La république de Tchita () a été une république de courte durée sous la dictature théorique des ouvriers et des paysans. La ville de Tchita dans l'Est de la Sibérie, lieu d'exil pour les premiers révolutionnaires, était devenue un centre d'agitation ouvrière dans les premières années du . Au cours de la révolution russe de 1905 des révolutionnaires armés, appartenant au Parti ouvrier social-démocrate de Russie et dirigés par , y prirent le contrôle au mois de décembre et proclamèrent la République de Tchita. Les dirigeants de la république essayèrent d'organiser administrativement la ville et ses environs et le nouveau journal Zabaykalsky Rabochii y fut publié le , mais la république était vouée à l'échec après l'écrasement des insurrections à Moscou et Saint-Pétersbourg. Les troupes fidèles au régime, sous les ordres de Paul von Rennenkampf et du général Miller-Zakomelsky, furent envoyées pour soumettre le territoire révolté qui fut rapidement subjugué, et le Tchita fut occupée par les troupes gouvernementales. Les dirigeants de la République de Tchita furent fusillés sur la colline de Titovski sopka. En leur mémoire leurs noms ont été donnés à plusieurs rues centrales de la ville (rue Babouchskinskaïa, rue Kournatovski etc).
L'appellation république de Tchita (Tchitinskaya Respublika) désigne également la république d'Extrême-Orient ( - ), dont Tchita fut la capitale après .
vignette|320x320px|Descente de bagnards dans une mine. Mine de Savinsk, Gorni Zerentouïsk, oblast de Nertchinsk. 1891 - Photographie d'A. K. Kouztsenov.
Prémices du mouvement révolutionnaire Au début même de la mise en valeur de la Transbaïkalie, l'État utilisait cette région comme lieu d'exil. De 1826 à 1917, un grand nombre de prisonniers politiques s'y trouvèrent envoyés aux travaux forcés. Dans les années 1860, au moment de l'essor du mouvement révolutionnaire, le nombre des bagnards du katorga de Nertchinsk s'accrut. À cette époque, les bagnards représentèrent jusqu'à 78 % de l'ensemble des employés des mines métallurgiques de Transbaïkalie.
Les révolutionnaires Nikolaï Tchernychevski, Mikhail Mikhailov, Nikolaï Ichoutine, Hyppolite Michkine, Piotr Alekseiev, et les bolcheviks Viktor Kournatovski, Iemelian Iaroslavski et d'autres furent déportés dans ces bagnes.
Les mines métallurgiques recourraient activement au travail forcé. De nouvelles prisons s'ouvrirent à côté des mines : Pokrovsk (1884), Akatouï (1887), Gorni Zerentouïsk (1889), Kadainsk (1891), Maltsevsk (1892).
Après leur libération, les bagnards restaient dans des colonies en Transbaïkalie, ce qui contribua à favoriser des idées révolutionnaires et l'engagement des habitants dans le mouvement révolutionnaire. Au début du , il y avait rien qu'à Tchita 70 membres des partis Terre et Liberté (Zemlia i Volia) et Narodnaïa Volia.
Les conditions de travail dans les mines étaient difficiles, non seulement pour les bagnards, mais également pour les travailleurs volontaires. La durée journalière de travail était de 14 à 16 heures, pour des salaires faibles.
Dans la deuxième moitié du , les travailleurs des mines d'or, mécontents des conditions de travail, organisèrent 33 grèves. Les grévistes exigeaient une amélioration des conditions de travail et une augmentation des salaires.
La construction du tronçon de Transbaïkalie, de la station de Myssovsk à la ville de Sretensk, du Transsibérien (1895–1900) fit affluer des travailleurs non qualifiés, dont une grande partie avait une expérience du mouvement ouvrier et révolutionnaire. Plus de 9000 ouvriers et employés travaillaient en 1900 dans les établissements locaux du Transsibérien. 11 dépôts avec ateliers furent créés. Les dépôts les plus importants se trouvaient à Verkhneoudinsk (Oulan-Oude), Tchita, Khilok et Chilka.
L'abolition du servage et la colonisation volontaire ou contrainte de la Transbaïkalie entraînèrent un accroissement significatif de la population de la région, de en 1864 à en 1897.
