de Berlin contraint l’URSS à quitter le Conseil de contrôle allié mettant fin à une éventuelle politique commune pour l'Allemagne. C’est donc cette méfiance mutuelle entre Est et Ouest qui mène finalement à la fondation de la République fédérale d'Allemagne dans la Trizone occidentale le .
En réponse, la République démocratique allemande voit le jour le et se dote de son propre hymne national. Le premier président de la RDA est Wilhelm Pieck (1876–1960), le premier ministre-président Otto Grotewohl (1894–1964), mais l’homme fort du régime est Walter Ulbricht (1893–1973), le secrétaire général du comité central du SED.
Une constitution fédéraliste est également rédigée, mais le pays devient rapidement une dictature de parti totalitaire, p.584 : les procès de Waldheim en condamnent les nazis et les opposants politiques restés dans les camps spéciaux depuis 1945, p.593. Le SED est purgé de « éléments suspects » en 1950-1951, p.594. En , une seule liste est proposée au vote pour les élections à la chambre du peuple. Une politique antireligieuse est mise en place qui provoque l'arrestation de plusieurs pasteurs évangéliques, p.595. Dans les universités, les cours de russe deviennent obligatoires. Redoutant les éventuelles velléités d'indépendance des diètes régionales vis-à-vis du pouvoir central, la réforme territoriale de 1952 supprime les cinq Länder qui existait jusqu'ici pour les remplacer par une structure d'État plus centralisatrice constituée de 15 Bezirke (districts).
Le contrôle que le régime exerce sur la population incombe, à partir de 1950, au ministère de la Sécurité d’État, la Stasi, calqué sur le NKVD soviétique, mais de plus réorganisé par certains anciens de la Gestapo : traque des opinions non-conformes, contrôle systématique des moyens de communication, espionnage des suspects jour et nuit, dense réseau d'informateurs.
Un plan quinquennal controversé Le du SED convoqué en souligne un net progrès dans l'industrialisation du pays. Le secteur industriel qui emploie alors 40 % de la population active, est soumis à la nouvelle politique de nationalisation, qui a abouti à la formation de véritables entreprises populaires (Volkseigener Betrieb - VEB). Ces entreprises ont incorporé 75 % du secteur industriel. Le premier plan quinquennal (1951-55) présenté par l'État prévoit de hauts quotas de production pour l'industrie lourde et l'augmentation de la productivité de travail. Les pressions du plan causent un exode de citoyens Est-allemands vers Allemagne de l'Ouest ( en 1952), p.595-596. Ceux qui décident de rester n'eurent d'autre alternative que de lutter.
Les événements de juin 1953
Les premières grèves contre les cadences de travail éclatent le , p.596. Elles sont relayées par les premières émeutes qui éclatent le à Berlin-Est, dans lesquelles manifestants s'en prennent aux symboles du pouvoir communiste. Ils exigent l'abaissement des normes de production et des élections libres. Le bureau politique du SED décide de satisfaire la première exigence. Mais dès le lendemain, l'agitation gagne très vite le reste du pays, où des centaines de milliers de personnes descendent dans les rues des principales villes. provoquant la mort de 55 personnes. Walter Ulbricht dut faire appel aux soviétiques afin de rétablir l'ordre. L'URSS envoie ses chars dès le contre les manifestants. La répression provoqua la mort d'une cinquantaine de personnes en RDA ; trois membres du SED et une quarantaine de soldats de l'Armée rouge sont tués lors des événements. personnes furent arrêtées par les Soviétiques et furent emprisonnées par les autorités de la RDA, p.597. Le soulèvement ne provoqua aucune intervention de la part des Occidentaux. Les désordres s'arrêtent à partir du ; une fois l’alerte passée, les autorités engagent la répression et procèdent à l'épuration du SED. Des milliers d'Allemands de l'est cherchent à s'enfuir à l'Ouest. Pour commémorer l'insurrection, la RFA instaura un jour férié le , proclamé « jour de l'unité allemande ».
La normalisation (1954 - 1975) thumb|Le mur de Berlin.
En 1954, l'Union soviétique accorde la souveraineté pleine et entière à la République démocratique allemande et la Commission de Contrôle soviétique à Berlin est dissoute. À ce moment-là, le paiement des réparations de guerre avait été totalement honoré.
L'année suivante, un traité d'amitié fut signé entre les deux pays, et en 1956, la Nationale Volksarmee (NVA) intègre le dispositif militaire du tout nouveau pacte de Varsovie.
Entre 1949 et 1961, l'économie de guerre qui règne en RDA et la dureté du régime politique incite plus de trois millions de personnes à partir vers l'Allemagne de l'Ouest. Le régime hésite quant aux moyens de colmater cette hémorragie, Staline et ses successeurs immédiats ayant même un temps envisagé de renoncer à la RDA, dont la pérennité n'allait alors pas de soi.
Entre 1958 et 1963, Berlin est le théâtre d'une longue crise diplomatique. Celle-ci a pour conséquence la construction du mur de Berlin (ainsi que le renforcement des contrôles sur le Rideau de fer dans sa section inter-allemande), qui commence dans la nuit du 12 au avec la pose de grillages et de barbelés autour de Berlin-Ouest, dispositif progressivement remplacé par un mur de briques, puis de béton..
L'objectif de ce dispositif est d'empêcher l'émigration est-allemande par le secteur occidental de la ville. Les soldats est-allemands reçoivent l'ordre d'ouvrir le feu sur toute personne qui tenterait de franchir cette frontière quasi inviolable qui divisera l'Allemagne de manière presque hermétique pendant presque trente ans.
À partir de 1965, Walter Ulbricht perd peu à peu la confiance de l’URSS, en l’occurrence de Léonid Brejnev, en grande partie parce que le nouveau système économique qu’il mettait en place donnait plus de marge de manœuvre aux entreprises et entendait stabiliser la transition socialiste vers le communisme. Brejnev favorise alors l’ascension d'Erich Honecker. En 1971, Walter Ulbricht est écarté « pour raisons de santé ». Erich Honecker le remplace en tant que Premier secrétaire du comité central du SED.
Le est signé à Berlin-Est le Traité fondamental, qui régularise les relations entre les deux États allemands et reconnaissent ainsi leurs existences mutuelles. Cet accord étant le résultat d'une initiative qui s'inscrit dans l'Ostpolitik du chancelier ouest-allemand Willy Brandt.
Malgré ce rapprochement, la RDA reste le plus fidèle allié de l'Union soviétique jusqu'au début des années 1980. Calquant sa politique extérieure sur celle du « grand-frère » russe. Le régime est-allemand apportera également son soutien technique, logistique et financier aux divers régimes, guérillas et mouvements terroristes (généralement d'obédience marxiste) qui agissent alors à travers le monde.
Le déclin et la chute (1975 - 1990) La crise du café