Les Karamanides, Qaramanides ou Qaramânoğullariturc : Karamanoğullari, les fils de Karaman au singulier Karamanoğlu. forment une dynastie de Beys turkmènes qui règne au sud de l'Anatolie centrale dans le massif montagneux du Karaman qui sépare Konya de la mer Méditerranée. C’est le plus puissant beylicat après celui des Ottomans pendant la seconde période des beylicats aux . Leur territoire était appelé Caramanie.
Les premières implantations des Karamanides se font vers . Elles sont sans doute facilitées par l'affaiblissement du sultanat de Roum – partagé entre les trois fils rivaux de sous la tutelle mongole des Houlagides : ʿIzz ad-Dîn Kay Kâwus règne à Konya. Rukn ad-Dîn Kılıç Arslan règne à Sivas. ʿAlaʾ ad-Dîn Kay Qubâdh règne à Malatya.
Rukn ad-Dîn Kılıç Arslan dote Karamân ben Nûra Sûfî, fondateur et éponyme de la dynastie, d'une concession foncière pour le remercier de ses combats contre les incursions des chrétiens de Petite-Arménie.
Le sultanat de Roum disparaît en . La principauté karamanide se maintient jusqu'en , lorsqu'elle est complètement annexée par le sultan ottoman .
Histoire La tribu est arrivée en Anatolie avec les Seldjoukides, ou plus tard poussée vers l'ouest par les troupes de Gengis Khan au début du . Cette tribu s'est installée vers 1225 dans la région d'Ermenek et Mut, au sud-est de Konya.
Fondation du beylicat NûreNûre ou Nûra en arabe : Nûr al-Dîn, nūr al-dīn, , lumière de la religion. Sûfî est un soufi de renom dans la région d'Ermenek. Il aurait pris par ruse la forteresse de Silifke.
Il s'installe à Ereğli dans l’actuelle province de Konya..
Il était marié à une tante de ʿAlaʾ al-Dîn Eretna, fondateur et éponyme des Eretnides..
Nûre Sûfî a eu sept fils : KerîmeddinKerîmeddin en arabe : Karîm al-Dîn, karīm al-dīn, , noblesse de la religion. Karaman qui lui succède. KemâleddinKemâleddin en arabe : Kamâl al-Dîn, kamāl al-dīn, , perfection de la religion Oğuz Han Timur Han HayreddinHayreddin en arabe : Khayr al-Dîn, ḫayr al-dīn, , bien de la religion (mort au combat à Konya en 1261) ZeynelhacZeynelhac en arabe : Zayn al-Hâjj, zayn al-ḥājj, (mort au combat à Konya en 1261/62Lui seul est tué en 1262 d'après ) Bunsuz devient Djândâr de Kılıç Arslan IV.
Karaman En 1256, Kerîmeddin Karaman, le fils Nûre Sûfî, lui succède et donne son nom à la dynastie. Il a épousé une fille du sultan seldjoukide de Roum Kılıç Arslan III
Après la mort du sultan Ghiyâth ad-Dîn Kay Khusraw, comme la majorité des Turkmènes, il prend le parti du fils aîné `Izz ad-Dîn Kay Kâwus II contre ses deux frères et rivaux.
Mu`in ad-Dîn Suleyman « pervane », vizir chargé de l'administration de l'Anatolie avec le soutien de Rukn ad-Dîn Kılıç Arslan et des Mongols, essaie vainement de prendre Karaman. Pour amadouer Karaman, le pervane lui attribue la forteresse de Silifke comme fief. Il reçoit le beylicat d’Ermenek du sultan seldjoukide de Roum Kılıç Arslan IV qui l’installe dans la région avec une concession territoriale. Le domaine de Karaman comprend Ermenek, Mut, Ereğli, Gülnar et Silifke et Larende qui devient Karaman en l’honneur de la dynastie. Le plus jeune frère de Karaman devient un garde du corps de Kılıç Arslan (DjândârJân-dâr en persan : jān-dār, , garde du corps ; porteur d'une épée. En turc : Candar). Ermenek devient la capitale du beylicat.
Les bonnes relations entre les seldjoukides de Roum et les Karamanides s’interrompent vers 1261, en partie à cause des intrigues du vizir Pervane. Kay Kâwus II est démis par Pervane. Il se réfugie en territoire byzantin où il fait prisonnier par l'empereur Michel VIII Paléologue. Sous prétexte de venir en aide à Kay Kâwus II, Karaman fait alliance avec les beylicat d’Eşref et de Menteşe contre les Seldjoukides. Accompagné de deux de ses frères, il se dirige vers Konya avec une armée de hommes qui doit affronter une armée seldjoukide soutenue par les mongols et dirigée par Pervane. Karaman est vaincu, deuxUn seul est tué d'après de ses frères sont tués au combatD'après , les frères de Mehmed bey sont morts en « martyrs. » (12611261 est fréquemment donnée pour la fin de règne de Karaman : 1263 d'après 1263 il meurt en combattant contre le royaume chrétien arménien de Cilicie d'après 1262 d'après 1260 d'après )).
