La Première Guerre mondialeCette guerre a reçu différents noms : l'article sur les appellations de la Première Guerre mondiale., aussi appelée la , est un conflit militaire impliquant dans un premier temps les puissances européennes et s'étendant ensuite à plusieurs continents. Cette guerre s'est déroulée de 1914 à 1918.Toutefois, le conflit perdure diplomatiquement jusqu'en 1923 pour les pays concernés par le traité de Lausanne, le dernier accord international à avoir été signé, le .. Par conséquent, elle est parfois désignée par le chrononyme .
Le , à Sarajevo, un jeune nationaliste serbe de Bosnie, Gavrilo Princip, assassine le couple héritier du trône austro-hongrois, l'archiduc François-Ferdinand d'Autriche et son épouse, la duchesse de Hohenberg. L'Autriche-Hongrie, en accord avec son allié allemand, réagit à l'attentat en formulant un ultimatum à l'encontre du royaume de Serbie. L'une des exigences austro-hongroises étant jugée inacceptable par les Serbes, l'Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie. Ce qui aurait pu n'être qu'une guerre balkanique de plus dégénère en guerre mondiale par le jeu des alliances entre les grandes puissances européennes qui sont à la tête d'empires s'étendant sur plusieurs continents.
Considérée comme un des événements marquants du , cette guerre met essentiellement aux prises deux grandes alliances : la Triple-Entente (ou Alliés de la Première Guerre mondiale) et la Triplice puis la Quadruplice des empires centraux.
La « Triple-Entente » est composée initialement de la France, du Royaume-Uni, de la Russie et de leurs colonies et empires respectifs. Plusieurs autres États se joignent à cette coalition, dont la Belgique, envahie par l'Allemagne, qui fait appel à la France et au Royaume-Uni, garantes de son indépendance. Le Japon rejoint la coalition en août 1914, l'Italie en mai 1915, la Roumanie en août 1916 et les États-Unis en avril 1917, ainsi que de nombreux autres pays moins puissants. En revanche, la Russie sort du conflit en décembre 1917 lorsque la République russe devient un état bolchevik et signe un cessez-le-feu.
Les empires centraux sont l'Empire allemand, l'Autriche-Hongrie et les colonies qu'ils contrôlent. L'Empire ottoman les rejoint en , suivi un an plus tard du royaume de Bulgarie.
Parmi les nations européennes, seuls les Pays-Bas, la Suisse, l'Espagne, le Danemark, la Norvège, la Suède, le Liechtenstein et Monaco demeurent officiellement neutres, bien que certains d'entre eux participent financièrement ou matériellement aux efforts de guerre des protagonistes.
Les combats se déroulent sur différents fronts situés principalement en Europe mais une petite partie de l'Asie, de l'Océanie et de l'Afrique, ainsi que l'Atlantique Nord connaissent également des actions militaires. Le front de l'Ouest est caractérisé par un ensemble de tranchées et de fortifications séparées par une aire surnommée le no man's land.. Ces fortifications s'étendent sur plus de , et donnent lieu à la « guerre de tranchées ». Sur le front de l'Est, l'étendue des plaines et la faible densité ferroviaire empêchent la stabilisation des champs de bataille. D’importants combats ont lieu dans les Balkans, au Moyen-Orient et en Italie.
Cette guerre est la première où les aéronefs (ballons fixes ou dirigeables puis, de plus en plus, les avions) jouent un rôle tactique important, d'abord pour l'observation et la reconnaissance, puis pour la chasse et le bombardement. Les premiers véhicules blindés motorisés apparaissent alors, essentiellement au sein de la Triple-Entente à la supériorité de laquelle ils contribuent. Elle donne également lieu au premier engagement massif de sous-marins de combat, et à une guerre de course menée contre des flottes commerciales, qui atteint son paroxysme lors de la première bataille de l'Atlantique.
Parfois qualifiée de guerre totale, elle atteint une échelle et une intensité inconnues jusqu'alors. Elle implique plus de soldats, provoque plus de morts et cause plus de destructions que toute autre guerre antérieure. Plus de soixante millions de soldats y prennent part... Pendant cette guerre, environ neuf millions de civils et dix millions de militaires sont morts, vingt-et-un millions de soldats sont blessés.
D'autres événements historiques majeurs surviennent pendant ce conflit, comme le génocide arménien (1915-1916), la révolution russe (1917) ou la grippe de 1918, qui augmentent la mortalité et la détresse des populations. Pour toutes ces raisons, cette époque marque profondément ceux qui la vivent. Cette guerre entraîne de nombreux changements géopolitiques et infléchit fortement le cours du .
La guerre cause l'effondrement ou la fragmentation des empires allemand, austro-hongrois, russe et ottoman. L'Allemagne voit son territoire réduit ainsi que sa puissance économique et militaire amputée lors du traité de Versailles. En conséquence, les frontières européennes et du Proche-Orient sont redessinées. Des monarchies sont remplacées par des États communistes ou par des républiques démocratiques. Pour la première fois, une institution internationale est créée dans le but de régler les différends internationaux : la Société des Nations (SDN).
Déclenchement
Si la cause immédiate de la Première Guerre mondiale est l'assassinat, à Sarajevo, de l'archiduc François-Ferdinand, héritier du trône d’Autriche-Hongrie, et de son épouse, cet événement ne fait que pousser au paroxysme des tensions issues de contentieux antérieurs (rivalités stratégiques, politiques, économiques et coloniales). Cette guerre a des origines profondes qui doivent s'analyser sur la longue durée. L'historien André Loez évoque ainsi le rôle des « rivalités économiques et coloniales ».. En 1928, la commission chargée par le gouvernement français de publier les documents diplomatiques relatifs aux origines de la Première Guerre mondiale établit le traité préliminaire de paix du 26 février 1871 et le traité de Francfort comme point de départ..