Le contexte social était ainsi, au début du , favorable à la diffusion des idées révolutionnaires, en premier lieu chez les prolétaires, dont le nombre avait augmenté avec les arrivants de Russie d'Europe.
Formation du mouvement En 1898, le premier cercle social-démocrate fut créé par Mineï Goubelman (Iemelian Iaroslavski) et G. I. Kramolnikov par les travailleurs des Ateliers ferroviaires centraux à TchitaКрамольников Григорий Иннокентьевич в в Энциклопедия Забайкалья (Encyclopédie de Transbaïkalie). En dehors des employés du chemin de fer, des élèves enseignants des séminaires et des collèges participèrent au cercle. Les idées marxistes se diffusaient activement parmi les ouvriers et la population.
En le comité de Tchita du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR) est fondé, en mai se déroule une fête du 1er mai (maiovka) sur la colline de Titovski sopka, près de TchitaЯрославский Емельян Михайлович в Энциклопедия Забайкалья (Encyclopédie de Transbaïkalie).
En commença la guerre russo-japonaise, la Transbaïkalie devint l'arrière de l'armée de Mandchourie. S'ensuivit une exacerbation des contradictions sociales. Les révolutionnaires escomptaient que la guerre qui commençait allait créer les conditions d'un affaiblissement de l'autocratie impériale. Le comité de Tchita du POSDR commence alors une propagande active contre la guerre et contre le pouvoir.
En 1905, les organisations sociales-démocrates étaient actives à Tchita, Khilok, Chilka, Sretensk, Nertchinsk et dans une série d'autres stations.
Débuts du soulèvement vignette|320x320px|Le matin du 9 janvier, à la Porte de Narvsk. Gravure d'un artiste inconnu
Le (dimanche rouge), un cortège pacifique d'ouvriers pétersbourgeois vers le palais d'Hiver fut dispersé à Saint-Pétersbourg. Des armes à feu furent utilisées contre les ouvriers désarmés. La dispersion du cortège, provoquant des dizaines ou des centaines de victimes, déclencha un mouvement de révolte dans la société russe et marqua le point de départ de la première révolution russe.
Le a eu lieu à Tchita un meeting des ouvriers des Ateliers et dépôts ferroviaires généraux Les participants exigeaient le renversement de l'autocratie, la convocation d'une assemblée constituante élue au suffrage universel, égal, direct et secret, la proclamation d'une république démocratique et l'arrêt de la guerre russo-japonaise, et déjà les 29-, les ouvriers du chemin de fer organisèrent la première grève politiqueРеволюция 1905—07 в Энциклопедия Забайкалья (Encyclopédie de Transbaïkalie).
Le les autorités, inquiétées par le développement de l'état d'esprit révolutionnaire, déclarent l'état de guerre.
Le le drapeau rouge est érigé au sommet du monument de Nicolas II par les ouvriers du chemin de fer, et pour le jour chômé, ils participent à une maiovka en dehors de la ville.
Les ouvriers des Ateliers et dépôts généraux et dépôts de Tchita firent une grève politique du au , soutenus par ceux de Borzia, Morzon, Khilok, Olovianniaïa, Slioudianka, et Verkhneoudinsk.
En août - , Nikolaï Baranski organisa un congrès illégal des ouvriers du Chemin de fer du Transbaïkal, dans lequel furent élaborés les statuts de leur union professionnelle.
En octobre démarra une grève à Moscou, qui s'étendit à tout le pays et se transforma dans la grève générale politique d'octobre.
À Tchita la grève débuta le . Les ouvriers du chemin de fer débrayèrent en premier à l'appel du comité de Tchita du POSDR. Ils furent rejoints par les employés des postes, du télégraphe, des stations de téléphone, les ouvriers typographes, les enseignants et les élèves -maîtres.
Le le comité de Tchita du POSDR, s'étant préparé depuis le début octobre à un soulèvement armé, tenta de mettre main sur des armes. L'ouvrier A. Kiselnikov périt au cours de ce coup de main. Son enterrement se transforma en manifestation de trois mille personnes.