Karaman a eu huit fils : Şemseddin Mehmed succède à son père, (tué au combat en 1277/781277 d'après ,1278 d'après ,1283 d'après ). Güneri succède à son frère Mehmed jusqu’en 1300. Bedreddin Mahmud règne avec Güneri, puis seul (tué au combat en 1307). Kasim Zekeriya (tué au combat en 1277/78). Tanu (tué au combat en 1277/78). Khalil Ali
Mehmed I ŞemseddinŞemseddin en arabe : šams al-dīn, , soleil de la religion. Mehmed I succède à son père. Immédiatement il conclut des alliances dans le but de lever une armée contre les Seldjoukides. En 1276, au cours d’une révolte contre la domination mongole, il vainc plusieurs armées mongoles alliées au Seldjoukide. Il profite de la confusion et lors de la bataille de Göksu, le pouvoir seldjoukide subit une sévère défaite. Mehmed en profite pour prendre Konya le . Il place sur le trône de Roum, Alâeddin Siyavuş, surnommé péjorativement Jimri (en turc : cimri, (le) radin) qui prétend être un fils de Kay Kâwus II.
Le , Mehmed promulgue un décret (en turc ferman) au nom des Seldjoukides interdisant l’usage d’une autre langue que le turc dans les affaires de l’état, les couvents de derviches et les réunions publiques à partir de cette date. Malgré cette interdiction, l’arabe et le persan continuent à être utilisés comme langues officielles dans les affaires d’état. Le turc ne s’imposera vraiment que sous les Ottomans au . Le est célébré à Karaman comme « fête de la langue (dil bayramı)Türk dil bayramı (la fête de la langue turque) est célébrée le 26 septembre et commémore la réforme de la langue commencée par Mustafa Kemal Atatürk en 1928. Le gouvernement turc décrète alors que l’alphabet arabe sera remplacé par l’alphabet latin.. »
Au printemps 1277, le sultan mamelouk Baybars pénètre dans le sultanat seldjoukide. Il a peut-être été secrètement appelé par Pervane dans l'espoir de se débarrasser de la tutelle mongole. Le , Baybars écrase l’armée mongole à la bataille d'Elbistan. Pervane qui commandait le contingent seldjouqide, prend la fuite. Baybars fait une entrée triomphale dans Kayseri (), puis regagne la Syrie. À la nouvelle de cette défaite, le khan mongol Abaqa accourt en Anatolie (). Après enquête, il fait exécuter Pervane ().
Le vizir seldjoukide Sahip Ata Fahrettin Ali qui succède à Pervane mène la campagne contre les Karamanides avec l'appui de troupes mongoles.
Au cours des combats, Mehmed fait une reconnaissance près de la forteresse de Kurbağa (Kurbağaköy dans la province de Mersin), il rencontre un détachement mongol et il est tué ainsi que deux de ses frères et un de ses cousins. C'est un succès inattendu pour le sultan Ghiyâth al-Dîn Kay Khusraw (1277/78). Le sultan croit voir l'occasion de se débarrasser des Karamanides. Le prétendant au trône de sultan, Jimri parvient à rassembler des forces importantes. Néanmoins il est vaincu et tué par Kay Khusraw (). Les deux fils de Sahip Ata décèdent au cours des combats contre l'usurpateur Alâeddin Siyavuş Jimri.
Güneri et/puis Mahmud Deux frères de Mehmed, Güneri et BedreddinBedreddin en arabe : badr al-dīn, , pleine lune de la religion (ou MecdeddinMecdeddin en arabe : majd al-dīn, , gloire de la religion) Mahmud lui succèdent conjointement jusqu’en 1300, puis Mahmud seul jusqu’en 1307. Güneri poursuit la lutte contre les Mongols, il attaque Konya et Larende.
Mahmud a pour capitale Ermenek, où il fait bâtir une mosquée en 1302.
Pendant cette période les Seldjoukides de Roum subissent la tutelle mongole et ont une situation intérieure très confuse. Le puissant vizir Mu`in ad-Dîn Suleyman « Pervane » a fondé son propre beylicat (Pervâneoğulları) autour de Sinop, il est assassiné en 1277 sur l'ordre de l'Ilkhan de Perse. Après la mort de Pervane, Fakhr ad-Dîn `Alî Sahip Ata qui était déjà un vizir de Kay Kâwus II vers 1250, devient le nouveau vizir, il est surnommé le « bâtisseur » ..