On compte parmi les raisons structurelles un nationalisme fort, la montée des impérialismes, et les volontés expansionnistes qui y sont associées, comme l'irrédentisme italien, des conflits précédents non résolus (guerres balkaniques), auxquels s'ajoutent des rivalités économiques, un système d'alliances militaires complexe développé entre les différents pays européens au cours du après la défaite napoléonienne de 1815, le congrès de Vienne qui s'est ensuivi et l'indépendance belge de 1830, entraînant la France et le Royaume-Uni à se porter garantes de celle-ci. Toutefois, le mythe d'un revanchisme français après la perte de l'Alsace-Moselle a été clairement démonté par la recherche historiqueBertrand Joly, "La France et la Revanche (1871-1914)", Revue d’Histoire Moderne & Contemporaine, 1999, n° 46-2, p. 325-347. "La France et la Revanche". L'obsession de la "Revanche" et de la récupération de l'Alsace-Lorraine, forte dans les années 1870, s'est fortement atténuée à partir des années 1880 et a disparu des perspectives politiques, y compris chez les nationalistes..
Des malentendus diplomatiques s'ensuivirent, l'Allemagne pensant notamment que le Royaume-Uni resterait neutre devant l'invasion de la Belgique Stephen Van Evera, « The Cult of the Offensive and the Origins of the First World War », dans : International Security, vol. 9, , 1984, 62.. Le climat de tension régnant avait poussé les grandes puissances européennes à une course aux armements, et chaque état-major s'était activement préparé au conflit. L'attentat de Sarajevo déclenche ce que l’historien Jean-Baptiste Duroselle appelle un « mécanisme », qui entraîne presque malgré eux les protagonistes vers une guerre totale. L'historien Christopher Clark la décrit essentiellement comme une perte de contrôle de la tension internationale par les hommes d'État : il rejoint Duroselle sur le concept de « mécanisme » échappant au contrôle politique, mais souligne l'effervescence belliqueuse de la Serbie, la partialité de la Russie en faveur de cette dernière, et le désir de l'état-major allemand de déclencher rapidement une guerre avant d'être dépassé par la Russie.
Des historiens comme Fritz Fischer ou John Röhl mettent en évidence le fait que la guerre avait été souhaitée par les dirigeants allemands, qui étaient persuadés qu'elle était préférable à un statu quo jugé humiliant et dangereux à moyen terme pour l'Allemagne..
En tout cas, à l'été 1914, l'Allemagne était le seul pays qui fût prêt à mener une guerre moderne de grande ampleur. Tous les autres pays ont été pris au dépourvu, ce qui réduit à néant les théories cherchant dans un complot la cause de la guerre.
Antagonismes entre puissances européennes Questions coloniales et économiques
vignette|upright=1.0|Carte des régimes politiques à la veille de la Première Guerre mondiale.
L'impérialisme des nations européennes est matérialisé par le traitement de la question coloniale. La conférence de Berlin de 1885 avait permis le partage de l'Afrique entre les puissances européennes. Une notable partie de l'Afrique centrale, le Congo, était octroyée au roi des Belges Léopold II qui avait habilement utilisé les rivalités entre la France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne pour neutraliser ainsi le centre de l'Afrique. Cependant, les différends coloniaux ne vont cesser de s'accroître, entretenant par la même occasion les tensions entre les métropoles. Ces tensions d'abord entre Français et Britanniques en Égypte et surtout au Soudan avec la crise de Fachoda en 1898, ainsi que des tensions entre la France et l'Italie en Tunisie en 1881, vont entraîner l'adhésion de l'Italie à la Triplice. Les tensions entre la France et l'Allemagne apparaissent dès 1905 au Maroc. Depuis 1871, l'Allemagne unifiée a rattrapé, en quelques décennies, son retard économique sur le reste de l'Europe occidentale en se dotant par exemple d'une industrie très concentrée. L'Allemagne regarde donc outre-mer et vers l'Afrique où elle espère trouver des matières premières à bon marché ou même fonder des comptoirs pour écouler ses produits manufacturés. Cependant, la France, la Grande-Bretagne et la Belgique se partagent l'Afrique. L'Asie aussi est sous la coupe européenne. L'Allemagne, sauf en de rares endroits comme au Cameroun, en Namibie, au Tanganyika et au Togo ne peut obtenir de zones d’influence dans les colonies. Aussi ressent-elle comme une injustice que son industrie de plus en plus compétitive se heurte à la crainte ou à l'égoïsme des autres puissances européennes. Ne disposant pas de colonies de peuplement, souhaite prendre pied au Maroc au nom de la Weltpolitik. Les deux crises qui l'opposent à la France, en 1905 avec la conférence d'Algésiras et en 1911 avec le coup d'Agadir, conduisent à une multiplication des incidents diplomatiques. Pour l'historien allemand Fritz Fischer, cette situation est l’une des principales causes du déclenchement du conflit. Dès 1905, le conflit semble inévitable entre la France et l'Allemagne.
Toutefois, les rivalités coloniales entre Français et Britanniques en Afrique n'ont entraîné aucune guerre entre ces deux pays à l'époque contemporaine : ce fait montre les limites d'une explication de la Grande Guerre par l'impérialisme. .
vignette|upright=0.8|Le monde en 1914 vignette|upright=0.8|Représentation de la conférence de Berlin (en 1884) où sont réunis les représentants des puissances européennes.