Soulèvement à Tchita gauche|vignette|Manifeste d'octobre En 1905, des mouvements de masse se produisent dans l'ensemble de la Transbaïkalie. 112 bourgs sont touchés par les mouvements paysans. Les revendications paysannes étaient principalement politiques.
L'effervescence révolutionnaire gagne aussi l'armée en Transbaïkalie. 18 manifestations de soldats ont lieu entre 1905 et 1907, dont 14 à Tchita dans cette période, et, en 1905, dans l'ensemble de la Transbaïkalie, sont dénombrées 8 manifestations, dont 6 accompagnées soit de la rédaction de revendications, soit de la création d'organisations de soldats : unions, comités, bureaux 7 manifestations furent conjointes avec des ouvriers.
Des meetings ont lieu dans les stanitsas cosaques. Un tiers des stanitsas soutiennent les revendications révolutionnaires, et quelques-unes s'engagent dans la liquidation de l'ordre cosaque.
En tout, dans le pays, dans la seule période du au deux millions de personnes font grève dans les différents secteurs industriels. Cette grève générale, et avant tout, la grève des ouvriers du chemins de fer, contraint l'empereur à des concessions. Le , il signe le manifeste d'octobre, accordant les droits et libertés civiques, comme les libertés de conscience, d'expression, de réunion et d'association.
La promulgation du manifeste d'octobre renforce l'activisme partisan dans la Transbaïkalie. À Tchita et dans d'autres villes, des sections de différents partis et organisations se créent. Les tentatives des autorités d'apaiser les révolutionnaires par des concessions provoquent seulement la division du mouvement. Le comité de Tchita du POSDR est rejoint par des prisonniers politiques libérés des bagnes et des révolutionnaires professionnels.
Dans ce contexte de tension, l'escalade du conflit était inévitable.
Novembre vignette|Viktor Konstantinovitch Kournatovski En , un congrès social-démocrate a lieu à Tchita. Viktor Kournatovski, M. Lourié, N. Koudrine, et A. Kostiouchko-Volioujanitch entrent au comité du POSDR.
Le comité du Chemin de fer de Transsbaïkalie se place sous la direction de I. Liakhovski, mettant sous son contrôle la direction.
Le , une assemblée des soldats et des cosaques a lieu dans l'atelier général des chemins de fer de Tchita. La propagande active du comité du POSDR de l'oblast conduit de la garnison de Tchita à se mettre du côté des insurgés.
Le un soviet des ouvriers et des cosaques est élu par une assemblée de plusieurs milliers de personnes et une garde armée de est créée. A. Kostiouchko-Volioujanitch prend la tête du soviet et de la garde. Ce même jour, les ouvriers introduisent de leur propre autorité la journée de travail de 8 heures.
Le défilent sous la protection de la garde ouvrière. Ils réclament la libération de prison de D. Krivonosenko, membre du PISDR et de deux cosaques. Les autorités de l'oblast donnent suite à cette revendication et libèrent les prisonniers.
Décembre gauche|vignette|Ivan Vasilievich Babouchkine Le gouverneur conserve formellement son poste, mais n'a pas en réalité d'influence sur les événements. L'arrivée de Mandchourie d'une partie des troupes du régiment d'infanterie de Tchita et de l'état-major de la division de tirailleurs de Sibérie ne modifie pas le rapport de force.
Pendant la guerre russo-japonaise, un grand nombre d'armes et de munitions avaient été stockées dans les magasins de Tchita, ce qui était intéressant pour les révoltés.
Au début de , Ivan Babouchkine arrive à Tchita d'Irkoutsk, envoyé au comité du POSDR. Les et , la garde armée ouvrière, sous le commandement d'A. Kostiouchko-Volioujanitch tente de se saisir des armes dans les magasins militaires et les wagons du bataillon de réserve du chemin de fer. Elle ne rencontre pas de résistance sérieuse, et les gardes s'emparent de 1500 fusils et de munitions.
Le , le journal L'ouvrier de Transbaïkalie commence à paraître, sous la rédaction de Kournatovsov, avec un tirage de 8 à . Il devient l'organe du comité du POSDR de Tchita«Забайкальский рабочий» в Энциклопедия Забайкалья (Encyclopédie de Transbaïkalie).