En 1278, le sultan de Roum, Kay Kâwus meurt en exil. Son fils Ghiyâth ad-Dîn Mas`ûd s’autoproclame sultan de Roum depuis son exil en Crimée ..
En 1281, après la mort d'Abaqa, l'Anatolie connait une période instable. Güneri se livre a de fréquents actes de pillage dans la région de Konya, tandis que le bey d’Eşref Seyfeddin Süleyman fait des incursions depuis Beyşehir vers Konya et Akşehir. Se trouvant démuni devant ces attaques turkmènes, le sultan seldjoukide de Roum Ghiyâth al-Dîn Kay Khusraw appelle à son aide Ahmad Teküder le successeur d'Abaqa nouvellement converti à l’islam. Ahmad envoie son frère Konghurtay dans le territoire karamanide qu'il pille comme jamais auparavant. Cette destruction du territoire karamanide provoque le chagrin et la colère des Mamelouks qui protestent auprès d'Ahmad. Konghurtay est réprimandé pour sa conduite et est exécuté ().
En 1284, l’Ilkhan Ahmad Teküder reconnaît Ghiyâth ad-Dîn Mas`ûd comme successeur au titre de sultan de Roum. Peu après, Ahmad Teküder est détrôné par Arghoun. En , Arghoun divise le sultanat en deux parties revenant aux deux enfants de Ghiyâth ad-Dîn Kay-Khusraw. L'aîné est tué par les Mongols le . Le plus jeune est probablement assassiné en . Tous ses rivaux potentiels éliminés, Mas`ûd est assuré du titre de sultan. En 1286, il prend pour capitale Kayseri et non Konya.
À partir de 1286, Mas`ûd engage plusieurs campagnes contre les principautés turkmènes émergentes dans toute l'Anatolie, toujours avec le soutien des Mongols, voire avec des troupes mongoles. Il engage une campagne contre les Germiyanides, les Karamanides et les Eşrefoğulları.
En 1293, Bedreddin (Mecdeddin) Mahmud conquiert la ville d'Alaya (actuelle Alanya) et fonde le beylicat d'Alaya .. En 1300, il est le seul à régner sur le beylicat.
Vers 1307, Mas`ûd le dernier sultan seldjoukide de Roum décède. C'est la fin du sultanat de Roum.
Yahşı Han Le sultanat de Roum a disparu et la présence mongole en Anatolie s'est affaiblie. Les Karamanides vont en profiter pour assoir leur domination. Néanmoins les Karamanides ne sont pas totalement indépendants, ils se mettent sous la protection des Mamelouks d'Égypte qui les soutiennent dans leurs combats contre le royaume de Petite-Arménie.
Yahşı HanYakhshî est ignoré de , fils de Mehmed, règne pendant quatre ans.
Bedreddin İbrahim I et Alâeddin Khalîl Mirza Bedreddin İbrahim est l’un des fils de Mahmud et il succède à son cousin Yahşı Han. Il règne jusqu’en 1333 et mais en totale contradiction avec ., et abdique pour laisser la place à son frère AlâeddinAlâeddin en arabe : ʿalāʾ al-dīn, , noblesse de la religion MirzaMirza est un titre persan : mirzā, , prince.. Il semble qu’en 1334/35, Bedreddin İbrahim réside à Larende et son fils Fahreddin Ahmed siège à Konya, son cousin Yahşı Han à Ermenek, son frère Alâeddin Khalîl Mirza à Beyşehir et son autre frère Burhâneddin Musa à La Mecque ce qui lui vaut le surnom de Hacı SûfîHacı Sûfî en arabe Hâjjî Sûfî, ḥājjī ṣūfī , , le soufi qui a fait le pèlerinage à la Mecque..
Ibn Battûta dit être passé à Karaman (Larende, Lârendah dans le texte cité) en 1333. Il y rencontre Bedreddin, et confirme que Burhâneddin Musa est bien son frère.
Le Melic Nâçir cité dans ce passage est An-Nâsir Muhammad ben Qalâ'ûn sultan mamelouk du Caire qui soutient les Karamanides. Ce passage à Larende est douteux car cela représente un détour de plusieurs centaines de kilomètres par rapport à l’itinéraire principal, ce qu’il écrit n’est sans doute que ouï-dire.
Burhâneddin Musa revient de son pèlerinage à la Mecque sous la protection du sultan mamelouk An-Nâsir Muhammad ben Qalâ'ûn. Des partisans du roi de Petite-Arménie essaient de le faire prisonnier. Les Mamelouks sanctionnent cette tentative par le saccage de la Cilicie.
Bedreddin İbrahim revient au pouvoir pour quelques mois en 1348.